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Émission du mardi 15 juin 1999 |
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VLB et
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" Il sentit bouillonner son vieux sang britannique et répéta : Jamais! dun ton vitriolique. "Jules Gendron |
Je me suis plongé dans cet ouvrage de 566 pages, absolument remarquable, dont je tiens absolument à vous parler dès le début de lémission. Il nest pas nécessaire de faire léloge de Victor-Lévy Beaulieu, tout le monde sait que cest un écrivain tout à fait remarquable. Je pense aux ouvrages quil a consacré à Monsieur Melville, entre autres. Mais cest un aussi un éditeur étonnant qui a déniché des uvres étonnantes et qui a, pour la première fois en 1974, publié un livre qui sintitule Manuel de la petite littérature du Québec qui constitue le numéro 22 de la collection des uvres complètes de VLB, publié aux Éditions Trois-Pistoles. Les textes qui y sont recueillis viennent dun peu partout et nous parlent un peu de ce que nous étions autrefois. Des textes qui viennent de lAmi du foyer, des caricatures dautrefois, des textes sur léconomie domestique à lécole primaire venant de la Congrégation de Notre-Dame. Des textes très significatif. Il y avait beaucoup de curés, de médecins qui écrivaient en ce temps-là. |
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BEAULIEU, Victor-Lévy. Manuel
de la petite littérature du Québec, Collection des oeuvres
complètes de VLB, no.22.
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Linscription de la quatrième couverture résume la démarche de léditeur : " Le culte débridé des saints, des mystiques, des illuminés et des infirmes, nous ne sommes pas loin de la Grande noirceur. Et cest cette grande noirceur, ayant étouffé des générations de Québécois, quexplore Victor-Lévy Beaulieu, tout ce ptit monde rétréci, replié sur lui-même et sur ses phantasmes cest au travers de ces documents tous plus émouvants les uns que les autres que seffectue ce voyage dans le délire, témoignages auxquels sajoute une iconographie dépoque présentant bien les horizons restreints qui nous cernaient de toutes parts. On parle ici de Ludivine Lachance, linfirme des infirmes, sourde-muette et aveugle; de nos stigmatisés et de nos martyrs en devenir, de la tuberculose et de lalcoolisme, des monographies de paroisses et des écrivains obscurs; des poètes naïfs et des pamphlétaires : la petite littérature du Québec constitue un véritable panorama de la souffrance, de la dérision et du désespoir collectif. " Un ouvrage remarquable de Victor-Lévy Beaulieu, un collage étonnant de documents saisissants. |
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ARSENAULT, Abbé E. " Des nuds dans la gorge ou lhistoire dun bûcheron québécois typique ", Manuel de la petite littérature du Québec, Éd. Trois-Pistoles, 1999. |
" Javais 14 ans et nous étions 14, chez nous. Nous achevions de labourer et de dérocher notre dernière pièce, quand le père ma dit : Jos, on ne pourra pas semer, ici, le printemps prochain, si on hiverne, tous, à la maison; jai un paiement de terre de 50 $ à rencontrer le 1er avril et je ne sais pas où le prendre. Jétais tanné de manger de la galette de sarrasin et des cailles; on mavait dit quau chantier, on avait des beans au lard, trois fois par jour. Jai répondu au père : Je vais aller vous le chercher votre 50 $. " En 1902, nous étions entourés de bois, mais les grandes compagnies nétaient pas encore arrivées par ici. Il fallait aller loin. Jai dû faire 80 milles à pied avant darriver à la cash (bureau dengagement). On payait 0,50 $ par jour, 10 heures douvrage. Cétait vrai quon mangeait des beans; et on trouvait ça bon. Je nai pas vu ni beurre, ni sucre, ni tarte, ni patate, de lhiver. On travaillait avec autant dambition que les jeunes daujourdhui, qui travaillent à la job. On nous classait en gang de six et on nous donnait une talle. Toutes les semaines, notre rendement était affiché à la porte du camp. Ceux qui arrivaient les meilleurs recevaient une livre de tabac, de la main du grand foreman; ça, ça nous donnait le feu au corps. " Dans ce temps-là, on se couchait en javelles (tous dune rangée, comme les poignées de grains quon coupait à la faucille et que lon couchait les unes à côté des autres). Un seul drap, de 40 à 50 pieds de largeur couvrait tous les bûcherons, couchés sur des billots de 10 pieds fendus en 2 et mis, à plat, sur le plancher. Ceux qui le voulaient pouvaient mettre des branches de sapin sur ce pavé, et en guise doreillers; au commencement ça sentait bon, mais ça ne durait pas longtemps. Moi, je couchais à côté dun vieux tAnglais; il me donnait 0,05 $ par semaine, parce que le bonhomme était obligé de se lever, la nuit; et je lui gardais sa place lousse : ce qui nétait pas toujours facile. Avec ça, je payais mes manches de haches, quand javais le malheur den casser. Il nétait pas encore question de scie; tout se faisait encore à la hache. " Après 99 jours douvrage, le foreman décida de clairer tous ceux de mon groupe. Ça membêtait parce que javais dit à mon père que je retournerais avec 50 $ et je nen avais que 49 $. Jallai trouver mon vieux tAnglais et lui dis : Il faut que vous marrangiez ça. Jai pu travailler, encore 4 jours. Après mon foreman ma settlé (payé) 100 cents, dans la piastre, et je suis parti avec 51 $. Arrivé à Saint-Côme (à 60 milles de Saint-Camille), jaurais pu me faire mener chez nous pour 4 $, mais jai décidé de me rendre à pied. Je suis parti le matin, à 3 heures et demie et à 10 heures du soir, jarrivais chez nous. " Mais il faut tout dire : jai dû monter la côte, à quatre pattes, je ne voyais plus clair. En me voyant, mon père me dit : Mais comme tu es magané, tu regardes plus vieux que ton oncle Baptiste. Cétait vrai, mais jétais content de pouvoir déplier, sur la table, 50 belles piastres et 35 sous. Tu peux garder la petite change , me dit le père. Jen avais assez pour lété. " Ce récit a été réécrit par lAbbé Arsenault. Il fait partie de ce document saisissant qui représente, comme on le dit ici, un monument, " véritable panorama de la souffrance, de la dérision, et du désespoir collectif ". Ce qui me frappe beaucoup cest les dates sous certaines des photos. Il marrive de dire : ah que cest loin ça! Puis tout à coup, je réalise que jétais né, à cette époque-là. Parfois ça membarrasse un peu, pour ne rien vous cacher. [rires] |
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La "personne immédiate"
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Je me suis évidemment demandé ce que ça voulait bien vouloir dire. Cest une personne qui " sest remodelée au point dêtre aujourdhui inadaptée à ce qui nest pas immédiat ". Ce que je comprends, cest quil sagit dune personne qui voit à court terme; ne pas voir plus loin que son nez, en somme. Jessaie dutiliser mes propres métaphores pour saisir plus précisément ce que lauteur, Laurent Laplante, veut dire dans son ouvrage intitulé La personne immédiate. Vous savez sûrement que Laurent Laplante est un journaliste, un critique littéraire, qui a été éditorialiste au Devoir, un chroniqueur que lon entend fréquemment à Radio-Canada. Il est lauteur de nombreux travaux pour lInstitut québécois de recherche sur la culture, et il a publié des ouvrages remarqués : Le suicide, LUniversité Questions et défis, La police et les valeurs démocratiques, Linformation, un produit comme les autres?, etc. |
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LAPLANTE, Laurent.
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Jai toujours beaucoup de plaisir à le lire et cet ouvrage me paraît particulièrement important. Tout à coup, on prend conscience que lon a une vision très courte dans notre milieu. " Laurent Laplante, écrit-on en quatrième couverture, parcourt avec lucidité les trois cercles de la pensée immédiate , cest-à-dire de la myopie des citoyens, des décideurs et des intellectuels de notre société. " Je tiens à préciser que ce que je vous communique ici ne prolonge pas nécessairement la pensée de VLB, lorsquil commentait Le Manuel de la petite littérature du Québec. Mais ce nest pas sans apparentement, je dois dire. On dit que, dans cet ouvrage, Laurent Laplante " fournit une base dobservation concrète de nos conduites qui permet den élargir la portée et den préciser les enjeux. Il sattache à repérer et à décrire minutieusement les symptômes dun mal de lintelligence . " La bêtise humaine, si vous voulez, telle quelle est pratiquée dans notre région. Elle est pratiquée, en fait, sur lensemble de la planète, également. " Le mal de lintelligence " est une formule créée par Tocqueville qui avait diagnostiqué et observé ce phénomène au cur de la démocratie moderne. Lun des chapitres parle " des victimes parfois voraces ". Il a le courage décrire ce que dautres pensent, mais peut-être pas de façon aussi articulée et réfléchie que lui et quils nont pas toujours le courage de dire. À un moment, par exemple, il est question de " lhistoire de ces pauvres gens auxquels un très méchant ministère du Revenu, joublie lequel, réclamait le remboursement davantages fiscaux auxquels ils navaient apparemment pas droit et quils avaient pourtant encaissés. Divers médias laissaient entendre quil sagissait dun abus de force caractérisée de la part dun ministère qui, nul nétait besoin de le prouver, était présumé se complaire dans lextorsion. Il faut dire quune certaine victimite tend à se répandre dans notre société : tout le monde se dit la victime de tout le monde et du Système, en particulier. " Au bout de quelques jours, une autre dimension de laffaire affleure pourtant. Il sagit, apprend-on, de montages financiers fort astucieux, pour recourir à un euphémisme. Des astucieux les ont imaginés, des astucieux les ont mis en marché, un public dastucieux a flairé la bonne affaire et sest précipité pour empocher les retombées de lastuce. Dailleurs, les retombées promises étaient plantureuses. Le client achetait sans acheter tout en achetant des actions aux couleurs de debentures équivalant (presque) à des obligations, et tout cela seffectuait grâce à un emprunt qui nen était pas un, mais que la banque traitait comme une valeur collatérale, pour prêter sans prêter tout en prêtant. " Bref, des contorsions pour adultes consentants seulement, mais qui promettaient un rendement homérique en échange dun risque à peu près nul. Seule condition requise : faire confiance à ceux qui avaient lair de comprendre quelque chose au labyrinthe proposé Des gens firent confiance, parièrent, rêvèrent ", etc. Finalement, ils ont été pris [rires], alors ils ont gueulé. " Avec un bel ensemble et une impressionnante conviction, ils hurlèrent alors à lacharnement fiscal. Eux étaient les bons et lui, le méchant ", ajoute ironiquement Laplante. définitionPour revenir à " la personne immédiate ", lauteur précise ainsi de qui il sagit : " La personne immédiate, cest lêtre humain acclimaté, acculturé à son présent habitat, certes, mais aussi lêtre humain qui a perdu la capacité et même le désir de sonder longuement le pourquoi des choses, qui ne détient plus le don dentrevoir le scandaleux avant quil règne et de se prémunir contre la barbarie dès quelle pointe, qui ne parvient plus à rêver avec un entêtement farouche dune vie plus fraternelle, dont la myopie est telle quil nentrevoit même plus en quoi sa dignité de citoyen peut être engagée. " de supposées victimesÀ propos des " victimes voraces ", il ajoute : " Pleurer sur lépaule de lÉtat quand on a essayé dexploiter à fond une faille dans la législation de lÉtat, cest exiger à la fois le statut de conquérant et la sécurité du père de famille. Cest, selon une formule qui convenait comme un gant au suave président des défunts Nordiques de Québec, Marcel Aubut, socialiser le risque et privatiser les profits . " Quelle formule extraordinaire! [rires] Cest vrai quil ne sest jamais réglé ce problème-là. " Socialiser le risque et privatiser les profits " cela veut dire : coupez les impôts, construisez des édifices, des voies daccès, des stationnements, etc., puis quand il y aura de largent, on va lempocher. Laurent Laplante cite plus loin Tzvetan Todorov qui selon lui " prévoit avec justesse les conséquences civiques de cette myopie ", dans un ouvrage qui sintitule LHomme dépaysé, paru au Seuil en 1996. Il le cite : " La première forme de renoncement à lautonomie concerne les individus isolés; elle consiste à se penser systématiquement comme non responsable de son propre destin, voire comme une victime. Tous les visiteurs européens sont frappés par ce trait de la vie américaine : ici, on peut toujours chercher la responsabilité des autres pour ce qui ne va pas dans votre vie. " Le même phénomène se retrouve aussi en France, cependant. Par exemple, il est question des poursuites intentées récemment contre les fabricants de cigarettes par les veuves des fumeurs français. " Selon les avocats de la poursuite, écrit lauteur, les pauvres victimes navaient jamais été vraiment avisées des risques du tabagisme... Comme quoi linfluence américaine se répand partout dans le monde. Si ça continue, la moitié de la population va devenir avocate. Sil ne l'a pas rejointe, lhexagone se rapproche rapidement de lhystérie américaine. Dautre part, je dépasserais Todorov en ceci : ceux que je vise ne se contentent pas dimputer à autrui ou à la société ce qui ne va pas dans leur vie. Ceux dont je parle revendiquent simultanément le droit de tout risquer et celui dêtre compensés lorsque leur calcul savère erroné. Droit au prestige du découvreur, et droit concurrent à lalibi de la myopie. " [rires] tutoiementUn passage mintéresse particulièrement : il a trait au tutoiement. Évidemment, je suis très inquiet de lhabitude que lon a prise maintenant, un peu dans tous les milieux, de tutoyer. Jétais heureux de lire ce chapitre, parce que jy ai trouvé des réflexions que je navais pas encore obtenues de mon propre cerveau sur cette question que je trouve déplorable. Lauteur fait observer ceci : " Au nom dune certaine pédagogie dans la pleine fidélité aux suaves conseils du docteur Spock au permissivisme impossible , des cohortes denseignantes et denseignants ont elles-mêmes incité leur élèves à une familiarité dont ils ne savent plus aujourdhui comment se libérer. Demander à un enfant si son institutrice est gentille, cest sexposer à une réponse du genre : Claire? Elle est bien correcte. " Parce que la mentalité de la personnalité immédiate a contaminé lécole autant que le reste de la vie collective. Là comme ailleurs, on a pensé que rien ne valait la proximité, limmédiateté, la familiarité et quil fallait donc abolir tout ce qui pouvait ressembler à une distance, à un recul, à une quelconque différenciation. Tout cela, bien entendu, pour le bien de lenfant quon risquait de traumatiser si on ne lui manifestait pas suffisamment de connivence copain-copain. Coupons court au convaincant plaidoyer sur lamour et le respect que portent à leurs parents ceux et celles qui, pourtant, les tutoient. " Cela est si patent que rien ne sert dergoter là-dessus. Il y a des gens que lon déteste et contre lesquels le vouvoiement sert de protection, tout comme il y a des parents et des patrons quon tutoie naturellement tout en leur vouant un respect profond. Cela, je le répète, est vrai. Ce qui, par ailleurs, est également vrai, cest que tous les gens ne nous sont pas également proches et que tous nont pas le même droit à notre intimité ou à nos manifestations privilégiées de chaleur humaine. Tutoyer tout le monde est aussi stupide, impoli, irresponsable que vouvoyer lhumanité entière en ignorant les liens du sang et de lamitié. Le problème, cest que la personne immédiate insiste, en myope quelle est, pour situer tout le monde dans le champ de son tutoiement, y compris les personnes quelle ferait mieux de vouvoyer et celles par qui elle devrait se faire vouvoyer. " Il donne ensuite quelques exemples frappants : " Quune caissière de 20 ans, depuis son guichet, demande à une dame de 75 ans : As-tu ton carnet? , cela est disgracieux. Peut-être de plus en plus fréquent, mais toujours disgracieux. Que la personne qui me répond au téléphone et mapprend que son patron est absent me demande, sans savoir qui je suis et sans mavoir jamais rencontré : Veux-tu lui laisser un message? , cela part peut-être dun beau naturel, mais cela, assurément, est grossier. " Jai trouvé bien intéressant ce quil rapporte là-dessus. À un moment, il raconte laventure de Robert Bourassa qui avait dit au courriériste parlementaire, pour faire preuve de simplicité : " Appelez-moi Robert , disait-il, même à de très jeunes journalistes qui, bien sûr, se vantaient ensuite de leur intimité avec le pouvoir politique en se prenant pour Raspoutine, Machiavel et Pierre Salinger confondus. Le résultat fut catastrophique et confirma ladage selon lequel la promiscuité engendre le mépris . On assista alors, au désarroi et au scandale des journalistes incapables de quelque recul, à des conférences de presse dune navrante grossièreté : Voyons Robert, disait à voix forte tel scribe particulièrement immédiat, tu veux quand même pas nous faire croire ça? " Plus loin, Laurent Laplante ajoute que cest de mal parler le français que de tutoyer tout le monde. Pour rendre justice à lauteur de cet ouvrage, je vais vous donner lecture de ce dernier paragraphe concernant le tutoiement, parce que je ne voudrais pas vous donner limpression quil est devenu cassant ou irascible. Pas du tout. " Soyons clair. Je ne suis pas assez fou pour penser que les États généraux sur léducation auraient atteint leur objectif et renouvelé léducation québécoise autant que nécessaire sils sétaient bornés à recommander le rétablissement dans toutes les classes du vouvoiement. Je naffirme pas non plus sottement que le français permette de meilleures négociations daffaires que laméricain, ni quil faille remettre à la mode le français des précieuse ridicules . Je dis simplement que le français réussit aussi bien que dautres langues à établir un dialogue sur mesure avec les autres cultures et à effectuer le lent travail dapprivoisement quaiment la plupart des relations humaines et quoublie trop souvent le pragmatique américain. Et jen conclus quune initiation aux nuances du vouvoiement prépare au respect des autres mieux que le nivellement culturel et linguistique auquel sabandonne trop souvent la personne immédiate. " Dans un chapitre, il nous parle des " parents immédiats ". " Pour son plus grand malheur, pour celui de ses enfants et à sa courte honte, la personne immédiate adopte parfois, quand elle simprovise père ou mère comme nous le faisons tous, des méthodes déducation dont les conséquences lui échappent et qui dailleurs la préoccupent assez peu. [rires] Il a du mordant Cela sétend de son attitude devant la violence physique à son rejet des travaux scolaires. Cela caractérise aussi bien son comportement général face à lécole et à lenseignement, que sa démission quant à tout ce qui servirait de base et de formation civique. " Le parent immédiat juge vite, durcit ses positions plus vite encore et présume quil sera facile de gérer dans dix ans les comportements que sautorise lenfant daujourdhui. En élevant ses enfants sans jamais les évaluer correctement et en empêchant souvent lécole de jouer pleinement son rôle, la personne immédiate cultive une myopie en forme de bombe à retardement : elle ne voit pas les humbles commencements de ses difficultés futures. Pour séveiller au risque dont certains comportements portent le germe, elle attendra que la situation soit devenue intenable.[ ] " Je simplifie? Je caricature? À peine, ajoute-t-il plus loin. Oublions les détails de ce tableau réducteur mais retenons-en les axes. Retenons que les personnes immédiates qui pullulent dans notre société ne voient pas la violence même quand elle naît sous leurs yeux. Ces personnes ne comprennent pas, parce quelles ne perçoivent pas que la dimension actuelle de la violence, que la totalité du monstre, est déjà dans luf rose ou bleu. [ ] " Face au monde scolaire, ces parents immédiats comprendront mal le partenariat. Ils nieront ouvertement à lécole la compétence et le droit de les alerter quant aux comportements inquiétants de leur progéniture. Ils exigeront de lécole quelle garde fidèlement leurs enfants, mais ne lui permettront pas dexprimer ne serait-ce que des réserves à leur sujet. Un enseignant na besoin que dune poignée de parents aussi immédiats derrière ses élèves pour vivre lenfer. " Car ces parents immédiats nacceptent pas le regard dautrui sur leur progéniture. Puisque leurs enfants sont leurs enfants, ce qui est assez peu discutable, ils concluent quils sont, ce qui est davantage sujet à controverse, les plus qualifiés pour évaluer tous leurs gestes. Si lécole leur dit que leur fiston bouscule tout le monde dans la classe, les parents immédiats répondent : Ça ne se peut pas; ce nest pas son genre. Ou encore : On a dû le provoquer. Moi, je lui ai simplement dit de se défendre. Ni écoute, ni enquête, mais affirmation instantanée. [ ] " Au cas où lon entretiendrait des doutes quant à la myopie des parents immédiats face à léducation de leurs enfants, quon prenne la peine d'écouter ce quobtiennent comme réaction parentale ceux qui, dans les écoles et les commissions scolaires, ont le mandat légal de téléphoner aux parents lorsque les enfants sont absents de lécole. Dans une proportion scandaleuse des cas, les parents bénissent aveuglément la décision prise par lenfant et surtout par ladolescent. Ça ne le tentait pas ce matin ouvre le répertoire des endossements faciles. Avec, en provenance dune mère décidément tolérante, lexcuse plus rare : Le char de son chum partait pas! Je ne sais pas où il trouve ces phrases aussi étonnantes, telles que la suivante : Il a tué hier (sous-entendu un orignal) et il navait pas le temps daller à lécole. La liste est longue et très colorée ", conclut Laurent Laplante à ce propos. " La guerre des éteignoirs, que notre société a menée autrefois contre des parents québécois qui ne voulaient rien entendre de la scolarisation, devra-t-elle reprendre contre les parents immédiats pour quenfin notre collectivité salphabétise de façon au moins minimale? " demande-t-il. Il est question aussi du décrochage scolaire. Bizarrement, " quand on les interroge, un an après le décrochage scolaire de leur enfant, 18% des parents se disent parfaitement daccord avec le décrochage de leur rejeton, et 32% se disent assez daccord . " Jen viens à me demander sil ne faudrait pas obtenir un permis pour être autorisé à avoir des enfants Ce qui a été suggéré à plusieurs reprises déjà. |
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