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Émission du mardi 6 avril 1999

L’eau : source de conflits

Que je vous dise : si vous croyez que le pétrole est une cause importante de guerre, attendez de voir ce qui va se passer d’ici peu de temps avec l’eau… Quelqu’un disait récemment : " Achetez-vous donc un matelas d’eau, vous en aurez peut-être besoin. "

D’après :

TOSCANI, Oliviero. " Éditorial ", Colors, Éd. Mondadori spA, avril-mai 1999.


" Songez à cette famille américaine qui s’est offerte le plus grand modèle [de lit d’eau] et l’a rempli d’eau distillée. En cas de pénurie d’eau potable, elle disposera ainsi d’une réserve de 1 500 litres. "
Rusé, non?

J’ai beaucoup de plaisir à lire Colors, cette revue de Benetton, lorsqu’elle paraît, à tous les deux mois. Le dernier numéro (avril-mai) porte sur l’eau, probablement à l’occasion de la Journée internationale de l’eau, dont nous avons d’ailleurs parlé récemment. On reproche souvent à la compagnie Benetton d’emprunter des voies qui semblent très discutables : " Est-ce qu’un contenu sérieux, pour devenir sérieux, doit appeler un propos sans éclat? Jusqu’où faut-il aller, par ailleurs, dans le sensationnalisme pour être compris ou pour attirer l’attention? se demande Oliviero Toscani, l’éditeur et l’éditorialiste en chef de Colors, qui est surtout connu en tant que photographe-concepteur de la publicité-choc de Benetton.

D’après :

" Fleuve ", Colors, Éd. Mondadori spA, avril-mai 1999.


Dans ce numéro, on rapporte des faits surprenants sur les nappes phréatiques. Lorsqu’il est question de l’Euphrate, par exemple, on nous révèle la situation qui prévaut dans la Syrie, l’Irak et la Turquie. " L’Euphrate prend sa source en Turquie, pour traverser la Syrie et l’Irak. Les barrages turcs – élevés dans le cadre du projet Anatolie – ont réduit de 40 % le débit du fleuve en Syrie. Or, la population syrienne pourrait doubler d’ici 2010. Pour irriguer, les fermiers pompent l’eau des canaux d’évacuation, multipliant les risques d’épidémie par le choléra ou la typhoïde. Faute d’eau, la centrale hydroélectrique de Tabqa fonctionne avec deux turbines sur huit, d’où des coupures de courant quotidiennes.

" Depuis les années 80, la Syrie entraîne des militants kurdes à faire sauter les barrages turcs, dans l’espoir de perturber le projet Anatolie. Pour l’heure, elle ne reçoit que l’eau que la Turquie laisse passer. Dernière étape du fleuve, l’Irak risque de perdre 90 % de son eau. Déjà, les champs d’orge ont fait place à des terres arides, encroûtées de sel. En 1990, la Turquie a fermé pendant 30 jours les vannes du barrage Atatürk afin de remplir le bassin de rétention. Au désespoir, l’Irak a supplié de les rouvrir après deux semaines. Ankara a refusé. " Je trouve admirable cette façon de nous rappeler tous ces faits, en les résumant dans un paragraphe où tout devient clair.

Dans son éditorial, Toscani écrit aussi : " Le moment est proche où l’épuisement de nos réserves changera la face du monde. Imaginez : l’eau fraîche naturelle est devenue une denrée si rare qu’elle est gardée par des cordons de soldats. Les quelques pauvres litres qui nous restent sont transportés par convois spéciaux de camions blindés. On tue pour une goutte d’eau. "

Tous les articles de ce numéro de Colors portent sur un aspect particulier de la question : ce qui se passe un peu partout dans le monde, avec les rivières, les océans. Ironiquement, on se demande même si on verra un jour une plaque qui mentionne : " Ici, se trouvaient les chutes du Niagara ". Ah non! où est-ce qu’on va aller se marier?

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De l’utilité du mensonge

Il y a quelques années, je prenais part à une émission qui portait sur le mensonge : je ne voulais pas insister tellement sur ce point, mais il m’avait paru important de mentionner que le mensonge est parfois souhaitable, voire nécessaire. J’ai failli me faire écorcher vif par les panelistes, des petits anges évidemment… et par l’animatrice, qui m’avait alors traité avec une pointe de mépris – bien qu’elle soit une amie à moi. Pourtant, la vie sociale serait impossible si on ne mentait pas à l’occasion. Mais quand faut-il mentir et quand ne faut-il pas mentir?

 
D’après :

DE SOLEMME, Marie. La sincérité du mensonge, Éd. Dervy, 1999.


C’est une question d’éthique personnelle, à mon avis. Mais il faut cependant faire très attention de ne pas justifier sa conduite ou ses propos condamnables sans motif véritable, pour le simple plaisir. Aussi faut-il savoir distinguer lorsqu’on ment consciemment et lorsqu’on se ment : car si l’on se ment avant de mentir aux autres, l’on peut faire le plus grand tort. Il me semble cependant que le mensonge peut être un acte de respect, envers soi-même comme envers autrui.

Je découvre qu’un ouvrage sur la question vient de paraître aux éditions Dervy : La sincérité du mensonge, de Marie de Solemme. Il s’agit de quatre entrevues que l’auteure a menées avec des personnalités, dont Boris Cyrulnik. Je ne me suis pas encore procuré ce livre, mais j’ai trouvé dans la dernière édition de Psychologies, un article qui reprend en partie l’entretien avec Boris Cyrulnik. En plus d’être psychiatre, Boris Cyrulnik dirige un groupe de recherche sur l’éthologie clinique à Toulon (France) et enseigne aussi cette matière à l’université du Var. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont nous avons parlé à plusieurs reprises à l’émission Par… Voici donc quelques extraits de cet article, qui nous donne une bonne idée de son opinion sur le mensonge.

D’après :

DE SOLEMME, Marie. " Entretien avec Boris Cyrulnik ", Psychologies, mars 1999.


En introduction de l’article, on souligne que " notre époque voit s’épanouir une exigence de naturel, d’authenticité, de transparence, de vérité ". Mais, comme le fait remarquer Marie de Solemme " la culpabilité, la honte et, surtout, la peur sont souvent des mobiles du mensonge ". " Mais existe-t-il pour autant, dans certaines circonstances, un droit de mentir ou, plus encore, un devoir de mentir? " demande-t-elle à B. Cyrulnik.
Le mensonge est certainement ‘ la ’ virtuosité intellectuelle humaine... savoir qu’avec un mot, un scénario, une mimique, un sourire, une posture, je vais pouvoir modifier les représentations de l’autre et rentrer dans son monde intime.

l’art de mentir

" D’emblée, répond le psychiatre, vous me posez la question qui me plaît! Oui, bien sûr, il existe un devoir de mensonge, puisque c’est une preuve d’empathie. Le mensonge est certainement ‘ la ’ virtuosité intellectuelle humaine. Mentir, c’est savoir qu’avec un mot, un scénario, une mimique, un sourire, une posture, je vais pouvoir modifier les représentations de l’autre et rentrer dans son monde intime. C’est une performance intellectuelle extrême qui exige que moi, menteur, je puisse me représenter les représentations de l’autre. Pour cela, il faut que je sois non seulement très intelligent, mais surtout que je sois respectueux de l’autre.

" Les pervers, précise-t-il, les psychotiques ne mentent pas parce qu’ils se moquent des autres. Le pervers dit ce qu’il pense, et si c’est blessant, tant pis, aucune importance; quant au psychotique, de toutes les façons, pour lui, l’autre n’existant pas, il dit ce qu’il pense sans se poser de question. Chez le psychotique, il n’y a pas du tout de représentations de l’autre et chez les pervers, il n’y a pas de respect des représentations de l’autre. "

" Souvent, le corps dément les paroles que l’on profère. Quels sont les signes les plus fréquents, les plus évidents, qui nous trahissent? " lui demande Mme de Solemme. " À [une] excessive sincérité s’ajoutent un débit verbal suspect, des comportements troublants et des gestes qui nous échappent […] " Cyrulnik explique ensuite que l’on peut déceler le mensonge à deux choses : " un débit trop fluent " du fait que " le menteur sait exactement ce qu’il veut dire puisqu’il ne cherche pas à dire le vrai ", ou, plus facile à déceler " parce qu’il s’agit d’un mauvais menteur, un mauvais comédien qui se recoupe, s’empêtre ".

le devoir du mensonge

" Sommes-nous tous, à un degré ou à un autre, en proie à ce que l’on met sous l’enseigne du ‘ se mentir ’? Sur ce point très important du mensonge que souligne l’auteur et que je tenais à vous communiquer, voici ce qu’en pense Boris Cyrulnik : " Oui, nous sommes contraints de nous mentir, nous avons un devoir de ‘ se mentir ’. C’est peut-être ce qu’on appelle identification. Moi, enfant de 6 ans, après avoir découvert que j’étais un petit garçon, je découvre aussi que mon destin anatomique, social et peut-être psychologique ne sera pas le même que celui d’une petite fille. Je m’identifierai donc à mon père (et à tous les hommes que je vais voir) et j’essaierai de me différencier de ma mère (et de toutes les femmes que je rencontrerai). Cette perception sexuelle (terme psychanalytique) a un rôle constructeur et identificateur très important […].

" Donc, je me rêve. Et j’ai le devoir de me rêver, puisque les rêves, le petit cinéma que je projette à l’intérieur de mon monde intime (je serai premier ministre, chanteur, champion de tennis) sont absolument nécessaires à la construction de mon identité. […] La rêverie est nécessaire : c’est l’auto-mensonge, le leurre nécessaire. "

C’est troublant que ce soit nécessaire de se mentir tant la réalité nous est difficilement supportable; qu’il existe en nous un mécanisme de défense qui a prévu cette difficulté de s’adapter à toutes les situations de la vie... Comme si, dans certaines situations, quelque chose en nous se disait : ici, la meilleure chose que tu peux faire, c’est de ne pas voir les choses comme elles sont et de te raconter des histoires. " Je suis obligé de me leurrer, ajoute Boris Cyrulnik, pour me donner une direction et peut-être pour donner un sens à ma vie. […] "


mensonge et résilience : les deux font la paire

Je vous ai déjà mentionné que Cyrulnik s’intéresse beaucoup à cet aspect de la résilience qui fait que, à certains moments, des individus surmontent les épreuves, alors que d’autres, considérant leur vie ratée parce qu’ils ont été battus, maltraités, violés… s’accrochent les pieds dans le tapis. Pourtant, d’autres ayant vécu des événements aussi troublants, arrivent à s’en tirer beaucoup mieux : c’est ce qu’on appelle la résilience. Or, il existe un rapport entre résilience et mensonge.

D’après :

CYRULNIK, Boris (propos recueillis par CRIGNON, Anne & WEILL, Claude). " À 6 ans rien n’est joué ", Le Nouvel Observateur, 18-24 mars 1999.


Boris Cyrulnik fera paraître bientôt, aux Éditions Odile Jacob, un ouvrage intitulé Un merveilleux malheur, pour expliquer jusqu’à quel point certains profitent des malheurs de leur enfance pour développer une personnalité extrêmement forte et réussir brillamment dans la vie. Dans un entretien paru dans une récente édition du Nouvel Observateur, qui s’intitule " À 6 ans rien n’est joué ", on lui demande si chacun a la capacité de se reconstruire ou si c’est un don inégalement réparti.

" Tout le monde a cette capacité, affirme Cyrulnik, mais le processus de résilience se tricote différemment selon la manière dont l’enfant s’est développé avant le traumatisme. Nos observations montrent que lorsque l’enfant a eu des interactions affectives précoces solides, notamment avec sa mère, et surtout dans les dernières semaines de la grossesse, l’enfant rebondit plus facilement après un choc. "

" L’âme d’un enfant peut donc se régénérer comme une queue de lézard? " lui demande-t-on alors. " Oui, mais seulement avant le stade de la parole, et si le tuteur est de bonne qualité. Ensuite, quand l’identité narrative se met en place, vers 4 ou 5 ans, l’enfant acquiert la capacité de se raconter sa propre histoire : ‘ Je suis celui qui a été victime d’inceste, celui qui a été déporté, celui qui a perdu ses parents… ’ Il n’est alors plus question de queue de lézard : l’enfant puise en lui-même les ressources nécessaires pour reconstruire sa personnalité au cours de cette identité. "

Cela fait partie des mécanismes de défense, bien sûr, et Cyrulnik en parle justement un peu plus loin. En se référant à Anna Freud, comme l’une des premières qui aient travaillé sur ce processus, en 1936, il explique : " Le mécanisme de défense qu’elle décrit repose sur un clivage intrapsychique : une crypte, secrète, cachée, se crée chez l’enfant. Le déni – le mensonge à soi – qui protège cette crypte a une fonction défensive : il permet d’anesthésier une blessure douloureuse, de vivre avec. "

D’après :

DE SOLEMME, Marie. " Entretien avec Boris Cyrulnik ", Psychologies, mars 1999.


Pour revenir au mensonge, Mme de Solemme lui demande : " Peut-on dire que le mensonge participe à la structure de la personnalité, et même la favorise? " " Absolument. […] Comment des enfants abandonnés dans des situations innommables peuvent parfois s’en sortir? Et bien, ceux qui s’en sortent sont ceux qui rêvent le plus, ceux qui se mentent le plus! – Il me semble que la dernière fois où nous avons parlé de résilience, nous n’avions pas cette information.

" Quand ils ne savent pas où ils vont manger, quand ils risquent leur vie, quand ils sont pourchassés par la police […], ces enfants-là se sauvent grâce à l’auto-leurre, grâce au mensonge. D’ailleurs, ce sont des comédiens, des menteurs extraordinaires. Ils inventent des histoires folles! Quand l’assistance sociale ou les policiers les attrapent (je pense aux enfants des rues de Bogota ou aux enfants abandonnés d’Algérie) ils leurs servent alors la comédie de ce qu’attendent les ‘ bien-pensants ’ : le comportement socialement acceptable. Ils mentent comportementalement comme ils se sont mentis dans leur monde intime avec leurs rêveries, et ainsi ils se sauvent. […] "

 

 

 

 

... si nous ne vivions que dans le mensonge nous ne pourrions résoudre les problèmes de la nature


une question de respect

" En fait, quelqu’un qui ne mentirait jamais serait plutôt considéré comme un inadapté social que comme un saint? " fait remarquer l’auteure. La réponse, bien sûr, c’est oui. Quiconque ne sait pas mentir dans certaines circonstances, risque de manquer de respect envers autrui, puisque c’est une preuve de manque d’empathie… " […] Mentir, c’est respecter l’autre, affirme B. Cyrulnik, c’est ne pas lui faire de mal, mais c’est aussi le préparer tout doucement à la vérité quand il faut la lui dire. "

Puis, Cyrulnik se souvient que, lorsqu’il était jeune médecin, la croyance qui prévalait parmi la gente médicale consistait à penser qu’il ne fallait pas dire la vérité aux malades. Mais si leur santé continuait à se dégrader, ou s’ils mourraient, cela engendrait des problèmes à la famille : il y avait eu tromperie, non-respect de l’autre par le mensonge. Ils ont donc changé de stratégie en optant pour la vérité, toujours. Mais cette tactique présente aussi des inconvénients. " Maintenant, explique-t-il, certains disent la vérité comme on envoie un coup de poing à la figure…Je l’ai vu… Dans ce cas-là, dire la vérité devient une forme de non-respect de l’autre. Il y a une attention à l’autre qui exige qu’on le mène à la vérité […] "

une nécessité

" Est-il exact que certains mensonges soient inoffensifs, voire utiles, quand d’autres sont nuisibles? " lui demande-t-on. " […] Si la société était juste, ceux qui sont en bas de l’échelle sociale en arriveraient à la conclusion qu’ils sont à leur place de ‘ sous-hommes ’! Il faut donc probablement laisser un espace de leurre et de mensonge afin de préserver la dignité de ceux qui sont vaincus momentanément ou définitivement. – Je trouve ce propos très fort, troublant même. – Mais, à l’inverse, si nous ne vivions que dans le mensonge, précise B. Cyrulnik, nous ne pourrions pas mathématiser la nature (résoudre les problèmes de la nature). […]

" Les formules mathématiques ne sont pas plus ou moins vraies. Elles sont vraies ou elles ne le sont pas! Une théorie est cohérente ou bien elle est absurde. Là, on ne peut pas mentir... Et cette absence de mensonge, indispensable dans ce domaine, permet d’agir sur la nature et d’améliorer ainsi notre condition humaine. Toutefois, n’oublions pas que les espèces qui survivent sont justement celles qui sont mal adaptées à leur environnement, puisque c’est dans cette mauvaise adaptation que l’innovation devient possible. D’où l’importance de laisser une part de leurre, une part de mensonge, une part de comédie, de manière à pouvoir continuer d’inventer, éventuellement, d’autres sociétés. "

Une autre question à Boris Cyrulnik dans le cadre de cet entretien qui – je le rappelle – a été publié intégralement dans La sincérité du mensonge de Marie de Solemme et en partie dans la revue Psychologies : " Depuis quelques années, nous assistons à une exigence, à une euphorie même, d’authenticité, de besoin de vérité, de transparence, etc. N’est-ce pas alors le signe d’une possible régression? " " Ce serait un signe de régression dans la brutalité. Les femmes victimes d’inceste en parlent en moyenne 40 ans après… Et elles ont raison, affirme le psychiatre. Auparavant, elles se sont rendues suffisamment fortes pour enfin évoquer verbalement ce qu’elles ont subi. […] Pour y parvenir, entre autres, elles font des études. […]

" Personne ne parle du surinvestissement intellectuel de ces enfants, après qu’ils aient été maltraités. Et pourtant, c’est très important parce que c’est ainsi qu’ils se sauvent. – Une attitude que l’on retrouve souvent chez les résilients. – Si nous étions dans une société, dans une humanité qui dit le vrai, ces enfants seraient définitivement enfermés dans des circuits pour débiles! En réalité, ils sont hébétés de malheur, au départ. Quelques années plus tard, quand ils ont un peu cicatrisé, ils reprennent alors leur évolution. C’est pourquoi il est capital de ne pas confondre vérité et brutalité. "

" Finalement, pour s’acheminer vers plus de maturité face à la vérité, l’humanité doit faire preuve de plus de raffinement encore dans l’art de mentir? " Cyrulnik répond : " En ce qui concerne l’homme, le mensonge (l’inadaptation) est indéniablement une défense qui permet l’innovation. Mais il n’est pas question d’affirmer qu’il ne faut pas dire la vérité, car, en fait, nous disons toujours la vérité soit brutalement, soit plus subtilement, par le ‘ dit ’ ou par le ‘ para-dit ’. Seules les stratégies diffèrent. Toutefois, dire la vérité par le ‘ dit ’ n’est possible qu’au sein d’une situation psychosociale affective ou familiale qui le permette, ce qui est rare. " Il conclut en disant : " C’est pourquoi notre culture pousse au mensonge et, par là, nous contraint à l’innovation, à la poésie, à l’œuvre d’art, au roman, etc. "

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L’organisation des savoirs...

Le problème moderne est celui de l’organisation des savoirs : il y a tellement de savoirs qu’on n’identifie plus très bien ce qu’on sait de ce qu’on ne sait pas. Cette question, le philosophe et sociologue Edgar Morin fut l’un des premiers à l’aborder dans La Méthode, paru aux éditions du Seuil en 1977. On en a parlé beaucoup, d’autres tomes ont suivi, et c’est l’ensemble de sa réflexion, en somme.

D’après :

MORIN, Edgar. " Affronter l’incertitude ", Sciences humaines, Hors-Série N° 24, mars-avril, 1999.


Dans une entrevue accordée à la revue Sciences humaines, Edgar Morin se prononce sur la question: " Je plaide, dit-il, pour la possibilité de réunifier les connaissances en mettant en rapport les sciences physico-mathématiques et les sciences humaines et en intégrant l’homme comme sujet de la connaissance et membre du système de la nature et de l’univers. " Il plaide donc pour un retour à ce qui existait avant, à l’époque où le savoir était organisé d’une manière plus logique avant de l’être d’une façon alphabétique. Par exemple, pour les sciences de la terre, il y a l’écologie qui permet de regrouper plusieurs autres sciences comme la zoologie, la géologie, etc.

" De Montaigne à Pascal et à Diderot, un esprit cultivé aurait pu appréhender l’essentiel du savoir de son époque et réfléchir dessus. [Mais] on peut estimer que, jusqu’au 18e siècle en Europe, le stock de connaissances était limité… ", dit Edgar Morin. Il faut rappeler que, à une époque, les pays arabes étaient plus avancés sur les mathématiques, la géométrie, l’astronomie, etc. Arrive tout à coup l’époque des Lumières, le point charnière où tous ces gens tels Voltaire et Diderot ont décidé de regrouper le savoir en le morcelant. Ils ont donc organisé le savoir de façon alphabétique et non pas logique.

" Ainsi, les connaissances, dit Morin, ont été amassées bout à bout. Rappelons que c’est encore le cas dans nos dictionnaires et encyclopédies actuels. Nous sommes plus que jamais dans cette formidable expansion de l’univers du savoir. Cependant, l’organisation encyclopédique, pour nécessaire qu’elle ait été et soit encore, pose aujourd’hui un énorme problème. La révolution encyclopédique permettait l’accroissement des connaissances grâce à une fraction et la réduction en unités simples. "

Le sujet est passionnant. J’ai encore plusieurs choses importantes à vous communiquer de cette entrevue. Nous y reviendrons donc demain en début d’émission.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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