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Émission du mercredi 26 mai 1999 |
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Papillons menacés |
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" Une disparition inquiétante " Eureka, mai 1999 |
Jai tout de même fini par apercevoir quelques papillons depuis le début de la belle saison qui est bien instable chez nous, me semble-t-il. Pour ne rien vous cacher, je surveille de près lévolution des papillons. Et je suis inquiet parce que jai observé ces temps-ci, après en avoir fait la découverte dans un livre, que de nombreuses espèces de papillons tendent à disparaître de plus en plus de nos contrées. Je me suis même rendu compte quon ne voyait plus autant de papillons maintenant quil ny en avait dans mon enfance. La raison est simple : au Québec, nous naimons pas les chenilles, et qui dit chenille dit parfois insecte nuisible Alors, on fait appel à des pesticides et des herbicides, qui sont en train de les éliminer. Non seulement Dame Nature risque-t-elle de se retrouver privée de lun de ses plus beaux atours, mais le phénomène représente un danger pour nos écosystèmes. Ça me chagrine beaucoup. |
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Rituels de la vie quotidienne |
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TANASE, Virgil. " Les mille et une façons de dire Bonjour ", Ça mintéresse, Printemps 1999. |
Saviez-vous que la poignée de main est un rituel qui remonte au singe ? En effet, certains singes tendent la main et la portent à la bouche pour demander de la nourriture. Toucher la main de lautre symbolise une promesse daide et notre étiquette veut que le dominant dun rang supérieur ou plus âgé, fasse en premier le geste. Tous ces rituels sont importants mais on a tendance à les négliger. On ne connaît pas le trésor dont on a hérité, autrement dit. Par exemple, vous avez les rappers aux États-Unis qui utilisent beaucoup le signe du " V ", que lon fait avec lindex et le majeur, sans se douter que cest le signe quemployait Churchill pendant la dernière guerre pour rappeler aux soldats quil fallait travailler fort pour parvenir à la victoire. Le V de la victoire, donc. Maintenant, ce geste symbolise une fraternité et une émancipation raciale commune, particulièrement entre les Noirs. Dans les habitudes rituelles, il y a aussi la révérence japonaise, qui comporte plusieurs degrés dinclinaison selon le rang de la personne à qui on la destine. Jai vu cela quand je suis allé au Japon. Parfois, on se penche tellement quil devient difficile de se relever. [rires] Cela sappelle " une révérence profonde " et suppose que la personne qui en est lobjet est dun rang très élevé. Soulever son chapeau, serrer la main, se frapper la poitrine, sincliner, ou sembrasser de façons différentes : deux, trois, quatre fois dans les pays européens, sont tous des gestes bien connus. Dans lEst de lEurope, les hommes baisent encore la main des femmes. Mais ici, depuis que Gratien Gélinas est décédé, il me semble quon ne voit plus personne baiser la main des dames. Gratien avait ce geste extraordinaire : il baisait la main dune dame et plaçait ensuite sa main sur sa joue, avec une certaine tendresse, je dirais. Ce nétait peut-être pas totalement désintéressé, qui sait [rires] Ces gestes mintéressent car ils montrent que nous sommes des animaux sociaux. À chaque fois que jen ai la confirmation, cela me rappelle que, malgré nos airs de prétention, nous sommes des singes, au fond. Quelquun me disait : " On ne descend pas des singes. Nous sommes des singes. " Les anthropologues, par exemple, ont noté que le contact des mains est fréquent chez les chimpanzés qui ont peu à peu transformé un geste de demande de nourriture en rituel dapaisement. Quand on fait un geste particulier et que lautre y répond, cest le signe de notre appartenance à un même milieu. Cest pour cela quon se salue. Les salutations remplissent une fonction sociale essentielle : elles permettent aux individus dopérer entre eux une mise en accord des codes de communication. Ce sont finalement des micro-rituels de la vie quotidienne. On peut les faire plus ou moins distraitement mais quand y porte attention, cela peut rendre la vie plus riche, dune certaine façon. Il ny a pas que les habitudes gestuelles. Jobservais, à loccasion dun récent séjour en Floride, que lorsque les gens se rencontrent, ils utilisent cette formule : " How re you doing ? " Il ne faut pas répondre à la lettre, bien sûr, car cest une adaptation du " How do you do ? ", qui est la salutation floridienne courante. Et linterlocuteur est sensé y répondre par la même question " How re you doing ?" En français, cest différent car lexpression " Comment allez-vous ? " ne traduit pas la formule anglaise, puisquon attend une réponse. Ce qui amène parfois des situations pénibles telles que : " Comment allez-vous ? " - " Ah si vous saviez ! Je vais vous raconter ce qui mest arrivé Ma grand-mère a attrapé la coqueluche et ma petite fille aussi et puis je me suis foulé la cheville et " Chez les Américains, le " How do you do ? " tient plutôt de la formule britannique. À un moment, ils ont aussi adopté le " Hi ! " anglais, un petit cri presque animal évoquant le salut de certains peuples de Tanzanie, disent les experts. Puis, il y a le " shalom " juif qui, chez les Bédoins, est devenu le " salam " qui signifie " paix à toi ". Ainsi va le monde |
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Ladmiration |
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On disait autrefois : " Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ", mais on a trouvé mieux : " Dis-moi qui tu admires, et je te dirai qui tu es. " Jaime bien me perdre dans un ouvrage qui contient des témoignages sur un sujet particulier. Dans un ouvrage de la Collection Morales des Éditions Autrement, il est question dadmiration. |
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PASQUIER, Emmanuel. LAdmiration : miettes dimmortalité, Collection Morales, Éd. Autrement, 1999 |
Japprends que " Platon admire Socrate, que Victor Hugo admire Shakespeare, que Baudelaire admire Edgar Poe et Delacroix, Whitman admire Emerson, Melville admire Hawthorne, Chateaubriand admire Byron pourtant plus jeune que lui de vingt ans, mais qui meurt le premier " (cest important parfois que celui quon admire soit mort, parce que ça donne plus de liberté. Ladmiration crée un lien ) Proust en admire plusieurs dont Vermeer et Sarah Bernhardt, " Beckett admire Dante, Proust et Joyce, Julien Gracq admire Poe, Breton et Jules Verne, Jean Genest admire Giacometti " cest intéressant parce que voilà un écrivain qui admire un sculpteur. Cela permet de garder une certaine distance, peut-être. Les hommes daction aussi sadmirent entre eux : " César admire Alexandre, Napoléon admire César, Churchill admire Nelson, et sans doute aussi Cromwell, Lénine admire Marx. " La liste est longue toute lhistoire y passe ! Je me suis intéressé au sujet parce que je crois avoir eu dans ma vie ladmiration facile. Jadmirais de près et de loin : Untel pour sa ténacité, Unetelle pour son intelligence, ou un autre pour son courage, etc. Je suis convaincu que ce sentiment ma beaucoup guidé sur mon chemin, parce que les gens que jai admirés ont été pour moi des phares dans la navigation nocturne de mon vécu. Ladmiration est considérée comme la première des passions. Cela tient de la surprise de lâme, de lémerveillement, de létonnement. Sans la surprise de lâme, sans lémerveillement, pas de curiosité intellectuelle. Pas de réflexion, pas de philosophie non plus. On tient cette idée de Socrate. À Théétète, un jeune homme qui assistait à ses exposés, le philosophe demanda un jour, non sans une légère ironie : " Tu me suis, jespère, Théétète ? " Lautre, resté un peu pantois, lui avait répondu : " Par les dieux, je suis perdu détonnement lorsque je me demande ce que tout cela peut être. Et il arrive quà le considérer, je me sente véritablement pris de vertige. " Et le maître philosophe de lui répondre avec bienveillance : " Cest la vraie marque dun philosophe que le sentiment détonnement que tu éprouves. " Je tire ces informations tripatives dun texte dEmmanuel Pasquier qui fait partie dun ouvrage collectif dont il est le directeur et qui sintitule LAdmiration : miettes dimmortalité. On trouve toujours des choses étonnantes dans Autrement, très souvent des auteurs qui sont un peu moins connus et quon va nous faire apprécier, ou parfois certains exposés. Lauteur commente : " Ce vertige de la raison contemplant des apparentes contradictions devant lesquelles elle sest elle-même mise, tâchant de comprendre, comme vient de lexposer Socrate, " que je suis en effet dans la suite de ce que je nétais pas auparavant, bien que je ne le sois pas devenu " |
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" Ladmiration est la première de toutes les passions "Descartes |
Dans cette anecdote, le jeune homme avoue son étonnement de savoir quil ne sait pas, " et ressentant cette ignorance comme laiguillon dun taon qui stimule son esprit, Socrate reconnaît lun des siens : Tu es bien le noble esprit que lon mavait annoncé, Théétète, et cest cette faculté dadmirer qui en est le signe. " On identifie trois notions clés dans ladmiration : ladoration, qui est dun niveau très élevé; limitation, et lenvie. Je découvre que Descartes a abordé cela dans le Traité des passions de lâme doù la formule : " Ladmiration est la première de toutes les passions ", qui nous vient de lui. Je ne me souviens pas davoir lu cet ouvrage, je vous lavoue humblement. La culture, vous savez, ça nest jamais quun filet; il y a toujours quelques trous dedans... On ne peut sattacher à lhistoire philosophique de ladmiration sans sattarder quelque peu sur ce Traité. Par exemple, Descartes affirmait : " Ladmiration est une subite surprise de lâme qui fait quelle se porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. " On voit quil prenait ladmiration en son sens détonnement. " Ladmiration, cest cette surprise devant la nouveauté, cet ébranlement que lon ressent devant les choses qui ne correspondent pas à notre attente. [ ] Descartes le résume en une belle formule : " Il ny a aucune passion que quelque particulière action des yeux ne déclare. " Pasquier commente : " Cela crée ce regard particulier, ce haussement des sourcils, cette immobilisation des yeux et cette fixation vers le lointain " Descartes soutient que : " Ladmiration est causée premièrement par limpression quon a dans le cerveau qui représente lobjet comme rare et par conséquent digne dêtre fort considéré. " Pourquoi est-ce " la première des passions ? " " Précisément, parce quelle est la surprise même, la mise en mouvement de lâme, qui est à lorigine commune de toute passion, poursuit lauteur. [ ] En ce sens, elle participe de ladmiration, commence avec ladmiration, se développe et enfle sous son influence : la surprise est " propre et particulière " à ladmiration et, lorsquelle se rencontre en dautres [passions], comme elle a coutume de se rencontrer presque en toutes et de les augmenter, cest que ladmiration est jointe avec elles. " Lorsque le modèle est la liberté, il ne saurait y avoir de " soumission " à ce modèle. Admirer en autrui la liberté, cest désigner lessence commune qui me lie à autrui : sa liberté me renvoie à ma propre liberté. " Il sagit dun exemple à partir de ladmiration que peut nous inspirer quelquun qui va vivre ou mourir pour la liberté. " Chez Descartes, explique Emmanuel Pasquier, plus loin, se mettent en place deux concepts distincts : ladmiration, dune part, qui sapplique au monde, à la merveille quest la Création, et notamment, à lhomme que son libre arbitre fait participer à lessence divine. À cela, sajoute cet autre concept, lestime, portant non plus sur lhomme en général, cest-à-dire sur la nature humaine, mais sur tel ou tel individu que lon admire pour lusage quil sait faire de ses facultés. " Jai beaucoup de plaisir à vous communiquer ces petits bouts de texte bien écrits, sur un sujet que tout le monde a limpression de connaître, mais finalement, en le creusant, on saperçoit de notre ignorance. Lauteur, à un moment, attire notre attention sur un trait caractéristique de ladmiration : sa sélectivité. Car on ne peut pas tout admirer ! Ce quon admire, cest lobjet de notre choix. " Là où lémerveillement devant le monde est ouverture du sujet sur la totalité, ladmiration est lélection dun objet particulier ou, plus précisément, dun individu en tant quil est véritablement sujet, cest-à-dire origine de ses propres actes et de ses propres pensées. " Voilà la différence entre ces deux mots que jemployais tout à lheure, à la suite lun de lautre comme sils étaient synonymes, alors quils ne sont quapparentés. |
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Dieu est-il fanatique ? |
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Lhomme dont je vais vous parler maintenant est justement quelquun pour qui jai beaucoup dadmiration. Cest un contemporain très impliqué dans la réflexion et dans laction. Il sagit de Jean Daniel, le directeur en chef du Nouvel Observateur. Cest curieux mais je considère que sa direction dun grand magazine fait aussi partie de son uvre, même si, au bout du compte, il sagit dune uvre collective. En tout cas, cest lui qui lanime. Il a écrit plusieurs ouvrages dont un qui sintitule Avec le temps. Ce livre très volumineux est constitué de ses carnets de 1970 à 1998. Je me demande comment il arrive à tenir des carnets aussi riches en notations aussi diverses et éclatées. |
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DANIEL, Jean. Dieu est-il fanatique ? : Essai sur une religieuse incapacité de croire, Éditions Arléa, 1996
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Je
me propose de limiter un peu au cours de lété, quand il y aura
un peu de mou dans mes voiles. [rires]
Il a eu souvent loccasion de sinterroger sur les intégrismes,
et dans lun de ses livres dont je vous ai déjà parlé, du reste, il
aborde la question du fanatisme. Le titre : Dieu
est-il fanatique ? Essai sur une religieuse incapacité de croire.
Dans cet ouvrage, il confie quil nest pas croyant mais que
cette incapacité de croire est étrangement de nature religieuse. Il se sent
tout de même relié au monde, à lunivers, à un sens, etc., précise-t-il.
" Selon le Petit Littré, Le fanatique est celui qui croit avoir des inspirations divines et qui est animé dun zèle outré pour la religion. [ ] On disait au 16e siècle que les fanatiques étaient des illuminés animés envers une religion, une doctrine ou une personne dune foi intraitable, et dun zèle aveugle. Les fanatiques sont intolérants et sectaires. Souvent exaltés, toujours excessifs. " Ce sont, spécifie-t-il, des définitions tirées de dictionnaires. " On voit que, littéralement, le fanatisme, qui implique une situation de dépendance vis-à-vis dune croyance ou dune cause ne saurait être attribué à Dieu, fait observer Daniel. Dieu, lui, ne peut pas être fanatique. Cest en quelque sorte humaniser Dieu que de laccuser de fanatisme. Dieu nest pas un illuminé. Il illumine. Il nest pas fanatique. Il fanatise. En tout cas, Il peut le faire. Mais Il peut aussi avoir des exigences telles que la divinité en lui se dégrade en humanité. " |
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À un moment, il parle de lidée de transcendance dans le présent et dans lavenir : " Pendant presque tout ce siècle, la foi dans le Progrès a parfois donné à croire quelle pouvait se substituer à la transcendance. De fait, lincroyance est souvent adossée à lespérance du progrès comme un substitut de divin et, en tout cas, de la religion. Mais les fabuleuses percées de la science ont si souvent nourri les plus grands malheurs de la conscience et la solitude de lindividu sen est trouvé si tragiquement avivée, que lon a vu samorcer le grand repli sur les origines et sur une tradition confondue avec une Révélation. On a beau errer autour de la démocratie, des droits de lhomme et de lhumanitaire, Dieu revient en contrebande de tous côtés, quand il nest pas brandi comme le sauveur suprême. On découvre alors que si le besoin de religion, comme le besoin de nation, demeure irréductible, il peut être satisfait par ce quil y a de pire dans lhomme : le fanatisme. Dautant que ce quon appelle le retour du religieux vient de se traduire par une forme plus raffinée que les autres dans la monstruosité. On avait coutume dinviter les vivants à se comporter comme des saints pour avoir accès au bonheur de la vie future dans lau-delà, voilà quon invite désormais des adolescents à tuer pour accéder au même bonheur. Il y a eu le temps du mépris. Il y a eu le temps des assassins. Connaîtra-t-on le temps des adorateurs dassassins ? " Une interrogation troublante " Perte des repères, crise du sens, vertige du doute, soif ou nostalgie dabsolu. Sans doute. On a fini par comprendre ! Et si le danger était plutôt de sortir du doute ? Si lincertitude sur la transcendance et sur lHistoire était le seul vrai rempart contre les tentations alternées du nihilisme et du fanatisme ? Si même le salut, oui, le salut, pourquoi pas était dans le questionnement et non dans la foi ? Si grâce à lindéterminisme qui nous vient des sciences, le fait pour lhomme de ne plus pouvoir exclure lexistence (ou linexistence) de Dieu était la providentielle manière pour Lui de séloigner des fureurs de lirrationnel, comme des arrogances du rationalisme ? Si enfin, cette création successive de lÊtre, de la Vie, et de la Conscience devait être repensée comme une tension dialectique entre le Créateur imaginé et les créatures abandonnées ? " Il ajoute plus loin : " Toutes ces questions nont pas de réponse. Sinon, elles affirmeraient la certitude que précisément elles récusent. Mais cest avec elles quil faut vivre, parce quau-delà du doute méthodique cartésien comme du " mol oreiller " de Montaigne, il ny a que le dur et sombre horizon de Sisyphe. " Cela réfère au personnage du mythe qui roule un lourd caillou de bas en haut dune falaise. Camus a exploité beaucoup ce mythe pour alimenter sa réflexion dans lun de ses ouvrages. Cest lidée quil faut pousser très fort sur un obstacle pour le monter jusquen haut puis, une fois arrivé, on se trouve trop fatigué pour continuer, alors la roche redescend et on recommence. Doù le sens de la phrase : " Cest avec elles (ces questions) quil faut vivre " Tous les jours on recommence et on recommence. La quête du sens. |
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DANIEL, Jean. Affirmation nationale et village planétaire, collection Les grandes conférences, Éditions Fidès et Musée de la civilisation, 1998 |
Individu et nationA un moment, jai reçu en cadeau un ouvrage bien particulier dont Jean Daniel est également lauteur. Dans cet ouvrage, jai découvert une conférence quil a prononcée au Musée de la civilisation, en 1997, sous le titre : Affirmation nationale et village planétaire. Un thème assez difficile à aborder. En voici un extrait : " Reprenons nos questions de savoir si la nation a un avenir; si elle est indispensable; si lon peut la séparer du nationalisme qui porte souvent, lui, la guerre. Si lon peut éviter quelle ne se dissolve dans un ensemble hétérogène; si la mondialisation ne la fait pas disparaître. [ ] Comment sannonce le futur ? De toutes les offensives menées contre lidée de nation, la plus intéressante est celle de lindividu. Ce sont les nouveaux rapports entre lindividu et la nation qui, avec les révolutions industrielles, ont créé la modernité. [ ] En fait, la modernité, cest lindustrialisation, plus la philosophie du progrès, plus lautonomie du sujet, cest-à-dire la naissance de lindividu. Mais ce nest pas forcément la nation. Lindividu soppose-t-il à la nation comme il le fait à la tribu, au groupe ou à la famille ? Lindividu est un phénomène récent. [ ] Voyageur sans bagage, maître de lui comme de lunivers, libéré de ses déterminations et de ses structures, citoyen du monde ne connaissant dautre frontières que celles du village planétaire. Déraciné définitif, transplanté permanent, il na dautre foi que celle du Progrès et de lAvenir. Bref, il na besoin ni du groupe ni de la tribu ni de la famille ni de la communauté ni du peuple ni bien sûr de la nation. Mais cet individu nexiste pas " Virtuellement, oui, mais dans la réalité, non. Ce qui lamène à cette conclusion : " Plus je réfléchis, plus jobserve, plus je commente et mieux jobserve que lheure de la disparition des nations nest pas encore arrivée. Et je trouve, pour ma part, que cest un bien. Si je choisis la nation, cest quelle est à mi-chemin entre lindividu et luniversel entre les racines et le progrès, cest parce quelle seule permet cet exploit qui relève de la gageure que jai appelé lENRACINEMENT DE LUNIVERSEL.. |
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