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Émission du mardi 9 mars 1999

Que je vous dise, messieurs, dames, que si Joe Di Maggio est décédé, il n’y a pas beaucoup d’espoir pour vous et moi. Nous allons tous finir par en faire autant. Mais on est pas pressé et le printemps s’en vient. Di Maggio était un homme qui avait toutes les qualités. C’était un grand sportif qui avait une résistance physique extraordinaire; il était d’une très grande élégance, et possédait la capacité de jugement qu’il fallait. Il vivait modestement, gagnait bien sa vie, mais non de la façon outrancière dont le font aujourd’hui les joueurs de baseball. Bref, c’était un grand homme qui avait de la classe.

L’avènement du MP3 :
la révolution du disque ?

D’après :

PENEL, Henri-Pierre. " Le disque compact est-il condamné ? ", Science & Vie, No. 977, février 1999


Vous avez dû entendre parler du fameux MP3. Sinon, je vous apprends qu’il est maintenant possible de trouver sur Internet des pièces musicales qui sont à la disposition des gens qui veulent les télécharger, à la condition d’avoir de ces logiciels qui servent à trouver les sites où elles se cachent. Comme, par exemple, le MP3-Wolf. Une fois que c’est fait, vous pourriez, à l’aide d’un petit appareil qui s’appelle RIO PMP300, de la société californienne Diamond, y transférer tous les disques que vous avez téléchargés. C’est une curiosité qui représente, au plan de la technologie, une véritable révolution. " Le RIO PMP300 s’affranchit directement du support, il permet de piocher directement sur Internet, via un ordinateur PC et d’emmagasiner des heures de musique sous forme de fichiers numériques. "

On sait maintenant que les disques vinyles, c’est dépassé ; les bandes magnétiques, aussi ; la bande qui devient cassette, on n’en parle plus. Et même le disque compact serait presque mort, dit-on. Relativement. De plus, ce petit appareil offre l’intérêt de permettre un ré-enregistrement presque infini. On peut ensuite retranscrire cela sur ses propres CD, etc. Vous comprendrez que le procédé suppose une certaine connaissance en technologie informatique mais pas d’ordre professionnel, cependant. En tous les cas, je fais un effort réel pour me comprendre dans tout ce bazar technologique.

D’après :

BERNATCHEZ, Éric. " Internet, prochaine révolution du disque ? ", La Presse, 19 février 1999


Le phénomène est extrêmement troublant. Éric Bernatchez écrivait dans La Presse, il y a deux semaines :  Internet, prochaine révolution du disque ? Bientôt, de plus en plus de gens vont aller " s’alimenter " de musique sur Internet et l’on aura ainsi détruit complètement l’industrie du disque. Il est question de coder des fichiers Internet de manière à ce qu’on ne puisse pas les copier plus d’une fois, etc. Des recherches se font par les compagnies de disques et les distributeurs, bien sûr. On prévoit déjà, quoiqu’on dise, que plus de 80 000 enregistrements musicaux seront disponibles sur le Net et pourront être téléchargés de cette façon.

Selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique, d’ici 2002, Internet fera baisser de 15 % les ventes de disques, soit une perte de deux milliards de dollars. Mais cela suppose toujours une adaptation très rapide. Je n’ai pas de doute que ceux qui réussiront à s’adapter – les compagnies j’entends – finiront par trouver des moyens de vivre avec ces nouvelles technologies et de s’en accommoder. Peut-être que la distribution disparaîtra mais ce qui sera ne sera pas ce qui a été. C’est vrai pour l’évolution de toute technologie : prenez le téléphone, l’automobile, etc. Ce qu’il y a de nouveau, c’est que tout va maintenant extrêmement vite. Tous ces outils qui permettent de manipuler l’information – c’est de l’immatériel – ne sont pas nécessairement coûteux parce qu’ils deviennent, après peu de temps, rapidement très accessibles. Et c’est ce qui constitue une véritable révolution technologique dans laquelle nous sommes plongés maintenant.

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L’hybridation des technologies

 

 

D'après :

de KERCKHOVE, Derrick. Les nerfs de la culture : Être humain à l’heure des machines à penser, Les Presses de l’Université Laval, 1998.


Je vais maintenant puiser quelques réflexions dans un ouvrage de Derrick de Kerckhove qui s’intitule Les Nerfs de la culture : Être humain à l’heure des machines à penser. C’est un scientifique qui a été associé de près à Marshall McLuhan pendant les années 70, et qui a le privilège de poursuivre son œuvre en étant lui-même le directeur du Programme McLuhan de culture et de technologie de l’Université de Toronto. Il est également professeur au département d’études françaises de cette université.

Psychotechnologie ou technopsychologie, dépendant du point de vue qu’on adopte, ne sont pas des néologismes mais des termes qui prennent de plus en plus d’importance, parce toutes ces nouvelles technologies entraînent un bouleversement au niveau des consciences, une transformation en profondeur, sans qu’on n’en soit très conscient. Dans notre société, comme nous sommes toujours en mouvement, c’est très difficile de faire le point avec la même conscience qui se regarde, pour ainsi dire. Et c’est l’une des dimensions qui me plaît beaucoup dans l’ouvrage de monsieur de Kerckhove. J’ai lu beaucoup de choses de lui mais c’est la première fois que je trouve dans son œuvre un ensemble de textes, une mosaïque façon McLuhan. Car ce dernier ne pensait pas d’une façon linéaire mais il concevait toutes sortes de structures qui se tiennent ensemble et dont chacun des éléments est autonome et influence l’ensemble des autres éléments et chacun d’eux en particulier. Vous ne trouvez pas que ça devient un peu compliqué ? C’est cela la systémique. Il faut se rappeler que McLuhan a été le prophète de l’âge de l’informatique mais, depuis, la technologie a beaucoup évolué.

Dans son ouvrage, de Kerckhove explique ce qu’est la psychotechnologie : " J’ai inventé le terme " psychotechnologie ", construit sur le modèle de " biotechnologie ", pour définir toute technologie qui imite, étend ou amplifie la capacité de nos esprits. " Il cite alors McLuhan " La vitesse de l’électricité a tendance à supprimer le temps et l’espace dans la conscience des hommes. Rien ne sépare l’effet d’un événement sur un autre. " Finalement, et c’est vrai pour toutes les technologies, on s’aperçoit qu’elles sont le prolongement de l’être humain, comme le marteau est le prolongement du poing qui frappe, etc. " …l’informatique est le prolongement du cerveau, de la mémoire, du système nerveux. Le prolongement électrique du système nerveux crée le champ unifié d’agencements organiquement interdépendants que nous appelons actuellement ‘ l’âge de l’information ‘ ", avançait McLuhan, il y a 25 ans de cela, au moins.

L’auteur traite également de la mondialisation de l’économie dont il prévoit " qu’elle pourrait bien être une nécessité même une métaphore permanente pour que se mondialise notre psychologie personnelle grâce au développement des psychotechnologies. " J’aurais pu prendre divers thèmes à travers cet ouvrage mais j’ai choisi de mettre l’accent sur la psychotechnologie qui me paraît être davantage " dans nos cordes ". Bien, qu’en passant, on puisse aussi faire mention de l’intégration de la télévision et de l’ordinateur, puisqu’on est en train de vivre cela. Ce qui va dans le sens de ce que McLuhan appelait " l’hybridation " des technologies, quand elles se marient entre elles pour créer une troisième ou une quatrième technologie. De plus en plus, on va se retrouver soit avec la télévision sur ordinateur ou l’ordinateur sur la télévision. D’ailleurs, la question n’a pas encore été tranchée parce que certains géants de l’information souhaitent qu’on passe par la télévision, alors que d’autres préconisent d’utiliser l’ordinateur comme source principale de transmission. Finalement, ce qui va gagner, ce sera probablement les câbles ou les satellites ou un autre moyen de distribution qui va déterminer ce qui va l’emporter dans cette quête technologique.

Derrick de Kerckhove, à ce sujet, estime que : " La télé n’est désormais plus seule. Notre rapport passif avec un écran objectif est révolu. L’ordinateur introduit toute une nouvelle série de rapports : les interfaces entre les gens et les écrans. Nos machines nous parlent et attendent des réponses. " À chaque fois, qu’on a des réponses à donner à la télévision, c’est à un ordinateur et non à la télévision comme telle qu’on le fait. " Les ordinateurs jouent les intermédiaires entre le système nerveux interne de ceux qui s’en servent et les systèmes d’exploitation externes. Les nouveaux médias électroniques deviennent des milieux intermédiaires qui atteignent la réalité intime de nos psychés et servent de passerelle vers le monde extérieur. "

Nous vivons présentement le même phénomène avec la radio, où l’Internet – qui est déjà le prolongement de l’ordinateur – offre une forme d’hybridation avec la radio. On peut déjà écouter en direct sur Internet toute la programmation-radio de Radio-Canada à travers le monde. " Les moyens de communication qui transmettent les actualités sont perçus comme des supports neutres de stockage et de distribution, pas comme des moyens de transformation de l’information. Cette vision a pour cause notre mentalité d’alphabétisé, qui prend l’imprimé comme véhicule d’information modèle. Avec lui, l’information est déjà achevée. C’est le lecteur qui traite l’information et il est libre d’agir comme il l’entend. Maintenant que les machines transforment les mots et traitent l’information pour nous, nous pourrions devoir examiner de près le rapport entre nos médias et notre perception de nous-mêmes en tant que consommateur et producteur autonome d’information. " explique l’auteur. Dans la mesure où, par exemple, on décide d’aller chercher une information pour la confronter à une autre qui a été trouvée, nous faisons, nous aussi, partie du traitement de l’information. Notre passivité est donc sérieusement remise en question. " Les systèmes de traitement de l’information tels les ordinateurs et les vidéos sont des rallonges de certaines des principales propriétés psychologiques de notre esprit. […] Ils (les systèmes de traitement de l’information) ajoutent à notre raisonnement, à notre mémoire, à nos informations, à ce qu’on a stocké comme information dans notre cerveau. " C’est une rallonge du cerveau, en quelque sorte, et du système nerveux, également, comme l’explique Kerckhove.

En un sens, on pourrait les appeler ces psychotechnologies " les technologies du psychisme ".Elles comprennent les appareils et les réseaux, publics et domestiques, du traitement de l’information en direct : le téléphone, la radio, la télévision, l’ordinateur et les satellites, pour ne nommer que ceux-là, étant donné qu’ils modifient les rapports à l’intérieur de l’édifice social, qu’ils ré-agencent ou nuancent des éléments psychologiques caractéristiques, surtout ceux qui sont redevables de l’interaction entre le langage et l’organisme humain ou entre l’esprit et la machine. "

En bas de page, il y a cette note qui illustre très bien jusqu’à quel point nous sommes engagés dans une révolution informatique : " Selon l’économiste politique David Linowes, plus de 3 000 satellites tournoient dans le vide extraterrestre et, ainsi que l’a déjà fait remarquer A.C. Clarke, l’auteur de Odyssée 2001 – dont Stanley Kubrick nous a donné une adaptation cinématographique extrêmement brillante (lequel est décédé, il y a quelques jours, soit dit en passant) – n’importe quelle combinaison de trois d’entre ces satellites peut potentiellement atteindre chacun des individus de la planète. " On est bien couvert, en quelque sorte.

À un moment, l’auteur associe les changements notables non pas à l’économie mais au traitement de l’information qui ont exercé une sorte d’influence. À l’époque, McLuhan parlait même d’hégémonie sur la culture, les modes et les attitudes des entreprises. " La télé, poursuit de Kerckhove, avait le pouvoir de délasser, d’enjôler notre sensibilité pour provoquer une humeur expansive tandis que l’ordinateur a entraîné une contraction de cette même humeur sous forme d’esprit vif et d’émotions maîtrisées. "

" La télé et l’ordinateur ont conquis le monde industriel, modifiant et modelant la psychologie des entreprises suivant des critères propres très distinctifs qui, en retour, ont formé et animé des règles d’action distinctives et inhérentes à la culture qui ont aidé à en créer d’autres ", rappelle-t-il. Tout cela pour arriver à démontrer les tendances psychologiques commandées par des technologies qui sont différentes et se complètent. Par exemple, comme il est indiqué par de Kerckhove la télévision est arrivée à saturation durant les années 70 et l’ordinateur a entrepris une pénétration durant les années 80. Le concept dominant de la télévision, c’est la culture de masse. L’ordinateur, c’est la culture de la vitesse. La télévision, c’est de la production en série. L’ordinateur, c’est la communication instantanée. La télévision, c’est être partout à la fois. L’ordinateur, c’est être là au moment qui importe. Pour principal mode de communication : la télévision, c’est la diffusion interdirectionnelle soit donner aux gens ce qu’ils veulent etc. Pour l’ordinateur, c’est la mise en réseau bidirectionnel soit découvrir ce que veulent les gens. Attitude dominante en commercialisation : la télévision, c’est la séduction. L’ordinateur, c’est la précision. Stratégie dominante des entreprises : en télévision, c’est la promotion. Pour l’ordinateur, c’est la comptabilité. Étonnant tout ce qui a pu se passer en près de 30 ans…

Tout ce que de Kerckhove raconte dans son ouvrage revient à la notion de conscience planétaire, au fond. Dans son dernier chapitre, il rappelle que The Brain Book de Peter Russell commence par cette citation de l’astronome Fred Hoyle : " Dès l’instant où une photographie de la Terre prise de l’extérieur sera disponible, une nouvelle idée aussi puissante que toute autre dans l’histoire sera libérée. " L’idée qu’un nouveau champ de perception planétaire existe. On peut dire que la conscience planétaire est vraiment née à ce moment-là. Pour l’instant, elle prend la figure de la mondialisation, surtout économique – c’est un peu regrettable dans un sens – mais sans doute faut-il passer par cette étape avant de parvenir à une conscience planétaire qui soit de nature plus humanitaire.

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Votre cerveau : masculin ou féminin ?


Pour terminer l’émission en beauté, j’avais mis de côté un article au titre percutant : Le cerveau a-t-il un sexe ? Mais d’abord, je tiens à préciser, puisque nous sommes le lendemain de la Journée internationale des femmes, qu’il ne s’agit pas ici de remettre en question ce que disait Madame De Beauvoir en mettant l’accent sur la culture : " On ne naît pas femme, on le devient ". Par là, elle soulignait que, selon elle, les femmes apprennent à être des femmes et à ne pas penser d’une autre façon et perdent ainsi leur autonomie.

D'après :

CHAMBON, Philippe. " Le cerveau a-t-il un sexe ?", Science et Vie, no 977, février 1999


C’est certain que la culture joue un rôle dans la formation des machos et des femmes peu libérées, pour employer ce langage-là, mais avant toute chose, il faut se rendre compte que le cerveau de la femme et celui de l’homme fonctionnent de manière bien différente. Parce que, au départ, les hommes et les femmes perçoivent le monde différemment, leur cerveau traite les informations différemment. " Par exemple, les femmes sont en moyenne deux fois moins influencées que les hommes par les informations visuelles. Est-ce pour cette raison qu’elles sont plus souvent sensibles au mal des transports? Peut-être. Le cerveau des femmes ne traiterait-il pas les informations spatiales de la même façon que celui des hommes ? " Autre chose : on a constaté que les femmes distinguent mieux que les hommes les objets qui ont été déplacés. C’est vrai. Vérifiez cela auprès des ‘chums’ et des maris ! [rires]

" L’expérience vient relancer le débat sur la sexualisation du cerveau. La question de la différence sexuelle préoccupe la neurologie depuis toujours pour des motifs parfois fort peu scientifiques. " Pour vous le prouver, je vous dirai qu’au 19e siècle, " Paul Broca, le découvreur de l’aire cérébrale du langage, estimait qu’il ne fallait pas accorder le droit de vote aux femmes parce qu’il croyait que leur cerveau était plus petit que celui des hommes. Ironie de la science, on vient de s’apercevoir que l’aire de Broca, le cortex du langage, est plus développé chez les femmes que chez les hommes. " Un autre qui doit se retourner dans sa tombe…

J’aurais voulu résumer ce propos pour en donner un exposé qui lui rende justice mais je ne pourrai le faire manque de temps. Alors demain, je vais revenir sur le sujet et j’en profiterai pour vous communiquer les informations les plus récentes.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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