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Émission du
jeudi 6 mai 1999 |
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La Faculté X de Colin Wilson |
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Avez-vous déjà entendu parler de la Faculté X ? Le concept est de Colin Wilson. Colin Wilson est lun des très grands écrivains britanniques. Dans son ouvrage majeur, un classique qui sintitule LOcculte : des sorciers de lâge de pierre aux mages contemporains, il est question de cette Faculté X : " Je crois quun jour, a-t-il déclaré, lhomme aura un sixième sens. Un sens direct qui lui permettra dappréhender la vie sans intermédiaire. " Le premier de ses ouvrages paru en 1956, The Outsider a été suivi dune série dans la même direction. Daprès Wilson, nous possédons déjà en nous ce sixième sens à un haut degré, mais sans en être conscient. Il accorde à ce sens latent de lhomme, qui est leffet de sa soif dévolution et de son aspiration inconsciente dentrer en contact avec la réalité, une grande importance. Mais la réalité au-delà de la réalité matérielle. |
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WILSON, Colin. LOcculte : des sorciers de lâge de pierre aux mages contemporains, Éd. Philippe Lebaud, 1990.
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" Nous disons quelque chose, et nous ne lui donnons toute sa signification que lorsque la Faculté X est éveillée, lorsque nous avons atteint un certain point de dépassement, explique Wilson dans LOcculte. [ ] Ce serait une erreur de considérer la Faculté X comme une faculté occulte . Elle ne lest pas; en fait, elle est le pouvoir dappréhender la réalité, et elle unit les deux moitiés de lesprit de lhomme, le conscient et le subconscient. [ ] " Tout le monde possède ce pouvoir de se fixer sur une chose en oubliant toutes les autres. Quand on vit dans une grande ville, on coupe ainsi 99 % des stimuli qui tombent sous le sens. Nous en avons tous fait lexpérience. Mais ce que nous navons pas encore expérimenté, cest lextraordinaire pouvoir que nous possédons et qui peut nous permettre de nous fixer sur des aspects particuliers de la réalité. Ce pouvoir est la Faculté X, mais nous ne lutilisons pratiquement pas, ignorant que nous sommes de ses potentialités. " Il précise un peu plus loin : " La Faculté X nest pas un sixième sens , mais une potentialité normale de la conscience. Et il apparaît clairement [ ] quelle est la clé non seulement de toute expérience dite occulte, mais aussi de toute lévolution future de la race humaine. Ce qui nest pas rien. [ ] Plus je méveille, ajoute-t-il, et plus ce sens sétend. Mais ce que nous appelons la conscience éveillée , nest guère différente habituellement de la conscience endormie. Nous sommes encore plongés dans une rêvasserie molle et passive. " Wilson revient beaucoup sur cette idée tout au long de son ouvrage. Cette Faculté X, selon lui, napparaît que dans la mesure où lon est capable de vaincre cette paresse. Il nous considère collectivement comme extrêmement paresseux, au sens de ce que nous faisons avec notre esprit et notre conscience. Cela ressemble un peu à ce que disait Gurdjieff à ce sujet : " Réveillez-vous, mais réveillez-vous vraiment! " " Il ne faut pas en chercher la raison dans le fait quil y a une limite naturelle à la conscience, poursuit Wilson; mais dans lidée pure et simple que nous ignorons comment accroître ses pouvoirs. Nous sommes comme des chiens qui se croient à lattache, alors quen réalité, ils sont libres. " Je ne sais pas si on peut soutenir que les concepteurs de la série-culte The X-Files se sont inspirés ou ont subi linfluence de la démarche de Wilson dans LOcculte. Cest très probable, parce que ce livre est très connu dans le monde entier, particulièrement dans le monde britannique et anglo-saxon. Cest un ouvrage clé dont je vous ai parlé à quelques reprises au cours des années, dautant plus que cest une source de référence majeure. Il a paru en français en 1973, soit deux ans après le début de lémission Par 4 chemins. À cette époque, il était édité par Albin Michel, mais vous pouvez prendre note que, depuis 1990, il est réédité par Philippe Lebaud. Wilson raconte, quà un moment, alors quil discutait de ces problèmes de locculte avec le poète Robert Graves, celui-ci lui fit remarquer que les pouvoirs occultes ne sont pas si rares : " Une personne sur vingt les possède sous une forme ou sous une autre. Et, dajouter Wilson : " Ce qui mintéressait vivement, cétait le chiffre : 5 %. Ce pourcentage est aussi celui de la minorité agissante parmi les êtres humains. Dans les premières années de ce siècle, Bernard Shaw demandait à lexplorateur Henry Stanley combien dhommes parmi les membres de son expédition étaient capables den prendre la tête, au cas où lui, Stanley, serait tombé malade. Un sur vingt, répondit Stanley. Ce chiffre est-il exact ou approximatif? Il est exact ", avait répondu Stanley. Cest comme si on y était, non? " Cette dominante de 5 % fut découverte par les Chinois durant la guerre de Corée, poursuit Wilson. Dans le but de faire une économie deffectifs, ils décidèrent de diviser leurs prisonniers américains en deux groupes : les entreprenants et les passifs. Ils découvrirent bientôt quil y avait un entreprenant sur vingt passifs . Lorsque ces 5 % furent retirés du restant du groupe, ont pu laisser les autres pratiquement sans garde. " Un phénomène intéressant Finalement, on voit que la dominante de 5 % se retrouve partout. " Il est probable, dit aussi lauteur, que tous les êtres humains détiennent les vestiges de pouvoirs occultes , pouvoirs qui jaillissent des profondeurs de linconscient. Les 5 % sont simplement plus aptes que les autres à canaliser ces pouvoirs; et cest parmi eux quon trouve les magiciens, les sorcières, les médiums. " Plus loin dans cet ouvrage colossal de 450 pages, Colin Wilson fait observer : " Les êtres humains ont deux pôles : un pôle personnel et un pôle impersonnel. Le pôle personnel est mis en évidence lorsque je me trouve tout à coup en danger; la seule chose qui me guide alors est mon instinct de conservation. La plupart des gens sont extrêmement personnels; ils ruminent leurs problèmes, se penchant avec une complaisance excessive sur leurs maladies ou leurs petits ennuis. Latmosphère devient alors étouffante, la vision se rétrécit, lâme comme le corps, peut mourir dune sorte de manque doxygène. " Puis Wilson tente de présenter lhomme dans sa totalité. " Mon principe de base est celui-ci, écrit-il, il y a quelque chose qui fonctionne mal dans la machine humaine. Quand un mauvais rhume, déclenche en vous une impression de suffocation, vous savez que cet état nest pas normal et quil disparaîtra en même temps que la grippe. Or, tous les êtres humains souffrent en permanence dune sorte de rhume spirituel dont ils nont pas conscience. Parfois, quand ils sont particulièrement soucieux et fatigués, la sensation détouffement augmente au point de provoquer une panique qui peut conduire tout droit à une maladie mentale. [ ] " Cest la concentration, selon lui, qui peut arriver à nous sortir de cela. " Lorsque la concentration arrive à un certain point, il se produit une sorte de réaction en chaîne [ ]. Il arrive, par exemple, quune joie soudaine et intense se désintègre comme sous leffet de sa propre tension. [ ] Cela explique pourquoi lintensité mystique est habituellement si brève : elle provoque sa propre désintégration. Mais là, une question se pose : comment cette désintégration est-elle possible lorsque le mystique cherche de toutes ses forces à se maintenir à ce haut niveau dintensité? La réponse est dune importance fondamentale : cest parce que les muscles nécessaires à cet effort sont flasques et non développés. " La concentration apparaît donc à Wilson comme la clé pour disposer un tant soit peu de cette Faculté X que chacun possède en soi. Autrement dit, il faut que lon entraîne la concentration comme on le ferait pour un muscle. Le grand psychologue William James, que cite à plusieurs reprises Wilson dans son ouvrage LOcculte, parlait justement du processus propre à cette Faculté X : " Les états dintuition mystique ne sont peut-être rien dautre quune soudaine et forte extension du champ de conscience ordinaire ", écrivait James dans un essai intitulé Suggestion sur le Mysticisme. Un éclatement, pour ainsi dire, que Wilson décrit ensuite de la façon suivante : " Une appréhension de la réalité objective dans lespace et le temps, au-delà de cette prison quest la vie quotidienne. " Wilson explique plus loin : " Quand un homme désire de toutes ses forces quelque chose, il accomplit un immense effort de concentration. Le corps mental se contracte , créant un nouveau centre de contrôle et de liberté. " Il rapporte un exemple, tiré dun roman de Graham Greene, dans lequel un prêtre qui est sur le point dêtre fusillé " se rend compte quil lui aurait été très facile dêtre un saint ". " Pourquoi? demande-t-il. Parce que limminence de sa fin déclenche en lui une sorte de commotion, le plus grand effort de volonté quil ait sans doute jamais accompli de son existence, et il se rend compte, dans un éclair, que sil avait fait plus tôt le même effort de volonté, il naurait pas gâché sa vie. " Cela me permet dénoncer très clairement ma conception de lévolution humaine, poursuit Wilson. Certaines de nos fonctions sont automatiques respiration, digestion, etc. Ce qui veut dire que même si je tombe dans un état de prostration ou de sous-volonté, elles nen seront pas affectées pour autant. Dautres fonctions devraient être automatiques, mais elles ne le sont pas encore. " Il faut quelles soient éveillées, pour ainsi dire, par les circonstances ou par lentraînement. Dans le cas de ce prêtre : " On voit ainsi comment un sentiment profond, jusque-là inconscient, peut devenir automatique. Malheureusement, nous navons pas une réponse aussi nette face à une quantité de phénomènes naturels qui nous émeuvent à loccasion. " " Nous sommes victimes dune habitude de passivité, bien plus dangereuse que la cigarette ou la drogue, explique-t-il. Pourquoi dangereuse? Parce quelle crée une condition dennui et de stagnation qui conduit à la crise, à la surexcitation, et qui explique, par exemple, la nature incroyablement violente et gratuite de certains crimes. Quand les poisons saccumulent dans mon sang, le corps les rejette automatiquement; il se forme des furoncles qui mûrissent et évacuent les substances toxiques. Mais quand je me laisse entraîner dans un état de stagnation intérieure, je nai aucun système de défense automatique pour lutter contre lui; il me faut recourir à une forme dexaltation propre à rétablir léquilibre vital. " Cest très clair Il est ensuite question du criminel sexuel qui recherche, sans le savoir, cette même exaltation : " Le criminel sexuel, qui se met en quête dune fille à violer, cherche un remède à sa maladie. À ce point de notre évolution, alors que la Terre est surpeuplée, il est nécessaire que lhomme développe un système automatique pour éliminer ces poisons qui naissent de la stagnation, de la morne insignifiance de la vie civilisée. Est-ce assez sévère pour vous? [rires] Il doit fortifier le muscle mental dont jai parlé : la Faculté X. Au fond, cette expression le muscle mental, est encore la définition la plus simple, la plus restreinte, pour la décrire. Cest moins difficile quil ne paraît; tout peut devenir une habitude si nous le voulons vraiment. " |
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La double conscience de Dürckheim |
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" Tout travail, tout métier, tout art, exige un entraînement pour que luvre réussisse. Certes, nous le savons tous, et chacun de nous à travers lépreuve de lexistence, sinstruit et sexerce, intégrant ses propres expériences. Cependant, on ignore le plus souvent que ceci est également valable pour la réussite de luvre la plus importante de notre vie : la réalisation de notre Être. " Léveil spirituel, si vous préférez. Je suis à peu près convaincu que ces deux écrivains ne se seraient pas attendus à ce quun jour, on les place côte à côte dans un même discours : Colin Wilson et Karlfried Graf Dürckheim. Ce que Wilson qualifie de Faculté X, Dürckheim en parle comme dune double conscience. Jai plusieurs livres de Dürckheim à la maison : jen ai apporté un ici pour faire un bout de chemin avec vous. Il sintitule Pratique de la voie intérieure, publié au courrier du livre. Un autre de ses ouvrages que je trouve très enrichissant a pour titre : Pratique de lexpérience spirituelle, paru aux Éditions Du Rocher (1995). |
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DÜRCKHEIM, Karlfried Graf. Pratique de la voie intérieure, Le courrier du livre, Paris, 1968. |
Au sujet de lentraînement, quil appelle " lexercice ", Dürckheim écrit : " Il sagit, en définitive, dacquérir un état dêtre dans lequel lhomme devient de plus en plus obéissant et ouvert à la voix et à la vocation de son Être essentiel et tout en même temps apte à les manifester et à les rendre efficaces au sein de la vie et au sein de son uvre dans le monde. Cela signifie : vivre le quotidien comme exercice , cest-à-dire non pas comme un entraînement à lefficacité existentielle, mais comme un exercice intérieur. Autrement dit, vivre le quotidien comme pratique de la Voie. " Cest intéressant parce que cest un peu le même discours que tient Wilson : mais tandis que Wilson met laccent surtout sur les pouvoirs de nature psychique, Dürckheim insiste davantage sur léveil spirituel. Toutefois, on voit finalement que la démarche est semblable et quil sagit de deux niveaux de fonctionnement. " Ce nest quen surmontant cette perpétuelle contradiction entre la nécessité dune transformation permanente, réclamée par la loi même de notre Être et le désir de garder cette forme dadaptation acquise laborieusement et prometteuse de vie sans friction, que lhomme deviendra vraiment une Personne. La forme , fut-elle la plus élevée quil soit possible datteindre, ne répondra jamais entièrement aux exigences de lêtre inconditionné. Elle sera toujours, dans une certaine mesure, conditionnée par les circonstances. [ ] " La pratique dans la vie quotidienne, poursuit Dürckheim : toute action, dans la journée, na pas seulement un sens extérieur, cest-à-dire quil ne faut pas considérer uniquement le résultat de laction par rapport au monde. Elle contient aussi un sens intérieur. Voilà un point important à retenir. Dans le tourbillon des événements, il sagit de prendre le temps de sarrêter pour se poser la question : quest-ce que je dois apprendre de cette expérience? Cest la façon dont elle est accomplie; et dans ce sens intérieur se trouve pour nous la possibilité dun gain pour notre évolution ", au-delà du fonctionnement au plan matériel, je dirais même : à travers le fonctionnement au plan matériel. " Pour celui qui est sur la Voie, toute action, toute uvre, dans quelque circonstance que ce soit, peut devenir loccasion de faire tourner la roue de la métamorphose et den accomplir les cinq étapes :
Puisque le quotidien demande un témoignage permanent, il représente lui-même lexercice de la cinquième étape ", spécifie Dürckheim. De tout enseignement, il faut pouvoir retenir un ou deux éléments quon peut appliquer dans son quotidien. Cette formule de Dürckheim, par exemple : " Lhomme qui est vraiment sur la voie sait quil ne peut cesser, à aucun instant, de se sentir responsable tant de son attitude que de son existence Ce qui ne veut pas dire quil est nécessairement responsable de tout ce qui lui arrive : cest une question de conscience et dattitude. Les Stoïciens disaient la même chose. Cela recoupe plusieurs autres enseignements dont il a été question à cette émission. Il sefforcera donc dêtre à la hauteur de cette responsabilité. Il doit savoir néanmoins que tout ce quil peut faire est bien peu de chose, en même temps. Il doit comprendre avant tout que, quelle que soit la lumière qui rayonne de lui-même ou de son uvre, ce nest jamais lui qui la créée; il ne fait quaccueillir quelque chose dont lorigine est ailleurs . " Pour retenir lessentiel de son propos : je suis responsable de mon attitude devant les événements et, en même temps, je vis des expériences que je dois intégrer. Ce que je parviens à réussir au plan de la concentration nest quune partie du travail : le reste doit être accueilli car lorigine est ailleurs . " En ce qui concerne ce que nous pouvons obtenir par la pratique, la condition la plus importante cest de bien prendre conscience du fait que, dans le domaine de la transcendance, il ne sagit jamais dun faire , mais dun admettre que cest déjà là. Je lai souvent dit et je le répète : la démarche est soustractive. Ce qui revient à dire : enlevons la plupart de nos bibittes et devenons ainsi plus transparents. Le chemin est béni qui, par la mise en uvre de toutes nos forces, par laspiration à la réalisation du soi , réduit peu à peu lattitude crispée du je dois faire , pour accueillir, dans une confiance totale, cette Grande Force qui agit dans la nuit du mystère. " Dans les cinq étapes mentionnées plus haut, il y avait le lâcher-prise. On le retrouve ici. Quand on est responsable, on prend les dispositions pour assumer cette responsabilité mais, en même temps, on adopte une attitude dabandon. " Sabandonner, obéir, cela va de pair si nous voulons parvenir à manifester lÊtre dans lexistence. " Je terminerai sur un point très important que je trouve plus loin : " La possibilité dun témoignage fidèle de lêtre authentique nest possible quaprès la traversée répétée dune zone danéantissement ", estime Dürckheim. Cest-à-dire que tous les moments difficiles que nous traversons, hélas! sont absolument nécessaires. Lorsque lon ressent cette terrible impression que tout seffondre autour de nous, ce qui peut arriver à plusieurs reprises dans une vie Cest ce quon appelle la " nigrido " : la noirceur " la noche oscura " : la nuit obscure de St-Jean de la Croix quil faut traverser pour atteindre la lumière, ou le charbon quil faut pelleter pour dégager le diamant qui se cache quelque part dans la paroi |
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