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Émission du mercredi 16 juin 1999

 

L’héritage du XXe siècle

 

Nous allons jouer à un petit jeu, que je viens de trouver dans un magazine qui m’alimente très souvent en informations diverses, le Utne Reader. Il s’agit d’un " digeste alternatif " qui publie des articles parus, la plupart du temps, dans d’autres revues mais qui véhicule certaines valeurs que l’on pourrait qualifier d’" alternatives ". On peut dire que c’est un magazine extrêmement important.

 L’attitude qu’a le Utne Reader face au XXe siècle se résume à dire que ça n’a pas été un temps facile. On rappelle Auschwitz, Hiroshima, le goulag, Tchernobyl, le sida, etc.; sans compter la détérioration de l’environnement, le sentiment qu’ont plusieurs personnes de souffrir d’aliénation, et les guerres… un peu partout. Bref, ce siècle n’aura pas été de tout repos. Vous me direz que les siècles précédents n’étaient pas de tout repos non plus. C’est vrai. Mais je trouve que le nôtre n’a pas, en tous les cas, représenté un immense progrès. Et c’est précisément le thème qui est abordé dans le Utne Reader qui suggère, en passant par le jeu proposé, de regrouper des inventions, des créations ou des initiatives positives qui sont nées au XXe siècle. Certaines ne nous intéresseront pas – parce que trop américaines –, on les mettra donc de côté.

Le jeu consiste à se poser des questions : Quelles sont les valeurs, les expériences, les initiatives, les réalisations technologiques ou autres que vous souhaitez ou souhaiteriez emporter avec vous dans le troisième millénaire? Je profite de l’occasion pour vous dire que, au cours de l’automne prochain, j’aimerais revenir sur l’héritage de notre siècle, à partir de suggestions que vous me ferez soit par lettre ou par courriel.

D’après :

SPAYDE, Jon & WALLASPER, Jay. " The 20th Century : What’s Worth Saving? ", Utne Reader, Mai-juin 1999.

Voir:
Nouvelle paternité


A, pour AA et Antibiotiques

Le jeu en question regroupe des éléments en ordre alphabétique. Par exemple sous la lettre " A ", on retrouve " Alcooliques Anonymes ", le célèbre mouvement fondé par l’homme d’affaires Bill Wilson, en 1935, à New York : c’est certainement l’un des lieux de rencontre et de support pour les êtres en difficulté parmi les plus efficaces et les plus intéressants qu’on ait conçus. Cette organisation a d’ailleurs servi de modèle pour d’autres causes telles Les Narcomanes anonymes, les Émotifs anonymes, etc.

Toujours sous la lettre " A ", nous trouvons " Antibiotiques ", bien sûr : un apport considérable dans le domaine de la médecine, à ceci près que maintenant ils deviennent moins efficaces, car les virus et les bactéries se sont adaptées à nos moyens de défense.

constructions majestueuses

Sous la lettre " B ", je vois qu’on mentionne " Building Chrysler ", on nous en montre la photo : C’est très art déco, c’est beau. Les auteurs, Jay Walljasper et Jon Spayde, spécifient que, en 1930, ce building était considéré comme le plus haut gratte-ciel du monde. En 1931, on inaugurait le Empire State Building, qui dépassait en hauteur le Chrysler Building. Comme j’aime faire les choses en grand, j’en ai profité pour naître le jour même de l’inauguration de l’Empire State Building

Contrôle des naissances

Plus loin, on trouve " Contrôle des naissances " : diaphragme, condom, pilule anticonceptionnelle, etc.

Design

Je découvre également que la fameuse bouteille de Coke a été conçue en 1916 par un designer très célèbre à l’époque, qui s’appelait Raymond Loewy : c’est l’un des créateurs du design moderne et de la fonction de designer (conception graphique, mise en page, conception d’objets également). Des critères particuliers avaient été exigés pour la conception de cette bouteille : il fallait pouvoir la reconnaître au toucher dans le noir, être capable d’en reconnaître les morceaux si on la brisait, etc. C’était, en 1916, le design le plus d’avant-garde qu’on puisse imaginer pour une bouteille.

Le Jour de la Terre

Le Jour de la Terre a été célébré pour la première fois le 22 avril 1970. L’idée de cette journée spéciale vient d’un sénateur américain du Wisconsin, Gilbert Nelson et d’un spécialiste de l’environnement, Dennis Hayes. On voit ici l’esprit de Utne Reader car ils estiment que le Jour de la Terre est l’un des événements majeurs du XXe siècle. Ce ne sont pas toutes les publications qui auraient cette vision, j’en suis certain.

Droits et libertés : mode, homosexualité, féminisme, écologie

On doit aussi à notre siècle la liberté de se vêtir comme on le désire, la fierté gaie et lesbienne, l’arrivée des filles dans le sport professionnel, le retour des déesses de l’Antiquité car on parle maintenant de la Déesse Mère, de la déesse Gaïa; l’idée également d’une spiritualité féminine pour ne pas dire féministe.

Ensuite, il y a les Partis verts. Ici, c’est moins important, hélas… mais en Allemagne, en France, en Italie, en Finlande, en Slovaquie, en Géorgie, entre autres, ce sont des lieux où les Verts occupent une place importante. Les droits humains, en 1948 la Charte des droits humains qu’on emportera avec nous dans nos bagages pour le troisième millénaire. Le cornet de crème glacée…

Le cornet, pour mettre ensuite la cerise…

On raconte ici, qu’en 1904, un bonhomme vendait de la crème glacée à St-Louis sur le site du Festival de St-Louis. Il s’appelait Arnold Fornachou : il servait la crème glacée dans des petits plats, car à l’époque, on n’utilisait pas encore de plastique. Mais un jour, alors qu’il avait manqué de ces petits plats, il s’est adressé à un vendeur de pâtisseries, un monsieur du nom d’Ernest Hamwi, un Syrien immigrant fraîchement arrivé, pour lui demander conseil. Le pâtissier lui avait proposé de rouler une pâte feuilletée en forme de cône et c’est ainsi qu’est né le cornet de crème glacée.

Internet

L‘Internet, cela va sans dire…

Résonance morphique

Autre suggestion de ce magazine alternatif : on doit emporter absolument, dit-on, dans le troisième millénaire, la théorie de la résonance morphique (de la forme), définie par Rupert Sheldrake. Théorie selon laquelle l’évolution ne se poursuit pas seulement sur le plan biologique ou matériel, car il y a une conscience des espèces – une conscience générale de la vie qui évolue en même temps et qui constitue un champ psycho-morpho-génétique. Un champ psychique qui permet à la forme d’évoluer, finalement.

Progrès technologique, sociologique et politique

Dans cette longue liste, on mentionne également les voyages transcontinentaux par air, le télécopieur, la psychothérapie, le semaine de travail plus courte, l’énergie solaire, le suffrage universel, l’imperméable, communément appelé trench-coat, qui a été conçu par un designer de mode du nom de Thomas Bilburry, de Londres. Sous la lettre ‘Z’, on trouve ‘Zipper’, la fameuse fermeture-éclair inventée en 1913 par un immigrant Suédois.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien ajouter à cette liste qui soit plus de chez nous? Plus québécois, ou canadien, ou nord-américain? Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à nous en faire part. Une auditrice de l’émission me demandait si, pour ce troisième millénaire, on devrait emporter avec nous la poutine... [rires]

 

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Névroses,  psychoses
et autres troubles de l’esprit

 

Je vous parle souvent d’ouvrages dans le but de vous familiariser avec les réflexions de certains auteurs. Et je me doute bien, du moins je le souhaite vivement, qu’à l’occasion, certains de ces ouvrages vont se retrouver dans les rayons de votre bibliothèque. Ou comme livres de chevets, pourquoi pas? Les livres coûtent de plus en plus cher, il faut bien le dire, alors certains éditeurs ont eu la brillante idée de concevoir des collections bon marché, mais fort bien faite.

En fin de saison d’émission, je tiens à vous dire tout le bien que je pense de cette collection dite Les Essentiels Milan ". J’en ai déjà parlé à quelques reprises, mais je ne l’ai jamais fait avec autant de précision que je le ferai maintenant : on y trouve des ouvrages sur les métiers du cinéma, de l’agriculture, sur Alfred Hitchcock, le Guide du Conseil économique et social, les mafias, la Chine d’aujourd’hui, Surfer sur Internet, etc.

 

Un " essentiel " :
Ces maladies mentales nommées folies 

D’après :

CARALP, Évelyne.
Ces maladies mentales nommées folies, Éd. Les Essentiels de Milan, 1999.

CARALP, Évelyne. Ces maladies mentales nommées folies, Éd. Les Essentiels de Milan, 1999.


J’ai sous les yeux l’un de ses petits bouquins concis et faciles à parcourir. Celui-ci traite de Ces maladies mentales nommées folies : Il y est question de névroses, de psychoses et d’autres troubles de l’esprit. On y trouve un glossaire très bien fait. Je lis : " Le psychisme de l’homme est exposé à des maladies particulières qui affectent essentiellement ses pensées, son comportement et son mode de relation à l’autre. Une souffrance morale souvent très intense les caractérise. "

névrose

Je vois ici que " l’Organisation mondiale de la santé (OMS) propose une définition universelle de la névrose – par rapport à la psychose – qui la caractérise comme manifestation des troubles mentaux n’ayant aucune base organique. Le sujet garde vis-à-vis de ses troubles une parfaite lucidité et ne confond nullement ses expériences subjectives et ses fantasmes avec la réalité extérieure. Le patient reste socialement adapté. "

" La névrose, écrit Évelyne Caralp dans un chapitre intitulé " La théorie psychanalytique de la névrose ", est un mode de défense contre les sollicitations de la libido. Les pulsions sexuelles, chez tous les êtres humains, tendent vers l’obtention immédiate d’une satisfaction (principe de plaisir) qui ne se soumet pas aux règles de la civilité. En revanche, le Moi du sujet (principe de réalité) – le Surmoi – est entièrement dévoué à leurs exigences (règles morales, religieuses, éducation, etc.) " Ce qu’ils expliquent finalement c’est que, dans la névrose, on est à la recherche d’un plaisir, mais on ne peut pas se l’accorder parce qu’une partie de l’être s’y oppose. " Ces deux instances psychiques, poursuit l’auteure –principe de plaisir, principe de réalité – sont fondamentalement contradictoires. "

psychose

Quant à la psychose, c’est différent : " La psychose est une atteinte globale de la personnalité " explique l’auteure, et non pas une maladie de la personnalité. On donne aussi plusieurs sources d’informations utiles.

La dysthymie

On parle à un moment d’un symptôme canadien : (page 5) " Au Canada, une forme de dysthymie (dans le glossaire, on apprend que dysthymique " caractérise un excès de l’humeur, par exemple dans la manie ") se manifeste par le sentiment de possession par l’ogre Windigo (qui est-il ?) qui mène le patient à l’anthropophagie… " Cela me paraît relever de la haute fantaisie mais si l’information est fondée, veuillez, je vous prie, m’en aviser. [rires]

l’angoisse

Il est question de l’angoisse. " L’angoisse est ressenti par le sujet comme une perte totale du contrôle de la situation et de lui-même pouvant aller jusqu’au sentiment de mort imminente, de déréalisation et de dépersonnalisation. " C’est une vie, précise-t-on, qui est alimentée par la peur. Un petit dessin montre ici une jeune fille qui transpire beaucoup et se mord le bout des doigts en disant : " Je sens que je vais avoir peur et ça m’angoisse "

paranoïa

Et la paranoïa. Savez-vous d’où vient le mot " paranoïoa "? Para, " à côté de ", et noïa " l’esprit " : paranoïa veut donc dire " ce qui se passe à côté de l’esprit ". " Les personnalités dites paranoïaques sont en général très égocentrées, mégalomaniaques, obstinées, intolérantes, méfiantes, note Mme Caralp. Pour l’entourage et les subalternes, les paranoïaques sont tyranniques. Ils acquièrent souvent des positions sociales importantes et ne souffrent pas de leur pathologie (ce sont les autres qui en souffrent). " [rires]

 

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Marguerite Yourcenar :
Prêtresse de Gaïa

 

Généralement, en fin d’émission du mercredi, on " recycle " certains auteurs et je me rends compte que la liste ne compte pas beaucoup de femmes. Je regrette, par exemple, de ne pas avoir parlé de Marguerite Yourcenar et de l’ensemble de ses ouvrages. L’œuvre au noir, pour ne nommer que celui-là, est extraordinaire. À un moment dans ce livre, Zénon, le médecin alchimiste a cette magnifique réflexion : " Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins une fois le tour de sa prison? "

Comme on trouve de tout dans les nombreux dossiers que j’ai accumulés au cours des années, je suis tombé sur un document qui annonce : " Marguerite Yourcenar. Conférence organisée par la Faculté de droit de l’Université Laval, 1987. Discours, 5e Conférence internationale de droit constitutionnel. " Le thème en était : Le droit à la qualité de l’environnement. "

 
Marguerite Yourcenar avait été invitée car elle avait, au cours de sa vie, pris position pour la défense des droits civils. Elle a aussi lutté en faveur de la paix, contre la prolifération nucléaire, pour la protection de l’environnement. Sensible, elle était profondément inquiète de la détérioration de la planète : elle précisait déjà, à cette époque, qu’elle n’était pas certaine que nous n’avions pas déjà dépassé le point de non-retour. Madame Yourcenar fut l’une des grandes prêtresses de la déesse Gaïa, un autre nom que l’on peut donner à la Terre.

" Depuis trois-quarts de siècle, rappelait-elle, les voix se sont élevées en faveur de ce qui nous préoccupe aujourd’hui. Durant des années déjà, nous avons vu dans chaque pays ou presque, la crainte de la guerre, la crainte des révolutions ou quelquefois le souhait des révolutions; nous avons souffert du drame des classes et des races. Ces diverses craintes sont, pour ainsi dire, suspendues à une autre crainte, infiniment plus vaste, qui va grandissant : celle de la destruction de la Terre elle-même, exploitée, polluée par nous, celle de l’eau, de la surface marine, à peu près trois fois plus grande que la surface terrestre, que nous polluons chaque jour davantage; celle des nappes d’eau qui s’enfoncent davantage dans le sol et s’y épuisent, et du fait d’une exploitation déplorable; celle de l’eau retombant sous forme de pluie et entraînant avec elle des acides dévastateurs produits par des civilisations industrielles mal comprises; celle de l'air, avec ses alertes à l’ozone, des climats et des sols que nous dévastons grâce à la destruction des forêts humides de la zone tropicale; et enfin, celle de la superproduction effrénée de la race humaine, qui pousse inévitablement vers de nouveaux conflits, eux-mêmes destructeurs, et rend notre paix compétitive aussi dangereuse que la guerre. "

Une autre de ces "prêtresses de Gaïa" fut Margaret Mead. J’ai essayé, à un moment, de faire se rencontrer ces deux femmes extraordinaires : l’une, un des piliers de la littérature et de la réflexion de notre siècle; l’autre, un des piliers de la science. Car elles tenaient un peu le même discours sur la crise de l’environnement. Elles sont toutes les deux parties avec le sentiment qu’on était loin d’avoir trouvé des solutions à notre problème mais que la situation était peut-être irréversible.

Au cours de cette conférence, Madame Yourcenar, inquiète, faisait observer que : " Des forêts canadiennes à la campagne allemande ou française, de l’Inde au Sénégal, du Maroc à la Chine, partout, nous retrouvons cette immense marche en avant des déserts – Justement, demain ce sera la Journée de la désertification de l’environnement, je vous le signale –, de la disparition des villages en faveur de villes qui n’éliminent pas, pour longtemps du moins, certains problèmes typiques des villages comme la rareté et la pollution de l’eau, qui multiplient les effets d’une société de consommation qui est, en effet, une société de gâchage et qui aboutit, non seulement à une détérioration de la situation psychologique et sociale de l’homme, mais encore à une détérioration de la Terre.

" Il me semble toujours que ce drame touche peu de gens. Même si votre présence bienfaisante ici, disait-elle en s’adressant au public venu assister à cette conférence, nous prouve l’existence dans tous les pays d’individus préoccupés par ce drame nouveau qui n’a pas été jusqu’ici à la mesure de l’homme. Le fait que le moindre scandale d’un homme politique, le petit luxe barbare et excessif de quelques femmes d’hommes célèbres comme les toilettes? ou les souliers de Madame Marcos… la petite – ou le remariage d’une star –, tout cela semble intéresser davantage les foules que ce drame de la terre, de l’air et de l’eau dont nous nous occupons. Elle occupe davantage la première page des journaux et les médias, et peu de gens à travers ces petites nouvelles de la journée songent à la destruction irréparable qui continue au moment même où je vous parle de milliers d’espèces animales et végétales qui ont mis des siècles à naître et à se développer sous la forme qu’elles avaient hier encore. "

" Nous savons par Platon, rappelle-t-elle plus loin, que l’Attique – une partie de la Grèce – a été déboisée au cours des guerres entre Athènes et Spartes, en partie pour fournir des mats à la flotte des navires, et que c’est vers cette époque que les sources et les nappes d’eau sont rentrées sous terre. Nous savons que les Îles grecques parmi lesquelles nous nous promenons en admirant leur beauté, leur nudité, leur blancheur de marbre, étaient en réalité peuplées jusqu’à leur base par des forêts, des buissons, des plaines couvertes de fleurs, dont nous parlent les poètes du 6e siècle.

" Nous savons aussi, beaucoup plus près de nous, que les grands parcs de l’Angleterre ne se sont jamais tout à fait remis, récemment, du fait que tant de grands arbres furent abattus pendant la Première Guerre mondiale pour servir à consolider les tranchées. Nous savons par Ronsard et les poètes de la même époque que certains des hommes de ce temps étaient sensibles à la mort d’un arbre. "

Plus loin, Mme Youcenar pose une question troublante : " D’où vient donc cette espèce d’égarement de la conscience humaine? À mon avis, certes, de la convoitise qui désire profiter des biens terrestres le plus possible et d’une espèce de méfiance envers les hommes d’autres pays ou d’autres races qui veulent les distancer dans certains domaines; du désir de tout utiliser pour aller jusqu’au bout de la richesse, pour construire un condominium là où il y avait un lieu paisible encore à l’état original où des foules, les unes après les autres, finissaient par trouver un peu de fraîcheur ou de paix. " On devrait faire parvenir ce texte à ces gens qui caressent le projet de construire des condos sur le Mont-Royal et de réduire ainsi l’espace vert de la Montagne… Elle disait aussi, à un moment, que " la formule Terre des hommes est extrêmement dangereuse, [car] la Terre appartient à tous les vivants et nous dépendons, en somme, de tous les vivants. "

Pour terminer, j’aimerais vous communiquer cette histoire qu’elle tire du Tao Te King et qui semble très symbolique de notre situation : " Près d’une vieille ville chinoise qui avait une belle colline, avec une belle forêt. Les habitants de la vieille ville étaient très contents. Dans un pays où il fait chaud, ils allaient chercher l’ombre et aussi quelques fruits; ils se promenaient, offraient des sacrifices aux dieux de la région et enfin, tout était bien. Tout d’un coup, on s’est dit : ‘ On a besoin d’un grand édifice en bois, on va couper les arbres sur la moitié de la colline. ’

" Il restait encore l’autre moitié où les gens pouvaient se promener et personne ne se plaignait. Au bout de quelques années de plus, on a eu besoin d’un second grand édifice et on a coupé l’autre moitié des arbres sur l’autre moitié de la colline. Les coupeurs d’arbres ont dit : ‘ Ne vous agitez pas! Ils reviendront… ’ En effet, ils sont revenus et au bout d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années, il y avait déjà là une jeune forêt. Au bout encore d’une dizaine d’années, on s’est dit : ‘ Nous avons besoin d’arbres, coupons cette nouvelle forêt puisqu’elle revient. ’ Elle est revenue, plus modestement. Et de nouveau, au bout de quarante ou cinquante ans, on l’a coupée. Cette fois-là, elle n’est pas revenue et il n’y a plus un seul arbre sur la montagne sacrée. "

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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