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Émission du mercredi 27 janvier 1999 |
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Linfluence des parents : un débat controversé |
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Que vous soyez un bon ou un mauvais parent, vos enfants ne sen porteront ni mieux, ni plus mal. Vrai ou faux? Madame Judith Rich Harris, lauteure dun livre qui remporte actuellement un très grand succès, bien que plutôt controversé, avance lidée audacieuse que ce qui influence le comportement et la personnalité des enfants, ce sont leurs gènes et leurs amis. Louvrage paru en 1998 sintitule The Nurture Assumption : Why Children Turn Out the Way They Do (Lhypothèse de léducation : Pourquoi les enfants deviennent ce quils sont), éd. Free Press à New York et Bloomsbury à Londres, 1998. |
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ROBERT, Véronique. " Les parents ne comptent pas ", Châtelaine, février 1999. |
Je me suis intéressé à un article paru dans la revue Châtelaine, dans lequel la journaliste Véronique Robert rapporte les commentaires obtenus du docteur David Lykken, quelle présente comme " psychologue à lUniversité du Minnesota et principal mentor de Judith Rich Harris ". Cet entretien téléphonique avait pour but de connaître lopinion du docteur Lykken sur les propos de cette dernière lorsquelle soutient que si vos enfants vous ressemblent, cest à cause de vos gènes, ce nest pas à cause de lexemple que vous leur avez donné, et que leur comportement à lâge adulte serait essentiellement déterminé par leurs amis. " Beaucoup de recherches en psychologie ont confondu génétique et facteurs environnementaux, précise-t-il. La plupart des enfants issus de bons parents, aimants, bien élevés, avec un sens moral, etc., deviennent des adultes aimants, bien élevés, moraux, etc. Le hic, cest que les freudiens et les psychologues traditionnels ont toujours présumé quon devait attribuer ces résultats à lexemple parental. Or, Judith a très bien mis en évidence le fait que les psychologues se sont fondés sur des croyances fondamentales tout se joue avant trois ans, par exemple ne reposant sur aucune preuve empirique valable. " Pour justifier ses conclusions, le Dr Lykken explique : " Judith a passé en revue une centaine de mémoires. Elle sest dabord basée sur des recherches révolutionnaires, menées en grande partie à lUniversité du Minnesota. Ces travaux montrent que des jumeaux identiques élevés dans des milieux différents sont généralement aussi semblables sur le plan psychologique que des jumeaux élevés ensemble. " On en déduit donc que finalement les gènes sont pour beaucoup dans leur comportement, leur personnalité. On lui pose la question : " Les enfants qui font preuve dun grand sens moral auraient donc hérité de leur parent un gène de la moralité? " " Non, évidemment. Mais il y a des gènes de la timidité ou de lagressivité. [ ] Un enfant sans peur ne réagit pas beaucoup à la punition par exemple. Admiré par les autres garçons, il pourra devenir chef de la bande. " " La vérité, affirme plus loin ce psychologue, cest quune foule de parents équilibrés, heureux et aimants ont été victimes dabus ou de traumatismes au cours de leur enfance, mais ils sen sont sortis. " Ce qui prouve selon lui, que ce nest pas linfluence que leurs parents ont eue sur eux qui a gouverné leur vie. Ce qui va, évidemment, contre la tendance à la victimite ce qui en soi, à mon avis, nest pas mauvais. Mais est-ce que ça va trop loin? Cest autre chose. Une seconde question : " Est-ce que ça va entraîner la faillite des psychothérapeutes traditionnels? " Le docteur Lykken répond : " Et pourquoi pas? Beaucoup de ces psys auraient intérêt à apprendre de nouvelles données! Les meilleurs thérapeutes sont ceux qui encouragent le patient à regarder vers lavenir, pas à se voir comme une victime imaginaire du passé. " Cela revient un peu à lidée du coaching, dont on a parlé lautre jour. Une nouvelle tendance. " Le comportement de lenfants est avant tout influencé par ses amis? ", lui demande la journaliste. " Cest linfluence des pairs qui fait la différence. Elle [Judith Harris] rappelle que nos ancêtres vivaient au sein de familles élargies où les enfants étaient essentiellement socialisés par dautres enfants. Leur instinct leur dicte de se comporter comme les jeunes de leur âge, dadmirer ceux qui sont plus âgés et de les imiter. " Il y a du vrai dans tout ça. Préoccupez-vous du milieu dans lequel vos enfants grandissent, des amis quils fréquentent. " Les enfants réagissent à leurs camarades très tôt ", note aussi le Dr Lykken. Remarquez, il faut se rappeler que lêtre humain est un animal social. Par conséquent, il recherche laccord des autres autant que possible et il est attentif au fait de se situer quelque part à lintérieur dun certain consensus. À un moment, le psychologue rapporte une anecdote intéressante : " Mon petit-fils nétait pas encore propre à quatre ans, malgré tous les efforts de ses parents. Sa mère apportait un pantalon de rechange à la garderie, laccident étant inévitable. Un jour, il sest oublié devant les autres enfants qui se sont éloignés de lui avec horreur et mépris. Le lendemain, le problème était réglé. " On ne peut pas ignorer cette influence des amis mais il y a un autre aspect de la question. Le docteur Patricia Garel, qui est pédopsychiatre et coordonnatrice de lenseignement en pédopsychiatrie à lHôpital Sainte-Justine, à Montréal, nest pas daccord avec les positions adoptées par Judith Rich Harris. Lorsquelle a pris connaissance de cet ouvrage, rappelle-t-elle, elle a cru quil sagissait dun canular ou " dun pavé volontairement lancé dans la mare car le ton du livre est très provocateur ", relate-t-elle dans ce même article. Selon elle, " les parents sont là pour accompagner, pour aider leurs enfants à mettre en valeur ce quils sont. Ils jouent un rôle sur le plan de la filiation, du sentiment dappartenance. Des aspects, note-t-elle, sur lesquels Judith Harris fait limpasse complète " " Existe-t-il des études démontrant que lexemple parental fait une différence dans le développement de lenfant? " lui demande la journaliste. " Bien sûr, répond le Dr Garel, et elles sont bien plus nombreuses que les études prouvant linverse! Par exemple, certaines recherches ont établi que les parents avaient le pouvoir de donner confiance en soi à des enfants très timides. Dautres prouvent que lattitude des parents a des effets à long terme sur le quotient intellectuel et le comportement de leurs enfants. " Sur cet aspect de la question, la journaliste rapporte lopinion de madame Harris : " Les parents sont là pour donner deux choses à leurs enfants : leurs gènes et un environnement de qualité... " " Contrairement à ce que dit madame Harris, le bagage génétique nest pas statique : les découvertes récentes montrent que les gènes sont modifiés par lenvironnement ", note le Dr Garel. " Vous reprochez donc à Judith Harris de ne se baser que sur le comportement? ", lui demande ensuite Véronique Robert. " Elle narrive pas à penser " complexité ", au fond ", conclut le médecin. Jai soulevé cette question parce que la vérité se trouve quelque part entre les deux visions. Cest-à-dire que les parents ont certainement une influence sur leurs enfants dune part, et les amis, leurs pairs, ont également une influence. Quant à la génétique, elle y est sans doute aussi pour quelque chose. À une époque, je me posais des questions au sujet de léducation de mes propres enfants. Javais confié à un ami français, plus âgé que moi et dont les enfants étaient des adultes, mon sentiment quélever des enfants était une bien grande responsabilité. Voici ce quil mavait répondu: " Je vous dirai, moi, avec lexpérience, que la responsabilité des parents est moins grande quon ne le croit, en général. Jai quatre enfants, laîné est devenu moine bénédictin, lautre est devenue comédienne, une troisième est devenue assistante sociale communiste dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne et le quatrième est employé " Je ne me souviens plus où exactement, mais je sais quil travaillait dans un autre milieu. Cet ami voulait signifier par là, quau fond, linfluence parentale y est pour quelque chose, bien sûr, mais que le milieu a une influence, que le destin reste une question en grande partie personnelle. De quoi alimenter un débat pendant des heures, vous vous en doutez bien. |
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Journalisme : glissement de terrain |
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Jai colligé un certain nombre darticles qui traitent de ce qui se fait maintenant et surtout de ce qui ne se fait plus dans le monde du journalisme. Les propos mont beaucoup touché parce quils confirment mon impression quun certain glissement cétait produit dans le milieu, à savoir que le journalisme denquête sérieux devient de plus en plus rare, remplacé quil est par lactualité à peine commentée. Par ailleurs, les vraies photos-reportages tendent également à disparaître. |
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ROSKIS, Edgar." Le crédit perdu du photojournalisme ", Le Monde Diplomatique, novembre 1998. |
" Le
crédit perdu du photojournalisme ". Cest le titre
dun article que jai sous les yeux, paru dans Le Monde Diplomatique en
novembre dernier. Son auteur, Edgar Roskis, journaliste et maître de conférences
associé au département information-communication dune université parisienne
(Paris-X, à Nanterre), tente de voir comment les transformations ou le
glissement se sont produites. Par exemple, il raconte que, dans le monde politique,
les gens réunissent les photographes et leur disent : " Vous allez vous
placer ici, le président va entrer par là et vous allez prendre telle ou telle photo, à
tel moment... " Cest dailleurs une de ces sessions de photos organisées qui a donné lieu à cette image éloquente de la poignée de mains échangée entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin. " Un spectacle tiré au cordeau par les services de la présidence américaine, écrit-on ici, une mise en scène réglée davance, un montage dont quelque 200 opérateurs, tous parqués sur le même praticable équipés des mêmes focables et des mêmes émulsions, furent contraints denregistrer la même image. Une non-photo, en somme, comme le fut ce cliché dun Chinois sopposant à lavancée dune colonne de chars vers la place Tiananmen le 4 juin 1989 : les représentants de trois agences (Magnum, Associated Press et Sipa-Press) la fixèrent comme, sur bande vidéo, une équipe de la télévision britannique indépendante ITN. Les symboles certes plaisent, mais de tels clones sont une nouveauté dans lhistoire du photojournalisme, qui a toujours privilégié linstantané unique et choisi ses auteurs pour leur maîtrise de " linstant décisif ". " Cela me ramène en mémoire ces magazines que je pouvais feuilleter à une autre époque de ma vie : je ne trouve plus de photos-reportages, comme ceux quon pouvait voir dans Paris Match. ou Life, qui, devenu un mensuel, donne aujourdhui davantage dans la curiosité, dans le people, dans lanecdotique... Ce nest plus ce genre de photos qui nous faisaient frissonner. Edgar Roskis estime que " les reportages fondés sur la magie et le travail de linstantané sont en constante régression. " Tenez, à titre dexemple : ouvrez un journal et vous y verrez de grandes photos montrant des inconnus dans des situations sans importance. Cest quaujourdhui, pour remplir lespace, on publie de grandes photos, pas réellement significatives, pour donner limpression quil se passe quelque chose dimportant. On fait remarquer également quil ny a presque plus de ces apôtres de limage : " Ils [les photographes] exécutent ce quon appelle des sujets " magazine " destinés aux publications du même nom ", note le journaliste. " Il faut souligner, note-t-il aussi, le manque dimagination des postulants, qui leur soumettent [aux magazines] depuis la nuit des temps les mêmes et sempiternels sujets [ ]. " Cette réflexion ma fait sourire parce que ce professeur soffre le luxe de donner une liste des sujets quil ne faut pas suggérer aux journaux... Je suis sûr que, si vous êtes un professionnel, ou du moins si vous vous intéressez à la communication, vous allez dire : " Bien oui, moi, jaurais proposé ça. " Voilà! Mais tout le monde les a vues ces photos-là (celles qui accompagnent en général ce genre de sujet), et cest justement ça le problème. Voici donc la liste de Roskis de ces sujets traités en long et en large : " marginalité, prostitution, transsexualité, pollution, banlieues, conséquences de laccident nucléaire de Tchernobyl, travail des enfants, sous-sols de Manhattan et catacombes de Paris, métro de New York ou de Moscou, incurables du cancer, sans-abri, générations perdues dIrlande et du Liban, friches industrielles, on en passe, sans oublier le registre optimiste, notablement plus restreint : rappeurs et tagueurs, basket-ball, tango et autres danses latines, clowns des hôpitaux. Cest vrai quon les a toutes vues ces photos-là... " Comme si toute cette histoire tournait maintenant en rond, de continuer Roskis, la presse, y compris de " qualité ", se contentant de plus en plus darchives, dillustrations, plus pratiques, moins onéreuses et si semblables en tout état de cause à la production contemporaine. Les " people " censés faire rêver les gens (des gens feraient donc rêver dautres gens, ce qui après tout nest pas une si mauvaise nouvelle), des célébrités prenant la pose, dirigés par un opérateur malin ou par lautocontrôle acquis de leur image et de leur paraître, ont détrôné linstantané. Lactualité elle-même est devenue une star par essence irréelle, façonnée, impalpable, virtuelle comme on dit maintenant. " Cest curieux, parce quon dirait que plus on a de technologies à notre service, moins nous avons le sens de la magie, de linvention, de la trouvaille, de la vocation, alors que cest un sens important pour se consacrer à des métiers comme la photographie. Doù la disparition pratiquement du photo-reportage. En tout cas, ça me fait prendre conscience de ce quon a perdu. Cest trop coûteux pour ce que ça rapporte. Aussi bien nous servir toutes sortes dinepties de courte durée dans les médias, parce quun bon reportage denquête ça peut prendre un an, deux ans |
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Le Déclin de lOccident |
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Lhistoire de Faust, cest un peu le savoir qui se met au service de la destruction, de la catastrophe. Récemment, jai été amené à travailler en studio avec Anne Dubois, réalisatrice dune série démissions radiophoniques produite par la Chaîne culturelle de Radio-Canada, et qui sintitule Faust ou la métamorphose dun mythe, daprès lidée originale et les textes de Guy Marchand. Jy ai découvert des textes intéressants, qui mont incité à réfléchir beaucoup et dans lesquels on parle dOswald Spengler, un personnage très important de notre époque, dont je ne vous ai pas encore entretenu. Mentionnons dabord quOswald Spengler est connu comme étant lhomme dun seul livre, Le Déclin de lOccident, un ouvrage fascinant par la puissance du regard qui sy exerce. |
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CAMPBELL, Joseph. Myths to Live By, 1970. |
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SPENGLER, Oswald. Le Déclin de lOccident, trad. Tazerout, coll. " Bibliothèque des Idées ", Gallimard, 1931-1933. |
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