Le travail : immatériel et flexibilité |
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Est-ce la fin du travail ou bien la remise en cause de la division traditionnelle entre travail et hors-travail? Nous allons vers une société fluide où tout devient travail même le loisir. |
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GOLDFINGER, Charles.
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" Le marché des idées et des images prend désormais le pas sur celui des choses. Cette révolution économique provoque une mutation profonde du travail. On travaille désormais autrement, dans des entreprises nouvelles, selon des rythmes et dans des cadres différents. Hier cantonné à l'usine ou au bureau, le travail envahit aujourd'hui l'espace privé. Éducation, activité professionnelle, loisir et retraite s'enchevêtrent de plus en plus. " Bref, nous arrivons à lère de léconomie de limmatériel. Je tire ces propos de louvrage de Charles Goldfinger qui sintitule Travail et hors-travail : vers une société fluide, paru en septembre dernier. Spécialiste des technologies de l'information et de la finance, lauteur est consultant international en stratégies. Dans cet ouvrage, il explique que " dématérialisé, il [le travail] devient omniprésent et persistant. Dans un monde global et complexe, les dossiers à traiter, les problèmes à résoudre, les questions auxquelles on doit répondre impérativement senchaînent et saccumulent sans cesse. [ ] Comme les écoliers, [les travailleurs de limmatériel] doivent souvent ramener leurs devoirs à la maison, mais ceux-ci ne sont jamais terminés. [ ] " Il est essentiel, affirme Golfinger, dapprofondir la connaissance de la nouvelle dynamique de lemploi et du développement des secteurs davenir : la culture, le loisir et la distraction, linformation, la connaissance, les services relationnels. Tout cela fait partie de limmatériel, qui représente peut-être une solution. Sur ces sujets, nos lacunes sont graves et substantielles. Alors que les données statistiques et économiques sont pléthoriques sur lindustrie et lagriculture, sur les services de limmatériel elles sont rares, fragmentaires et peu fiables. Force est de constater que pour les statisticiens et les comptables, léconomie de limmatériel reste un genre mineur et encore balbutiant. [ ] Lignorance de la dynamique économique mène à la glorification des emplois industriels et au dénigrement des emplois de service. " Or, Goldfinger voit justement la solution dans les emplois de service, ce qui suppose une certaine fluidité dans notre fonctionnement. Cest dailleurs lun des thèmes quil aborde dans son ouvrage. " Il faut aller au-delà de la flexibilité, qui sapplique essentiellement aux relations au sein dune entreprise, vers la fluidité entre les catégories et les domaines. Lexigence de la fluidité procède dune double constatation.
Bref, on sent une belle ouverture chez lui; je voulais vous le signaler. Cela fait le contrepoids des ouvrages sur lhorreur économique, comme celui de Madame Forester et dautres dont je vous ai parlé à lémission. |
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Lautorité parentale : la crise! |
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On dit que Madonna, la sulfureuse star du showbizz, se vante dinterdire la télévision à sa fillette. Cest curieux parce quelle a, jusquici, fait preuve dune très grande permissivité mais tout à coup, elle se prononce : " Pour moi, la télévision et lenfant, cest non! " Est-ce que ça va tenir? On verra bien. Tout cela pour arriver à vous parler de lautorité parentale, un sujet qui risque de mentraîner vers des raisonnements marécageux Car, dans le domaine de la discipline, rien nest plus difficile que dappliquer la loi du milieu : ni trop, ni trop peu. Évidemment, il faut réinventer une troisième voie entre la rigidité aveugle et la permissivité. Je dois être prudent parce quen prenant de lâge, on a tendance, paraît-il, à se montrer un peu plus critique. Quand on na plus à soccuper des enfants, on peut trouver que les enfants des autres sont mal élevés. À lexception, bien sûr, de certains grands-parents permissifs. Et jen suis venu à me poser la question : Suis-je un grand-père permissif? Dois-je en donner limpression, comme grand-parent? À la réflexion, je ne suis pas un grand-père permissif. Jai une grande ouverture desprit, mais je naime pas, par exemple, que les enfants interrompent les adultes à table. Or, ils le font constamment. Je napprécie pas non plus que la chambre quils occupent ne soit pas rangée lorsqu'ils viennent " camper " chez moi. Et mon épouse aime encore moins cela que moi, je vous dirais. Il nest pas question pour autant de culpabiliser les parents, parce que cest la chose la plus facile au monde à faire. Là nest pas la solution. Beaucoup de chercheurs se sont penchés sur cette question et en sont venus à des conclusions du genre : " Parents, vous ne faites pas ce quil faut. Si ça continue, votre enfant ne deviendra jamais adulte! ", etc. Vous avez sûrement déjà entendu des propos comme ceux-là. Il nempêche que si on regroupe les informations contenues dans un certain nombre de ces enquêtes, dossiers et articles consacrés depuis quelque temps à létude de la discipline familiale, on peut en déduire avec justesse quune catastrophe sest produite de ce côté. Et peut-être est-ce devenu plus évident parce que les enfants dont on parle maintenant sont de plus en plus les adolescents. Les mêmes dont il était question dans les journaux et les magazines, alors quils étaient plus jeunes. Je suis tenté dajouter : alors que les problèmes étaient encore tolérables... |
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BOGGIO, Philippe. " Laisse
pas traîner |
On constate maintenant que leur socialisation nest généralement pas très bien réussie, comme si la jeunesse " avait conquis une sorte dautonomie brouillonne, refusant létat traditionnel dobéissance et les liens de dépendance avec le monde adulte ", comme on le mentionne dans cet article paru récemment dans le magazine français Marianne : " Laisse pas traîner ton fils ". Je nai de leçon à donner à personne mais il semble bien, en tous les cas, que lautorité parentale soit en crise. Et là, je ne parle pas simplement des parents qui ont des difficultés avec des enfants, que ce soit causé par le milieu ou autre chose, mais de ceux qui se retrouvent avec des enfants, disons, un peu spéciaux, avec une tendance délinquante, par exemple. Dans ce court article de Philippe Boggio, de même que dans un deuxième, écrit par Martine Gozlan, il est question de cette crise de lautorité parentale, dans les milieux quon peut définir comme " normaux ". Cest toute la permissivité qui est remise en question. À un moment, on mentionne Simone de Beauvoir : " Voilà une personne qui a contribué certainement à défaire les nuds de lautoritarisme. " Et je me permets dajouter que, plus quelle encore, peut-être, la pilule anticonceptionnelle a créé un climat de liberté en libérant les femmes de la hantise des grossesses non désirées. Pour être coquin, je me permets de vous annoncer que ce sera bientôt le cinquantième anniversaire de la publication de son fameux Deuxième sexe [rires] Dans un encadré, " Les cinquante ans qui ont bouleversé la famille ", on mentionne aussi " la création du mouvement de libération de la femme " dans les années 60, qui a contribué à remettre en question lautorité celle du père, en particulier, qui avait, pendant très longtemps, été considérée comme la représentation en miniature de ce quest un état totalitaire. Un cheminement qui a permis une certaine ouverture mais, aujourdhui, les parents ont tendance à se retrouver dans ce quils appellent eux-mêmes, mentionne ce dossier, " la trappe ". " La trappe? ' Le tout, tout de suite, témoigne une mère. Le désir immédiatement satisfait, les fringues, les marques. Alors que non : le travail, par exemple, ne sera pas obtenu par le désir puéril mais par la volonté ". On commence donc à assister au retour des parents " sanctionneurs. " On fait état que du côté de lAngleterre, le mouvement se serait amorcé plus tôt. Il me vient à lesprit un vers du poète latin Horace, qui oblige à maintenir une certaine distance face aux opinions quon pourrait facilement avoir à propos des jeunes de notre époque : avec les années qui passent, ne doit-on pas prendre les choses avec un peu plus de sagesse ? Et encore, ça reste à voir. [rires] Cet humaniste disait déjà à son époque : " Les jeunes gens daujourdhui aiment les chevaux rapides. " De tous les temps, les jeunes gens ont aimé les chevaux rapides, pourrait-on dire |
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GOZLAN, Martine. |
On en vient à se demander sil faut replacer de lautorité dans la maison. On parle ici de " léchec des parents communicateurs. " Dans le deuxième article, " La faute aux parents? ", on illustre bien le propos : " En dépit de lamoncellement de traités sur les étagères, malgré toutes les preuves que cette mère si moderne montre de son appartenance à une société de parents soft, copains, bienveillants, cest le monde enfoui de la [mère] petite fille qui resurgit brusquement lorsque, [sa petite fille] déboule, juchée sur les baskets à étage de toute ado branché. Le blouson senvole sur le canapé, avec un mépris ostentatoire du porte-manteau, les godillots narguent le tapis tibétain. " [rires] Là, on veut disputer la petite fille, mais son " il étincelant défie la génitrice. " En général, les études identifient deux périodes. Celle davant les années 60 et celle daprès. " Lautorité parentale est aujourdhui très malmenée, et les analyses les plus mesurées font remonter le début de cette dégradation des relations parent-enfant aux effets mêmes de Mai 68. Ce qui me rappelle beaucoup les propos des publications françaises lors du fameux événement. Ce nest pas sans raison du reste, je le précise : cette période a eu un effet sur lensemble des sociétés industrielles, et à partir de ce moment-là, on a donné dans " le syndrome de lultrajeunisme [qui] sest répandu partout, et la société marchande a trouvé là souvent matière à parfaire son commerce, son emprise sur les esprits, note Philippe Boggio. La liberté est-elle devenue liberticide? " Trop de liberté risque de tuer la liberté, peut-être. Cest la réaction qui simpose chez certains parents qui deviennent maintenant moins permissifs et plus autoritaires. Ce nest pas toujours facile de passer dun régime à lautre parce que " les mauvais plis sont pris ", disait-on autrefois. On fait remarquer également que les parents ne sont pas les seuls en cause : " La société, les institutions, le marché se sont sans doute égarés à donner à la jeunesse plus dimportance quelle ne doit en avoir. " Il me semble quil y a quelque chose de fondé dans cette formule. Moi, en tous les cas, jen suis là dans ma réflexion. Vous remarquerez que je suis très prudent dans mes propos, parce que lorsquon na plus soi-même à vivre avec cette préoccupation familiale dune façon quotidienne, on ne peut se permettre de donner des leçons à ceux qui ont à résoudre ces difficultés tous les jours à la maison. On fait état de la nécessité de rééquilibrer les rôles du père et de la mère, et je crois que cest une excellente idée pourvu que chacun y mette du sien, bien entendu. Mais je ne suis pas certain quon ne soit pas en train de traverser encore la même phase quavec le féminisme. Vous souvenez- vous? Alors quon entendait hier dire que lhomme et la femme sont égaux, pareils, quil ny a pas de différence, maintenant, on prétend que cest le père et la mère qui sont égaux. Pourtant, on est arrivé à démontrer que lhomme et la femme sont différents et quils doivent reconnaître et accepter leurs différences pour bien vivre avec ces différences. Et je suis davis que le père et la mère sont différents également. Et que, par la force des choses, ils doivent avoir une façon particulière dexercer leur autorité. On peut parler de " rééquilibrage des rôles " quant au temps et à lénergie investis dans léducation des enfants, mais il ne faut pas mettre de côté les différences entre les rôles du père et de la mère. Dans ce dossier, on rapporte un incident survenu entre une adolescente et sa mère. " Esther a 16 ans. Elle aime. Sa mère ne le lui reproche pas mais il y a néanmoins conflit. Lobjet nen est pas, comme naguère, la moralité des jeunes filles. On naccuse pas Esther de taire ce terrible secret du sexe, la première fois, qui hantait jadis les mères, les pères et les filles. On sindigne au contraire quelle étale avec lindifférence dune petite fille une vie privée de presque femme. Est-ce parce que, comme tous les enfants, elle a grandi dans une société de ' on-se-dit-tout-on-ne-se-cache-rien '? Éva, la mère, dénonce en tout cas avec force cet état de voyeurisme auquel de plus en plus dadolescents veulent contraindre leurs parents. Les premières relations sexuelles des jeunes doivent-elles vraiment être accueillies par la famille? " Une question intéressante, dautant plus que jai un ami père de famille qui ma confié être en train de vivre cette situation. Un soir, il arrive chez lui et frappe à la porte de la chambre de sa fille puis lorsquil entre, il la trouve au lit avec un garçon. Ce père a été obligé de vivre avec cela, vous comprenez? Sans compter que cétait le cas pour les deux filles de la maison De plus, il me racontait que tout ce joli monde, en même temps, vidait le frigo allègrement. " Mais ton autorité dans tout cela, cest quoi? ", lui ai-je demandé. - " Je voudrais bien ty voir lautorité! " - " Il naurait pas fallu permettre ça au début. " - " Je sais, dit-il, mais on la fait par distraction, par fatigue, parce quon avait autre chose à faire " Les parents travaillaient tous les deux, alors ils nont pas pu être aussi vigilants quils auraient dû. :" On na pas vu venir le coup et on na pas pris nos précautions. On ne savait pas quà un moment elle arriverait en nous disant : ' Ah, jai perdu mon pucelage, hier. Tout va très bien, merci. Tout le monde est content, ça sest bien passé, ne vous en faites pas. " Ainsi va la vie mais la question se pose : Vraiment, est-ce que cest une forme dexhibitionnisme? Quen pensez-vous? Ces expériences doivent-elles être accueillies par la famille, avec le petit ami installé dans la chambre? " Lautorité quexerce Éva la mère dans ce cas-ci -, vise autant le salut de la mère que celui de la fille : ' Cest une affaire de pudeur. Une permissivité très mal gérée psychologiquement a baigné toute la société. Moi aussi, jai été prise au piège. Jai cru que lautorité était une explication incessante. [ ] Ce sont les non qui construisent lenfant. Mais pas nimporte quel non. Pas le non baudruche qui senfle de toute la fatigue dune journée dadulte et vient se fracasser sur la longue attente dune journée denfant. Jolie formule. Pas le non alibi, qui tonne pour le futile et masque une infinité de oui piteux sur les affaires sérieuses. Un non, ça se pèse, ça se mérite, il faut du temps pour le rendre intelligible. ' Un non, dit [une] mère, ça ne se galvaude pas, ça nest pas une vocifération, une crise de nerf. Un non, il faut que ce soit encore de lamour. " Voilà lidée. |
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Un troisième règne du vivant :
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" Les frontières |
Les frontières du vivant, cela correspond toujours à ce qui a pu être le départ de la vie au milieu des cailloux. Pour simplifier le discours : on a le minéral, puis on se retrouve avec un intermédiaire, une cellule, une bactérie Et voilà que maintenant on parle des archaebactéries. On les définit ainsi : des organismes unicellulaires au départ, puis on découvre que par leur nombre et leur diversité, ces organismes unicellulaires témoignent de létonnant succès évolutif. Depuis 20 ans, le nombre dentre eux relève dun troisième règne du vivant : celui des archaebactéries qui est à lorigine des bactéries, qui ont longtemps été identifiées à des microbes amateurs denvironnement extrême. Mais lutilisation de nouvelles techniques de génétique moléculaire les fait aujourdhui surgir de lieux tout à fait ordinaires. On peut se demander si elles sont aussi archaïques que le suggère leur nom : quel est le degré de parenté avec le dernier ancêtre commun des organismes unicellulaires baptisé LUCA (Last Unicellular Ancestor) en référence à lillustre Lucie? Cette première cellule est au cur dun vif débat scientifique : vivait-elle vraiment à haute température? Lidée que, tout à coup, cette première cellule a pu vivre dans un milieu extrêmement chaud est intéressante. Cest ainsi que tout aurait commencé, dans une immense soupe, pour ainsi dire. Mais on commence à remettre cela en question. " Grâce à la biologie moléculaire, larbre universel du vivant senrichit dune branche supplémentaire, celle des archaebactéries ", écrit-on en introduction dun des articles de cet important dossier. En terminant, je voulais vous lire ceci : " Bactéries ou archaebactéries, les procaryotes, cellules sans noyau, surprennent par leur nombre écrasant, leur biomasse, de lordre de celle des végétaux, et leur diversité qui leur permet doccuper les recoins les plus improbables de la planète. [ ] Plus nombreux que les étoiles, [les microbes] constituent la moitié de la biomasse terrestre. " Enfin, je suis arrivé quelque part ou il est possible de comprendre quelque chose! |
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