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Émission du jeudi 20 mai 1999

Le bonheur
est encore à la mode

 
D’après :

ARMANET, Max. " Le bonheur ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.

" À la veille de l’an 2000, le bonheur, cette idée vieille comme le monde reste une idée neuve. "

C’est ainsi que s’exprime Max Armanet dans un éditorial d’un numéro hors-série du Nouvel Observateur qui porte sur le bonheur. " Changer la vie est passé de mode, précise-t-il. L’époque appartient plus aux techniciens et aux gestionnaires – hélas – qu’aux visionnaires. Pourtant, face à cette désertion des utopies, s’il reste une chose à laquelle massivement nos concitoyens aspirent, c’est bien au bonheur! Être heureux, ici et maintenant. "

Je les envie beaucoup au Nouvel Observateur d’avoir l’audace et les moyens, grâce à leur grand public, de pouvoir s’attaquer à des thèmes comme celui-là. Ils ont déjà consacré un numéro au thème : La soif de Dieu; un autre, à La quête des origines; un numéro également à Sagesse et mystères de l’Égypte; un autre, dont le titre est : Un nommé Jésus : Il aurait 2000 ans.


le bonheur en quatre étapes

Ce numéro spécial sur le bonheur se divise en quatre sous-thèmes :

  1. L’attente : c’est un fait que, lorsqu’on attend un événement positif, on est heureux. L’attente de l’amour, de l’amitié, d’une récompense, de la naissance d’un enfant... Il y a peut-être aussi, au plan politique et social, l’attente d’un âge nouveau.
  2. L’instant : contrairement à l’attente, on s’aperçoit que tout est dans le temps au sujet du bonheur.
  3. La durée : le fait d’entreprendre une démarche difficile, louable, une mission, ou un combat et de réussir à faire durer l’entreprise, cela dégage, d’une certaine façon, du bonheur.
  4. Le temps retrouvé : le bonheur antérieur, si je puis dire. Retrouver dans le souvenir un moment heureux que l’on a vécu dans le passé. Cela va jusqu’à essayer de secouer les vieux mythes. Toute l’œuvre de Proust, d’ailleurs, est bâtie sur cette thématique.
D’après :

MISRAHI, Robert. " L’attente – La philosophie ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur mode d’emploi, N° 36, 1999.


le bonheur de l’attente

" L’attente comme vécu et l’anticipation comme pensée ou image sont les premières étapes de cette quête, nous dit le philosophe Robert Misrahi. Le désir est moteur, la jouissance est motivation et fin, et l’attente anticipatrice est le premier acte de ce grand mouvement. "

 
D’après :

SOLLERS, Philippe. " L’attente – Fantasmes ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur mode : d’emploi, N° 36, 1999.

"... jouer des fantasmes les plus crus de façon détachée."

le bonheur érotique de l’enfance

Ce n’est pas étonnant qu’on ait demandé à Philippe Solers d’écrire une page sur l’érotisme. Parce que l’érotisme aussi c’est l’attente, avec ses fantasmes, ses désirs, etc. Bien qu’on aurait pu le classer sous le thème du " Temps retrouvé ". Du moins, pour ce qui est du premier paragraphe de Solers, qui se lit comme suit : " Pourquoi l’érotisme rend-il heureux? Parce qu’il est un retour direct à l’enfance, à ses jeux, à sa gratuité, à sa profondeur de temps. L’enfant, on le sait depuis Freud, est un personnage polymorphe qu’on oblige ensuite, sous prétexte de normalité, à devenir un pervers honteux monomorphe (la famille, l’école et le travail s'y emploient…)[rires] L’adulte est en général un enfant durci, puritain malgré lui, péniblement pornographe.[…]

"Ce n’est pas par hasard que ‘ le vert paradis des amours enfantines ’ (Baudelaire) lui reste fermé ", poursuit Solers qui est d’avis que "l’érotisme est d’essence aristocratique ". " L’érotisme menace la société de surveillance et de calcul, parce qu’il convoque tous les sens en même temps. Ce n’est pas une affaire de ‘ cul ’ (même si). Il s’agit, avant tout, d’un bonheur de langage. On se touche en parlant, d’une certaine façon. […] Le bonheur, ici, c’est de pouvoir jouer des fantasmes les plus crus de façon détachée. […] L’érotisme ne respecte rien, sauf la justesse de l’exécution. Il est l’ennemi de toutes les pesanteurs et de toutes les idoles. "

Sollers prend un plaisir évident à nous " brasser la cage ", en arrivant avec la formule suivante : " Il ne sera pas mauvais de faire entendre aujourd’hui aux esprits moisis cette phrase d’André Breton, datant de 1926: ‘ Oh, monsieur, quelle femme que cette Jeanne d’Arc! Je crois que l’impudicité même avait établi toutes ses flammes dans le con de cette putain royale, la coquine était toute en feu et le foutre exhalait par ses pores. ’ " J’ai un peu hésité à vous communiquer cette citation de Breton car elle est de nature à faire dresser les cheveux sur la tête, mais je me suis dit que cela aussi fait partie de la culture classique.

D’après :

HOFFMAN, Jeffrey. " L’attente – L’apesanteur ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


le bonheur de l’immatériel

Toujours dans le sous-thème de l’attente, on retrouve une belle entrevue de l’astronaute de la Nasa, Jeffrey Hoffman :

" Après cinq vols dans l’espace, pouvez-vous être encore surpris? "

" Chaque jour offre de nouvelles merveilles. Je ne suis jamais resté suffisamment longtemps pour assister à des événements spectaculaires tels que les changements de saison. Mais j’ai pu contempler un ciel d’une extrême limpidité, avec des étoiles par milliers, d’une intense luminosité. Et surtout la fameuse light glow, une auréole subtile qu’on ne voit que de l’espace, constituée d’un anneau d’oxygène qui entoure la Terre. […]

" En cabine, je me réserve toujours un moment pour flotter. Un jour, immobile, je regardais la Terre par le hublot en écoutant de la musique, et peu à peu mes muscles se sont relâchés au point que j’ai perdu la sensation de mon corps : j’étais un pur esprit. C’est un vrai moment de bonheur, propice à toute forme de rêves. C’est l’expérience que je regrette le plus, l’apesanteur. " Intéressant.

D’après :

THUAN, Trinh Xuan. " L’attente – La voie lactée ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


le bonheur, la tête dans les étoiles

Il y a cet autre texte remarquable de Trinh Xuan Thuan. Nous en avons parlé à quelques reprises, et particulièrement à propos de son dernier ouvrage : Le chaos et l’harmonie (Fayard, 1998). Il raconte qu’il va régulièrement aux observatoires pour recueillir la lumière de l’univers.

" La tâche de l’astronome, explique-t-il, consiste à ce que ce message lumineux raconte la longue épopée du cosmos. Cette histoire est la nôtre puisque c’est l’univers qui nous a engendrés. […] L’astronome remonte dans le temps jusqu’à deux à trois milliards d’années après le Big Bang, l’explosion qui a donné naissance à l’univers voici une quinzaine de milliards d’années. Avec ses télescopes, l’astronome voit faible (des milliards de fois plus faible qu’à l’œil nu), donc loin. Or, voir loin, c’est voir tôt, car la lumière prend du temps à nous parvenir. Nous observons la Lune telle qu’elle était il y a un peu plus d’une seconde, le soleil tel qu’il était il y a huit minutes. La lumière qui nous provient d’Andromède, la galaxie la plus proche, est partie il y a deux millions d’années, quand l’homme est apparu sur Terre. "

Plus loin, pour décrire les télescopes, M. Thuan écrit : " Telles les flèches d’une cathédrale gothique qui s’élancent vers le ciel, des télescopes vont se dresser cette nuit pour recueillir la lumière du cosmos. Les télescopes sont les cathédrales du 20e siècle. […] C’est ce que nous apprend la cosmologie moderne : nous sommes des poussières d’étoile. "

D’après :

BURGUIÈRE, André. " L’attente – Une idée neuve ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.

 

Le bonheur ne s’éprouve pas, il se décrète!

l'idée neuve du 18e siècle

On cite abondamment Saint-Just, qui n’était pas un saint mais un homme politique de la tribune de la Convention, au moment de la Révolution française. Il disait, en 1794 : " Le bonheur est une idée neuve en Europe. "

" Le bonheur ne s’éprouve pas, il se décrète, affirme pour sa part André Burguière dans " L’attente – Une idée neuve ". C’est l’idée que l’on peut trouver ici-bas en plein accord avec soi-même. Si cette idée a mis tant de temps pour s’imposer aux hommes, c’est la preuve qu’elle n’était pas inscrite dans la nature et qu’il fallait, pour la faire naître, une véritable révolution mentale. " Il faut préciser ici que c’est l’idée du bonheur qui a alimenté toutes les idéologies : le marxisme, le socialisme, etc.

André Burguière estime que la naissance de cet intérêt pour le bonheur collectif est une étape très importante dans l’histoire de l’humanité. Mais il faut reconnaître qu’on le retrouvait déjà chez Platon, lorsqu’il était question de la démocratie, et chez Solon également, considéré comme le père de la démocratie en Grèce. C’est quand même à partir du siècle des Lumières qu’on s’orientera vers la recherche du bonheur collectif. " Dans ce giganstesque laboratoire qu’est devenue la société des Lumières, s’insinue peu à peu la conviction qu’il ne peut y avoir de bonheur durable qui ne profite qu’à un seul homme ", rappelle cet historien.

Il poursuit dans le même sens : " Si, au moment où s’exprime Saint-Just, l’idée du bonheur comme impératif politique est encore neuve en Europe, la recherche du bonheur est inscrite comme un droit imprescriptible dans la Déclaration des droits américains depuis 1776 et la nécessité de garantir ‘ le bonheur commun ’ figure dans la Constitution du Massachusetts. En France, l’idée du bonheur commun était conçue comme l’obligation en soi de réduire les inégalités (chez Condorcet ou Mably), soit d’assurer à tous le nécessaire Sous la Révolution, on est passé à l’idée d’une égale répartition du bonheur entre les citoyens. Les Sans-culottes chantaient : ‘ Tous à la même hauteur, voilà le vrai bonheur! ’. Le mouvement de balancier entre le repli sur la recherche immédiate d’un bonheur privé et la projection sacrificielle dans la réalisation future d’un bonheur public n’a pas cessé depuis de rythmer notre histoire. " Un projet de société, autrement dit.

D’après :

SOLLERS, Philippe. " L’instant – L’orgasme ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


le bonheur dans  l’instant

Notre spécialiste de l’érotisme, Philippe Solers, rattache le mot " orgasme " au sous-thème de l’instant : " Le mot ‘ orgasme ’ (du grec orgân, ‘ bouillonner d’ardeur ’), a d’abord désigné les accès de colère, note l’auteur. Transposé à la sexualité, il est sensé indiquer ‘ le plus haut point du plaisir sexuel ’. Bien entendu, le modèle de définition reste officiellement le moment de l’éjaculation masculine (seule vérifiable). Tardivement, le dictionnaire admet qu’une femme peut avoir deux sortes d’orgasmes, un vaginal, un clitoridien, et qu’elle ‘ peut éprouver plusieurs orgasmes successifs au cours du même coït ’.

" Tout cela reste mécanique et assez confus (c’est le moins qu’on puisse dire). Car, après tout, l’homme peut avoir des orgasmes sans grande jouissance, comme il peut aussi éprouver un vif plaisir prolongé sans orgasme. L’orgasme est-il obligatoire? – Quelle bonne question…[rires]  D’un point de vue reproductif, oui, mais on sait que cette nécessité a du plomb dans l’aile. Quant aux orgasmes féminins, leur observation‘ de l’extérieur ’ reste pour le moins hypothétique. Chacun et chacune est ici renvoyé à son intimité la plus intime. L’assimilation, enfin, de l’orgasme à une ‘ petite mort ’ est plus révélatrice qu’il n’y paraît. Il y aurait ainsi, tabou suprême, du plaisir à mourir? Possible. "

D’après :

LACARRIÈRE, Jacques. " L’instant – Le hasard ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.

 

"Le bonheur simple existe sans qu’il faille pour cela gravir les échelons du ciel.
Le bonheur parfait est plus rare mais demeure malgré tout accessible.
Le bonheur suprême est, au choix, un mirage ou un miracle. "

On trouve également sous ce thème un article de Jacques Lacarrière, un auteur que j’aime beaucoup. Pour décrire le bonheur, il imagine une pyramide à trois degrés, " comprenant en son socle le bonheur simple, au milieu le bonheur parfait, au sommet le bonheur suprême ". Il existerait, d’après lui, " une archéologie du bonheur, et sur ce thème, deux points de vue contradictoires : celui de la Bible, qui voit dans le bonheur un don de Dieu et la condition originelle de l’homme dans l’Eden, et celui de Saint-Just, qui y voit au contraire une invention de l’homme et même un apport spécifique de la Révolution française. "

" Le bonheur simple est le degré zéro du bonheur, affirme Jacques Lacarrière. Il ne peut naître que d’un état de consentement et d’acquiescement spontané à l’évidence du monde. – Belle définition!  – Il implique l’absence de tout questionnement métaphysique. " Plus loin, il rapporte les paroles d’un certain monsieur qui aimait bien, le soir, s’asseoir sur un banc à l’orée de la forêt : " ‘ Quel bonheur! me dit-il un jour. Ici, au moins, rien ne change. Je suis sûr chaque soir de retrouver mes arbres et ma forêt. " Le bonheur simple dans l’immuabilité du monde. Quant au bonheur parfait, M. Lacarrière soutient que " il ne s’obtient pas, il se mérite. "

" Ce qui est certain, c’est que le bonheur simple peut à la rigueur s’obtenir et venir à nous par hasard, mais le bonheur parfait implique effort, étude, épreuve. […] Le bonheur suprême? J’hésite à en parler, écrit-il, ne l’ayant pas rencontré. Il a pour synonymes altitude, béatitude et plénitude. C’est celui de ces quelques humains qu’on voit – dans des peintures – s’élever dans le ciel à la rencontre des anges et du Seigneur, de ces mystiques aux reins cambrés et aux yeux clos, que l’on voit flotter entre deux mondes. Mais revenons sur terre. Le bonheur simple existe sans qu’il faille pour cela gravir les échelons du ciel. Le bonheur parfait est plus rare mais demeure malgré tout accessible. Le bonheur suprême est, au choix, un mirage ou un miracle. " J’aime beaucoup ce que dit Jacques Lacarrière à propos du bonheur parfait. Le bonheur suprême… débrouillez-vous pour le connaître. [rires]

D’après :

FORESTIER, François. " L’instant – King Kong ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


J’aimerais ajouter que, dans ce numéro hors-série, François Forestier, un critique de cinéma, parle de la recherche du bonheur en se référant au film King Kong : " Je sentais sous mes doigts la combinaison de soie de Fay Wray, tremblante héroïne arrachée aux pattes du monstre… " Il ajoute : " J’ai donc fréquenté le bonheur d’assez près, je l’ai bien connu. Il m’a fait rencontrer la pègre, les matelots, les navigateurs de l’espace, les Indiens, l’ombre, les dunes, l’armée mexicaine, Robert Mitchum et les starlettes sculpturales en bikini vichy. " J’aime moi aussi tellement le cinéma, je comprends ce qu’il veut dire...

" Le bonheur? mon Dieu, il n’est jamais parti. Chaque fois que la lumière s’éteint, j’attends Marpessa Dawn " En cinéphile que je suis, je le comprends très bien.

D’après :

BOUCHINET-SERREULES, Claude. " L’instant – Le don de soi ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


et il y a ceux qui n’y croient pas…

On termine ce sous-thème en rapportant une anecdote, que mentionne Claude Bouchinet-Serreules dans l’un des articles de la revue. " Le général de Gaulle reçoit Emmanuel d’Astier à l’Élysée, dans les années 60. Il est dans un bon jour. Leur entretien a été cordial. D’Astier va prendre congé et le Général l’accompagne vers la porte. Sur le seuil, à brûle-pourpoint, Emmanuel se retourne :  Mon général! Êtes-vous heureux? - D’Astier, vous perdez la tête!… Vous savez bien que le bonheur n’existe pas! ’ " [rires]

D’après :

DE TONNAC, Jean-Philippe. " La durée – Déserts ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.

 

"Il faut savoir accueillir ce qui est donné et s’émerveiller devant le spectacle de la nature. "

dans la durée

On passe au troisième élément, la durée. Cela va être l’occasion d’une confession…

J’ai pensé un moment que Théodore Monod était mort. Eh bien, j’apprends qu’il est tout à fait vivant. Mais j’avais de bonnes raisons de penser qu’il était décédé : il a 97 ans. Ce scientifique s’occupe de zoologie, entre autres choses; il a d’ailleurs créé un laboratoire d’ischiologie. Il s’intéresse beaucoup à la botanique, également. Lui qui a vécu pendant soixante ans dans le désert a été surpris qu’on vienne le rencontrer pour lui parler du bonheur.

" Il est enfoncé dans son fauteuil, raconte Jean-Philippe de Tonnac. Abîmé dans ses souvenirs. ‘ Un poète anglais a écrit : ‘Don’t stop to marvel.’ Le désert offre un désert monotone et changeant à la fois. Il faut savoir accueillir ce qui est donné et s’émerveiller devant le spectacle de la nature. " C'est un homme de la nature. Il confie à son interlocuteur que la fleur qui lui manque, c’est cela son Graal. " Il s’agit de guérir un mal déjà fait. Je voudrais que l’on protège la nature elle-même. Mais dans la société du profit, le saccage est fructueux... " Il nous met en garde, rappelant que nous sommes sur le bord du gouffre, pour ainsi dire.

La durée, c’est également la joie et le bonheur que peut procurer la famille. Parce que la famille, en principe, est un exemple de ce qui dure, de ce qui s’étend et dont chacun peut bénéficier dans la mesure où c’est réussi, bien sûr.

D’après :

MISRAHI, Robert. " Le temps retrouvé – La philosophie ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


le souvenir du bonheur

Le temps retrouvé? " Ce rappel heureux d’un passé heureux ", écrit Robert Misrahi. Se souvenir d’un événement qui nous a apporté du bonheur nous remet en contact avec cette expérience. Comme le rappelle M. Misrahi, il s’agit peut-être d’une reconstruction, ou peut-être n’est-ce qu’une création de l’imaginaire?

" Quoiqu’il en soit, il y a un certain bonheur à imaginer les anciennes joies. […] Cette nostalgie du bonheur parfait peut être vécue et interprétée comme la condamnation de tout espoir de récupération de l’objet perdu, ou comme la promesse d’un éventuel retour de la joie ancienne – ou d’une joie qui s’y apparente. […] Bon nombre de philosophes […] proposent la reconversion de l’esprit comme préalable à toute recherche du bonheur et de la liberté. Ils proposent donc de nous aider à comprendre ce que chacun de nous veut dire lorsqu’il offre de vivre autrement. Loin de désigner un passé réel et réellement perdu, le mythe de l’âge d’or désigne plutôt une tâche : construire dans un avenir réel et humain ces contenus du désirs présentés et symbolisés dans la fiction originaire de l’âge d’or. L’objet perdu n’a jamais été perdu ; il est une anticipation qui se prend pour un souvenir. " Peut-être…

D’après :

DRILLONH, Jacques. " Le temps retrouvé – Petite Madeleine", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.


à la recherche du temps perdu…

On parle aussi de Proust, un qui n’a pas eu le bonheur facile. " Pour Marcel Proust, écrit Jacques Drillon, le bonheur est inutile, à une réserve près : ‘ Il rend le malheur possible. ’ […] Le bonheur, c’est de retrouver le temps. Et de commencer par rechercher le temps perdu. "

Il est question aussi des mythes qui peuvent nous apprendre à être heureux, qui nous enseignent la seconde naissance, etc.

D’après :

GIROUD, Françoise. " Le temps retrouvé – Un serein désespoir ", Nouvel Observateur, Hors-série – Le bonheur : mode d’emploi, N° 36, 1999.

 

"... il n’y a qu’un temps pour être heureux : celui où, sans être désespéré, on sait accueillir le bonheur de vivre. "

ici et maintenant

Je vais terminer sur ce merveilleux texte de Françoise Giroud :

"Le bonheur existe. La preuve, c’est que, quelquefois, il n’existe plus. On ne se méfiait pas, on se laissait vivre, il était là comme un beau champ que l’on caressait, comme un ciel limpide... Parfois, un nuage l’assombrissait, une appréhension furtive parce que c’était tellement normal d’être heureux, on se disait : ‘ Ça ne peut pas durer ’, on inventoriait ses motifs de bonheur... Ils étaient tous à leur place, on riait de soi, de cette brève inquiétude sans objet.

" Puis, un jour, dans la construction de la vie, une pièce craque. Ce peut être pour mille raisons, un ennui sérieux de santé, un enfant gravement malade, un échec professionnel, ou encore ce qui signe souvent l’extinction du bonheur, la fin d’un amour que l’on croyait partagé. Alors on découvre par défaut ce que l’on a perdu.

" Combien ces petites contrariétés étaient dérisoires, les petits ennuis négligeables, combien le bonheur est beau quand il a fui. ‘ As-tu réfléchi combien cet horrible mot [bonheur] a fait couler de larmes?, écrit Flaubert à son ami Le Poittevin. Sans ce mot-là, on dormirait tranquille et on vivrait à l’aise. ’ […] Mais il n’y a qu’un temps pour être heureux : celui où, sans être désespéré, on sait accueillir le bonheur de vivre. "

Voir aussi : La source du bonheur est dans notre cerveau
Le bonheur est une science
Le bonheur

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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