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Émission du lundi 15 mars 1999 |
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La triple quête du touriste |
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AMIROU,
Rachid. " Les nouvelles mythologies du voyage ",
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C'est ce qu'explique Rachid Amirou, maître de conférences de sociologie à l'université Paul-Valéry à Montpellier et auteur de plusieurs ouvrages sur le tourisme et le voyage, dans un article de Sciences humaines intitulé : " Les nouvelles mythologies du voyage ". " Notre approche, explique-t-il, vise à mettre à jour les fondements mythiques et anthropologiques du comportement touristique. Ainsi, il nous est apparu que le tourisme exprime une triple quête : quête d'un lieu, quête de soi, quête de l'autre. Dans cette optique, l'imaginaire touristique peut être envisagé sous trois angles. Il renvoie tout d'abord à un exotisme, qui senracine dans une symbolique des lieux et de lespace. [...] Les deux autres dimensions renvoient au tourisme comme expérience personnelle. Dans la relation à soi, il manifeste une quête de sens. Quest-ce que je fais là? Quest-ce que japprends? Quest-ce que je peux retenir de ce que je vois, par rapport avec ce que je sais déjà? Dans la relation aux autres, il traduit la recherche de certaines formes de sociabilité, qui offrent une alternative au quotidien. "
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Où diable est passé le progrès? |
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RAMONET, Ignacio. " Stratégies de la faim ", Le Monde diplomatique, novembre 1998. |
Sinspirant du contenu du Rapport mondial sur le développement humain, lauteur relate : " ' En 1960, les 20 % de la population mondiale vivant dans les pays les plus riches avaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres. En 1995, leur revenu était 82 fois supérieur! ' Dans plus de 70 pays, constate Ignacio Ramonet, le revenu par habitant est inférieur à ce quil était il y a 20 ans À léchelle planétaire, près de 3 milliards de personnes la moitié de lhumanité vivent avec moins de [2,50 $] par jour Labondance de biens atteint des niveaux sans précédent mais le nombre de ceux qui nont pas de toit, pas de travail, pas assez à manger augmente sans cesse. Ainsi, sur 4,5 milliards dhabitants que comptent les pays en voie de développement, près dun tiers nont pas accès à leau potable. Un cinquième des enfants nabsorbent pas suffisamment de calories et de protéines. Et quelque deux milliards dindividus le tiers de lhumanité souffrent danémie. " Comme Monsieur Ramonet est généralement un homme bien informé, lorsque jai pris connaissance de ces statistiques, jen avais les cheveux et tous les poils du corps dressés. " Cette situation est-elle fatale? Absolument pas, répond-il. Selon les Nations Unies, pour donner à toute la population du globe laccès aux besoins de base (nourriture, eau potable, éducation, santé), il suffirait de prélever sur les 225 plus grosses fortunes du monde moins de 4 % de la richesse cumulée. Parvenir à la satisfaction universelle des besoins sanitaires et nutritionnels ne coûterait que 13 milliards de dollars, soit à peine ce que les habitants des États-Unis et de lUnion européenne dépensent par an en consommation de parfums... " |
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BEAUDIN, Jean-Luc et BRUNELLE, Sylvie. Géopolitique de la faim : quand la faim est une arme... (rapport annuel dAction contre la faim), Presses universitaires de France, 1998. |
Après avoir exposé ces gênantes corrélations, M. Ramonet explique comment la faim est devenue une arme politique : " Désormais, nulle famine nest gratuite : une véritable stratégie de la faim sest mise en place, conduite avec une incroyable indécence par des dirigeants ou des organisations que la fin de la guerre froide a privé dune rente financière. ". Puis il cite Sylvie Brunelle et Jean-Luc Beaudin, les deux auteurs dun ouvrage intitulé Géopolitique de la faim : quand la faim est une arme (rapport annuel dAction contre la faim). Cest un gros bouquin de 310 pages. Ses auteurs disent : " Ce ne sont plus les peuples ennemis, les peuples à conquérir qui sont affamés, mais les propres populations de ceux qui veulent capter à leur profit ces nouvelles mannes de conflits que sont les projecteurs médiatiques et leur corollaire, le déchaînement de la compassion internationale, source inépuisable dargent, de nourriture et de tribunes publiques pour exposer ses revendications. " Enfin, Ignacio Ramonet cite le professeur Amartya Sen, récent Prix Nobel et premier Prix Nobel déconomie à soccuper de pauvreté : " ' Lun des faits les plus remarquables de la terrible histoire de la faim, cest quil ny a jamais eu de famine grave dans aucun pays doté dune forme démocratique de gouvernement et possédant une presse relativement libre. ' Sopposant aux thèses néolibérales, ajoute M. Ramonet, M. Sen estime quil faut donner à lÉtat, et non au marché, une plus grande responsabilité dans la promotion du bien-être de la société. " |
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Limaginaire |
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" Limaginaire contemporain ", un dossier de Sciences humaines, janvier 1999. |
Limaginaire cest tout ce qui touche les mythes, les légendes, les fictions, les utopies mais on a longtemps associé tout cela au monde de la rêverie, de la tromperie et des élucubrations. On se disait, en somme, quun mythe cest un mensonge, au même titre quun mythomane est un menteur. On explique dans ce dossier quon doit opposer limaginaire à la raison triomphante. De toute façon, limaginaire se retrouve partout : dans nos aliments, dans nos amours, dans nos voyages, dans la politique, dans la science, etc. " Les sciences humaines ont montré le caractère universel de limaginaire comme mode dappréhension du monde, rappelle-t-on ici. Les sciences humaines ont toujours aussi mis en évidence ses fonctions psychologiques et sociales. Les rêveries servent à faire des projets; les fictions tiennent lieu de référant culturel à une collectivité; les mythologies sociales contribuent à cimenter la société et les utopies à la faire changer. " Dieu sait quon ma donc reproché souvent de faire une place aux utopies! Elles permettent pourtant de faire changer le monde. " Notre imaginaire se nourrit des objets, des peurs, des représentations collectives, des techniques daujourdhui. À travers lordinateur, lautomobile, la biotechnologie, la pollution, le sida, lan 2000, il façonne le réel. ". On est donc dans limaginaire en même temps quon est dans la réalité. Et peut-être même, à certains moments, on nest plus dans limaginaire que dans la réalité. [rires] |
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" Penser limaginaire ", Sciences humaines, janvier 1999. |
" À quoi servent les rêves, les fictions, les utopies? Les sciences humaines ont cherché à repérer les structures qui se dissimulent derrière les bouillonnements de limaginaire ", écrit-on en introduction dune double page présentant les penseurs de limaginaire. Gaston Bachelard, Jung, Edgar Morin, etc. Gaston Bachelard a beaucoup contribué à faire prendre conscience de limportance de limaginaire : " Bachelard pense que les images, écrit-on à son sujet, constituent linstance première de la pensée. Limagination est le processus par lequel les images sont créées, animées, déformées. Ce processus nest pas incohérent ou gratuit : il obéit à une grammaire de limaginaire. Limagination et la rêverie apparaissent également comme des principes organisateurs de la conduite humaine ". Tout cela pour vous consoler si vous avez le sentiment de ne pas être assez rationnel Ce qui ne nous empêche pas de faire une place à la raison, bien sûr. |
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CABIN, Philippe. " Une cartographie de limaginaire : Entretien avec Gilbert Durand ", Sciences humaines, janvier 1999. |
Je remarque que ces années-ci ma petite-fille sest mise à lire du Balzac, du Zola et dautres romanciers de cette époque-là Cest extraordinaire toute lalimentation pour limaginaire quon trouve dans ces ouvrages! Vous allez me dire : " Oui, mais il y a le cinéma! " Ce nest pas la même chose. Justement, à propos de la multiplication des techniques de reproduction de limage, on a demandé à Gilbert Durand, un des précurseurs des recherches sur limaginaire avec Gaston Bachelard : " Ne va-t-elle pas affecter le fonctionnement de limaginaire? " " Bachelard nallait jamais au cinéma, fait remarquer Gilbert Durand, car il considérait quil sagissait dimages en conserves. Le paradoxe de la ' révolution vidéo ', cest que limage perd de son pouvoir mnésique et de son efficacité symbolique. " Sûrement parce quil y a surabondance, chaque image perd de son importance... Si aujourdhui, par exemple, vous naviez vu quune seule image, une seule annonce, limpact en serait plus grand, autant dans votre inconscient que dans votre conscient. Gilbert Durand est lauteur dun ouvrage que je ne connais pas, et je découvre quon en dit ici le plus grand bien : il sintitule Les structures anthropologiques de limaginaire, et est publié aux éditions Dunod. À un moment, il raconte quil a effectué pendant quelques années un travail sur le roman stendhalien : " Jai toujours été déçu par les adaptions cinématographiques ou télévisées des romans de Stendhal, car je constate que les images distribuées ne sont pas celles que je fabrique à partir de la lecture. La lecture permet, comme une hormone, de ' sécréter ' de limaginaire : elle me fait ' produire ' un Julien Sorel, ou un Fabrice, elle ne me limpose pas. Limage cinématographique ou vidéo simpose au regard et à limaginaire. Elle nest quune détente. " |
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" Penser limaginaire ", Sciences humaines, janvier 1999. |
Dans " Penser limaginaire ", on mentionne évidemment lapport de Carl Gustave Jung avec sa théorie de linconscient collectif : " Pour le psychiatre suisse, [ ]linconscient collectif est structuré par des archétypes : ce sont des thèmes récurrents de grandes figures symboliques (par exemple le dragon, le paradis perdu ) que lon rencontre dans les rêves, mais aussi les mythes, les contes, et qui constituent la matrice de limaginaire le fonds que lon a chacun dans la psyché. [ ] La thérapie jungienne consiste à accéder au soi, en prenant conscience des exigences des archétypes révélés par les rêves. " |
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CABIN, Philippe. " Une cartographie de limaginaire : Entretien avec Gilbert Durand ", Sciences humaines, janvier 1999. |
Dans lentrevue avec Gilbert Durand, on lui a demandé comment on imaginait les choses? Il explique alors que limaginaire est présent dans les opérations mentales les plus rationnelles : mémoire, calcul, science. Mais les représentations dépendent, par exemple chez les savants, de lobjet de leur étude. Un biologiste ou médecin ' tissulaire ' imaginera la matière vivante comme un ensemble de tissus (pulmonaires, cardiaques, hépatiques, musculaires, etc.), alors que biologiste ou médecin ' cellulaire ' observera davantage les cellules, quils perçoivent comme des éléments isolés. Lintérêt de limaginaire? " Limaginaire, explique ce philosophe, professeur danthropologie et de sociologie, est avant tout un antidote à la peur, et en premier lieu à la peur de la mort Un peu comme une source de créativité qui nous garde vivant. Lhomme est le seul animal conscient de sa mort. En cherchant à comprendre limaginaire, jai voulu atteindre ce ' fonds commun ' des représentations humaines, ou pour adopter une terminologie plus actuelle, ce ' bagage cognitif ' de lêtre humain. [ ] Limaginaire peut se définir comme le ' musée ' de toutes les images, quelles soient passées, possibles, produites ou à produire. Il est difficile de décrire de quelle façon il se manifeste parce quil y a de limaginaire partout. Il peut arriver sans crier gare dans le rêve ou la rêverie, dans le délire, les visions ou les hallucinations. Mais il se présente aussi sous des formes plus abouties : dans les mythes, dans la création artistique, quelle soit littéraire, musicale ou picturale, et aujourdhui dans les productions cinématographiques ou télévisuelles. " En réalité, il y a peu de gestes ou de pensées qui échappent à limaginaire. On le rencontre dans les situations les plus banales ou les plus inattendues. " Prenez les témoins dun accident de la route à qui on demande : " Monsieur, Madame, quest-ce que vous avez vu, de vos yeux vu? " Eh bien, moi, Monsieur, jai vu une voiture bleue. - Et vous Madame? - Moi, Monsieur, jai vu une voiture blanche. - Et vous Monsieur? -Ah bien, moi, Monsieur, je nai rien vu du tout [rires] Voilà lidée. On pourrait avoir limpression que Gaston Bachelard vient tout à coup de prendre conscience de limaginaire et que cest un nouveau concept. Ce nest pourtant pas nouveau : on le retrouve chez Platon, Spinoza, Jung, Kant, qui ont eux aussi traité de limaginaire et de limagination. Mais on dirait quil existe encore une résistance à limaginaire, pourquoi? " Dans vos travaux, lui fait-on remarquer, vous décrivez lhistoire de la civilisation occidentale comme une lutte entre, dun côté, le registre de limage et du mythe, et de lautre, celui du rationalisme de lécrit, du concept. Nest-ce pas contradictoire avec lidée dun imaginaire scientifique? " " Non, dit-il, ce nest pas contradictoire. [ ] Limaginaire précède le rationalisme. Il lenglobe. [ ] Notre civilisation occidentale, depuis ses origines, est marquée par le rejet de limage. À partir dAristote surtout, la voie daccès à la vérité est celle qui part de lexpérience des faits et des certitudes de la logique. Limage elle, est ambiguë et polysémique elle a plusieurs sens : elle ne peut se réduire à un argument formel ' vrai ' ou ' faux '. Limagination sera donc très vite suspecté dêtre facteur derreur et de fausseté. Plus tard, avec lavènement de la raison (Thomas dAquin, Galilée, Descartes), limaginaire va de plus en plus être exclu des procédures intellectuels légitimes. On va avoir un univers mental mécanicien où lapproche imaginaire na pas de place. " Comme nous le savons tous, une locomotive ne rêve pas |
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Je retourne chaque année dans cette ville où se trouve le musée Dali. Et jen profite, bien sûr, pour revisiter ce lieu qui est une extraordinaire expression de limaginaire, un foisonnement de limage. Limaginaire a été un peu occulté dans notre civilisation qui a mis laccent sur la raison mais il y a tout de même eu les Surréalistes qui ont joué un rôle très important pour réhabiliter limaginaire, les tenants du romantisme et du symbolisme, également. En gros, cependant, lévolution de lOccident a été marquée par le rejet de limage. On a demandé à Gilbert Durand quel était son terrain dinvestigation. " Mon terrain dinvestigation a trois origines, explique-t-il. Tout dabord, ce que lon appelle couramment la culture en place, cest-à-dire la littérature, les arts (musicaux, visuels etc.), les mythes et les légendes. Mon deuxième terrain est lexpérience que jai faite de la guerre, à travers la Résistance. Jai ainsi découvert limportance de limaginaire héroïque. Ce qui fait les héros, au fond, ce qui les tient en vie, ce qui les structure et qui les encadre. Ma troisième source dinvestigation est le champ ethnologique : louverture sur les autres cultures a été un élément décisif dans ma démarche. " Cest bien vrai car lorsque tu observes les autres cultures, tu prends conscience de la tienne aussi. Cest le côté fascinant de lethnologie qui nous permet de remarquer comment les autres mangent, pensent, shabillent, etc. Et cela remet en question les habitudes que nous avons de vivre, de penser, de manger. Le champ ethnologique représente donc une ouverture sur limaginaire qui permet dintervenir activement sur notre réalité, finalement. |
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Images à sensation
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Un reportage ma beaucoup intéressé dans une émission récente de Sixty Minutes une émission que japprécie même si je nai pas aimé le reportage quon y a consacré, il y a quelque temps, au Québec et à la question linguistique. Toujours est-il quon y présentait une entrevue avec un reporter-photographe qui a travaillé pendant longtemps chez Stern (stern signifie étoile, star en anglais, stern chez les Allemands). Il racontait quil en a maintenant plus quassez de faire de la mise en scène commandée par des gens qui fonctionnent avec des budgets énormes et qui lui demandent avec beaucoup dinsistance des trucs de plus en plus poussés : des scènes où sont employés des figurants, parfois des gens de son entourage, pour faire vrai À titre dexemple, un reportage montrant le travail des enfants qui fabriquent des tapis était entièrement truqué. Tout comme cet autre qui devait mettre en évidence un lien entre les Nazis et les membres du Ku Klux Klan. Eh bien, les fameuses tuniques blanches avaient été fabriquées par la mère du reporter Évidemment, cest très grave de faire des choses comme ça, mais cest encore plus grave de créer des conditions favorables pour que les gens aillent aussi loin dans ce genre dexploitation de limage à sensation. Cest à réfléchir mais comme le sujet est important, il mérite quon le creuse davantage. Jy reviendrai. Et comme vous savez, je tiens mes promesses |
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