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Émission du jeudi 13 mai 1999 |
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Je pense, donc je suis... responsable! |
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On ne naît pas responsable, on le devient. Ce nest donc pas une question de tempérament mais une affaire de caractère. Même sil y a des tempéraments qui favorisent davantage une attitude de responsabilité. Mais " On nest pas responsable de tout. On est dabord responsable de soi-même devant les autres, de ce quon fait et de ce quon décide les concernant ", affirme Alain Etchegoyen. Cest déjà beaucoup, non? |
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ETCHEGOYEN, Alain. La vraie morale se moque de la morale. Être responsable, Éd. Du Seuil, 1999. |
Cest une question très importante que soulève Alain Etchegoyen : écrivain, professeur de philosophie, membre en France du Comité national déthique, il a écrit plusieurs ouvrages, dont celui qui sintitule La vraie morale se moque de la morale, en sous-titre : Être responsable. " Le principe de responsabilité, peut-on lire sur la 4e couverture de son ouvrage, est le principe moral de notre époque. Il transforme profondément la nature de la morale. " Quand il affirme que cette vraie morale se moque, quelle ignore la morale de lordre, du sexe, la conservation, etc., il précise quil faut en faire une valeur de notre époque. |
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ETCHEGOYEN, Alain (propos recueillis par COLIN-SIMARD, Valérie). " Entretien ", Psychologies, avril 1999. |
Si lon en croit lintroduction dun entretien de Valérie Colin-Simard avec lauteur paru dans Psychologies en avril dernier, " répondre de ses actes et de leurs conséquences, devant sa famille et ses enfants, tel sera le principe moral de lan 2000, prédit le philosophe dans son nouveau livre ". La responsabilité? " Cest lengagement juridique et moral que lon prend en accédant à un pouvoir comportant des responsabilités ", affirme-t-il. Et, pour lui, cette valeur sapplique dabord et avant tout dans la famille. Incidemment, ce sera la Journée internationale de la famille dans quelques jours, je le souligne en passant, et le grand thème sera : Grandir, la grande aventure. " De quoi sommes-nous responsables? Dabord de nos enfants, répond Alain Etchegoyen. La famille est en effet le tout premier territoire sur lequel sexerce notre responsabilité, écrit la journaliste. Or jamais le métier de parent na été aussi difficile , affirme le philosophe. À cause de la multiplicité des influences extérieures : télévision, cinéma, Internet, école... Mais aussi, parce que les familles sont de plus en plus souvent recomposées. Résultat : il faut improviser. " Quand ce nest pas " tout réinventer ", car il ny a pas de modèle de ce que nous sommes actuellement ni de ce que nous sommes en train de devenir. On verra bien si cest un succès un peu plus tard, dans lhistoire de lhumanité. " Donc de qui est-on responsable? Le premier territoire cest la famille. Quelle soit traditionnelle, décomposée, recomposée, cest la première responsabilité que lon a parce quelle est immédiate ", explique-t-il. Cest un peu le phénomène de la spirale : la responsabilité commence à légard des êtres qui sont les plus proches de soi, puis elle sétend davantage, à la notion de communauté, à la société, ensuite même à lunivers, si vous voulez. Dans son ouvrage, il revient à quelques reprises sur cette idée quil faut prendre garde à la tentation que lon peut avoir de se responsabiliser dune situation qui se trouve très loin de soi, alors quon néglige ses proches, ses associés, ses amis, etc. Je poursuis en diagonale la lecture de son ouvrage et je tire aussi certaines réflexions dun article dans lequel lauteur est interviewé. Par exemple, je vois ici quon lui a posé la question : " Cest quoi être responsable en tant que parents? " Cest de faire passer ses enfants dun degré zéro de responsabilité à un degré plein, répond-il. Cest le but de léducation aujourdhui. Ce qui, encore une fois, est nouveau mais je naurais pas cru que cétait nouveau au point den faire mention dans cet article et dans cet ouvrage, où lauteur estime même quêtre responsable, cest le principe moral de lan 2000. Bien sûr, cette valeur existait avant mais peut-être que maintenant cest une valeur qui doit sincarner davantage, et être mise en pratique, surtout. Éduquer les enfants à la responsabilité, cela veut dire de ne pas se contenter de leur imposer des recettes de comportement, mais leur en montrer en permanence le sens par rapport aux conséquences de ce comportement. " Après cela, tous les parents iront au ciel [rires] Il donne un truc qui peut savérer utile si vous êtes parents. " Pour la télévision, il y a un principe simple, affirme lauteur, père de six enfants. Quand un enfant demande : Est-ce que je peux regarder la télé? Je conseille de dire non systématiquement. En revanche, sil dit : Je veux regarder tel programme , dire toujours oui. Parce que cela suppose que lenfant fait une recherche, quil ne va pas simplement sasseoir devant la télé et zapper. Je suis bien daccord avec cette méthode auprès des enfants mais je maperçois, en même temps, que cest une recette que je narrive pas toujours à mimposer à moi. Jaime bien divaguer devant la télévision. Il définit le fait dêtre responsable de la manière suivante : " cest pouvoir répondre de ses actes et de leurs conséquences devant autrui. Être responsable de ses actes devant soi-même, également. " Quant à moi, ce que je déteste le plus au monde, cest lorsque des gens de pouvoir, dès quils sont dans une situation difficile, sempressent de dire que leurs subalternes sont responsables de ceci ou de cela. Un jour, un homme dentreprise a eu le courage de se considérer comme responsable dans une affaire qui ne nous intéresse pas dans le présent contexte, mais son attitude peut nous servir dexemple. Il a dit : " Jétais le chef, donc le responsable, et je ne tolérerai pas quun de mes subalternes ou de mes subordonnés soit inquiété dans cette affaire! " Le contraire de la responsabilité, cest la lâcheté, au fond. Cest du moins ce que suggère Etchegoyen dans son ouvrage. Lorsquon lui demande si les femmes " sont plus responsables que les hommes? ", il nhésite pas à se prononcer : " Je suis tout à fait daccord. Cest la raison principale pour laquelle les femmes, en général, ne font pas de politique. [rires] Elles sont beaucoup plus sensibles à leurs responsabilités familiales que les hommes. " Je suis tout à fait de son avis! Il existe une très grande différence entre le concept juridique de la responsabilité et le contexte moral tel que le présente Alain Etchegoyen dans son livre : " À la différence du concept juridique, écrit-il, le concept moral de la responsabilité se laisse difficilement enfermer dans des catégories simplistes. Prendre une responsabilité, devenir responsable implique une volonté que lon nomme parfois engagement Formellement, le mot de responsabilité ne contredit pas son étymologie et sa silhouette reste identique : il sagit toujours de répondre de ses actes ou décisions et de leurs conséquences devant lautre . Mais les modalités se transforment profondément. " En effet, poursuit lauteur, la volonté du sujet se substitue à la contrainte du prétoire et lexpression formelle de la responsabilité est précédée dun je veux. Je veux répondre de mes actes ou décisions et de leurs conséquences devant lautre . Dans lacception juridique, elle est précédée dun tu es contraint, menaçant et péremptoire, induisant des comportements de défense, de défausse et de dénégation. Ce je veux est un engagement du sujet dont le sens contredit la contrainte et le crainte de la sanction. " Quand nous sommes désorientés face à une décision ou à une action, il faut faire subir à la décision ou à laction lépreuve de la responsabilité : de cette décision ou de cette action, voudrons-nous répondre devant ceux qui sont concernés par elle ou par ses conséquences? [ ] Cest en ce sens que la vraie morale se moque de la morale. Elle se moque des traditions qui donneraient des solutions toutes faites. " En disant, par exemple : " Ça, ça ne se fait pas, ce nest pas moral. " On le sait, à propos de la responsabilité, quand on décide de lassumer ou de ne pas lassumer. Cest assez curieux Louvrage dEtchegoyen contient des petits intermèdes ici et là, comme lorsquil parle de cuisine. " La cuisine, comme son nom lindiqua dès quil apparut, suppose la cuisson donc le feu. " Je trouve que cest plutôt amusant de retrouver cette référence culinaire au beau milieu dun discours sur la responsabilité. On dirait presque une pause commerciale. Comme cest un gastronome, il revient souvent à la cuisine. " Je la compare à la cuisine, disait-il à la journaliste en parlant de la morale. Il ne sagit pas de suivre des recettes mais de perpétuellement improviser. Cest une morale plus exaltante que celle de lordre ou de la conservation ", précise-t-il. Suite à la question de la journaliste, il revient à lidée de proximité. " Certains soccupent de la famine au Biafra et peu de leurs enfants : quen pensez-vous ", lui demande-t-elle. " Souvent, répond-il, ceux qui recherchent une responsabilité veulent en réalité un pouvoir. Dans une démocratie, tout le monde clame : Moi, je désire assumer un poste à responsabilités. Personne ne dit : Je veux le pouvoir. " Pourtant, lorsquil sagit dassumer des responsabilités, cest curieux il ny a plus personne en vue. |
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explique-t-il dans son ouvrage. Être responsable suppose donc quon assume le risque de la responsabilité. En parlant de léducation, il écrit plus loin : " Plus personne ne semble avoir la maîtrise de léducation. Lenfant devient adolescent en séchappant, en vous échappant. Il grandit sans sétayer sur un tuteur unique. Il agit et réagit à des sollicitations qui viennent de tous les côtés et de tous les horizons. Léducation devient un problème neuf, un nouveau problème comme on dit un nouveau-né pour qualifier celui qui vient dapparaître, de sortir et de naître. " Mais avec léducation, il faut toujours se méfier car on a lair de souhaiter pour les autres une pratique que lon nest même pas capable de simposer à soi. Combien de fois lon entend dire : " Il faut éduquer les enfants à lécologie, à la paix " La responsabilité senseigne dans la pratique. Quelquefois même dans des activités ludiques. Il y a plus dune technique par laquelle on peut développer le sens de la responsabilité à lintérieur dun système. Lauteur rapporte cette anecdote : " Lorsque jétais élève dans les classes du premier cycle, les Jésuites redoublaient lenseignement dun certain nombre de jeux pédagogiques dont ils omettaient à bon escient de dire quils fussent pédagogiques ce qui les auraient rendus très ennuyeux. Ainsi, dans une classe de trente élèves, nous étions répartis en équipes de cinq, soigneusement choisis (un très bon, un bon, un moyen, un mauvais et un très mauvais, ces appréciations nindiquant que des performances intellectuelles et non un jugement moral). " À chaque composition danglais, de latin ou de mathématiques, les performances de chacun étaient traduites en kilomètres : nous avions sur le mur de la classe une sorte de Tour de France, avec un parcours nous conduisant par étapes, de Lille à Lourdes, par exemple, Jésuites oblige! Lorsque la performance de léquipe dépassait le nombre de kilomètres requis nous disposions dun reliquat qui était utilisable pour létape suivante. [ ] La finalité mest apparue plus tard, mais elle me semble très claire aujourdhui : le très mauvais élève qui passait de 2/ 20 à 4/ 20 faisait gagner son équipe; lexcellent élève qui chutait de 18/20 à 16/ 20 la faisait perdre. Ainsi, chacun avait-il conscience que sa performance individuelle, quel que soit son niveau, pouvait faire gagner ou perdre léquipe. Cest lidée du " quel que soit le niveau " qui est intéressante ici. " Dans la responsabilité, ce qui compte, cest la notion de progrès. Il est essentiel dans notre société que chacun ait conscience quil joue un rôle, que limpact de ses actes personnels a un effet sur un collectif. " " Que lon soit cordonnier, professeur ou saxophoniste, on a tous une responsabilité dans la société " disait Jean-Jacques Goldman. " Ces paroles, écrit la journaliste, Alain Etchegoyen les approuve. " |
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Alan Watts:
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Alan Watts est un personnage très important du Nouvel-Âge. Et, plus que cela, il est un exemple des valeurs qui ont subsisté de lépoque des années 60. |
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Britannique émigré en Amérique, il est devenu ministre épiscopalien, lune des églises du protestantisme; on le considère comme un précurseur, au même titre que Aldous Huxley. Son premier ouvrage a paru en 1940 : il a donc eu tout le temps nécessaire pour aller chercher un nombre de lecteurs assez impressionnant et contribuer à changer beaucoup les mentalités. Cest aussi lun des premiers animateurs dEssalen. Aujourdhui, on ne sait plus trop ce que cest tout passe tellement vite! Essalen était un centre de croissance en Californie, considéré, dans la petite histoire de cette époque, comme le centre-mère de tous les centres qui se sont répandus par la suite, un peu partout dans le monde. Il existe de Alan Watts des centaines daudio-cassettes dateliers quil a animés un peu partout, et de conférences qui sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. Cest un communicateur étonnant. Ses ouvrages sont un peu denses, mais jy ai trouvé beaucoup matière à réflexion. Dailleurs, cest le titre dun de ses ouvrages : Matière à réflexion. Coïncidence Quand il suggère une réconciliation avec la Matière, cela me fait penser à un poème de Teilhard de Chardin, qui, un peu comme une prière, commence par : " Je te salue Matière " |
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WATTS, Alan. Matière à réflexion, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1968. |
À un moment, Watts fait le point sur le matérialisme de notre époque : " Si métaphysiques que puissent paraître ces considérations, il me semble que leurs aboutissants sont terre à terre et pratiques. Car notre civilisation matérialiste , vraiment mal nommée, devrait avant tout cultiver lamour de ce qui est matériel, de la terre, de lair et de leau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de lhabitat et des vêtements pleins de fantaisie et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. " Cest plein de sens. On se dit quon est matérialiste, mais, en même temps, voyez le tort quon cause à la matière, à lenvironnement, en particulier. Et à nos corps, aussi. Cest pourquoi Watts préconise une réconciliation avec la Matière. Il faut préciser quaprès sa formation chrétienne, il a fait le tour des écoles de pensée et sest plus particulièrement attaché au bouddhisme zen dobédience japonaise. Il a également beaucoup contribué à répandre le courant des drogues psychédéliques et des expériences mystiques associées à ces drogues. À lépoque, cétait important tout cela, encore une fois dans le sillage de Huxley. Lillumination, le nirvana, et tout le reste ne doivent cependant pas faire oublier quil faut garder les pieds sur terre et surtout aimer la vie. Aimer la Matière. Cest à quoi nous invite sa réflexion. |
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WATTS, Alan. Lenvers du néant. Le testament dun sage, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1978. |
" Le cours du temps ressemble beaucoup à la marche dun bateau sur locéan, écrit Alan Watts dans Lenvers du néant. Le testament dun sage. Derrière lui, le bateau laisse un sillage qui se dissout peu à peu, mais qui indique le passage du bateau, tout comme le passé et notre mémoire du passé nous disent ce que nous avons fait. Mais aussi loin que nous allions dans le passé, jusquà la Préhistoire ou bien plus loin encore grâce à toutes sortes dinstruments scientifiques pouvant détecter les traces, il arrive finalement un moment où toutes ces traces ont complètement disparu, comme le sillage du bateau. Ce quil est important de retenir de cet exemple, est que le sillage nentraîne pas plus le navire que la queue du chien nagite le chien. " Les textes de Watts sont remplis dimages cocasses... " Lénergie, lorigine du sillage, est toujours dans le navire lui-même, qui représente le présent. Vous pouvez repérer litinéraire du navire sur une carte et anticiper sa direction à partir du chemin déjà parcouru. Vous obtiendrez ainsi une tendance générale : vous pourrez donc estimer que puisque vous avez déduit un itinéraire futur à partir dun itinéraire passé, vous êtes en droit de penser que les endroits où le navire est passé détermine les endroits par où il va passer. Mais ce nest pas vraiment le cas. Si vous persistez à dire que votre présent est le résultat de votre passé, vous vous trouvez dans la situation dune personne qui conduit en regardant constamment dans le rétroviseur. Ce faisant vous nêtes pas tourné vers le futur, mais vous êtes toujours en train de regarder par dessus votre épaule pour savoir comment il va vous falloir vous comporter. " Cette attitude est tout à fait caractéristique et cest pourquoi les êtres humains trouvent si difficile dapprendre et si difficile de sadapter à de nouvelles situations. Comme nous recherchons toujours des précédents, des exemples tirés du passé, faisant autorité pour savoir ce que nous devons faire actuellement, nous avons limpression que le passé nous surdétermine et quil est essentiel pour comprendre notre comportement. Mais, ajoute-t-il, il ny a rien de tel. Vie et création jaillissent de vous maintenant. " En dautres mots, nallez pas chercher la création en remontant le sillage jusquà lendroit où il sévanouit. Nallez pas chercher la création de lunivers loin, très loin, dans le passé derrière vous. Lunivers est en cours de création maintenant, dans le moment présent. Cest ici que tout commence. Cest à partir de ce point que la création se fraye son chemin pour finir par sévanouir. " Et cest lui, Alan Watts, qui avait eu ce mot merveilleux à la fin dun atelier au cours duquel on avait soulevé de très grandes questions philosophiques : Métaphysique Zéro : " Ah, après toutes ces questions métaphysiques et philosophiques, il en reste une quil va falloir soulever et dont on na pas davantage la réponse : " Qui de nous va soccuper de laver la vaisselle? " [rires] |
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