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Émission du lundi 10 mai 1999

 

Des dinosaures plus vrais que nature

 

Un ami qui revient de Orlando en Floride me faisait part que les studios Universal et Disneyland sont en compétition féroce à un point tel qu’ils sont toujours en train d’inventer de nouveaux parcs thématiques. Récemment, par exemple, chez Universal, ils ont créé Le Parc Jurassique avec des dinosaures animatroniques, le décor préhistorique, etc. Mais le bout du bout, tenez-vous bien : c’est tellement réaliste que ces animaux artificiels défèquent même dans le décor! Ce qui fait dire à cet ami : " En tous les cas, on n’a jamais pu en dire autant de Mickey Mouse... "

C’est peut-être ça le progrès…

 

 

Les horreurs de la violence

 

Depuis quelques années, j’ai recueilli dans un dossier des articles que j’appelle " Les Horreurs ". On y retrouve tout ce qu’on peut vouloir apprendre sur les viols collectifs durant les génocides, au Rwanda, en Yougoslavie, etc.; les tueries dans les institutions scolaires, en particulier aux États-Unis; les enfants qui se prostituent un peu partout dans le monde ou qui sont esclaves d’entrepreneurs parfois sous-contractants d’entreprises qui, par ailleurs, soignent leur image; les marchés d’esclaves au Soudan et ailleurs; la torture un peu partout dans le monde – une pratique, du reste, qui bénéficie des avancées technologiques tout comme les autres formes de violence. Pour ne parler que des horreurs collectives…

J’ai décidé de ne plus accumuler ces articles car j’ai maintenant tout ce qu’il faut pour me convaincre. De quoi au juste? Peut-être de ce que la violence nous habite, de ce que toutes les époques ont été violentes, mais aussi peut-être de ce que, malgré tout, les technologies de la communication rendent le monde de plus en plus transparent, forçant une prise de conscience et les démarches qui en découlent, dont le Tribunal international est le plus beau fleuron. Je me réjouis d’avoir vécu assez longtemps pour avoir été témoin de la création d’une institution aussi louable.

 


l’histoire de l’humanité

Je dois pourtant dire que l’Humanité m’inspire encore autant de dégoût que de ferveur, et aussi, de doutes à propos de la capacité de surmonter notre violence ; car l’histoire de l’humanité, c’est celle de la violence. Je pense aux rivières rougies du sang des Amérindiens à l’époque de la conquête, aux peuples chassés de leurs terres par les conquérants, un peu sur tous les continents…

Il y a plusieurs années, au cours d’un voyage en Grèce, un guide m’apprenait que ce pays remarquablement bien situé au point de rencontre entre l’Orient et l’Occident, a connu, pour cette raison même, 112 invasions, et seulement depuis le moment où l’on a commencé à les compter... Du coup, je comprenais pourquoi les femmes sont vêtues de noir et restent le plus possible à la maison, car la conquête, on le sait, passe par l’humiliation, par l’éclatement de l’identité, de l’ethnicité. Et cette humiliation et tout ce qu’elle entraîne passe toujours par le viol des femmes. Sans oublier les armes sophistiquées dont on dispose aujourd’hui, dont certaines permettent d’atteindre par téléguidage, à des milliers de kilomètres, un objectif qui, autrefois, aurait pu être atteint par une arbalète voire une fronde, mais de près bien sûr.

Tout cela n’a pas remplacé l’humiliation des populations civiles, lesquelles, au bout du compte, demeurent les victimes privilégiées de la guerre. Une horreur en appelle une autre. Même s’il lui faut du temps, l’esprit de vengeance entretient la flamme de l’horreur. C’est ainsi que je découvrais, à un des moments cruciaux de la guerre des Balkans, qu’à l’époque de l’empire ottoman qui imposa sa gloire pendant près d’un demi-millénaire dans cette région, les villages serbes – qui étaient chrétiens – ont dû, pendant des centaines d’années, envoyer leurs enfants mâles à Istanbul où on les convertissait à l’Islam pour les exploiter comme esclaves dans des palais ottomans. On comprend mieux la suite. Oui, mais l’horreur justifie-t-elle l’horreur? Comment rompre le cercle infernal?

des explications

Depuis toujours, on semble chercher une explication à l’horreur. On peut se contenter de celle qu’on trouve dans les retournements de l’histoire mais, à un autre niveau, on peut la chercher aussi dans les gènes, dans les conclusions des études psychosociales, etc. C’est d’ailleurs ce que l’on fait à chaque fusillade qui survient dans les écoles aux États-Unis : certains estiment que la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes est la principale cause, alors que d’autres, qui sont pour le droit d’avoir des armes, soutiennent au contraire que la violence s’explique par le fait que, en général, on ne serait pas assez armé. Il y a même l’acteur Charlton Heston qui a dit en parlant de l’incident malheureux du Colorado : " Si les professeurs avaient été armés, ça ne se serait pas passé ainsi. "

D’autres trouvent l’explication de la violence dans les médias : cinéma, télé, jeux électroniques. Encore là, certains prétendent, au contraire, que le cinéma a un effet cathartique. Alors, la question se pose : devons-nous contraindre une société entière pour éviter d’allumer quelques détraqués? Les soigner, soit, mais comment les identifier? En effet, comment les identifier quand il s’agit, par exemple, de jeunes qui paraissent se conduire relativement bien dans leur milieu. Comme les défenseurs du droit de s’armer, ceux qui appuient les jeux de violence dans les médias, estiment qu’il n’y en a pas assez. Mais la question paraît être mal posée.

l'accepter pour mieux la réduire

La vérité, s’il y en a une, c’est que notre société matérialiste qui repose sur la sur-compétition – car la compétition en soi n’est pas mauvaise – stimulée par le cycle production / consommation, aime la violence. Et cette société, à toutes fins pratiques, c’est nous-mêmes, chacun de nous. Si nous aimons la violence alors peut-être nous faut-il apprendre à vivre avec, puisqu’elle dépend du fonctionnement humain.

Au niveau du cerveau reptilien de l’instinct, se trouve la motivation à défendre le territoire ou à le conquérir ; au niveau du cerveau limbique se trouve toute la symbolique qui éveille les dévotions, comme le drapeau et tous les autres signes de l’identité à une collectivité. Au niveau du néo-cortex, la raison. Je dis bonne chance à la raison, car on sait qu’en réalité, ce qui l’emporte le plus souvent, c’est la raison du plus fort.

Je pense soudain à une des leçons du Mahabharata qui est un des grands livres sacrés de l’hindouisme, un livre qui repose sur la métaphore de la guerre. On y présente Krishna, à la fois un homme et un dieu, qui agit comme le cocher de Arjuna, un guerrier, un homme. Un passage raconte que, en tant que dieu, Krishna savait que la guerre était inévitable; mais en tant qu’homme, il ferait l’impossible pour l’éviter. Nous devons faire notre possible pour diminuer nous aussi la violence en ce monde et en nous-mêmes. Et voilà toute la question.

Même si, à un autre niveau plus subtil de notre humanitude, nous savons bien qu’à l’étape actuelle de notre évolution, la violence est inévitable. Toute tentative pour la diminuer, la canaliser, l’éradiquer, la détourner, dans le monde et en soi, mais surtout en chacun de nous, m’apparaît comme une contribution à l’élévation du niveau de conscience.

 

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L’adolescence :
un des âges de la vie

L’adolescence :
une crise saine et sans remède

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À l’heure actuelle, on s’intéresse dans le monde entier à l’adolescence et aux problèmes qui y sont reliés. La phrase qui suit a été écrite par celui que je considère comme le plus grand gourou de la psychologie moderne dans ce domaine. Il s’agit de Donald Winnicott, médecin psychiatre et psychanalyste. Chaque fois que j’éprouve le besoin d’une synthèse sur une question concernant la jeunesse, je me tourne vers ses ouvrages, particulièrement un livre qui s’intitule De la pédiatrie à la psychanalyse. C’est intéressant de savoir qu’il a écrit cela en 1958. Une fois de plus, je me demande : comment se fait-il que si peu de gens aient assimilé les informations de Winnicott au sujet de l’adolescence, et qu’il faille, en 1999, poser des questions auxquelles il a déjà répondu en 1962?

D’après :

WINNICOTT,
Donald W.
De la pédiatrie à la psychanalyse
,
Éd. Payot,
Coll. " 
Sciences de l’homme ",
1958.



L’adolescence :
un des âges
de la vie


Voyons ce qu’il écrit :

" Cette phase du développement fait l’objet de nombreuses études et on a vu naître une littérature nouvelle. […] Cette nouvelle manifestation d’intérêt de la société n’est pas étrangère aux conditions sociales particulières à notre temps. Ceux qui explorent ce domaine de la psychologie doivent savoir que les adolescents – garçons ou filles – ne désirent pas être compris."  

La pensée de Winnicott va toujours très loin, c’est une pensée provocante. Il précise que les adolescents préfèrent demeurer un mystère pour les gens qui les entourent.

" Il faut que les adultes gardent pour eux ce qu’ils parviennent à comprendre de l’adolescence. Il serait absurde d’écrire un livre sur l’adolescence à l’intention des adolescents, car cette période de la vie, qui est essentiellement celle d’une découverte personnelle, doit être vécue. Chaque individu est engagé dans une expérience, celle de vivre – dans un problème, celui d’exister.

" Il n’existe qu’un seul remède à l’adolescence, et un seul, et il ne peut intéresser le garçon ou la fille dans l’angoisse. Le remède, c’est le temps qui passe et les processus de maturation graduels qui aboutissent finalement à l’apparition de la personne adulte. On ne peut ni les accélérer ni les ralentir, mais en intervenant on risque de les interrompre et de les détruire, ou encore ils peuvent se flétrir du dedans et aboutir à la maladie mentale. – Je trouve que ce propos calme un peu les esprits.  – L’adolescence est quelque chose qui subsiste toujours, mais il ne faut pas oublier que tout adolescent devient en quelques années un adulte. "

Je vais continuer en effectuant un petit montage à travers les réflexions de Winnicott. " Chaque adolescent a connu des moyens organisés de se garder de la souffrance ou d’accepter et de tolérer les conflits inhérents à [des] conditions essentiellement complexes ", écrit-il en se référant aux modifications dues à la puberté, alors que l’adolescent " parvient au développement de la capacité sexuelle et aux manifestations sexuelles secondaires avec un passé personnel qui comprend entre autres un système personnel d’organisation de défense contre l’angoisse, quel qu’en soit le type ". Par des attitudes, des comportements, etc.

Plus loin, Winnicott parle de l’organisation du Moi pour faire face à " cette nouvelle poussée du Ça ". Car, en même temps, le Ça c’est vital, c’est l’instance inconsciente de la psyché. Et justement, au moment de l’adolescence, on assiste à une poussée incroyable du Ça, comparable peut-être à la poussée du Ça qui provoque la naissance. " Comment les modifications de la puberté s’intègreront-elles dans le schéma de la personnalité particulier à l’individu en question? se demande-t-il. […] Une grande part des ennuis pour lesquels on consulte sont dus à une carence du milieu; ce fait seul souligne l’importance essentielle de l’environnement et du cadre familial, chez la plupart des adolescents qui parviennent effectivement à la maturité d’adulte, même s’ils donnent se faisant des soucis à leurs parents. "

L’incident du Colorado aura provoqué toute une interrogation au sujet de l’adolescence et c’est intéressant de voir comment ce maître à penser de la psychologie moderne qu’est Donald Winnicott arrive à nous éclairer dans un article paru trente ans plus tôt. Il y est question, entre autres, de l’opposition et de la complémentarité de deux aspects dans l’attitude des adolescents : une attitude de défi et une attitude de dépendance. " Chez ces jeunes, et c’est une caractéristique de cet âge, alternent rapidement l’indépendance qui défie, et la dépendance régressive; parfois même les deux extrêmes coexistent pour un temps. "

Il parle ensuite de l’isolement de l’individu : " L’adolescent est essentiellement un isolé. […] De ce point de vue, on retrouve dans l’adolescence une phase essentielle de la petite enfance, car le petit enfant est un isolé. Au moins jusqu’au moment où il […] s’est établi comme un individu bien distinct et séparé. " L’importance des groupes, également un point qui nous inquiète : " Les jeunes adolescents sont des isolés rassemblés, qui s’efforcent par divers moyens de former un agrégat en adoptant une identité de goûts. Ils peuvent se grouper s’ils sont attaqués en tant que groupe, mais c’est là une organisation paranoïde en réaction à l’attaque; si la persécution cesse, les individus redeviennent un agrégat d’isolés. "

En parlant de la sexualité : " La sexualité apparaît avant l’aptitude à l’assumer. […] Une activité masturbatoire compulsive peut représenter une façon de se débarrasser de la sexualité plutôt qu’une forme d’expérience sexuelle ", explique-t-il. Il précise ensuite que " dans une grande proportion de cas, on peut s’attendre à une masturbation compulsive, si le médecin parvient à le savoir (voici à ce propos une bonne devise : qui pose des questions aura des mensonges en guise de réponses). Il est certainement possible d’étudier l’adolescent du point de vue du Moi devant les modifications du Ça. Il faut que la psychanalyse soit préparée dans sa pratique à rencontrer ce terme central, que celui-ci soit manifeste dans la vie de l’enfant ou qu’il se révèle discrètement. "

" Mon but, n’est pas d’enseigner la psychanalyse, mais de considérer l’adolescence sur un autre mode, d’essayer d’établir l’urgence actuelle de la question de l’adolescence et les changements sociaux des cinquante dernières années", rappelle l’auteur en1962.

" Chez les peuples primitifs, explique Winnicott, les changements de la puberté sont masqués sous des tabous, ou bien on fait de l’adolescent un adulte en quelques semaines ou quelques mois au moyen de certains rites ou épreuves. À l’heure actuelle, dans notre société, les adultes se forment dans des processus naturels à partir d’adolescents qui progressent en raison des tendances à la maturation. Cela peut aisément signifier que les adultes d’aujourd’hui jouissent de force, de stabilité et de maturité. Naturellement, tout se paye. Les nombreuses crises des adolescents exigent une attitude de tolérance et des soins; par ailleurs, cette nouvelle façon d’être pèse sur la société, car il est pénible pour des adultes qui ont été frustrés de leur adolescence de voir tout autour d’eux des garçons et des filles dont l’adolescence s’épanouit. "

C’est un nouveau discours. Et cela m’intéresse beaucoup, car on a tendance à occulter certains aspects que ce psychanalyste n’hésitait pas à démasquer. Cela recoupe le discours que l’on tient à propos de la retraite plus tard dans la vie, du début du vieillissement de 55 à 65 ans, où des gens ont tendance à se dire : quand j’arriverai là, ce sera une vie de non-responsabilité, comme pour l’adolescent c’est un peu ça.

Donald W.WINNICOTT - http://www.geocities.com/Athens/Troy/2967/Winnicott.html
Donald W.WINNICOTT

Des changements sociaux qui ont été très importants, Winnicott en identifie trois grands.

1- Les maladies vénériennes, qui ne sont plus l’épouvantail qu’elles étaient. – Mais, en revanche, est apparu le Sida, comme vous le savez.

2- Par contre, le développement des méthodes contraceptives qui " a rendu l’adolescent libre d’explorer ".

3- Plus loin, il traite de la guerre, en particulier de la crainte de voir quelqu’un utiliser la bombe atomique (n’oublions pas que cela a été écrit dans les années soixante). Mais aujourd’hui, on a moins cette crainte-là, et je pense que c’est une erreur grave de ne pas l’avoir. Un jour ou l’autre, il pourrait bien y avoir un imbécile qui va s’en servir… Il faut savoir que maintenant " nous savons que nous ne pouvons plus résoudre un problème social en nous organisant pour une autre guerre, note à ce propos le penseur. Il n’existe donc plus rien pour justifier le recours à une forte discipline militaire ou navale pour nos enfants, si commode que cela puisse être pour nous. "

 
" Le remède à l’adolescence est le temps
. Par exemple, il y a la solution par identification aux figures parentales, ou il peut y avoir une maturité prématurée sur le plan sexuel; ou l’importance donnée aux choses sexuelles peut passer aux exploits sportifs, ou celle des fonctions du corps aux réalisations ou aux réussites intellectuelles. En général, les adolescents rejettent ces moyens, et ils doivent donc passer par quelque chose qui fait penser à la zone du ‘ pot au noir ’ – un terme de navigation qui m’a semblé dépeindre ce moment de l’adolescence où l’on ne sait pas de quel côté le vent va tourner et s’il va y avoir du vent. Employée par des navigateurs aériens aussi bien que par des marins, etc. Mais il n’y a pas toujours de solutions pour que l’adolescent passe bien à travers cette étape de la vie.

" C’est une phase, poursuit l’auteur, où il se sentent futiles car ils ne se sont pas encore trouvés. Il faut rester spectateurs vigilants. Toutefois, l’adolescent qui évite totalement ces compromis, particulièrement l’utilisation des identifications et de l’expérience d’autrui, part de zéro. Il y a des adolescents qui luttent pour recommencer de rien, comme s’ils ne pouvaient rien reprendre de personne. […]

" On peut les voir en quête d’une forme d’identification qui ne les déçoive pas dans la lutte qui est la leur, la lutte pour se sentir réel, la lutte pour établir une identité personnelle, pour ne pas s’installer dans un rôle assigné par l’adulte quitte à passer par tout ce qu’il faut vivre. Ils ignorent ce qu’ils deviendront. Ils ne savent pas où ils en sont et ils attendent parce que tout est en suspens, ils ne se sentent pas réels et cela les conduit à faire certaines choses qu’ils sentent réelles et qui ne nous paraissent que trop réelles à nous, car la société en est affectée. " Un jeu de rôles, en quelque sorte.

Il revient ensuite au mélange de défi et de dépendance. " Ceux qui s’occupent d’adolescents sont déconcertés par l’attitude exagérément provocante du garçon ou de la fille qui se montre en même temps dépendant au point d’être infantile. […] Il faut que la société considère cela comme un trait permanent, qu’elle l’accepte, qu’elle y réagisse de façon positive, qu’elle aille même au devant de ce phénomène mais se garde d’y porter remède. "

Ce sont par des petites solutions, plus d’attention, plus de vigilance, qu’on arrive à résoudre ces difficultés. Mais c’est extrêmement difficile car nous sommes mis au défi, en tant qu’adulte, de faire face à ce phénomène sans y porter remède, qui est essentiellement une manifestation de santé. On parle de l’adolescence qui est canalisée d’une façon positive ; si elle ne l’est pas, on sait trop bien ce qu’elle peut signifier, d’où l’importance de la canaliser d’une façon intelligente.

 Les jeunes d'aujourd'hui :
comprendre leur malaise et leurs besoins pour mieux les aider

 

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Le Socrate de la musique :
Duke Ellington

J’aimerais vous parler de Duke Ellington, puisqu’on célèbre ces temps-ci le centenaire du maître et la sortie de l’intégrale de son orchestre, également. À ce propos, j’ai mis de côté quelques informations le concernant. J’en ai une ici qui va vous faire connaître quelques aspects de son caractère. Il faut dire qu’il a toujours été considéré comme un bien curieux personnage. Je l’ai rencontré à la Place des Arts, au cours d’une entrevue qui se déroulait en anglais. Je me souviens qu’un de mes amis, Norman Simmons, qui a écrit quelques pièces pour Ellington, m’avait révélé qu’à tout propos, il fallait qu’il s’arrête pour prendre des vitamines : C, B6, B12, etc. Une vraie manie.

D’après :

TORDJMAN, Gilles.
" Duke Ellington,
le swing du siècle ",
L’Événement
,
29 avril – 
5 mai 1999.

" Les petites histoires font parfois bien comprendre les grandes, écrit Gilles Tordjman, auteur d’un article sur Duke Ellington paru récemment dans L’Événement. En voici une amusante : dans l’orchestre de Duke Ellington, il y avait en gros deux clans. Le premier qui faisait une consommation extravagante de cigarettes qui font rigoler. Le chef les nommait ses ‘ space cadets ’ – les cadets de l’espace –, rapport aux attitudes stratosphériques dans lesquelles ils se mouvaient, et leur témoignait la plus grande indulgence. Le second rassemblait l’une des plus belles brochettes d’ivrognes que le jazz ait connu. Duke Ellington jugea que la différence entre les deux clans tenait à ce que les premiers croyaient jouer mieux, et jouaient effectivement mieux, tandis que les seconds croyaient jouer mieux alors qu’ils n’en mettaient pas une dedans. [rires]
  " Duke instaura des mesures de rétorsion. Dès qu’il avisait, pendant les concerts, une démarche un peu trop chaloupée, ou une haleine chargée, il invitait le fautif à l’avant-scène pour prendre un solo et lui faire passer le goût des cuites en lui collant la honte de sa vie. Le clan des ivrognes intégra si bien ce système qu’il surjoua l’ivrognerie pour être appelé à l’avant-scène. Petit à petit, tout ce beau monde but de moins en moins, mima toujours plus l’ivresse et joua de mieux en mieux : Duke était content. " [rires]

Un peu plus loin, Tordjman estime que Duke Ellington fut sans doute l’héritier le plus légitime et le plus inattendu de Socrate : " Ce Socrate-là, affirme-t-il, est à l’origine d’une des propositions philosophiques les plus pertinentes du siècle : ‘ It don’t mean a thing if it ain’t got that swing ’ (ça ne veut rien dire si ça ne swinge pas) ".

Ce qui est fascinant, c’est qu’il soit arrivé à devenir un musicien populaire et en même temps un aventurier de la musique. Par exemple, dans une de ses pièces, il a introduit des formules dodécaphoniques.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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