Saison 1999-2000 | Émission du mercredi 8 septembre 1999 | ||
| Cannibaleries… | |||
|
|
C'est peut-être vrai qu'on vient de loin mais le pire, c'est que ce n'est pas depuis si longtemps... " Il y a 40 ans seulement,
le cannibalisme était encore pratiqué en Nouvelle-Guinée. "
" L’ex-roi
Penelato m’invite à partager son repas.
| ||
|
Il y a, paraît-il, un cuistot qui avait dit, un jour, à l'individu mis à cuire dans la marmite : " Allons, allons. Vous pourriez, monsieur, enlever votre imperméable en plastique. Ici, nous essayons de ne manger que des produits naturels. " Dessin
de Anarzej Mleczko, paru dans Polityka, un journal de Varsovie.
| |||
|
Peut-être sommes-nous encore loin derrière en termes d'évolution. Peut-être qu'on n'est même pas le chaînon manquant entre l'animal et l'être humain évolué! Pour certains, on serait l'intermédiaire entre l'animal et le surhomme. Allez savoir… J'ai découvert un petit récit intéressant dans un ouvrage de Tim Flannery dont le titre est Throwing Way Leg, une expression qui, en pidgin de Nouvelle-Guinée, veut dire " entreprendre un voyage, ‘ lancer sa jambe ’ pour le premier pas d'une longue marche ". Explorateur et scientifique de renom Flannery est, si je ne m'abuse, le principal chercheur de l'Australian Museum de Sydney. Dans les années 30 – il doit être assez âgé maintenant – Flannery s'est rendu en Nouvelle-Guinée dans une tribu où le chef lui a raconté un jour comment il avait trouvé son fils adoptif. Avec ses guerriers, il avait attaqué une tribu voisine : une cinquantaine d'habitants avaient été massacrés, n'épargnant que quelques jeunes filles et des enfants. Je lis ici : " Les corps des victimes furent démembrés, et le chef actuel, encore jeune à l'époque, repartit avec le torse d'un ennemi sanglé sur le dos, un bras et une jambe jetées sur chaque épaule, et la tête emballée dans des feuilles de palmier. (Il faut savoir transporter les provisions…) À la sortie du village, des pleurs attirèrent son attention : au bord du sentier, il trouva un bébé suspendu dans un bilum (un filet). Il prit le filet et le jeta sur ses épaules. Au bout de quelques pas, le bébé cessa de pleurer et endormit, bercé par la démarche cadencée de son père adoptif. Il ignorait alors qu'il se balançait entre les membres sectionnés de ses propres parents. " Le chef a dit cette nuit-là : " ‘ J'ai su que mon fils serait un homme bon. Pendant que je le portais, au lieu de pleurer, il est resté sage et tranquille. ’ " Flannery qui poursuit son récit se rappelle : " J'étais encore choqué et troublé par cette histoire d'amour familial, lorsque la femme du chef nous a rejoint : ‘ Nous avons mangé ses parents. Ils étaient gras. Ils m'ont donné tout le lait dont j'avais besoin pour nourrir deux enfants. ’ " Si je vous raconte cela, c'est pour témoigner jusqu'à quel point il est vrai qu'on vient de loin mais que ça ne fait pas si longtemps… | |||
|
| |||
|
| |||
|
Je reviens chaque fois un peu avec l'espoir de nous éclairer davantage sur la pensée de Paul Diel, qui est l'un des grands penseurs de notre époque. Ce qui m'amène à vous parler de Diel, c'est qu'on vient de me solliciter pour rédiger la préface d'un ouvrage sur lui dont madame Jeanine Solotareff est l'auteure. Paul
Diel était un psychologue français d'origine autrichienne, un philosophe
de formation qui a beaucoup approfondi les questions soulevées par Freud,
Adler, etc. Ses premières recherches ont été appuyées
avec enthousiasme par Einstein
qui lui écrivait, dès 1935 : " J'admire la puissance
et la conséquence de votre pensée. Votre œuvre est la première
qui me soit venue sous les yeux, tendant à ramener l'ensemble de la vie
de l'esprit de l'humain, y compris les phénomènes pathologiques,
à des phénomènes biologiques élémentaires.
Elle nous présente une conception unifiante du sens de la vie. "
| |||
|
Si je ne me suis pas
lancé à corps perdu dans l'œuvre de Diel pour vous en parler davantage
au cours de ces émissions, c'est que, à vrai dire, son langage écrit
est particulièrement dense, à l'image de sa pensée. L'œuvre
devient un peu revêche à la vulgarisation, mais vous allez sûrement
pouvoir alimenter votre réflexion simplement à partir de quelques-uns
des passages que je vais vous communiquer. Certains ouvrages de Diel sont plus
faciles à aborder comme, par exemple, Psychologie, psychanalyse et médecine,
paru chez Payot, et La peur et l'angoisse, paru dans La Petite Bibliothèque
Payot. | |||
| |
Tout d'abord, Diel est convaincu que la vanité est l'une des grandes causes de nos difficultés. Nous sommes toujours, explique-t-il, à cause de l'angoisse, de la peur de soi, de la peur des autres, en train de justifier nos actes et d'adopter une démarche qui, essentiellement, met l'accent sur la vanité. " Le terme ‘ vanité ’, écrit Paul Diel, désigne habituellement une certaine nuance de traits caractériels (fatuité, prétention, orgueil, arrogance, etc.). À première vue, les différentes attitudes vaniteuses ne semblent guère avoir de lien génétique. À plus forte raison, elles ne présentent apparemment, à l'observateur extérieur du comportement, aucun lien avec d'autres attitudes déficientes comme, par exemple, colère, paresse, timidité. […] " Le préjugé vaniteux le plus indéracinable consistera à prétendre que toute auto-observation objectivante – objective de soi-même – et, par conséquent, tout véritable moyen d'assainir l'auto-aveuglement vaniteux, sont impossibles. " Ce serait un préjugé qui viendrait justement de notre vanité de se dire qu'on ne peut pas crever ce ballon-là. Il y aurait chez chacun d'entre nous un certain aveuglement vaniteux. Il faut dire qu'on est souvent sur la défensive, trop centré sur notre moi, notre ego, etc. Il faut sauver la face et ça peut aller jusqu'à la peur de la psychologie. Une telle attitude entraîne un auto-aveuglement sur nous-mêmes et cela implique aussi un très grand nombre d'efforts de survalorisation de soi ou d'auto-survalorisation. " La fausse auto-survalorisation vaniteuse ne peut être que le contre-esprit par excellence, précise Diel. […] La fonction valorisante de l'esprit est d'une portée non seulement théorique mais éminemment pratique. Son but est de juger chaque désir et l'ensemble des désirs afin que les jugements de valeur parviennent sainement à les hiérarchiser en vue de leur future réalisation sensée. La déformation vaniteuse – notre système de défense, autrement dit – prive la fonction valorisante de sa lucidité. Par suite d'aveuglement vaniteux, le psychisme est constamment débordé par la survalorisation ou la sous-valorisation des désirs, ce qui dérègle l'activité. " Je me souviens qu’après vous en avoir parlé la première fois, j'y suis revenu à quelques reprises par la suite, mais avec une certaine hésitation parce que la digestion de tout cela peut s'avérer difficile. D'une part, ce n'est pas facile d'accepter qu'une bonne partie de notre difficulté d'être vient d'une forme de vanité et de survalorisation de nous-mêmes. Mais quand on s'arrête à y penser, cela vaut la peine de s'y attarder car c'est très éclairant. J'avais fait, au cours d'une émission, un rapprochement avec les skanda-s, qui sont les maladies de l'ego et de l'esprit, telles que les définissent les bouddhistes tibétains. Et justement, l'une de ces maladies, c'est la vanité. Diel explique ensuite que la déformation vaniteuse aboutit à la destruction complète de la lucidité d'esprit. Parce que, bien sûr, on ne peut pas être lucide si on se garde constamment sur la défensive en mettant l'accent sur la survalorisation. Pour échapper au sentiment de ne pas être à la hauteur de la situation, en quelque sorte. Il arrive qu'on se retrouve alors comme " suspendu entre l'affectivité aveuglante – les émotions si vous voulez – et la spiritualité élucidante. " Autrement dit, le système de défense repose sur la vanité et cela se transforme en fausse motivation pour alimenter cette vanité. Il faut prendre conscience de cette fausse motivation. D'où l'introspection qu'il faut faire " pour dissiper l'obscurcissement affectif. " Cela consiste à se voir tel que l'on est, pour arriver à saisir la vérité sur la psyché humaine, comprendre le système de défense à l'intérieur de chacun de nous et comprendre l'objet de la recherche scientifique. Car, pour Paul Diel, la psychologie est une science. | ||
| " S’introspecter signifie : s’occuper de la vie intime des désirs. "
|
" Le combat contre la fausse motivation est donc le moyen méthodique de l'introspection ", par rapport à la rétrospection, contrairement à Freud qui met l'accent sur le passé, l'enfance, etc. Diel ne suggère pas qu'on aille fouiller si loin dans le passé, il se concentre sur le présent. Mais c'est extrêmement difficile de se voir tel que l'on est de ce point de vue-là. Il le dit lui-même : " La source de l'insanité originairement inhérente à la fonction valorisante de l'esprit est l'affectivité égocentrique, l'excès d'amour propre, la fausse survalorisation de soi-même. " Je réalise que je suis en train de vous lancer tout ce bagage sur les neurones. Mais, croyez-moi, c'est justement à force de m'être asséné ainsi des petits coups sur la matière grise que j'ai fini par entrer dans l'univers de Diel et comprendre certains messages qui y sont véhiculés. Quelqu'un, un jour, me confiait : " C'est extraordinaire! Je viens de réaliser que j'ai passé toute ma vie sur la défensive. " On cherche toujours à se défendre par suite d'un sentiment d'infériorité, au fond. | ||
|
Voir aussi : |
Adler, qui a eu une influence certaine sur Diel, disait d'ailleurs : " Être homme, c'est se sentir inférieur. " Et, à partir de ce sentiment, on se sent obligé de combattre et cela se traduit par le renflement de l'ego. On investit une énergie considérable à s'auto-justifier et à s'auto-valoriser. Plus loin, Diel affirme : " Dans la mesure où l'homme est atteint de déformation vaniteuse – et nul n'en est parfaitement affranchi –, il inclinera à prendre ses préjugés pour des vérités indiscutables et à tenir ses actions pour infailliblement justes. " Peut-être faut-il bien connaître le contexte de la réflexion de Diel pour comprendre davantage dans le détail le sens de son propos." La vanité parvient à se dérober à l'observation intime grâce à d'incessantes métamorphoses ", affirme Diel. Car on trouve toujours des façons de se cacher, de dissimuler son fonctionnement aux autres et à soi-même – en s'imaginant que nul ne s'en aperçoit… [rires] | ||
|
La raison pour laquelle je me suis lancé dans l'aventure d'écrire cette préface, qui sera très courte d'ailleurs, est motivé par le fait que je crois sincèrement que la pensée de Diel est très importante pour la suite du monde et que la meilleure façon de se familiariser avec sa démarche bien particulière, c'est de passer par Madame Jeanine Solotareff qui a écrit un premier ouvrage qui s'intitule Le symbolisme dans les rêves : la méthode de traduction de Paul Diel, de La Bibliothèque Scientifique Payot. En tout cas, c'est l'ouvrage que je peux vous recommander si vous vous intéressez au genre de torture que je suis en train de vous infliger dans cette émission. [rires] | |||
| | |||
| Le courrier des auditeurs | |||
|
|
Un message nous vient de Donald
D. et il comporte deux requêtes. Je vais commencer par la deuxième
car c'est plus facile d'y répondre. " On nous propose, dit-il,
une fort belle photo de l'équipe qui a réalisé le site.
Cependant on nous prive d'une photo de l'équipe de l'émission avec
mesdames Lantagne et Corbeil. " Il y a quelques personnes qui nous ont
transmis cette demande, alors, je vous annonce que, dans la section Babillard,
vous pouvez maintenant trouver cette photo que vous attendiez. | ||
![]() Outlaw, de Art Wolfe |
L'autre requête : " J'aimerais demander à Monsieur Languirand de traiter de la colère, de l'extériorisation de la colère (comme se le permettait mon grand-père autrefois) et de sa retenue aujourd'hui. " J'ai touché cette question quand j'ai traité de Mr.Hyde. Mais dans le cas de Hyde, c'est plus que la colère, c'est l'agressivité, le mal, la guerre, etc. " J'aimerais qu'il aille plus loin sur la colère à travers les âges ", poursuit notre correspondant dans sa lettre. On n'ira pas très loin à travers les âges, si vous me permettez, mais on pourra en parler. En fait, cela fait partie des bonos dans le Zen, c'est-à-dire des maladies de l'ego – car la colère en est une tout comme la vanité. Il en est question également dans le bouddhisme tibétain. Ce qui est enseigné chez les Tibétains peut nous mettre sur une piste intéressante parce qu'ils ne sont pas du tout du genre péché mortel… Ils vont plutôt parler de la colère comme de quelque chose qui affecte surtout celui qui en est possédé. Il y a aussi le fait qu'il faut voir qu'on est porteur de colère, voir comment ça se manifeste à l'intérieur. À ce moment-là, on se dit : " Je ne suis pas entièrement mes hormones ou mes glandes puisque je suis capable de les voir en action, puisque je vois ma colère… " Si vous la voyez cette colère, elle va – sur le coup peut-être, ou petit à petit s'il vous arrive de vous mettre en colère souvent –, se transformer en une qualité qui est la détermination. Il y a une énergie extraordinaire à canaliser dans la colère. Elle ne doit pas être étouffée, c'est une énergie que l'on doit transformer. Cela
dit, un de mes gourous Théo
Chentrier – certains d'entre vous se souviendront
de lui – à qui j'avais posé un jour la question suivante :
" Avoir du caractère, c'est quoi finalement? ", m'avait
répondu ceci : " Malheureusement, avoir du caractère
c'est souvent l'avoir mauvais… " Je crois encore que c'était pour
lui une façon de s'en tirer et de justifier peut-être son propre
mauvais caractère à l'occasion (tout en me donnant l'occasion de
m'en justifier aussi, je dois dire). | ||
La colère, Éd. de l’Homme, 1984, 1982.
|
Je suis tombé sur un ouvrage très intéressant de Carole Tavris – paru aux Éditions de l'Homme il y a déjà plusieurs années (1982) et qui s'intitule La colère – dans lequel, elle explique, par exemple : " Chez nous, c'est bien souvent la colère qui nous sert à raffermir notre sens de la dignité et des convenances, à nourrir notre ambition et notre esprit de compétition, et à affirmer notre identité dans un monde anonyme. – Quand on dit : " Écoute-moi bien, là! " – […] La colère n'est rien qu'un message pressant : ‘ Tiens davantage compte de moi ’, ‘ Ta façon d'agir me déplaît ’, ‘ Ménage un peu mon sens de la dignité et cesse de me contraindre ’, ‘ Il est grand temps que tu me fasses justice ’ ", etc. Elle conseille d'être conscient de son fonctionnement, autrement dit observer les éléments déclencheurs d'impatience ou même d'agressivité. " À partir du moment où nous savons ce qui va faire grimper en flèche notre niveau d'adrénaline, c'est – par exemple –, le bruit, la chaleur, l'exercice, la faim, la frustration ou la cohue – quand j'ai faim, par exemple, hum…; ou quand il fait très chaud…ah bon!; ou quand je suis frustré… ah bon! Je le réalise, au moins! – alors nous serons mieux à même d'interpréter nos sensations organiques, et moins susceptibles de répondre à une provocation que ceux qui ignorent pourquoi ils se sentent intérieurement agités. " Regarder son état de colère, mais aussi voir les facteurs extérieurs. Vous allez dire : " Oui, mais c'est parce qu'ils ne m'ont pas rendu justice ", etc. Mais pourquoi là, maintenant? Peut-être est-ce que vous avez faim, qu'il fait chaud, etc.? Bref, il faut utiliser cette belle énergie pour corriger la situation d'injustice qui vous est faite, mais de manière constructive, comme elle doit l'être. la colère dans le couple Toujours à partir de cet ouvrage, je vais maintenant vous communiquer quelques paragraphes tripatifs où il est question de la courtoisie conjugale. Ah bien, regarde donc ça… " Dans la plupart des couples, et la plupart du temps, la colère ne relève pas d'un diagnostic unique. Ce sont plusieurs diagnostics qui se conjuguent, parmi lesquels tel ou tel prend aujourd'hui une importance qu'il aura perdue demain. Chez la plupart des couples et la plupart du temps, les causes de désaccord ne sont pas non plus ‘ établies ’ une fois pour toutes. (Ce serait trop facile…) Elles ne font que se tapir dans la coulisse, en attendant l'occasion de faire irruption sur la scène pour y semer malentendu et zizanie. " Les couples qui ne se laissent pas miner par la discorde et par les conflits qui sont source de colère savent au moins faire deux choses : éviter l'esclandre quand le motif d'irritation est sans importance – encore faut-il le voir –, ce qui ne fait que préserver la courtoisie; et débattre franchement des motifs de dissension plus graves et cela au grand bénéfice de l'intégrité et de l'évolution psychologique de chacun. […] " Dans la colère, dit plus loin Travis, le mieux à faire est donc bien souvent de se garder de tout excès, dans un sens comme dans l'autre, comme le démontrent les études sur la catharsis. " Je reviens sur la catharsis parce que vous parlez de la colère comme d'une forme d'expression qui permet de se guérir d'un grand poids, c'est bien possible. Mais c'est assez remis en question comme méthode de fonctionner en société. Cela me dérange de vous parler comme ça parce que j'aurais un faible pour la colère… " Ouvrez grand les vannes, et il apparaîtra une fois sur deux que le jeu n'en valait pas la chandelle, qu'il ne s'agissait que d'un désagrément sans importance réelle, temporaire, et bien vite oublié. Une fois sur deux aussi, le fait de garder pour vous vos griefs vous donnera assez de recul pour vous apaiser et décider si la question vaut ou non la peine d'être mise sur le tapis. " Un
dernier petit paragraphe : " Une erreur très commune, et que
commettent bien des personnes que j'ai moi-même interviewées, consiste
à croire que dans ce domaine il est bon de battre le fer quand il est chaud,
c'est-à-dire de poursuivre à tout prix la discussion quand elle
est vive. Pourtant, rien n'est plus faux que de se dire : ‘ L'avenir
de nos relations dépend de notre habitude à vider sur-le-champ la
querelle. ’ Bien au contraire. Car l'avenir d'une relation de couple repose
sur la conviction que cette relation a un avenir, et sur le répit
que chacun sait accorder à l'autre pour qu'il puisse retrouver sa sérénité
d'esprit. " Je trouve que c'est très fort ce point-là. | ||
|
|
Une autre lettre me vient d'un jeune homme de 23 ans, Patrick P, qui me parle du temps. J'ai trouvé qu'il y avait chez lui un besoin d'abstraire beaucoup. Ce qui n'est pas toujours vilain, c'est même important de donner dans l'abstraction, mais il peut arriver que l'abstraction sur le temps cache la peur du temps. Une inquiétude, une interrogation obscure sur le temps qui passe.
Pour aller rapidement à l'essentiel, je citerai : " L'acte est présent et c’est de lui que nous sommes responsables. […] Pourquoi, s'il n'y a que du présent, se préoccuper des générations futures? ", demande le philosophe. Autrement dit, on doit faire le relais, refiler à d'autres le temps qui passe. J'aurai l'occasion d'y revenir parce que c'est presque un jeu d'avoir abordé le sujet aussi rapidement. C'était une question de temps, celui qui passe et nous passons…
| ||
| | |||