PAR...  

Émission du jeudi 29 avril 1999

Rediffusée le jeudi 27  janvier 2000

L'image de la vieillesse

" La plus grande victoire de notre civilisation, c’est d’avoir vaincu la maladie, et son plus grand échec, c’est de n’avoir pas guéri la peur de l’âge… "

Cette réflexion n’est pas de moi, mais de Jacques Séguéla, un homme important dans le milieu publicitaire . Il signe un texte, intitulé " Au miroir de la pub : comme une absence, comme un oubli… ", dans un ouvrage collectif dont le titre est Être vieux : de la négation à l’échange. La revue fait partie d’une série de publications thématiques de la collection Mutations, publiées par Autrement.

D’après :

SÉGUÉLA, Jacques. " Au miroir de la pub : comme une absence, comme un oubli… ", Autrement, coll. Mutations, 1991.


" La publicité est le miroir de notre vie
, explique J. Séguéla. Elle a tellement négligé et ridiculisé le grand âge, qu’il disparaît dans la tête des gens. Il y a un côté mécanique subconscient de la publicité qui est extrêmement dangereux. "

Il est également l’auteur de cette réflexion : " Les vieux sont les laissés pour compte de la publicité. Quand elle les utilise, c’est pour les singer : tempes blanches, sourire en forme de râtelier. Le plus souvent, elle les ignore. Faire de la publicité consiste à réveiller l’enfant qui sommeille en tout consommateur. La pub est marchande de bonheur et la vieillesse traîne l’image de malheur : invendable, radiée, au placard! C’est grave, car nous sommes entrés dans l’‘ âge du troisième âge ’. Chaque année, notre espérance de vie recule de six mois. Au troisième millénaire, la vie jusqu’à 140 ans sera possible ", annonce Séguéla. Sûrement pas dans les années qui viennent; il ne faut pas trop s’exciter avec cela…

Tout le monde parle du tiers monde, moi, je dis : ‘ Plus important est le tiers âge, qui est mis dans ce cul-de-basse-fosse sociologique ’ ", affirme-t-il dans cette critique sévère de ce qu’il connaît le mieux, en somme : la publicité. Dans ce milieu, il faut dire que l’on n’est pas très ouvert à l’image des gens qui ont pris de l’âge : il me semble qu’il y a eu comme un vaste nettoyage au niveau de la télévision. L’idée n’est pas de panser mes plaies en public, mais plutôt d’attirer votre attention sur le fait que, de toute évidence, les gens âgés ont été écartés de la télévision. C’est clair, c’est voulu. En attendant qu’on écarte à leur tour ceux qui les ont écartés…


le " rapport névrotique " avec la mort
selon Michèle Barzach

Dans le même ouvrage collectif, l’on retrouve une réflexion de Madame Michèle Barzach. Ancienne ministre de la Santé (en France) et gynécologue, son expérience lui a inspiré un ouvrage saisissant : La Médecine sans visage. C’est elle qui disait : " Les gens tendent la main et au lieu de les réconforter, on leur donne un formulaire à remplir. "

D’après :

BARZACH, Michèle. " Des vies derrière soi… ", Autrement, coll. Mutations, 1991.


" En général, la personne âgée est absente des images médiatiques
, fait-elle observer. Quand on la représente, c’est sous la forme du vieux dynamique qui fait du judo et prend le TGV. On évacue donc totalement le quatrième et le cinquième âge. – Hier, justement, nous avons parlé du quatrième âge, mais il semblerait qu’il en existe aussi un cinquième... – La difficulté, c’est que l’idée du corps déchu associée à la vieillesse brouille l’image moderne de beauté et de superforme. Et puis notre époque entretient un rapport très névrotique avec la mort. Elle est oubliée, rejetée, cachée. Nous avons le sentiment d’être immortels.  – Il y a de quoi s’étouffer! – Donc, les gens qui vous rappellent la mort vous deviennent insupportables. Il y a pourtant un message positif à faire passer de la vieillesse : disponibilité, tendresse… Nous en avons tous un besoin maladif et, en même temps, on rejette ceux qui pourraient le donner. […]

" La déchéance du corps des autres, je l’ai vécue pendant mes études en médecine, dans les salles communes, occupées à 70 % par des personnes âgées. Cette expérience a été très forte pour moi. À présent, je l’ai dépassée. Quand je serai vieille, je voudrais rester le plus longtemps possible dans mon territoire, ne pas être obligée de me déraciner, vivre avec tous ceux que j’aurai construits et aimés. Je me vois assez bien en ‘ vieille dame indigne ’, au sens coquin du terme, avec des mômes autour de moi, faisant des gâteaux, leur lisant des trucs, et inventant avec eux.

" Je ne rejette pas l’idée du vieillissement de mon corps. L’autre jour, mon dermatologue me montre des taches sur mes mains et me propose de les faire disparaître. Je lui ai répondu : ‘ Je n’en ai rien à foutre! ’ Je ne me vois pas faire des liftings. La vie, c’est cette espèce de sédimentation d’époques, de moments d’histoire avec ses hauts et ses bas, et puis voilà! Si les gens et les choses que j’ai créés et aimés s’éloignaient de moi, ce serait le comble de la tristesse. Bien sûr, j’ai la trouille de la mort. Mais c’est une réalité que j’accepte. Mon métier m’a fait rencontrer la mort très tôt : et je vis avec cette idée. Je ne me crois pas immortelle ", conclut cette femme médecin, gynécologue.


sclérose ou évolution :
pour Edgar Morin, la vieillesse, c’est l’un ou l’autre

Dans cette édition de Mutations portant sur le fait d’être vieux, on rapporte aussi un entretien avec Edgar Morin, interviewé à l’occasion de la parution d’un ouvrage qu’il a écrit sur son père peu après sa mort : Vidal et les siens, un ouvrage où se croisent leurs itinéraires, car Edgar Morin est né Vidal.

D’après :

MORIN, Edgar. " Le regard du fils ", Autrement, coll. Mutations, 1991.


" À 40 ans, vous parliez du mauvais vieillissement comme d’une dérive, d’une sclérose et du bon vieillissement comme d’une évolution…. "
lui rappelle-t-on. " Je maintiens, répond-il, maintenant qu’il est dans les 70 ans avancés. Le vieillissement n’échappe pas à l’ambivalence. Sans parler de la dégradation physique, il y a une fermeture et une sclérose qui dégrade l’être. Ou, au contraire, les qualités de l’être s’épanouissent. C’est une affaire qui ne dépend pas seulement de la volonté ou de la conscience de chacun ", explique-t-il.

Comme il est question de la vieillesse de son père dans son livre, on demande à Edgar Morin de définir la vieillesse de l’homme : " La vieillesse lui dit son destin et l’inscrit dans le cycle de la vie. La vieillesse est difficile à conceptualiser en soi parce que, bien entendu, il y a le vieillissement biologique qui est très inégal suivant les individus, il y a le vieillissement du corps qui n’est pas nécessairement le vieillissement cérébral, et puis il y a des catégories socioculturelles, dans lesquelles on cadre la vieillesse. […] "

" Le défi qui nous est lancé c’est, paradoxalement, d’enlever l’expérience à l’âge qui devrait être capable de tirer de l’expérience. – C’est curieux comme formule… – Cela dit, je crois que l’on peut tirer une expérience de chaque étape de la vie. […] Tout le problème de la vie, c’est à la fois la participation et le détachement. Alors on peut dire que la vieillesse favorise plus le détachement, mais je crois qu’à tout âge de la vie, il faut savoir se détacher et [en même temps] participer. "

Retour au début-

Accepter l’inachevé

J’ai tout à coup retrouvé un livre qui a probablement été le premier que moi, en tous les cas, j’ai consulté à propos du vieillissement, autour de 1970. C’est un ouvrage de Paul Tournier qui s’intitule Apprendre à vieillir. L’auteur est un médecin suisse qui parle de se préparer pour la retraite.

TOURNIER, Paul. Apprendre à vieillir, Éd. Delachaux & Niestlé, 1971.

D’après :

TOURNIER, Paul. Apprendre à vieillir, Éd. Delachaux & Niestlé, 1971.

 


" Plus que de simples loisirs, une nouvelle carrière bien différente de la carrière professionnelle "
, peut-on lire sur la couverture arrière de ce livre très intéressant qui, je me rends compte, m’a beaucoup apporté à l’époque. Un chapitre commence par ce titre : " Qui peut prétendre avoir accompli sa tâche? " C’est un passage qui m’a beaucoup intéressé, parce que je suis d’abord un homme d’action, mais je n’ai pas de prétention quant à l’effet de mon action; après tout, je ne dirige pas une nation… Je dois diriger ma vie et c’est déjà un paquebot à faire naviguer dans le quotidien. [rires]

Réfléchir sur l’accomplissement de son devoir… " Nous voici au seuil du grand problème de l’acceptation, commence Tournier. […] Jores – un de ses confrères – conclut : ‘ Il y a une relation étroite entre santé et accomplissement de la vie, entre maladie et mort et non-accomplissement de la vie. ’ La vie est ressentie, dit-il, comme une tâche à accomplir, et un sentiment de plénitude est une condition de la santé et de la vie. La tâche d’un homme, c’est sa vie, son épanouissement. Aussi la vocation du médecin de la personne, c’est d’abord, bien sûr, de soigner les maladies avec toutes les ressources de la science, mais c’est aussi d’aider les hommes à s’accomplir. " Je trouve extraordinaire cette réflexion.


Tournier de reprendre : " Oui, la vie, une tâche à accomplir! mais qui peut prétendre avoir accompli sa tâche, avoir achevé sa tâche? Cette tâche demeure toujours inachevée. L’acceptation dont je veux parler ici, c’est peut-être une des plus difficiles : c’est d’accepter l’inachèvement, c’est d’accepter l’inachevé. " Je suis moi-même aux prises avec cette difficulté : " Accepter l’inachevé "… Dans un sens, c’est un peu comme si la vie était un brouillon.

J’avais noté en marge de ce paragraphe le nom de Lawrence Olivier. Comme vous le savez, L. Olivier est l’un des plus grands comédiens de notre époque : il a dirigé le Old Vic à Londres et a été l’un de ceux qui ont contribué le plus à faire connaître Shakespeare par le cinéma : Hamlet, Georges V, etc.. Des films remarquables. Lawrence Olivier a aussi fait un bout de carrière à Hollywood. Le dernier souvenir que j’ai de lui, c’est une interview qu’il avait donné dans son jardin – à la campagne ou dans la grande banlieue de Londres : j’avais alors été étonné de voir jusqu’à quel point cet homme avait le sentiment d’avoir raté sa vie... Je me disais : " Pourtant, son cheminement professionnel est difficile à battre! "

En effet, L. Olivier a joué des rôles majeurs à Hollywood, la Reine en a même fait un Sir... Il a eu une vie extrêmement riche, il a permis à des gens de se faire connaître, il a lancé des carrières... Sans compter qu’il était aussi l’un des plus grands metteurs en scène d’Angleterre, en plus d’avoir assisté aux débuts de la création du Théâtre national. Mais, selon lui, il avait encore un côté inachevé : il était dans son jardin et il avait du mal à accepter, homme d’action qu’il était, que sa vie allait s’achever alors que la tâche ne lui semblait pas complétée. C’est dans ce sens que va la réflexion de Tournier, qui faisait observer : " Jeune, on rêve de pouvoir faire un jour tout ce qu’on n’a pas encore pu faire. Plus on vieillit, plus se creuse l’incommensurable distance entre ce rêve et la réalité. "

" Tout au long de ma carrière, relate-t-il, j’ai dû réduire le nombre de mes malades pour donner plus de temps à chacun. Et maintenant, je dois refuser la plupart de ceux qui font appel à moi. Encore est-ce moins dur de refuser de nouveaux malades que de renoncer à poursuivre avec d’autres un traitement qui n’est pas achevé… Que de limites dans tout cela! Pendant toute l’existence, on lutte contre des limites. C’est le caractère même de la vie : son expansion illimitée. On s’attaque aux obstacles, on en surmonte quelques-uns, beaucoup. Si les limites reculent, elles demeurent. On les sent davantage. "

Il cite alors Amélie Grégoire qui demande à une jeune fille : " ‘ Avez-vous peur de la vieillesse? ’ - " ‘ Si j’ai réussi, répond-elle, je n’aurai pas peur de vieillir! ’ La réponse est excellente à cet âge. Mais c’est la notion même de réussir qui perd peu à peu son aspect simpliste. Il y a bien des réussites, et chaque fois, nous les savourons comme si elles étaient décisives. Mais la réussite recule, se dérobe. C’est elle-même qui est limitée, inachevée. ‘ Quand on arrive à la fin… une vie d’homme, ce n’est pas grand-chose ’, écrit le Père Leclercq, et cela, précisément, dans le beau livre où il parle de la Joie de vieillir. Oui, pour connaître la joie de vieillir, il faut pouvoir accepter l’inachevé. " Beau programme.

Hum… ce qu’on est sérieux aujourd’hui!

Retour au début-

Vivre bien :
le choix de la qualité plutôt que de la durée

D’après :

SÉNÈQUE. Apprendre à vivre. Lettres à Lucilius, choix et traduction par GOLOMB, Alain, Éd. Arléa, 1990.

 


" Ainsi, pris dans la course effrénée du temps, nous avons d’abord perdu de vue l’enfance, et puis l’adolescence, et puis l’âge qui va de la jeunesse à la vieillesse proprement dite,
écrivait de son côté Sénèque, dans une de ses lettres à Lucilius. Et voici que commence à poindre le terme commun à tous les hommes. Un écueil, c’est ainsi qu’il nous apparaît. Fous que nous sommes! En réalité, c’est un port, qu’il faut parfois rechercher et ne jamais refuser. […]

" Dis-toi bien que c’est la même chose pour nous. Les uns, la vie les emporte à toute vitesse là où ils seraient de toute façon arrivés, même s’ils avaient tardé davantage. Les autres, elle les ramollit et les dessèche. La vie, tu le sais, il ne faut pas s’y cramponner à tout prix : le bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. C’est pourquoi le sage vivra autant qu’il le doit et non pas autant qu’il le peut.

" Il verra où il doit vivre, avec qui, de quelle façon et pour quoi faire. Il pense toujours à ce que vaut sa vie et non à ce qu’elle dure. Mourir un peu plus tôt, un peu plus tard, la belle affaire! Ce qui compte, c’est de mourir bien ou mal. Or, mourir bien, c’est fuir le risque de vivre mal. […] Même si c’était vrai, on ne doit pas acheter la vie à n’importe quel prix. "

Je puise ces extraits tripatifs d’un recueil de lettres de Sénèque à Lucilius choisies et traduites par Alain Golomb. L’ouvrage s’intitule : Apprendre à vivre.

le bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien

" Dans certains cas, pourtant,
poursuivait Sénèque, même si une mort certaine le menace, même s’il connaît le supplice auquel on le destine, le sage ne prêtera pas son concours à l’exécution du châtiment : il le ferait s’il avait décidé lui-même de mourir. Il est stupide de mourir par peur de la mort. "

L’idée derrière tout cela, c’est donc de choisir la vie, et de considérer le vieillissement comme l’occasion d’une réflexion sur les facteurs qui nous permettent de ralentir le vieillissement, de prolonger la vie – la véritable vie –, car il faut à tout âge choisir la vie et re-choisir la vie : quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse et quoi que l’on vive aussi. " Ce qui compte, dit Sénèque, c’est d’aller jusqu’au bout et de rompre les chaînes de la servitude. Pour sa vie, on a des comptes à rendre aux autres, pour sa mort, à soi-même. "

À propos de choisir la vie, il dira justement : " La seule raison qui nous interdise de nous plaindre de la vie, c’est qu’elle ne retient personne. – Si vous vous plaignez de la vie, ne vous plaignez pas de la vieillesse qui va vous en délivrer, et non plus de la mort. Bref, soyez logique, ou ne soyez plus… [rires]  – La condition humaine est bonne puisqu’on ne demeure jamais malheureux que par sa propre faute. Content de vivre? Vis. Pas content? Tu peux retourner d’où tu viens. " C’est dur… Mais les Stoïciens étaient comme ça.

" Tu veux rester libre face à ce corps? Demande-t-il plus loin. Habites-le comme un lieu de transit. Mais n’oublie pas qu’un jour vous cesserez de cohabiter. – J’aime bien cette expression. – Ainsi, tu auras plus de courage quand il te faudra partir. Mais comment envisager sa propre fin quand on a des désirs sans fin? " À ce propos, je regarde des gens accumuler des sommes considérables en vue de la retraite. Il faut la préparer c’est évident. Mais on ne doit pas non plus exagérer : vous n’allez pas vivre jusqu’à 150 ans, je peux vous l’assurer maintenant.

D’après :

SÉNÈQUE. De la brièveté de la vie, Petite bibliothèque Rivages, 1990.

SÉNÈQUE. De la brièveté de la vie, Petite bibliothèque Rivages, 1990


Dans autre livre, De la brièveté de la vie, Sénèque écrit : " Si peu que je possède, j’aurai de toute façon plus de provisions pour la route que de route à faire. " Cher Sénèque va!

J’aime bien ce qu’il écrit à propos des humains. Par exemple ici, parlant des " malheureux mortels " que nous sommes : " Ils sont encore mentalement des enfants quand s’abat sur eux la vieillesse à laquelle ils parviennent sans préparation et sans défense car ils n’ont rien vu venir : ils ont tout à coup trébuché sur elle sans s’y attendre, ils ne percevaient pas qu’elle se rapprochait chaque jour davantage. "

" Peut-il rien n’y avoir de plus stupide que l’impression qu’éprouvent certains, demande le philosophe en précisant – : je veux parler de ceux qui se vantent d’être prévoyants? Ils multiplient leurs activités dans le but de pouvoir mieux vivre; ils bâtissent leur vie en la dépensant! Ils font des prévisions à long terme; or, la meilleure façon de laisser sa vie se perdre, c’est de la remettre à plus tard; et cette attitude les prive de chaque jour qui vient, leur dérobe le présent, tout en plaçant leur espoir dans le futur. Le plus grand obstacle à la vie est l’attente qui est suspendue au lendemain et qui gâche le jour présent. "

Ce chapitre pourrait s’intituler " Choisir la vie ", à mon avis. À propos du vieillissement et de l’intérêt qu’on peut avoir, et qu’on a certainement pour tous les facteurs qui peuvent permettre de retarder le vieillissement – donc les facteurs de longévité – je pense que le plus important est de choisir la vie. Et non de commencer à mourir en prenant de l’âge. Au fond, tant que tu n’es pas mort, tu es vivant! [rires]

" Voici ce que proclame le plus grand des poètes, voici les vers qu’il chante, comme habité par l’inspiration divine : ‘ Les meilleurs jours de la vie des malheureux mortels sont toujours les premiers à s’enfuir. Pourquoi attends-tu? Pourquoi restes-tu sans rien faire? Si tu ne t’en saisis pas, il s’ensuit et même si tu t’en saisis pas, ils s’enfuient. ’ Et même si tu t’en saisis, ils s’enfuiront, prévient Sénèque; aussi faut-il opposer à la rapidité du temps la vitesse avec laquelle on en use et y boire promptement comme à un torrent impétueux aux eaux éphémères.

" Il s’exprime également avec beaucoup de bonheur pour dénoncer les interminables hésitations quand il dit non pas, ‘ les meilleures périodes ’ mais ‘ les meilleurs jours ’ – dit-il encore en parlant du plus grand poète. – Pourquoi te promets-tu sans t’inquiéter ni te hâter, tandis que les instants s’enfuient à une telle allure, à une telle succession de mois et d’années, au gré de tes appétits? C’est un jour qu’il te parle, de ce jour même qui s’enfuit. Peut-on mettre en doute que les meilleurs jours soient toujours les premiers à s’enfuir pour les malheureux mortels, ‘ malheureux ’, c’est-à-dire accaparés par leurs occupations? "

L’idée est de prendre conscience du temps qui passe et de le remplir le mieux possible. " Je suis habituellement étonné quand je vois des gens demander à d’autres de leur temps, et ceux à qui s’adresse cette demande y accéder si facilement ", faisait remarquer Sénèque.

Avez-vous tellement de temps que vous puissiez en donner?

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

Retour au début du texte