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Émission du lundi 10 mai 1999 |
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Des dinosaures plus vrais que nature |
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Un ami qui revient de Orlando en Floride me faisait part que les studios Universal et Disneyland sont en compétition féroce à un point tel quils sont toujours en train dinventer de nouveaux parcs thématiques. Récemment, par exemple, chez Universal, ils ont créé Le Parc Jurassique avec des dinosaures animatroniques, le décor préhistorique, etc. Mais le bout du bout, tenez-vous bien : cest tellement réaliste que ces animaux artificiels défèquent même dans le décor! Ce qui fait dire à cet ami : " En tous les cas, on na jamais pu en dire autant de Mickey Mouse... " Cest peut-être ça le progrès |
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Les horreurs de la violence |
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Depuis quelques années, jai recueilli dans un dossier des articles que jappelle " Les Horreurs ". On y retrouve tout ce quon peut vouloir apprendre sur les viols collectifs durant les génocides, au Rwanda, en Yougoslavie, etc.; les tueries dans les institutions scolaires, en particulier aux États-Unis; les enfants qui se prostituent un peu partout dans le monde ou qui sont esclaves dentrepreneurs parfois sous-contractants dentreprises qui, par ailleurs, soignent leur image; les marchés desclaves au Soudan et ailleurs; la torture un peu partout dans le monde une pratique, du reste, qui bénéficie des avancées technologiques tout comme les autres formes de violence. Pour ne parler que des horreurs collectives Jai décidé de ne plus accumuler ces articles car jai maintenant tout ce quil faut pour me convaincre. De quoi au juste? Peut-être de ce que la violence nous habite, de ce que toutes les époques ont été violentes, mais aussi peut-être de ce que, malgré tout, les technologies de la communication rendent le monde de plus en plus transparent, forçant une prise de conscience et les démarches qui en découlent, dont le Tribunal international est le plus beau fleuron. Je me réjouis davoir vécu assez longtemps pour avoir été témoin de la création dune institution aussi louable. |
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un des âges de la vie |
Ladolescence :
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À lheure actuelle, on sintéresse dans le monde entier à ladolescence et aux problèmes qui y sont reliés. La phrase qui suit a été écrite par celui que je considère comme le plus grand gourou de la psychologie moderne dans ce domaine. Il sagit de Donald Winnicott, médecin psychiatre et psychanalyste. Chaque fois que jéprouve le besoin dune synthèse sur une question concernant la jeunesse, je me tourne vers ses ouvrages, particulièrement un livre qui sintitule De la pédiatrie à la psychanalyse. Cest intéressant de savoir quil a écrit cela en 1958. Une fois de plus, je me demande : comment se fait-il que si peu de gens aient assimilé les informations de Winnicott au sujet de ladolescence, et quil faille, en 1999, poser des questions auxquelles il a déjà répondu en 1962? |
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WINNICOTT,
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Voyons ce quil écrit : " Cette phase du développement fait lobjet de nombreuses études et on a vu naître une littérature nouvelle. [ ] Cette nouvelle manifestation dintérêt de la société nest pas étrangère aux conditions sociales particulières à notre temps. Ceux qui explorent ce domaine de la psychologie doivent savoir que les adolescents garçons ou filles ne désirent pas être compris." La pensée de Winnicott va toujours très loin, cest une pensée provocante. Il précise que les adolescents préfèrent demeurer un mystère pour les gens qui les entourent. " Il faut que les adultes gardent pour eux ce quils parviennent à comprendre de ladolescence. Il serait absurde décrire un livre sur ladolescence à lintention des adolescents, car cette période de la vie, qui est essentiellement celle dune découverte personnelle, doit être vécue. Chaque individu est engagé dans une expérience, celle de vivre dans un problème, celui dexister. " Il nexiste quun seul remède à ladolescence, et un seul, et il ne peut intéresser le garçon ou la fille dans langoisse. Le remède, cest le temps qui passe et les processus de maturation graduels qui aboutissent finalement à lapparition de la personne adulte. On ne peut ni les accélérer ni les ralentir, mais en intervenant on risque de les interrompre et de les détruire, ou encore ils peuvent se flétrir du dedans et aboutir à la maladie mentale. Je trouve que ce propos calme un peu les esprits. Ladolescence est quelque chose qui subsiste toujours, mais il ne faut pas oublier que tout adolescent devient en quelques années un adulte. " Je vais continuer en effectuant un petit montage à travers les réflexions de Winnicott. " Chaque adolescent a connu des moyens organisés de se garder de la souffrance ou daccepter et de tolérer les conflits inhérents à [des] conditions essentiellement complexes ", écrit-il en se référant aux modifications dues à la puberté, alors que ladolescent " parvient au développement de la capacité sexuelle et aux manifestations sexuelles secondaires avec un passé personnel qui comprend entre autres un système personnel dorganisation de défense contre langoisse, quel quen soit le type ". Par des attitudes, des comportements, etc. Plus loin, Winnicott parle de lorganisation du Moi pour faire face à " cette nouvelle poussée du Ça ". Car, en même temps, le Ça cest vital, cest linstance inconsciente de la psyché. Et justement, au moment de ladolescence, on assiste à une poussée incroyable du Ça, comparable peut-être à la poussée du Ça qui provoque la naissance. " Comment les modifications de la puberté sintègreront-elles dans le schéma de la personnalité particulier à lindividu en question? se demande-t-il. [ ] Une grande part des ennuis pour lesquels on consulte sont dus à une carence du milieu; ce fait seul souligne limportance essentielle de lenvironnement et du cadre familial, chez la plupart des adolescents qui parviennent effectivement à la maturité dadulte, même sils donnent se faisant des soucis à leurs parents. " Lincident du Colorado aura provoqué toute une interrogation au sujet de ladolescence et cest intéressant de voir comment ce maître à penser de la psychologie moderne quest Donald Winnicott arrive à nous éclairer dans un article paru trente ans plus tôt. Il y est question, entre autres, de lopposition et de la complémentarité de deux aspects dans lattitude des adolescents : une attitude de défi et une attitude de dépendance. " Chez ces jeunes, et cest une caractéristique de cet âge, alternent rapidement lindépendance qui défie, et la dépendance régressive; parfois même les deux extrêmes coexistent pour un temps. " Il parle ensuite de lisolement de lindividu : " Ladolescent est essentiellement un isolé. [ ] De ce point de vue, on retrouve dans ladolescence une phase essentielle de la petite enfance, car le petit enfant est un isolé. Au moins jusquau moment où il [ ] sest établi comme un individu bien distinct et séparé. " Limportance des groupes, également un point qui nous inquiète : " Les jeunes adolescents sont des isolés rassemblés, qui sefforcent par divers moyens de former un agrégat en adoptant une identité de goûts. Ils peuvent se grouper sils sont attaqués en tant que groupe, mais cest là une organisation paranoïde en réaction à lattaque; si la persécution cesse, les individus redeviennent un agrégat disolés. " En parlant de la sexualité : " La sexualité apparaît avant laptitude à lassumer. [ ] Une activité masturbatoire compulsive peut représenter une façon de se débarrasser de la sexualité plutôt quune forme dexpérience sexuelle ", explique-t-il. Il précise ensuite que " dans une grande proportion de cas, on peut sattendre à une masturbation compulsive, si le médecin parvient à le savoir (voici à ce propos une bonne devise : qui pose des questions aura des mensonges en guise de réponses). Il est certainement possible détudier ladolescent du point de vue du Moi devant les modifications du Ça. Il faut que la psychanalyse soit préparée dans sa pratique à rencontrer ce terme central, que celui-ci soit manifeste dans la vie de lenfant ou quil se révèle discrètement. " " Mon but, nest pas denseigner la psychanalyse, mais de considérer ladolescence sur un autre mode, dessayer détablir lurgence actuelle de la question de ladolescence et les changements sociaux des cinquante dernières années", rappelle lauteur en1962. " Chez les peuples primitifs, explique Winnicott, les changements de la puberté sont masqués sous des tabous, ou bien on fait de ladolescent un adulte en quelques semaines ou quelques mois au moyen de certains rites ou épreuves. À lheure actuelle, dans notre société, les adultes se forment dans des processus naturels à partir dadolescents qui progressent en raison des tendances à la maturation. Cela peut aisément signifier que les adultes daujourdhui jouissent de force, de stabilité et de maturité. Naturellement, tout se paye. Les nombreuses crises des adolescents exigent une attitude de tolérance et des soins; par ailleurs, cette nouvelle façon dêtre pèse sur la société, car il est pénible pour des adultes qui ont été frustrés de leur adolescence de voir tout autour deux des garçons et des filles dont ladolescence sépanouit. " Cest un nouveau discours. Et cela mintéresse beaucoup, car on a tendance à occulter certains aspects que ce psychanalyste nhésitait pas à démasquer. Cela recoupe le discours que lon tient à propos de la retraite plus tard dans la vie, du début du vieillissement de 55 à 65 ans, où des gens ont tendance à se dire : quand jarriverai là, ce sera une vie de non-responsabilité, comme pour ladolescent cest un peu ça. |
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Donald W.WINNICOTT |
Des changements sociaux qui ont été très importants, Winnicott en identifie trois grands. 1- Les maladies vénériennes, qui ne sont plus lépouvantail quelles étaient. Mais, en revanche, est apparu le Sida, comme vous le savez. 2- Par contre, le développement des méthodes contraceptives qui " a rendu ladolescent libre dexplorer ". 3- Plus loin, il traite de la guerre, en particulier de la crainte de voir quelquun utiliser la bombe atomique (noublions pas que cela a été écrit dans les années soixante). Mais aujourdhui, on a moins cette crainte-là, et je pense que cest une erreur grave de ne pas lavoir. Un jour ou lautre, il pourrait bien y avoir un imbécile qui va sen servir Il faut savoir que maintenant " nous savons que nous ne pouvons plus résoudre un problème social en nous organisant pour une autre guerre, note à ce propos le penseur. Il nexiste donc plus rien pour justifier le recours à une forte discipline militaire ou navale pour nos enfants, si commode que cela puisse être pour nous. " |
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" Le remède à ladolescence est le temps. Par exemple, il y a la solution par identification aux figures parentales, ou il peut y avoir une maturité prématurée sur le plan sexuel; ou limportance donnée aux choses sexuelles peut passer aux exploits sportifs, ou celle des fonctions du corps aux réalisations ou aux réussites intellectuelles. En général, les adolescents rejettent ces moyens, et ils doivent donc passer par quelque chose qui fait penser à la zone du pot au noir un terme de navigation qui ma semblé dépeindre ce moment de ladolescence où lon ne sait pas de quel côté le vent va tourner et sil va y avoir du vent. Employée par des navigateurs aériens aussi bien que par des marins, etc. Mais il ny a pas toujours de solutions pour que ladolescent passe bien à travers cette étape de la vie. " Cest une phase, poursuit lauteur, où il se sentent futiles car ils ne se sont pas encore trouvés. Il faut rester spectateurs vigilants. Toutefois, ladolescent qui évite totalement ces compromis, particulièrement lutilisation des identifications et de lexpérience dautrui, part de zéro. Il y a des adolescents qui luttent pour recommencer de rien, comme sils ne pouvaient rien reprendre de personne. [ ] " On peut les voir en quête dune forme didentification qui ne les déçoive pas dans la lutte qui est la leur, la lutte pour se sentir réel, la lutte pour établir une identité personnelle, pour ne pas sinstaller dans un rôle assigné par ladulte quitte à passer par tout ce quil faut vivre. Ils ignorent ce quils deviendront. Ils ne savent pas où ils en sont et ils attendent parce que tout est en suspens, ils ne se sentent pas réels et cela les conduit à faire certaines choses quils sentent réelles et qui ne nous paraissent que trop réelles à nous, car la société en est affectée. " Un jeu de rôles, en quelque sorte. Il revient ensuite au mélange de défi et de dépendance. " Ceux qui soccupent dadolescents sont déconcertés par lattitude exagérément provocante du garçon ou de la fille qui se montre en même temps dépendant au point dêtre infantile. [ ] Il faut que la société considère cela comme un trait permanent, quelle laccepte, quelle y réagisse de façon positive, quelle aille même au devant de ce phénomène mais se garde dy porter remède. " Ce sont par des petites solutions, plus dattention, plus de vigilance, quon arrive à résoudre ces difficultés. Mais cest extrêmement difficile car nous sommes mis au défi, en tant quadulte, de faire face à ce phénomène sans y porter remède, qui est essentiellement une manifestation de santé. On parle de ladolescence qui est canalisée dune façon positive ; si elle ne lest pas, on sait trop bien ce quelle peut signifier, doù limportance de la canaliser dune façon intelligente.
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Le Socrate de la musique :
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TORDJMAN, Gilles. |
" Les petites histoires font parfois bien comprendre les grandes, écrit Gilles Tordjman, auteur dun article sur Duke Ellington paru récemment dans LÉvénement. En voici une amusante : dans lorchestre de Duke Ellington, il y avait en gros deux clans. Le premier qui faisait une consommation extravagante de cigarettes qui font rigoler. Le chef les nommait ses space cadets les cadets de lespace , rapport aux attitudes stratosphériques dans lesquelles ils se mouvaient, et leur témoignait la plus grande indulgence. Le second rassemblait lune des plus belles brochettes divrognes que le jazz ait connu. Duke Ellington jugea que la différence entre les deux clans tenait à ce que les premiers croyaient jouer mieux, et jouaient effectivement mieux, tandis que les seconds croyaient jouer mieux alors quils nen mettaient pas une dedans. [rires] | ||
| " Duke
instaura des mesures de rétorsion. Dès quil avisait, pendant les concerts,
une démarche un peu trop chaloupée, ou une haleine chargée, il invitait
le fautif à lavant-scène pour prendre un solo et lui faire passer
le goût des cuites en lui collant la honte de sa vie. Le clan des ivrognes
intégra si bien ce système quil surjoua livrognerie pour être
appelé à lavant-scène. Petit à petit, tout ce beau monde but de moins
en moins, mima toujours plus livresse et joua de mieux en mieux :
Duke était content. " [rires]
Un peu plus loin, Tordjman estime que Duke Ellington fut sans doute lhéritier le plus légitime et le plus inattendu de Socrate : " Ce Socrate-là, affirme-t-il, est à lorigine dune des propositions philosophiques les plus pertinentes du siècle : It dont mean a thing if it aint got that swing (ça ne veut rien dire si ça ne swinge pas) ". Ce qui est fascinant, cest quil soit arrivé à devenir un musicien populaire et en même temps un aventurier de la musique. Par exemple, dans une de ses pièces, il a introduit des formules dodécaphoniques. |
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