PAR... | Émission du mardi 1er juin 1999 | |||
Le chien dUlysse | ||||
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Il y a un bon moment que je ne vous ai pas raconté dhistoire de chiens. Jai découvert récemment ces mots du poète Maeterlinck : " Des cloisons imperméables séparent les espèces. Une seule exception : [ ] parmi toutes les formes de la vie qui nous entourent, pas une, hors le chien, na fait alliance avec nous. " Cela me fait encore plus apprécier ma chienne, la blanche Cybèle. | ||||
GRENIER,
Roger. | Maeterlinck,
dautre part, se méfiait du cheval, de lâne, du mouton, de la poule,
et du chat quil jugeait comme " un animal féroce qui nous maudit
dans son cur mystérieux. " Il se méfiait même des végétaux,
cest tout dire
Et pourtant, il était persuadé que le chien cétait
tout autre chose. Le chien jouit dun grand privilège : " Il
est le seul être vivant qui ait trouvé et reconnaisse un dieu indubitable, tangible,
irrécusable et définitif. Il sait à quoi dévouer le meilleur de soi. Il sait à
qui se donner au-dessus de lui-même. Il na pas à chercher de puissance parfaite,
supérieure et infinie dans les ténèbres, les mensonges successifs, les hypothèses
et les rêves. " Même Napoléon, dans le Mémorial de Sainte-Hélène, parle des chiens, rappelle lauteur. " Il raconte quen Italie, il parcourt un champ de bataille dont on na pas encore enlevé les morts. Un chien est auprès du cadavre de son maître, gémit, lui lèche le visage. " Jamais rien, sur aucun de MES champs de bataille, ne ma causé de pareille impression. ", écrit Napoléon. Lui qui, pourtant, affirmait que la mort dun million dhommes nétait rien. " Javais, sans émotion, ordonné des batailles qui devaient décider du sort de larmée; javais vu dun il sec exécuter les mouvements qui amenaient la perte dun grand nombre dentre nous; et ici, je me sentais ému, jétais remué par les cris et la douleur dun chien ! " Curieux personnage. " Joséphine, quand elle épousa Bonaparte, refusa de chasser de son lit un carlin nommé Fortuné, qui avait lhabitude de dormir avec elle. Alors, le général dut partager avec Fortuné la couche de la belle créole. " [rires] | |||
| Je trouve un tas dautres anecdotes savoureuses dans ce petit bouquin qui sintitule Les larmes dUlysse, paru chez Gallimard. Il a dailleurs remporté en France une mention pour le Prix des amis des bêtes. À un moment, Roger Grenier qui en est lauteur, explique pourquoi le titre de son ouvrage fait mention dUlysse; le récit est fort étonnant : " Beaucoup de chiens sappellent Ulysse. Mais le chien dUlysse, comment sappelait-il ? Argos. Il attend son maître dans des conditions moins confortables que Pénélope. Toujours prudent, le roi dIthaque, lorsquil aborde enfin dans son île, sest rendu méconnaissable avec la complicité dAthéna. Et pourtant, Argos le reconnaît. Négligé maintenant en labsence du maître, il gisait, étendu devant le portail, sur le tas de fumier des mulets et des bufs, où les serviteurs dUlysse venaient prendre de quoi fumer le grand domaine. Cest là quArgos était couché, couvert de poux. Il reconnut Ulysse en lhomme qui venait et, remuant la queue, coucha les deux oreilles; la force lui manqua pour sapprocher de son maître. Ulysse lavait vu; il détourna la tête et essuya une larme. [ ] Poséidon, avec lesprit vindicatif quon connaît aux dieux, sétait en vain acharné sur Ulysse mais, lui arracher une larme na été donné quà son vieux chien. " Il raconte plus loin quElisabeth von Arnim, cousine de lécrivain britannique Katherine Mansfield, a écrit son autobiographie à travers lhistoire de ses chiens : " Parents, maris, enfants, amants et amis ne manquent certes pas de mérites, fort grands même, mais enfin, ce ne sont pas des chiens. " [rires] | |||
![]() Jaime bien revenir à cette question des chiens car je pense que certains dentre vous, qui me connaissent un peu mieux que la moyenne des ours, savent que je suis très attaché aux chiens en général et au mien, en particulier. Avant la belle Cybèle, il y a eu Horus et avant lui Platon. | ||||
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Les racines du mal | ||||
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On trouve depuis peu, dans plusieurs revues et magazines, des articles qui portent sur la barbarie humaine, sur les racines psychologiques de cette barbarie et de cette psychose collective qui, tout à coup, envahit un peuple en lattirant dans le gouffre, dans le chaos, un peuple civilisé qui nest pas exempt de pulsions génocidaires, etc. Cela donne beaucoup à réfléchir sur la nature humaine et on serait tenté de penser que notre cas est peut-être sans espoir. Et pourtant, selon le Tribunal international, lorsquil est question de crimes contre lhumanité, laccusé est présumé innocent tant que le procès na pas eu lieu. Je veux parler ici du cas de Milosevic. Cette question nous oblige à nous interroger, une fois encore, sur des personnages comme Hitler, Pol Pot, sur la barbarie systématique que nous avons connue pendant ce siècle, mais qui nest pas propre à notre siècle en particulier, rappelons-le. | ||||
ADLER, Alexandre. " Les racines psychologiques ", Psychologies, mai 1999 | Jai
trouvé une étude dAlexandre Adler, agrégé de lhistoire, qui est aussi
directeur éditorial de lhebdomadaire Courrier International, dans
laquelle il énumère certaines lois de comportement dont les irrégularités peuvent
entraîner un peuple même civilisé dans des pratiques génocidaires :
1) " Un sentiment justifié ou non de menace interne qui pèse sur lexistence du groupe et sa capacité à se projeter dans lavenir. 2) Une rupture importante du système traditionnel de croyances sous limpact dune modernisation hâtive et incomplète. 3) Une montée au pouvoir dun groupe qui doute de sa légitimité et qui, de ce fait, a besoin de lasseoir sur des actes de violence explicitement tournés vers le dehors dehors implicitement menaçant pour son propre peuple. 4) La volonté dun noyau criminel de diffuser le plus largement possible sa propre culpabilité en impliquant le plus grand nombre dans ses forfaits. " Adler arrive à la conclusion suivante : " Chacun de ces quatre grands traits se retrouve, à des degrés inégaux mais constants, dans les grandes expériences génocidaires, ou plus simplement meurtrières à grand échelle, de ce siècle qui sachève. " Cest extrêmement troublant. En parallèle, il fait un rappel de la situation des Turcs, des Slaves, des Khmers au Cambodge, etc. | |||
" Nous sommes, finalement, les filles et les fils de Caïn. " | À
propos de Milosevic, on a parlé " dune étiologie suicidaire "
un vécu, pourrait-on dire qui se traduirait par une volonté
inconsciente de se suicider. " À nen pas douter, il y a chez
lhomme une acceptation active du désastre et un savoir-faire certain pour
en capter de la jouissance ", soutient Adler. Cest
peut-être, en effet, la seule explication plausible à sa passivité devant leffondrement
de son pays. " Cest le secret de son affinité profonde avec
la pègre. Ce facteur un suicidaire potentiel qui gère sa passion sur le
dos dun peuple entier, tout en jouissant intensément de sa position de pouvoir
absolu dans linstant est loin dêtre négligeable. Coupé de la
pulsion de son chef, rien ne dit que le peuple serbe ne retombera pas rapidement
dans des comportements meilleurs. Ce constat est également un terrible plaidoyer
en faveur de la violence légitime. " Cela revient à admettre que la personne qui irait assassiner Milosevic rendrait service à tout le monde. Mais, personnellement, je suis davis quil faut toujours être très prudent face à ce quon entend dire de ces événements car peut-être sommes-nous, nous-mêmes, victimes dune propagande ? Et dabord, peut-on dire quil sagit de propagande ? Ces articles sont-ils biaisés, ou juste un peu, ou trop ? Doit-on tout accepter ce que lon nous dit à propos de ces gens ? Une chose est certaine : les faits que lon rapporte sont fort troublants et on se demande comment un peuple peut arriver à se laisser gouverner dans des conditions pareilles. Mais cest aussi la réflexion quon se faisait par rapport à Hitler, à un autre moment. Il faut bien dire, quaprès coup, cest un peu facile de porter ces jugements-là Adler, qui est historien, fait observer " quune catastrophe morale comme celle du Kosovo, que nous vivons en direct sur nos écrans, pose toujours la question fondamentale des causes du mal, des origines anthropologiques du sadisme. Et ce, particulièrement quand tout un peuple semble se trouver pris en bloc dans une sorte de névrose destructive collective semblable à celle que les ethnologues hollandais avaient rencontrée au 19e siècle en Indonésie. " Son article réfère à plusieurs faits historiques qui, pour la plupart, me sont inconnus. " Mais cette terrible guerre, ajoute-t-il, nest pas une spécificité meurtrière propre à lâme serbe. Cest important de le rappeler. Au contraire, elle tendrait plutôt à faire apparaître des régularités, des similitudes, avec des comportements dautres sociétés confrontées à des problèmes plus ou moins équivalents. Des pulsions qui demeurent celles dindividus, en dernière instance, libres de leur choix sont comme catalysées dans une réaction de masse où se précipitent des représentations sociales déjà en suspension. " Autrement dit, cest autour de ces personnalités névrotiques que se cristallise une attitude qui est déjà latente dans la société, en général. [ ] " Hitler, Mao, Pol Pot, et aujourdhui Milosevic, ninventent rien qui nappartienne déjà au fantasme meurtrier des pulsions les plus négatives. Mais, en organisant un gigantesque passage à lacte, ils deviennent les auteurs de véritables crises paroxystiques. Le danger, lorsquon analyse ce genre de phénomène, cest avant tout de se laisser entraîner dans des explications trop larges, de type métaphysique, qui ne tarderaient à retomber sur le " mal radical " (une formule que lon retrouve chez Saint Augustin, une lecture théologique du péché originel dont on serait porteur etc.). Quand il est question du " mal radical ", il me vient à lesprit cette métaphore : " Nous sommes, finalement, les filles et les fils de Caïn. " Puisque, selon la légende, Adam et Ève nayant eu que deux fils, et laîné Caïn ayant tué son frère Abel, nous serions donc tous des descendants de Caïn | |||
BELAID-SERHANI, Lakhdar. " Mira, maîtresse du clan et de la Grande Serbie ", LÉvénement, du 13 au 19 mai 1999. |
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PERAS, Delphine." Un purificateur obsédé par lidée de souillure ", LÉvénement, du 13 au 19 mai 1999 | Dans un autre article, jai pris connaissance dun entretien accordé par Françoise Sironi, qui est ethnopsychiatre en France, à Delphine Peras du magazine LÉvénement. Lethnopsychiatrie est née du fait quon sest aperçu à un moment que la psychiatrie comportait un aspect culturel et quelle ne peut permettre de soulager les problèmes psychologiques que chez ceux qui participent de la culture où est née cette médecine. On a donc entrepris dorienter les recherches auprès dautres sociétés, pour découvrir comment on sy prenait pour traiter une névrose en Asie, ou en Afrique, par rapport à la façon de laborder en Occident. Madame Sironi est lauteur dun ouvrage dont le titre est Bourreaux et victimes, paru aux Éditions Odile Jacob. Daprès cette spécialiste, la purification ethnique entreprise par Milosevic résulte des rapports entre son histoire et celle de la Serbie. Elle le perçoit comme porteur de lhistoire collective. " Son père sest tiré une balle dans la tête, sa mère sest également suicidée, ainsi que son oncle. Ces antécédents familiaux peuvent-ils expliquer les dérives totalitaires de Milosevic ? Je pourrais vous faire, dit-elle, un diagnostic psychiatrique en disant que toute sa famille était folle, que Milosevic a souffert de labsence de son père, ou encore quil est maniaco-dépressif. A mon avis, ce serait un peu court. " Elle raconte avoir suivi des patients qui ont vécu le même genre de drames et qui ne sont pas devenus pour autant des personnages semblables à celui de Milosevic. " Il me semble plus intéressant danalyser comment son histoire personnelle rejoint lhistoire collective de la Serbie. Je suis frappée par leur adéquation. Milosevic apparaît comme lun de ces " fracassés " de lhistoire dont il ne suffit pas de coincer les névroses pour en comprendre les agissements. Le personnage me paraît indissociable dun contexte historique où il a toujours été de plain-pied : né pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été impliqué dans les soubresauts politiques et économiques de son pays. Idem pour ses parents. Son père, prêtre orthodoxe, a été obligé de fuir au Monténégro, sans doute pour des raisons politiques et sa mère était une communiste très engagée. Ils ont vécu des choses graves; leur suicide ne relève certainement pas du simple fait divers. Je suis surtout frappée par les soupçons de trahison dont ses parents ont fait lobjet et qui imprègnent lhistoire de Milosevic, tout comme celle de sa femme, Mirjana, dont la mère a été fusillée par son propre camp. Ainsi, les époux Milosevic nont eu de cesse de racheter leur image familiale respective, de la purifier en somme. Dès lors, on voit comment le terme de purification joue à la fois pour lhistoire personnelle de Milosevic et de sa femme, et pour celle de la Serbie. Il a repris les mythes fondateurs de son pays qui corroboraient son histoire à lui. " Le sujet me fascine beaucoup peut-être parce que je suis un dramaturge frustré je nai pas écrit pour le théâtre depuis très longtemps. Car, il faut bien le dire, Milosevic est un personnage extrêmement intéressant pour la dramaturgie. Certaines informations le concernant sont tout à fait ahurissantes. Par exemple, " Milosevic est convaincu que le mal est du côté des autres. Sil se sent dans son bon droit, cest parce quil est une histoire de purification. Le peuple serbe a été souillé donc il faut rétablir sa dignité. [ ] Je note aussi, poursuit Françoise Sironi, limage sacrificielle dans lhistoire de la Serbie. Depuis son mythe fondateur qui nest autre quun massacre, la défaite serbe de 1389 au Kosovo, qui a causé près de 70 000 morts, Milosevic se réfère sans cesse à cette image de souillure initiale. En revenant à son histoire à lui, on constate que le sang a également coulé dans sa famille. " | |||
| Daprès :
RAYSKI, Benoît. " La faillite morale dune guerre qui se voulait juste ", LÉvénement, du 13 au 19 mai 1999. |
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Connaissez-vous lexobiologie ? | ||||
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La science qui étudie la possibilité dune vie extraterrestre sappelle lexobiologie. " Exo ", veut dire " de lextérieur ". On doit réaliser que cet intérêt scientifique date de peu car, au début, cétait se couvrir de ridicule que de montrer un certain intérêt pour une question comme celle-là. Les scientifiques qui se sont intéressés à cette éventualité de communiquer un jour avec des civilisations extraterrestres ont été considérés comme des fous, ou presque. | ||||
JULLIEN, Emmanuel. " Un monde frère dans lunivers. Et si E.T. cétait nous ? ", LÉvénement, du 13 au 19 mai 1999. | On
comprendra donc le risque énorme quont pris, en septembre 1959, deux chercheurs
de la Cornell University, en faisant paraître un article scientifique sous le
titre : Searching for interstellar communications dans la revue britannique
Nature. Il y a 40 ans de cela. Dans ce texte, ils proposaient découter les fréquences radio tombant du ciel afin de tenter détablir un contact avec les civilisations extraterrestres. Ils étaient bien courageux, cest le moins quon puisse dire, car la communauté scientifique nétait pas prête à écouter sans rire ce genre de propos, dans les années 50 ! Depuis, tout à changé, surtout depuis quon a installé Hubble dans lespace, qui permet de regarder plus loin dans le passé du cosmos. On se rend compte maintenant quil y a comme une nouvelle géographie cosmique qui sétablit et senrichit peu à peu, à la mesure des découvertes. On a identifié récemment un système planétaire qui tourne autour dUpsilon dAndromède, constitué de trois planètes énormes autour dune étoile. On peut se permettre de supposer que lune dentre elles abrite peut-être des traces de vie, puisque la vie semble ne pas demander autre chose quun peu deau, de carbone et quelques autres éléments pour apparaître. La vision que lon a de lévolution souvre maintenant sur une théorie que les scientifiques appellent la panspermie (pan veut dire " toute " et spermie vient du mot " sperme ", bien sûr). Qui se résume à dire : la vie vient dailleurs et va ailleurs. Dans cette étude, on arrive toutefois à ce constat troublant : " la vie naurait pas eu le temps matériel sur Terre pour se développer spontanément à partir dune " soupe primitive ", deau et de molécules carboniques. " Il faut donc envisager que des bactéries seraient arrivées à bord de " on-ne-sait-quoi " précisément pour le moment. [rires] Par exemple, à lintérieur de certains météorites. Il est possible également, " quà la suite de limpact dun gros bolide sur une planète, des morceaux de roche soient éjectés dans lespace : des bactéries sont tout à fait capables de supporter de telles conditions de décollage. " On établit des hypothèses mais une chose, selon moi, est certaine : la vie est dabord et avant tout faite pour les bactéries. Et il est de plus en plus probable que nous venions nous-mêmes de ce monde fantastique, à lextérieur de cette planète ; que nous soyons des poussières détoiles " Seul le fantastique a des chances dêtre vrai ", estimait Pierre Teilhard de Chardin. | |||