PAR...  

Émission du mercredi 13 janvier 1999
Rediffusée le mercredi 19 janvier 2000

Avons-nous encore besoin des pauvres?


Le directeur de l’UNICEF, Carol Bellamy, a récemment déclaré que l’Amérique a tourné le dos à ses citoyens les plus pauvres, enfants compris. Un peu comme si on s’était dit : dans la mesure où nous n’avons plus besoin des pauvres pour occuper les emplois subalternes, puisque nous avons maintenant des robots et que nous disposons d’une main-d’œuvre bon marché qui, dans les pays du Tiers-Monde, ne demandent qu’à crever pour enrichir les puissants, que voulez-vous que l’on fasse de nos pauvres? Apparemment, on va les exclure.

Il rapporte cet exemple éloquent : " S’il n’y avait pas de structure d’aide sociale, la France, comme les États-Unis, compteraient 25 % d’enfants déshérités. En France, et dans les autres pays où il y a des prestations sociales, cela permet de ramener cette proportion à 6,2 %. Tandis qu’aux États-Unis, elle reste supérieure à 21 %. On peut multiplier les exemples. Avons-nous vraiment cessé de nous intéresser aux plus démunis? "

Tout cela pour en venir à l’opinion d’un anthropologue, Allen Hanson, de l’Université du Kansas qui est la suivante : " La façon dont nous percevons les pauvres n’est plus la même. Nous avions autrefois tendance à les considérer comme partie intégrante d’un modèle global de société qui induisait toute une série de conséquences pour les pauvres comme pour les non-pauvres. La façon dont nous traitions les pauvres en disait long sur nous-mêmes : sur notre compassion, bien entendu, mais aussi sur notre conception de la nature humaine et de la providence divine, voire même notre grandeur d’âme. Cette dimension morale a poussé les non-pauvres à aider les pauvres et à lutter contre l'exclusion. " L’anthropologue estime que, aujourd’hui, notre vision de la pauvreté est devenue économique. Quoi de surprenant d’ailleurs, puisque tout est devenu économique maintenant?

La pauvreté économique, c’est donc ce phénomène responsable de " tout un lot de nuisances : toxicomanie, échecs scolaires, mères adolescentes, violence... Rien de surprenant à ce que le tableau ne nous inspire aucune compassion. " C’est vrai, on met toujours l’accent sur ces aspects de la pauvreté. Pourtant, il y a des pauvres qui ne sont pas toxicomanes, qui ne connaissent pas d’échecs scolaires, qui ne sont pas des adolescentes enceintes ou qui ne s’adonnent pas à la violence. " Et ce n’est pas la première fois qu’on assiste à un tel revirement, rappelle-t-il. Au Moyen Âge, la misère n’était pas une pathologie sociale, mais s’inscrivait dans la logique de l’ordre social établi : on était riche ou pauvre parce que Dieu en avait décidé ainsi. Et, dans un cas comme dans l’autre, on ne pouvait qu’accepter humblement sa situation. Les pauvres avaient même une certaine supériorité morale : les moines, les nobles, les riches, leur lavaient les pieds, les invitaient à leur table. " Je me souviens même d’avoir vu un sketch qui s’inspirait de cette tradition. Il n’y avait qu’un seul pauvre et tout le monde voulait lui laver les pieds. Il protestait, exaspéré : " Voulez-vous bien me lâcher les pieds, s’il vous plaît? " [rires]

" De plus, les pauvres avaient pour les riches et les puissants une fonction purement utilitaire puisque, par l’aumône, ils leur permettaient de racheter leurs péchés, continue Allen Hanson. Au 19e siècle, la famine, les épidémies, les crises économiques avaient engendré de véritables armées de pauvres, qui vagabondaient de ville en ville, vivant de la mendicité et se rendaient coupables de vols et d’agressions. Il n’en fallait pas davantage pour que la misère devienne le cancer de la société, une plaie à éradiquer. " Il y a aussi les thèses d’inspiration darwiniste qui suggèrent que celui qui s’adapte le mieux devient plus riche et que l’autre, s’il est pauvre, est soit personnellement responsable de sa misère, soit héréditairement pauvre. Je tiens toutefois à préciser que c’est une vision darwiniste qui n’est pas vraiment darwinienne. " Tout ça nous a fait admettre quand même, pour aussi sévère que cela puisse paraître, que mieux valait laisser les pauvres disparaître d’eux-mêmes, au même titre que les autres espèces inadaptées, explique l’anthropologue. Dans les années 50, les pauvres ont retrouvé nos faveurs. Sans être véritablement remis à l’honneur, ils furent pour le moins réhabilités, car perçus comme victimes d’un système socio-économique sur lequel ils n’avaient aucune prise. "

" Aujourd’hui, je pensais que notre indifférence à la misère provenait essentiellement des divers programmes de lutte contre l’exclusion, disait récemment un journaliste. Je me trompais. Au cours d’une entrevue téléphonique que j’eus avec Monsieur Hanson, il se dégagea une nouvelle perspective tout à fait originale. Les conservateurs affirment que nous aurions pu gagner la guerre du Vietnam, mais que notre mauvaise volonté et notre répugnance à nous engager pleinement, nous ont barré la route de la victoire. Les libéraux tiennent exactement le même discours sur la guerre contre la misère. Pire, l’idée même d’éradiquer la pauvreté, et non plus seulement d’améliorer le sort des pauvres, est de moins en moins partagée. Le nouveau postulat reprend les idées de Charles Murray, qui prétend que traiter la misère ne revient qu’à l’aggraver, et que le problème tient davantage à l’intelligence innée qu’à la politique sociale. Contrairement à autrefois, la réflexion sur la pauvreté n’est plus intégrée à la réflexion sur le progrès de l’humanité ou sur la nature humaine plus vaste. " Parce qu’au fond, s’il y a du progrès dans le monde, les chances seront plus équitables pour tous.

" Il n’est peut-être pas tout à fait vrai que nous nous désintéressons du sort des pauvres, continue le journaliste. Pour peu qu’un journaliste compatissant nous présente habilement un déshérité, nous ne manquons pas de verser une larme. Ce qui fait aujourd’hui défaut, c’est le sentiment que la misère a un quelconque rapport avec notre humanité profonde, avec ce que nous sommes ou devrions être. Ce n’est certes pas tout à fait la même chose que tourner le dos aux pauvres, mais la différence est ténue. "

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La génération X s’insurge


Avec un peu de retard sans doute, je me suis plongé dans ce collectif qui s’intitule Interdit aux autruches, paru aux éditions Les Intouchables. D’après moi, c’est un livre très important, constitué d’un collage de textes de jeunes auteurs de la génération X qui tentent de prendre position sur certaines questions. En particulier, sur leur relation avec les baby-boomers.

Il y a peu de temps de cela, j’ai passé un week-end à réfléchir avec un groupe de jeunes de 20 à 25 ans, qui ne sont pas sans apparentement avec la génération X, qui se situe plutôt dans la trentaine et qui, à son tour, n’est pas sans apparentement avec la fin du baby-boom. Je trouve qu’on généralise beaucoup quand on parle de ce phénomène, car il est constitué de trois groupes, de trois époques, finalement. François Ricard le précise bien dans La génération lyrique, quand il parle du premier groupe des baby-boomers et explique la distinction à faire entre eux et ceux qui ont suivi.

À l’époque, on a beaucoup parlé de cette question, même si d’autres en avaient parlé bien avant; peut-être parce que c’était la première fois où, médiatiquement parlant, nous en prenions conscience. J’étais de ceux qui en avaient pris conscience du fait que le baby-boom occupait un espace considérable dans la société, car ses représentants étaient très nombreux et très compétents. La société a ainsi évolué de sorte que le baby-boom a fini par occuper d’espace social si considérable que la génération qui a précédé, c’est-à-dire la mienne, avait le sentiment d’être poussée vers le haut. Pour certains, un peu dépassés, avec toutes ces nouvelles technologies qui apparaissaient, cela s’est traduit par un sentiment d’être poussés vers la retraite ou la pré-retraite. En même temps, cette masse incroyable de gens bien formés et bien informés empêchait les jeunes de monter dans l’échelle sociale, de trouver leur place dans la société. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille considérer les baby-boomers comme des gros méchants : la question n’est pas là. Mais on ne peut ignorer l’existence d’une opposition, d’une tension qui se précise entre les baby-boomers, auxquels on attribue des tas de vertus et de privilèges qu’ils n’ont peut-être pas autant qu’on le prétend, et les représentants de la génération qui les suit.

D’après :

Collectif. Interdit aux autruches, Éd. Les Intouchables, 1997.


Toujours est-il que, 22 auteurs issus de cette génération X ont rédigé ce collectif qui s’intitule Interdit aux autruches. Les autruches auxquelles on fait référence sont, évidemment, les baby-boomers qui se mettraient la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité. D’ailleurs, on le dit bien dans l’avant-propos de cette publication : " Le néolibéralisme impose en toute impunité sa loi en affaiblissant l’individu et l’État. Il faut réagir. Nous ne pouvons pas passer sous silence la montée de la droite, la compression des programmes sociaux, l’exclusion systématique des jeunes du marché du travail, la croissance phénoménale de la pauvreté, le taux désastreux chez les jeunes et les enfants, la faillite monumentale de l’éducation et du système de santé, la mainmise d’intérêts privés sur les ressources naturelles, l’insouciance environnementale, l’intolérance et le racisme. "

J’essaie de regarder ce qui se passe avec un certain recul, mais il est tout de même évident que notre société est en train de se déglinguer. Pour quelqu’un de ma génération, ça peut être très pénible parce qu’on a le sentiment, et c’est très décevant, d’avoir tenté modestement de contribuer à bâtir une société plus juste, un état plus généreux envers les démunis, etc. Comme, par exemple, la mise sur pied d’un système de santé qui faisait l’envie d’un grand nombre de pays occidentaux, sans parler des autres qui n’osaient même pas rêver de notre niveau de réussite de ce point de vue-là. De voir que tout ça est en train de s’effilocher, je ne peux m’empêcher, jusqu’à un certain point, de m’associer à la critique que proposent ces jeunes de la génération X et j’ajouterais de même qu’un certain nombre de baby-boomers ; parce qu’il n’est pas réaliste de les mettre tous dans un même wagon, et il doit se trouver des baby-boomers marginaux qui sont frustrés de ne pas faire partie de ceux qui protestent contre le système qui existe actuellement.

Je me suis plongé dans la lecture de ce document intéressant, qui peut sembler un peu répétitif car les uns et les autres parlent du thème en général. Mais cet ouvrage est un cri, l’expression d’une colère. Et c’est une critique qui mérite qu’on s’y attarde. J’arrive un peu en retard, car le livre a paru il y a déjà quelques mois, mais j’aime bien parfois arriver en retard car cela me permet de voir si la vague qui a précédé a eu une influence ou pas. En tout cas, pour cette question soulevée par les éditions Les Intouchables, je peux vous dire qu’on n’a pas assisté à un raz-de-marée. Il me fait d’autant plus plaisir de revenir sur cette problématique, qu’elle est toujours présente.

D’une certaine façon, je relie l’initiative de cette maison d’édition Les Intouchables à un phénomène qui est récurent : à toutes les époques, apparaît ainsi une publication ou une maison d’édition qui permet tout à coup à des gens plus jeunes de prendre position, de s’affirmer, et d’intervenir. Dans le premier article de ce collectif, voici ce que dit Denis Trudel, le comédien : " Pourquoi cette rage profonde que je sens monter en moi chaque fois que j’entends leur nom? Deux choses : l’omniprésence et le renoncement. Les baby-boomers sont partout dans ce qui se voit. C’est la plus grande génération de " show-off " que la Terre ait porté. Ils ont investi en masse les médias d’information. On les voit à la télévision, on les lit dans les journaux, dans les magazines, on les écoute à la radio, ils font des films, écrivent des livres, ils conçoivent des publicités, ouvrent des boîtes de relations publiques, on les rencontre aussi dans les restaurants, quelquefois avec le tablier, mais plus souvent derrière la caisse enregistreuse. Ils sont aussi médecins, dentistes, avocats, psychologues, bref on les rencontre et on les voit partout. On a l’impression que le monde c’est eux et qu’il leur appartient. Ils ont des emplois et tout le monde le sait, d’où un léger sentiment de frustration chez les plus jeunes pour qui le taux de chômage n’a jamais été aussi élevé. " Évidemment, c’est là que le bat blesse, en particulier, dirions-nous. Pas seulement pour ce qui est de l’emploi en général, mais de la possibilité de jouer un rôle dans la société.

" Pourtant les baby-boomers, de continuer Trudel, ont grandi avec des idéaux. Ils ont passé leur jeunesse à prôner l’amour libre, l’indépendance, le socialisme, l’entraide, la culture et le collectivisme. Ils ont combattu l’impérialisme économique et clérical. Ils ont manifesté contre les guerres, contre les multinationales, contre la censure, contre le racisme, contre la discrimination et contre l’intolérance. En bref, ils voulaient une société plus libre, plus juste et une planète où régnerait la paix et l’harmonie entre tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Toutes choses qui m’apparaissent encore aujourd’hui hautement souhaitables et qui font partie de mes valeurs les plus profondes. Mais voilà que, à un moment donné, vers le tournant de la trentaine, toute cette génération plein d’idéaux a décidé que le party était fini : ils ont remisé leurs pancartes, brûlé leurs pamphlets, troqué leur poncho pour un complet trois pièces, prétextant que jeunesse avait effectivement passé. Dans les faits, il faut bien admettre que les années 60 et 70 ont été partout en Occident un vaste champ d’expérimentation sociale : tout changement semblait, et je dis bien semblait, possible et souhaitable, toutes les valeurs semblaient pouvoir être remises en question et on devait tout essayer. Il fallait brasser la cage de cette société injuste et sclérosée, pleine d’inégalités et de barrières; on repoussait les limites dans toutes les directions; on préconisait le changement comme valeur… "

Moi, je me souviens très bien de cette époque : j’étais presque frustré d’appartenir à l’autre génération, celle qui avait précédé. Le " party ", c’est eux qui le faisaient, alors il fallait s’associer à eux le plus possible pour y participer. J’ai vécu de très beaux moments grâce aux baby-boomers, portés par eux, et auxquels je me suis même identifié à un moment. Denis Trudel s’insurge, plus loin : " Pourtant, et c’est là ma plus grande frustration, cette génération a légué au monde un lourd et tragique constat d’impuissance et d’échec. " C’est certain que ça donne à réfléchir. Il y a eu un engagement collectif pour certaines grandes valeurs et après, on les a laissées tomber en prenant de l’âge, avec l’arrivée des enfants, les préoccupations de la famille, prévoir la retraite et tout ça. " Donc, je vis dans une société tout aussi inégalitaire et injuste qu’il y a trente ans, mais avec quelque chose de terrible en moi : l’impossibilité de rêver. " Je pense que ce propos résume très bien l’ensemble des doléances de la génération X.

J’aimerais pouvoir vous communiquer plusieurs extraits des propos tenus par ces jeunes mais je dois me limiter. Il y a, par exemple, cette vision de Sylvie Demers, enseignante et nouvelliste, que je trouve très intéressante : " L’un des principes unificateurs de ma génération est de demeurer éternellement jeune. Aucune génération au Québec n’a connu cela avant nous. Nous, nous demeurons jeunes envers et contre toute logique. Quand j’avais 18 ans, les statistiques parlaient des jeunes de 18-25; à 25 ans, heureuse d’être enfin parmi les grands, je me suis rendue compte que je faisais désormais partie des jeunes de 18-30 ans [rires]; et maintenant, j’ai 33 ans et je suis ravie. Je suis toujours aussi jeune. C’est merveilleux! Les statistiques, lorsqu’il s’agit de la jeunesse, elles englobent maintenant les 18-35… j’y suis toujours! Même le mode de facturation de l’assurance-maladie nous renseigne sur cette éternelle jeunesse : les 18-40 ans forment une grande famille quand il est temps de payer l’examen chez l’optométriste. Maintenant, c’est certain que je demeurerai jeune jusqu’à 40 ans, cheveux blancs en prime. " [rires]

Il faut dire que l’idée d’écrire ce collectif vient de ce que ces jeunes ont regardé, comme des milliers d’autres Québécois, l’émission Les enfants d’un siècle fou diffusée aux Beaux Dimanches à Radio-Canada, au mois de février 1997, soit trente ans après l’Expo 67. " Pierre Brochu a voulu donner la parole à une brochette de gens qui, du temps de leur jeunesse, ont participé à l’essor de la société québécoise tant sur le plan politique, social que culturel. Ce documentaire s’est révélé un spectacle dérisoire d’auto-congratulation entre baby-boomers satisfaits d’eux-mêmes et aveugles de la réalité contemporaine ", dit-elle. C’est là que la colère s’est allumée.

Plus loin, Sylvie Demers rappelle que : " Il y a quelques années, en 1990 je crois, à une émission à la radio de Radio-Canada où l’on m’interrogeait sur les jeunes auteurs, j’ai dit que le dénominateur commun des jeunes auteurs c’était d’abord la pauvreté. J’ai même cru bon de proposer que nous dévoilions le montant de nos dettes d’études et comment chacun comptait s’en sortir, si sortie il y avait. J’ai poursuivi en disant que la pauvreté était la seule thématique qui nous unissait; pour le reste, nous n’avions ni objectif commun, ni pensée commune, sauf celle d’une génération des écrivains " jeunes " qui [ ¼ ] , ont entre 25 et 30 quelques années.

" Je croyais fermement que la pauvreté était le seul point commun à notre génération : je le crois toujours. Pourtant, on la camoufle cette pauvreté, parce qu’elle existe partout : elle est devenue banale et commune. Nous ne sommes pas pauvres, nous dit-on, nous sommes seulement jeunes… "

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Pour la protection des droits civiques des singes….


À une époque où la biodiversité dans la nature est de plus en plus compromise, où de nombreuses espèces, végétales et animales sont menacées d’extinction, voilà que je trouve dans le New Scientist un article fort sérieux qui invite la communauté scientifique à s’intéresser à nos quasi-frères - on parle des grands singes - et à leur accorder le statut légal de personnes... " Ne serait-ce pas, demande un zoologiste britannique, une élégante manière de célébrer le nouveau millénaire? " Étrange époque contradictoire : on extermine des espèces, on veut en préserver d’autres; on découvre toutes sortes de solutions alimentaires nouvelles pour les sociétés bien nourries, pendant que des gens meurent de faim, un peu partout, même dans des pays d’Occident.

" Les grands singes ont, à l’évidence, des liens de parenté très étroits avec les humains, écrit ce zoologiste. Si l’on se limite aux singes d’Afrique et qu’on utilise la méthode des ressemblances mesurables, nous appartenons tous à la même famille des hominidés. Nos ADN respectifs ont des caractéristiques communes. En outre, tous les grands singes semblent posséder une aptitude au langage et chacun d’entre eux est un individu. Ils ont certainement conscience d’avoir une existence propre. Ils ont peut-être une certaine vie émotionnelle. Les singes africains sont probablement aussi sensibles que la plupart des jeunes enfants. Pourquoi ne pas profiter des célébrations du nouveau millénaire et reprendre la vieille notion de jubilé pour donner un nouveau statut aux singes et annuler une partie des dettes de certains de leurs voisins humains. Pour payer les intérêts de leurs emprunts, de nombreux pays africains pauvres doivent empiéter toujours plus sur leurs forêts afin d’y exploiter des cultures commerciales : celles-ci ne leur rapportent pas grand-chose, mais elles permettent de calmer leurs banquiers et d’obtenir d’eux d’autres prêts, si nécessaire.

" J’admets que les populations du Tiers-Monde qui survivent tant bien que mal sont probablement insensibles aux droits des gorilles comme aux appels pour qu’ils se transforment en pongidophiles. - Une note précise ici que les gorilles appartiennent à la famille des pongidés. - Du jour au lendemain, c’est au pays créancier de lier les deux questions en négociant pour que certaines zones reviennent à leurs occupants simiens en échange de documents effaçant les dettes. - Protégez les espèces et en même temps, on va effacer vos dettes. - Les singes, bien entendu, ne savent pas grand-chose de leurs droits, pas plus qu’ils n’ont défendu très activement leurs intérêts. " [rires]

Il y a de l’humour dans son propos. Plus loin, il raconte qu’une expérience récente menée dans la forêt de l’état de Bwindi en Ouganda, qui abritait 300 des 650 gorilles de montagne vivants en 1995, montre comment cela pourrait fonctionner. Il termine en disant que " Ce serait une noble façon de célébrer le nouveau millénaire : libérer les pays de leurs dettes et en profiter pour aider la survie de la planète ".

Pourquoi pas?

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada. Retour au début du texte