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Émission du mardi 18 mai 1999

Nostradamus, de Fontbrune
et l'économie

Reconnaissez-vous ce texte sibyllin? 

" Les simulachres d’or et d’argent enflez,
Qu’après le rapt lac au feu furent jettez,
Au descouvert estaincts tout et troublez,
Au marbre escripts, perscripts, interjettez. "

Il s’agit, bien sûr, des Centuries du fameux Nostradamus.

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Je ne sais pas pourquoi je me laisse toujours tenter par son délire car, finalement, cela tient un peu du délire, ces prédictions à long terme. Mais il faut se rappeler, pour nous faire prendre conscience des limites de ce genre de prédictions, qu’il n’a jamais prédit la
découverte de l’Amérique, que je sache. Ce qui n’est pas un détail dans l’avenir, par rapport à l’époque à laquelle il se trouvait.

Il y a plusieurs années de cela, j’ai rencontré Jean-Charles de Fontbrune qui, dans les années 80, avait écrit plusieurs ouvrages sur Nostradamus et déchiffré, à sa manière, certains passages de ses textes. Il avait d’ailleurs eu beaucoup de succès. Des années plus tard, nous avons participé ensemble à des congrès, des colloques sur l’avenir de l’humanité, sur l’ère du Verseau etc.

Il vient de faire paraître : Nostradamus de 1999 à l’Âge d’or. Je précise qu’il ne fait pas partie de ceux qui croient qu’on se dirige vers la fin du monde, d’où le titre. Depuis le succès du livre portant sur Nostradamus, en 1981, un certain nombre de maniaques du sensationnalisme et d’exploiteurs du morbide s’évertuent à annoncer la fin du monde en utilisant les prophéties de Nostradamus, rappelle-t-il. Je me souviens qu’il dénonçait cette utilisation douteuse des Centuries dans son premier ouvrage.

D’après :

DE FONTBRUNE, Jean-Charles. Nostradamus de 1999 à l’Âge d’or, Éd. Du Rocher, 1999.


Sa vision est optimiste quant à l’avenir, et peut-être s’appuie-t-elle sur ces paroles de Nostradamus :

" Va s’ouvrir alors dans une cinquantaine d’années, le septième millénaire ou ère du Verseau qui apportera à l’homme la paix universelle et la prospérité tant spirituelle que matérielle. "

Je n’accorde pas plus d’importance à cela qu’il ne faut, mais je dois dire, qu’à certains moments – est-ce la traduction, ou l’adaptation ou les interprétations qu’en fait Jean-Charles de Fontbrune?  –, je suis très épaté de certains des dires prétendus de Nostradamus. " L’un des signes les plus patents de la situation de la planète, sur lesquels Nostradamus insiste particulièrement, est la crise économique mondiale, explique l’auteur. Les soubresauts des différentes Bourses et leur fragilité face aux fluctuations des monnaies annoncent leur effondrement lors de la crise majeure à venir. "

Ce qu’il raconte est bien étonnant :

" La grande poche viendra plaindre et pleurer,
D’avoir esleu : trompez seront en l’aage :
Guière avec eux ne voudra demeurer,
Deceux sera par ceux de son langage. "

Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire? Moi aussi, je me pose la question…

Voici comment de Fontbrune interprète cela : " Il est saisissant de voir Nostradamus désigner la Bourse par l’expression " la grande poche ", c’est-à-dire l’endroit où se place l’argent. On viendra donc se plaindre et pleurer à La Bourse. On regrettera d’avoir élu des gens qui tromperont l’opinion publique et bien peu de gens voudront continuer à demeurer avec eux […]. " Il remet tout dans le contexte actuel, bien sûr. C’est ce que certains lui reprochent d’ailleurs.

De Fontbrune a hérité de toute une réflexion qui existait déjà chez lui dans la tradition familiale, car son grand-père était un spécialiste de Nostradamus. Puis il a travaillé avec des ordinateurs pour voir comment les mots se combinaient, comment les formules se développaient, etc. Ce qui ne donne pas plus de poids à l’affaire, mais ça apporte plus de sérieux à la technique, pourrions-nous dire.

Le quatrain suivant, explique-t-il, a été attribué, à tort, par la plupart des exégètes à la crise économique de 1929. En effet, Nostradamus précise que tous les papiers (titres de Bourse) et toutes les monnaies s’effondreront, ce qui ne s’est pas produit en 1929. " Voici le quatrain en question :

" Les simulachres d’or et d’argent – ce qui tient lieu d’or et d’argent, soit les chèques, les devises, la Bourse, etc. – enflez,
Qu’après le rapt lac au feu furent jettez,
Au descouvert estaincts tout et troublez,
Au marbre escripts, perscripts, interjettez. "

D’après de Fontbrune, " les imitations de l’or et de l’argent (titres et billets de banque) seront victimes de l’inflation après avoir été jetés au feu (allusion au feu de la guerre?), avec la fin de la douceur de vivre (lac en latin) et seront tous épuisés et perturbés par le déficit (budgétaire : le découvert); les titres et les billets de banque (prescribere : dire payer en billets) seront mis au pilon. " " Escripts, perscripts, interjettez au marbre ", " les titres et les billets de banque seront mis au pilon "…

Je dois dire, qu’à certains moments, c’est assez troublant, mais c’est tout ce que je vous en dirai car je ne veux pas m’aventurer davantage dans ce domaine-là…

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Le sexe mène-t-il le monde?

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Ces temps-ci, il me semble que le sexe envahit les journaux, les ondes, les écrans de télévision, le réseau Internet, etc. Il n’y a pas longtemps, " une figure politique de premier plan, Bill Clinton, président des États-Unis, risque sa carrière sur un épisode de sa vie sexuelle. La frontière entre le privé et le public s’est effondrée sous les coups de butoir d’un moralisme qui cache mal les intérêts politiques en jeu. Les frasques sexuelles des grands de ce monde n’intéressent d’habitude que les petites gens, qui pour un instant se croient des princes en s’identifiant aux heurs et malheurs des grands à travers la presse à sensation ", peut-on lire dans un ouvrage de Colette Chiland qui s’intitule Le Sexe mène le monde.

 
D’après :

CHILAND, Colette. Le Sexe mène le monde, Éd. Calmann-Lévy, 1999.

Je ne sais pas quelle est votre impression devant un titre comme celui-là, mais ce serait facile de penser que l’auteur veut vendre son livre à tout prix. Cela m’est passé par l’esprit moi aussi, sans compter que la couverture est assez alléchante : on y voit un beau visage de femme et un visage d’homme qui s’approchent l’un de l’autre, les lèvres sont entrouvertes... Mais quand je me suis plongé vraiment dans ce bouquin, j’ai découvert que c’est un ouvrage fascinant, très intéressant. L’auteure, psychiatre, psychanalyste et professeure de psychologie clinique a déjà publié plusieurs ouvrages, mais, dans celui-ci, elle aborde la question d’une façon très large.

En préambule, l’auteure explique : " J’ai écrit ‘ le sexe mène le monde  ’, ce qui désigne à la fois la sexualité, les relations sexuelles et l’identité sexuée, le fait de se sentir appartenir à l’un ou l’autre sexe (ce que les Anglo-saxons appellent le genre). Il n’est pas question de présenter une encyclopédie sur la question, mais de traiter de l’importance de la sexualité et de l’identité sexuée dans la vie humaine. " Elle précise ensuite : " J’ai écrit ce livre à partir de mon expérience de psychanalyste, de ma méditation des œuvres de Freud et de lectures dans des domaines divers. Freud est évidemment l’un de ceux qui ont le plus attiré l’attention sur l’importance de la sexualité […]. "

le conflit de l’être sexué

En psychanalyste qu’elle est, elle accorde beaucoup d’importance à tout ce qu’elle doit à Freud. Comme, par exemple, lorsqu’elle soutient que la sexualité est toujours conflictuelle. " Ce conflit, dit-elle, dont tout sujet humain souffre, Freud l’a situé d’abord en grande partie entre le monde intérieur du sujet et le monde extérieur. Il voyait l’existence d’un conflit interne entre l’instinct sexuel et les instincts du moi ou de l’auto-conservation; mais ce conflit interne aboutissait à un conflit externe, car l’instinct sexuel, la libido, mettait l’individu en conflit avec la morale du groupe, la morale civilisée; les instincts du moi conduisaient l’individu à se soumettre aux règles sociales. " Cela revient à dire : il y a le Surmoi qui est le parent intérieur, qui représente l’être social, et il y a le Ça qui est l’être vital. Et il existe une opposition entre le Ça et le Surmoi. Tout cela vient surtout de Freud.

" Un article de 1908, rapporte l’auteure, La morale civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes, développe ce point de vue. Cet article a alimenté la pensée de Wilhelm Reich – l’un des pères de la psychologie moderne, qui accordait une importance très grande à l’expression sexuelle dans la vie – et l’a conduit à penser que les individus, dans leur vie sexuelle, souffraient de la répression sociale.  – D’un autre côté, il me semble que la société ne pourrait pas fonctionner en l’absence d’une certaine répression sociale. Vous m’imaginez en train de galoper derrière toutes ces belles dames à Radio-Canada? [rires]

" Mais, pour Freud, le conflit est devenu ensuite un conflit essentiellement interne, et donc inévitable. Il découvre que la libido, l’amour, n’est pas exclusivement dirigé vers une personne extérieure; il existe, de manière normale un amour de soi. Il y a un conflit entre l’amour narcissique, où le sujet se prend comme objet d’amour, et l’amour objectal, où le sujet prend un autre que lui comme objet d’amour. Dans la dernière étape de sa pensée, le conflit interne est encore plus profond. Il se situe entre Éros, instinct sexuel qui pousse à s’unir à l’autre, instinct de vie, et Thanatos, force négative, destructive, instinct de mort. "

sensualité et tendresse :
deux courants distincts à la source du conflit

Plus loin, elle fait mention des deux courants que Freud distingue dans la sexualité : " sensualité et tendresse ". Un texte qu’il écrivait en 1912 : " La ‘ Deuxième contribution à la psychologie de la vie amoureuse ’ concerne une forme d’impuissance virile qui n’apparaît qu’avec certaines femmes et non avec d’autres. Elle résulte, nous dit Freud, de ce que les deux courants de la sexualité, le courant tendre et le courant sensuel, ne se sont pas rejoints. Le courant tendre est le plus ancien, tendresse de l’enfant pour ses parents et pour les personnes qui lui donnent des soins, et tendresse de ceux-ci pour l’enfant. Cette tendresse n’est pas exempte d’érotisme. Mais l’érotisme se détourne de ses buts sexuels dans l’enfance. Lorsque survient la puberté, au courant tendre s’ajoute le ‘ puissant courant sensuel ’, qui ne méconnaît plus les buts sexuels ", explique Colette Chiland.

Cela peut nous aider à comprendre pourquoi certains hommes ou certaines femmes ont de la difficulté à être puissants dans certaines situations. Pourquoi, par exemple, certains hommes n’arrivent à l’être que s’ils mettent de côté la tendresse, complètement. Avec des femmes correctes, ils éprouvent des difficultés, mais avec des prostituées, le côté sensuel va l’emporter sur le côté tendre, et alors tout va bien. " Se heurtant à la barrière de l’inceste, explique l’auteure, […] le courant sensuel se tourne vers d’autres objets que les objets infantiles, et tendresse et sensualité sont alors réunies. En d’autres termes, un tel homme est puissant avec des prostituées et impuissant avec des femmes qu’il estime comme il a estimé sa mère et ses sœurs. "

Le Dr Chiland ajoute qu’il en est de même des femmes et cela expliquerait la frigidité de certaines femmes qui n'arrivent pas à associer la tendresse et la sensualité. L’exemple qu’elle donne est tiré du roman de Joseph Kessel, Belle de jour, qui a été adapté pour le cinéma par Luis Bunuel – un film que j’ai trouvé extraordinaire à l’époque, mais curieusement, quand je l’ai revu récemment, je l’ai trouvé profondément ennuyeux. Pour l’auteure, ce roman est " une illustration de ce type de frigidité liée à la dissociation de la tendresse et de la sensualité ". Avec son mari, elle n’aboutit pas, elle demeure frigide, mais si elle se donne comme une prostituée, plus de problème. C’est compliqué et simple à la fois la vie, au fond.

À propos de l’errance sexuelle, l’auteure explique que nous errons jusqu’à nous y perdre : " Nous errons tous dans notre appétit sexuel jusqu’à trouver ce qui le satisfera ", dit-elle. Puis elle cite Stoller, qui est un chercheur dans le domaine de la psychanalyse : " ‘ Tous les désirs sexuels sont aberrants ’. " [rires] Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous libérer de toute culpabilité. Pas de la responsabilité ! De la culpabilité...

Donc : " ‘ Tous les désirs sexuels sont aberrants ’, écrit Stoller, qui en vient à une totale répudiation du terme ‘ normal ’. Les sadomasochistes qu’il interviewe dans Pain & Passion ne lui paraissent le plus souvent pas relever d’un diagnostic psychiatrique. Nous sommes tous fous quelque part, pervers quelque part, poursuit le Dr Chiland. Il y a tout de même une différence entre ceux qui errent jusqu’à s’y perdre et ceux qui trouvent un chemin conduisant à un plaisir et à une intimité possibles sans recours à un fétiche, une pratique sado-masochiste, un rabaissement du partenaire, un acte criminel. La frontière est malaisée à tracer. Notre folie privée, notre perversion privée peuvent nous aider à ne pas condamner d’avance et à pouvoir traiter ceux qui viennent nous demander de l’aide. Être psychanalyste, c’est savoir que l’histoire de l’enfance des patients a contribué à leur errance; mais nous ne pouvons rien pour ceux qui ne demandent rien ", estime-t-elle.

l’amour

L’auteure ne consacre qu’un seul chapitre à l’amour comme tel. " Si le sexe mène le monde et si l’amour est la grande affaire de notre vie, quels sont donc les liens entre amour et sexualité? " se demande-t-elle. Elle recourt à trois mots grecs pour dire l’amour : Éros, Philia et Agapè, dont j’ai justement parlé il y a peu de temps, à propos de l’amitié. " Si l’on voit bien les liens d’Éros avec la sexualité – c’est évident –, on les voit moins, a priori, pour Philia, l’amitié, et pour Agapè – qu’elle appelle – l’amour chrétien. "

Passons aux définitions.

 
 

GRIMAL, Pierre. Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1969.

Éros 

" ‘ Éros demeurera toujours, même au temps des enjolivements ‘ alexandrins ’ de sa légende, une force fondamentale du monde. C’est lui qui assure non seulement la continuité des espèces, mais la cohésion interne du monde. ’ […] Quand Freud utilise le terme Éros, il se réfère bien à l’amour sexuel, et aussi à la cohésion interne évoquée dans l’extrait de Pierre Grimal ci-dessus. Il y a en allemand un seul mot pour couvrir toutes les formes d’amour : Liebe. Et Freud précise : Le noyau de ce que nous appelons amour est formé naturellement par ce qui est communément connu comme amour et qui est chanté par les poètes, c’est-à-dire l’amour sexuel dont le terme est constitué par l’union sexuelle. Mais nous n’en séparons pas toutes les autres variétés d’amour telles l’amour de soi-même, l’amour qu’on éprouve pour les parents et les enfants, l’amitié, l’amour des êtres humains en général, pas plus que nous n’en séparons l’attachement à des objets concrets ou à des idées abstraites. ’ " Curieusement, les trois niveaux se trouvent définis dans ce passage.

" Nul doute que l’amour sexuel, l’amour du partenaire, soit enraciné dans le corps, lié aux pulsions, à la libido, poursuit plus loin l’auteur. […] L’amour conçu comme Éros est charnel, pris dans le métabolisme des hormones et le mouvement des humeurs, la rencontre des corps. "

Philia

" Philia, c’est l’amitié, loin du tumulte de la passion liée à Éros, de l’incertitude de la réciprocité, du mélange de la sensualité et de la tendresse. L’amitié, c’est l’échange à niveau égal, la réciprocité; c’est la tendresse à l’état pur sans mélange de sensualité. Si l’on suit Freud, la tendresse étant l’un des deux courants de la sexualité, la sexualité n’est pas absente de l’amitié. La tendresse est une émotion incarnée. Mais la relation sexuelle n’intervient pas. Est-ce à dire que l’amitié n’est pas présente dans le couple? Bien au contraire. Si le couple est durable, si une intimité s’instaure, c’est parce qu’à côté de l’avidité sensuelle, où les différences corporelles, des sensibilités et des fonctionnements sont un obstacle à surmonter, la tendresse est présente, la tendresse, l’amitié, Philia. […]

" L’amitié espère la réciprocité, elle se nourrit de la réciprocité. Et la souffrance naît si cette réciprocité connaît des failles. L’amitié est élective, sélective, suppose des affinités. " Et on rappelle encore l’amitié de Montaigne avec La Boétie. Quand on lui demandait : " Pourquoi êtes-vous amis? " Il répondait : " Parce que c’était lui, et parce que c’était moi. "

Agapè

" Agapè, un mot ‘ presque inconnu de la langue profane ’ " précise l’auteur, se référant à un livre de André Chouraqui : L’univers de la Bible. Et c’est sans doute la raison pourquoi elle associe ce mot à une tradition chrétienne. Pour Agapè, en anglais, on pourrait dire charity; alors qu’en français, amour fraternel, charité, etc. " Il s’agit ici de l’amour du prochain tel qu’il n’est possible que par l’amour que Dieu porte à l’homme, explique l’auteure; certes, les ‘ agapes ’ sont les repas fraternels […], mais quelle édulcoration que de parler d’amour fraternel dans cet ‘ hymne à l’amour ’. "

Connaissez-vous ce texte? " ‘ Quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. […] Ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et la charité; mais la plus grande de ces choses, c’est la charité. ’ " Ce qu’on trouve dans d’autres traductions, c’est que la plus grande chose, c’est l’amour.

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Louise Arbour et la Yougoslavie

Quoique notre époque soit sans doute l’une des plus cruelles de l’histoire de l’humanité, il n’empêche que l’on trouve ici et là des témoignages du progrès de l’humanité sur certains plans. Par exemple, la libération de la femme. Mais relativement, parce que dans certains pays, cela ne va pas très bien de ce côté-là. L’existence du Tribunal pénal international aussi est un progrès.

D’après :

ARBOUR, Louise (propos recueillis par DEMETZ, Jean-Michel). Interview, L’Express,  
13 mai 1999.

J’ai devant moi une entrevue accordée par Louise Arbour à L’Express. Comme vous le savez, Louise Arbour est une Canadienne, une Québécoise, qui est procureur du Tribunal pénal international, et cela me remplit de joie. Et le fait qu’il s’agisse d’une femme me fait également plaisir.

Je fais la distinction suivante entre " pouvoir " et " autorité " : le pouvoir est souvent une affaire de gestion à court terme, alors que l’autorité, c’est davantage une question de vision à long terme. Et je trouve que les femmes ont plus le sens de la vision à long terme que les hommes : donc qu’elles sont mieux faites pour exercer l’autorité. (Je sens que je vais me faire haïr, mais il y a des risques qu’il faut prendre dans la vie…)

On lui demande entre autres: " Vous concevez que l’opinion ne comprenne pas pourquoi Milosevic n’est toujours pas inculpé? " Elle répond : " Cette frustration est compréhensible et je ressens cette impatience. Mais il faut distinguer responsabilité politique et responsabilité pénale. Dans notre système juridique, tout accusé doit bénéficier, jusqu’à la fin, de la présomption d’innocence. Aujourd’hui, nous faisons face à une montagne de témoignages de réfugiés sur des homicides. Mais établir une responsabilité personnelle, pour un crime contre l’humanité, c’est une autre affaire. En quoi un chef d’État, dans un gouvernement fédéral, est-il responsable d’effractions commises par des autorités locales? Pour répondre, il faut remonter la chaîne de commandement et démontrer qui exerce la réalité du pouvoir. "

On lui pose cette autre question : " Les mandats d’arrêt que vous avez lancés contre les anciens dirigeants serbes Radovan Karadzic et Radko Mladic ont-ils aujourd'hui plus de chance d’être exécutés par les soldats de la Sfor en Bosnie? " Elle dit : " Avec le déclenchement des opérations contre la Yougoslavie, je craignais le contraire. On allait encore me dire : ‘ Attendons, ce serait une provocation, ne courons pas le risque de voir la Bosnie déstabilisée à nouveau, attention à ne pas susciter une troisième guerre mondiale, bla-bla-bla. ’ Mais l’expérience prouve que plus d’arrestations en Bosnie, c’est plus de stabilité dans la région. Je suis convaincue que de nouvelles arrestations bien ciblées auraient un réel effet dissuasif sur le cours des violences au Kosovo. " Intéressant.

Une information à conserver. Qui sait, cela pourra peut-être servir à nouveau…

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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