PAR...  

 

Émission du jeudi 10 juin 1999

  

Éducation : La Méthode Morin 

Edgar Morin

 

Aujourd’hui, il sera question des défis que nous avons à relever, et de la nécessité de " repenser la réforme et de réformer la pensée ".

La formule n’est pas de moi : elle est d'Edgar Morin. Vous savez l’importance qu’on a accordée depuis 28 ans à ce philosophe que nous citons assez souvent à l’émission. Son dernier ouvrage, La tête bien faite, vient de paraître aux éditions du Seuil. Un titre comme celui-là reprend la fameuse formule de Montaigne qui expliquait que l’éducation ne consistait pas à faire des têtes bien pleines mais à faire des têtes bien faites.

L’idée que Morin reprend de ses autres ouvrages, et qu’il applique dans ce livre au monde de l’éducation, se résume ainsi : nous entrons dans un univers plus complexe qui nécessite plus une formation générale que spécialisée; ou des intérêts généraux plutôt que spécialisés. Non pas que la spécialisation soit inutile et ne réponde pas à un besoin, mais il faut posséder une culture générale derrière tout cela pour être en mesure de faire face au fonctionnement de plus en plus complexe de notre société.

D’après :

MORIN, Edgar. La tête bien faite, Éd. du Seuil, Coll. " L’histoire immédiate ", 1999.

 
En avant propos de ce livre, Edgar Morin nous indique ce qu’il attend de l’éducation : " Kleist a bien raison, écrit Morin : ‘ Le savoir ne nous rend pas meilleur ni plus heureux. ’ Mais l’éducation peut aider à devenir meilleur et, sinon heureux, nous apprendre à assumer la part prosaïque et vivre la part poétique de nos vies. " Au début de son ouvrage, Morin cite également un mathématicien du nom de Lichnerowicz : c’est la première fois que j’entends parler de ce monsieur, mais s’il est cité par Edgar Morin, il est sûrement quelqu’un de crédible. Il dit : " Notre Université présente forme à travers le monde une proportion trop grande de spécialistes de disciplines prédéterminées, donc artificiellement bornées, alors qu’une grande partie des activités sociales, comme le développement même de la science, demande des hommes capables à la fois d’un angle de vue beaucoup plus large et d’une focalisation en profondeur sur les problèmes, et des progrès nouveaux transgressant les frontières historiques des disciplines. "

Comme le précise un peu plus loin Edgar Morin :

" Il y a inadéquation de plus en plus ample, profonde et grave entre nos savoirs disjoints, morcelés, compartimentés entre disciplines, et d’autre part des réalités ou problèmes de plus en plus polydisciplinaires, transversaux, multidimensionnels, transnationaux, globaux, planétaires. "

Le fond de cette question est abordé dans ses trois livres – qui constituent ce qu’on appelle " La Méthode " de Edgar Morin – dans laquelle, justement, il essaie de nous montrer jusqu’à quel point nous devons répondre maintenant de nécessités complexes. Pour résultat que nous devons être formés à la complexité et non pas seulement à la spécialisation. Il est question d’un défi culturel.

le défi culturel

" La culture est désormais non seulement découpée en pièces détachées, mais aussi brisée en deux blocs, explique Morin. La grande disjonction entre la culture des humanités et la culture scientifique – un des thèmes majeurs sur lesquels Morin revient beaucoup dans son œuvre –, commencée au siècle dernier et aggravée dans le nôtre, entraîne de grandes conséquences pour l’une et pour l’autre. La culture humaniste est une culture générique, qui, via la philosophie, l’essai, le roman, nourrit l’intelligence générale, affronte les grandes interrogations humaines, stimule la réflexion sur le savoir et favorise l’intégration personnelle des connaissances. La culture scientifique, de nature toute autre, sépare les champs de connaissance; elle suscite d’admirables découvertes, de géniales théories, mais non une réflexion sur le destin humain et sur le devenir de la science elle-même. " Morin parle ensuite de défi sociologique.

le défi sociologique

" L’information est une matière première que la connaissance doit maîtriser et intégrer ", fait d’abord observer le philosophe. C’est bien vrai, car on peut se placer devant la radio ou la télévision pendant des jours, des semaines, voire des années, sans intégrer les informations transmises dans un ensemble compréhensif et cohérent, que seule la connaissance permet de maîtriser et d’intégrer. " La connaissance doit être en permanence revisitée et révisée par la pensée ", remarque-t-il ensuite. Je suis tout à fait d’accord avec le sens de cet exposé parce que je trouve que c’est vraiment là que se trouve la solution : une culture générale sur laquelle la culture spécialisée peut prendre appui. Mais une culture en formation continue.

l’aptitude générale

À propos de l’aptitude générale, Edgar Morin est d’avis que l’on doit favoriser en particulier la philosophie dans la formation. " La philosophie doit éminemment contribuer au développement de l’esprit […]. La philosophie est avant tout une puissance d’interrogation et de réflexion qui porte sur les grands problèmes de la connaissance et de la condition humaine ", estime-t-il. Sans oublier l’intérêt que l’on trouve dans une formation générale à certaines notions qui risqueraient autrement de nous échapper complètement, comme, par exemple, l’idée d’une noosphère (noos, mot grec qui signifie esprit), un concept qui vient du paléontologue et philosophe Pierre Teilhard de Chardin, ou l’idée de la logosphère, la sphère de la parole, etc.

la noosphère

Edgar Morin définit plus loin la noosphère comme " la sphère de l’imaginaire, des mythes, des dieux, des idées ". " Nous ne sommes pas seulement possesseurs d’idées, nous sommes aussi possédés par elles, capables de mourir ou de tuer pour une idée. […] Les idées ne sont pas seulement des moyens de communication avec le réel, elles peuvent devenir des moyens d’occultation. L’élève doit savoir que les hommes ne tuent pas seulement dans la nuit de leurs passions, mais aussi dans la lumière de leurs rationalisations. " C’est pourquoi on peut en voir certains adopter et encourager des régimes totalitaires et désastreux pour l’humanité, en général.

" Le monde technique et scientifique ne voit que comme ornement ou luxe esthétique la culture des Humanités, alors que celle-ci favorise ce que Simon appelle le ‘ general problem solving ’. " Simon est l’un de ces spécialistes de la réflexion philosophique sur l’éducation qu’Edgar Morin cite à plusieurs reprises dans son dernier ouvrage.

 
"  Connaître et penser, ce n’est pas arriver à une vérité absolument certaine, c’est dialoguer avec l’incertitude.  "

Edgar Morin

 


la philosophie pour apprendre à vivre et à affronter l’incertitude

" L’apprentissage de la vie doit donner à la fois la conscience que la ‘ vraie vie ’, pour prendre l’expression de Rimbaud, n’est pas tant dans les nécessités utilitaires auxquelles nul ne peut échapper, mais dans l’épanouissement de soi et de la qualité éthique de l’existence, que vivre nécessite de chacun à la fois lucidité et compréhension, et plus largement la mobilisation de toutes les aptitudes humaines, écrit Edgar Morin dans un chapitre qui s’intitule ‘ Apprendre à vivre ’. C’est pour l’apprentissage de la vie que l’enseignement de la philosophie pourrait se revitaliser. Il pourrait alors fournir en viatique les deux produits les plus précieux de la culture européenne : la rationalité critique et autocritique, qui justement permet de s’auto-observer et permet la lucidité, et d’autre part, ce qui apparaîtra dans le chapitre suivant : la foi incertaine ", prévient l’auteur.

Morin suggère à un moment que nous sommes entrés dans un monde d’incertitudes. Il consacre d’ailleurs tout un chapitre à ce thème – " Affronter l’incertitude " – car il estime qu’il faut maintenant apprendre à vivre de plus en plus avec l’incertitude. Il me semble que pour les occidentaux, cette préoccupation est très orientale. Depuis le Moyen Âge, on s’éveillait plutôt à l’idée qu’il y avait une certitude dans le monde, à commencer par Dieu, la hiérarchie, etc. : tout semblait fonctionner comme une grande mécanique universelle. Puis, un jour, la science ne corrobore plus du tout ce point de vue et soutient, au contraire, que nous vivons dans un monde d’incertitudes.

L’auteur résume très bien cette idée dans la phrase suivante : " Le plus grand apport de connaissance du 20e siècle a été la connaissance des limites de la connaissance. La plus grande certitude qu’il nous ait donnée est celle de l’inéliminabilité d’incertitudes – c’est-à-dire qu’on ne peut pas délimiter les incertitudes par une définition, puisque ce sont justement des incertitudes –, non seulement dans l’action mais dans la connaissance. […] Il convient de faire converger plusieurs enseignements, mobiliser plusieurs sciences et disciplines pour apprendre à affronter l’incertitude ", précise-t-il ensuite.

les incertitudes

Peut-être vous demandez-vous à quelle incertitude il fait allusion? Pour commencer, à cette espèce de " trahison ", si vous me permettez l’expression, des physiciens qui s’étaient plongés dans l’histoire de la science pour trouver des explications logiques et matérielles qui continueraient la vision de Newton, mais qui sont plutôt revenus avec des trucs comme la découverte des quanta et une conception du monde. Pour reprendre le texte de Morin, une conception du monde qui " a sapé la validité absolue du principe déterministe ".

Pour appuyer sa réflexion, Morin arrive avec cette description pour le moins étonnante. Je n’y comprends pas tout, je vous dirai, mais j’ai bien envie de la citer : " Elle [cette découverte des quanta qui a révolutionné la science] a renversé l’Ordre du monde, grandiose reliquat de la divine Perfection pour y substituer une relation dialogique (à la fois complémentaire et antagoniste) entre ordre et désordre. Elle a révélé les limites des axiomes identitaires de la logique classique. Elle a rétréci le calculable et le mesurable à une province dans l’incalculable et le démesuré. " Et c’est dans ce monde-là que nous vivons. [rires]

la seule certitude

On pourrait avoir l’impression d’être assis dans un wagon de l’histoire et qu’on nous entraîne quelque part. Cela pourrait être vers le progrès ou autre chose. Mais c’est une illusion, car, aujourd’hui, nous savons que nous allons vers l’incertitude. La seule chose dont nous pouvons être certains c’est qu’il existe une " incertitude historique liée au caractère intrinsèquement chaotique de l’histoire humaine ", précise Edgar Morin. " L’aventure historique a commencé il y a plus de dix mille ans – C’est encore très jeune… – Elle a été marquée par des créations fabuleuses et des destructions irrémédiables. Il ne reste rien des empires égyptien, assyrien, babylonien, perse, ni de l’empire romain qui avait pu sembler éternel. De formidables régressions civilisationnelles et économiques ont suivi de temporaires progressions. L’histoire est soumise aux accidents, perturbations et parfois terribles destructions de masse de populations et civilisations.

" L’histoire humaine subit certes des déterminations sociales et économiques très fortes, mais elle peut être déviée ou détournée par événements ou accidents. Il n’y a pas de lois de l’histoire. Il y a au contraire échec de tous les efforts pour congeler l’histoire humaine, en éliminer événements et accidents, lui faire subir le joug d’un déterminisme économico-social et/ou la faire obéir à une ascension télécommandée.  "

Peut-on alors parler de progrès? " Nous sommes arrivés à la grande révélation du 20e siècle : notre avenir n’est pas téléguidé par le progrès historique, révèle Edgar Morin. Les défaillances de la prédiction futorologique, les échecs innombrables de la prédiction économique (en dépit et à cause de sa sophistication mathématique), l’effondrement du progrès garanti, la crise du futur, la crise du présent ont introduit partout le ver de l’incertitude. "

la nécessité de redéfinir la mission éducative

En somme, pour faire face à l’incertitude, il revient à cette idée qu’il faut avoir un mode de pensée " capable de relier et de solidariser les connaissances disjointes ", pour aller au-delà des contradictions apparentes, finalement. Il explique plus loin que, pour aller au-delà des contradictions, il faut vraiment que l’éducation redevienne une mission.

Il arrive ensuite avec cette fameuse question que posait Karl Marx: " ‘ Qui éduquera les éducateurs? ’ " Morin répond : " Ce sera une minorité d’éducateurs, animés par la foi dans la nécessité de réformer la pensée et de régénérer l’enseignement. – Ce qui laisse supposer une foi dans la culture, une foi dans les possibilités de l’esprit également. Puis, cette précision importante : – Ce seront des éducateurs qui ont déjà en eux le sens de leur mission. "

Puis, aux trois " fonctions impossibles " de Freud, soient éduquer, gouverner et psychanalyser, Morin ajoute : " C’est que ce sont plus que des fonctions et des professions. Le caractère fonctionnel de l’enseignement conduit à réduire l’enseignant au fonctionnaire. Le caractère professionnel de l’enseignement conduit à réduire l’enseignant à l’expert. L’enseignement doit redevenir non plus seulement une fonction, une spécialisation, une profession, mais une tâche de salut public : une mission. Une mission de transmission. " Sa position est très claire, comme on peut le voir ici.

l’art de la transmission

" La transmission nécessite évidemment de la compétence, mais elle requiert aussi, outre une technique, un art, explique l’auteur. Elle nécessite ce qui n’est indiqué dans aucun manuel, mais que Platon avait déjà indiqué comme condition indispensable à tout enseignement : l’éros, qui est à la fois désir, plaisir et amour, désir et plaisir de transmettre, amour pour la connaissance et amour pour les enseignés. L’éros permet de dominer la jouissance liée au pouvoir au profit de la jouissance liée au don. C’est cela qui, en tout premier lieu, peut susciter le désir, le plaisir et l’amour de l’élève et de l’étudiant.

" Là où il n’y a pas d’amour, il n’y a plus que des problèmes de carrière, d’argent pour l’enseignant, d’ennui pour l’enseigné. La mission suppose évidemment la foi, ici foi dans la culture et foi dans les possibilités de l’esprit humain. La mission est donc très haute et difficile puisqu’elle suppose en même temps art, foi et amour. "

les traits essentiels de la mission enseignante, selon Morin

fournir une culture qui permettra de distinguer, contextualiser, globaliser, s’attaquer aux problèmes multidimensionnels, globaux et fondamentaux;

préparer les esprits à répondre aux défis que pose à la connaissance humaine la complexité croissante des problèmes;

préparer les esprits à affronter les incertitudes qui ne cessent de s’accroître, non seulement en leur faisant découvrir l’histoire incertaine et aléatoire de l’Univers, de la vie, de l’humanité, mais en favorisant en eux l’intelligence stratégique et le pari pour un monde meilleur;

éduquer pour la compréhension humaine entre proches et entre lointains;

enseigner l’affiliation – il parle ici de la France, mais on peut généraliser (nation, société, collectivité)  – à son histoire, à sa culture, à la citoyenneté […];

enseigner la citoyenneté terrestre – moi, j’aurais écrit " planétaire "  – en enseignant l’humanité dans son unité anthropologique et ses diversités individuelles et culturelles, ainsi que dans sa communauté de destin propre à l’ère planétaire, où tous les humains sont confrontés aux mêmes problèmes vitaux et mortels. "

Je suis convaincu qu’Edgar Morin est l’un des grands penseurs de notre époque. Parfois, sa pensée nous oblige à marcher prudemment pour ne pas être entraîné par l’ouragan de sa réflexion, car il aborde de grandes et lourdes questions – pour lesquelles il faut une tête bien faite…

Freud, qui disait que éduquer, gouverner et psychanalyser étaient trois fonctions impossibles par définition [rires] avait le sens de l’humour, c’est évident.

 

  

  Retour au début-
  

Les visages du Savoir :
le Sage, l’Illuminé, le Dilettante

D’après :

GODIN, Christian. " Les visages du savoir total ", Sciences et Avenir, Hors-série N° 118, mai-juin 1999.

 

Louis Pasteurle Sage

Avez-vous eu l’occasion de voir une photo de Pasteur, jeune? Je vous le souhaite car c’était un très bel homme lorsqu’il était jeune. Il est question de Louis Pasteur dans le dernier numéro de Sciences et Avenir car il représente, dit-on, une tendance. Dans cette étude, il est question des personnalités-types qui représentent le " savoir total ". On nous en propose trois : le sage, l’illuminé et le dilettante.

Pasteur, selon cette étude, représente le sage " ou le savant " que Christian Godin, dans " Les visages du savoir total ", dit " tourné vers la Vérité, [qui] tient le savoir total pour la récompense d’une longue patience : entre Pasteur jeune et Pasteur vieux, il y a toute une aventure de l’esprit. De même qu’il est deux manières d’avoir sur un paysage une vue complète, le contempler d’une hauteur ou bien additionner les points de vue possibles sur lui, de même le sage pourra embrasser du regard le panorama des idées à partir du système ou bien à partir de l’encyclopédie. "

l’Illuminé

On nous présente ensuite l’illuminé : L’Illuminé conçoit le savoir total comme une révélation – et non pas un travail de recherche scientifique. Ce savoir, obtenu par initiation ou par intuition, n’est pas le résultat d’une recherche ni a fortiori une invention. Il est déjà présent tout entier à l’origine, il ne s’agit que de l’arracher aux puissances du secret. – Et l’auteur, Christian Godin, un philosophe, ajoute cette précision – Tous les ésotérismes prétendent posséder une clé universelle capable d’ouvrir toutes les portes. Pour eux, les signes, loin d’être arbitraires, sont l’image des choses mêmes. L’Illuminé, dont le Dalaï-Lama représente aujourd’hui l’image la plus célèbre, désire ne faire plus qu’un avec le tout, soit qu’il l’accueille en lui, soit qu’il se fonde en lui. "

le Dilettante

Ensuite, vient le troisième type : le Dilettante. On le représente par Louis Jouvet dans le costume du Don Juan de Molière. " Le Dilettante remplace le travail du sage par le jeu. Alors que l’Illuminé croit à la révélation soudaine du tout par la vertu magique d’un seul symbole, que le Sage espère arriver à la possession du Tout par l’accumulation obstinée des signes, le Dilettante, lui, oublie le contenu des images et des mots au profit de leur seule forme. Il ne butine pas, il ne tisse pas sa toile, il papillonne. Nietzsche à son propos parlait de ‘ Don Juan de la connaissance ’. Indifférent au vrai, il prend l’accessoire pour l’essentiel. En fait, il ne sait rien, mais il ne le sait pas. " [rires]

  

  Retour au début-
  

Tout est dans tout

  

" Tout est dans tout ", disait le philosophe grec Anaxagore. Et Sainte-Beuve avait ajouté : " Et vice-versa ". Quelqu’un qui ne savait pas que Sainte-Beuve était le nom d’un auteur et non une sainte, s’était exclamé : " Tout est dans tout, et la Sainte avait bien raison! " [rires]

D’après :

VERLET, Loup. " La pensée de Dieu ", Sciences et Avenir, Hors-série N° 118, mai-juin 1999.

 
Je me suis plongé littéralement dans un univers de philosophes, de physiciens, et d’astrophysiciens. À un moment, j’ai été fort étonné de trouver cette idée audacieuse avancée par Stephen Hawking : " Si nous découvrons une théorie complète – qui explique l’ensemble de l’univers –, elle devrait être compréhensible dans ses grandes lignes et par tout le monde et non par une poignée de scientifiques. […] À ce moment, nous comprendrons la pensée de Dieu. "

Qu’est-ce qu’on entend par " La théorie du Tout "? Ce serait une équation qui tiendrait compte de la situation survenue immédiatement dans la fraction de seconde qui a suivi le Big Bang. Ce qui n’est pas simple, parce qu’il y a eu des interactions : l’interaction gravitationnelle et l’interaction électromagnétique – les seules que l’on connaissait autrefois –, mais voilà qu’arrivent deux autres interactions : la nucléaire forte et la nucléaire faible. Ce sont donc quatre interactions fondamentales qui ont été découvertes, jusqu’ici, par les astrophysiciens et les physiciens.

On explique ici : " Immédiatement après le Big Bang, l’univers était dominé par une seule interaction. Cette superforce se serait ‘ brisée ’ en quatre interactions ou mécanismes appelés ‘ transitions de phase. ’ " Mais il est difficile de leur trouver quelque chose qu’elle puisse avoir en commun. Il fallait donc trouver une équation qui permette de savoir ce qui était là au tout début de l’univers, si l’on accepte, bien sûr, que la théorie du Big Bang marque le début de l’univers. Imaginez-vous que les astrophysiciens se sont rendus, pour se poser cette question, à dix milliardième de seconde après le Big Bang!

Ils sont donc presque arrivés à cet instant extraordinaire qui nous permettrait, selon la théorie de l’astrophysicien Hawking, de connaître la pensée de Dieu. Rien de moins!

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

 Retour au début du texte