PAR...  

Émission du mardi 12 janvier 1999
Rediffusée le mardi 18 janvier 2000

Les héros doivent mourir jeunes

Il est trop tard pour que je devienne un héros de légende. Le temps m'a joué un tour, voilà!

Savez-vous pourquoi il est trop tard pour que je devienne un héros et peut-être aussi pour certains d'entre vous? Eh bien, c'est parce que nous ne sommes pas morts assez jeunes!


Pourquoi Diana est-elle devenue un mythe, alors que Grace de Monaco qui est, elle aussi, morte dans un accident de voiture, n'est pas devenue un mythe? Pourquoi Marilyn et non pas Liz Taylor? Pourquoi Che Guevara est-il devenu une véritable légende? On a célébré récemment les 30 ans de sa mort : il s'est vendu un nombre étonnant de bérets et de t-shirts avec sa photo. Mais il n'y aura pratiquement personne pour accompagner Fidel Castro, son vieux compagnon, parce qu'il mourra trop vieux : il n'a pas su y faire... Qu'est-ce qui décide que telle personne est auréolée d'une gloire éternelle et l'autre pas? L'âge et la façon dont ils sont morts. Car il semble bien qu'on ne peut devenir un mythe en lâchant son dernier soupir au fond du lit. [rires] Une fois ses derniers jours venus, le candidat à l'éternité doit mourir jeune. Il semble en tout cas que ce soit comme ça.

Trop tard Languirand... Tant pis, je vais m'adonner à la longévité tandis que j'y suis, et ça va me tenir occupé autant que la gloire posthume!

Mourir jeune donc, et préférablement de manière violente, si possible assez spectaculaire, voire sordide. Là-dessus, je dois dire que les accidents de voiture sont bien cotés : Lady Di et James Dean en sont la preuve. Les suicides ne sont pas mal non plus. Les overdoses, qui laissent une foule éplorée qui se dit qu'on aurait dû faire quelque chose pour eux pendant qu'il était encore temps.


Les mythes

" Les mythes nous disent qui nous sommes et nous apprennent à vivre ", estime Joseph Campbell dans La puissance du mythe. Il y a des modèles aussi, au sens large bien sûr. Par exemple, peu après le décès de Diana, on pouvait lire ceci dans le quotidien The New York Times : " 99 % des New-Yorkaises ont parlé de Diana à leur psy dans les jours suivant le drame ". Et cela bien que le drame ait eu lieu à des milliers de kilomètres, de l’autre côté de l’Atlantique… Comme quoi la mort d'une princesse dans un tunnel peut nous renvoyer à la précarité de notre existence, à nos frustrations, à nos peurs, et à nos deuils.

On pense à John F. Kennedy foudroyé dans la jeunesse après avoir succédé à une liste de présidents malades. Quant à Marilyn Monroe, son mythe refait surface de temps en temps : et on se demande toujours si elle a été assassinée ou si elle est morte de sa belle mort. Jim Morrison aussi, du groupe The Doors, considéré comme le Messie par une jeunesse occidentale à l'affût de celui qui exprimait son rejet de la société de consommation et de la morale ambiante. C'était d'ailleurs un fils de bourgeois, assez riche personnellement, qui, à un moment sur scène, a baissé son pantalon. Il y a des gens qui ne peuvent pas souffrir d'avoir été élevés avec une cuiller d'argent dans la bouche, voyez-vous? Elvis Presley, aussi, personnage mythique du voyou dans une société extrêmement conformiste et matérialiste. Et James Dean, c'est un peu dépassé maintenant, mais il y a encore des gens qui collectionnent des photos de lui. Il désirait, la formule est de lui " Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre ". Tiens en voilà un qui a atteint son objectif.

Psychiatre, Serge Tisseron estime que " ce ne sont pas des gens qu'on admire pour eux-mêmes ", lorsqu'il commente le phénomène de ces mythes modernes. " Certaines personnes adulent les célébrités non pas pour libérer leurs propres aspirations, mais, au contraire, en s'enfermant dans la caricature. Ils n'admirent pas pour être un peu plus eux-mêmes, mais pour s'éloigner de plus en plus de leur propre personnalité. " Pour se fuir dans l'autre plutôt que de l'adopter comme modèle, si on peut dire.

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La libido du couple
après la naissance d’un enfant

J'ai lu cet article, dont je vais vous parler maintenant, avec le plus grand intérêt. Il s'agit d'une question avec laquelle j'ai vécu très seul pendant des années, avec l'incapacité d'en parler à qui que ce soit et qui sans doute m'est un peu restée sur le cœur et le mental, au point de peser lourdement, je n'en cacherai rien, sur ma vie de couple. La question est la suivante: Y a-t-il une libido après bébé?

 

 

D’après :

CASTET, Patricia. " Y a-t-il une libido après bébé? ", Psychologie, octobre 1998.


On touche ici à un tabou, c'est sûr. On ne peut pas parler facilement d'une chose comme celle-là, dire que la libido traverse une épreuve considérable après la naissance d'un enfant sans que cela crée un malaise. Car on sait bien... bébé est là, c'est le bonheur, c'est la vie, c'est beau et tout ça mais...

Dans le magazine français Psychologie, Patricia Castet aborde la question ainsi : " Inutile de le nier : les premiers temps, tout semble se liguer contre Éros. Nombreux sont les couples qui se plaignent d'une chute brutale de la fréquence ou de la qualité de leurs rapports. Tout devrait rentrer dans l'ordre dans deux à six mois indiquent les médecins. En théorie. Car, indéniablement, l'arrivée d'un enfant est une épreuve qui peut se solder par une véritable crise conjugale post-accouchement. " Ca m'aurait fait du bien de lire un article comme celui-là il y a quarante quelques années, mais à l'époque, avouer que son désir ne s'allume plus beaucoup ce n'était pas possible. Alors que faire?

" L'intensité, le dénouement, dépendront de l'histoire du couple et de celle de chaque conjoint, de la façon dont la grossesse et l'accouchement ont été vécus ainsi que de la mise en place du trio père-mère-enfant qui impose une redistribution des rôles. En gros, lorsqu'il s'agit du premier enfant, chacun doit accepter de n'être plus le seul centre de la vie affective de l'autre. Et quand arrive un deuxième enfant, ça ressemble de plus en plus à une famille; et avec le troisième enfant, c'est tout à fait la famille. "Le couple en arrache derrière ça, a du mal à suivre la famille ou à la précéder. Mais on nous dit plus loin : " Parler de ses difficultés sexuelles, c'est commencer à les résoudre. " Je pense que si j'avais pu en parler à cette époque-là, ça m'aurait été bien utile ou même simplement d'en entendre parler.

L’auteure de l’article parle de ces sentiments de frustration et de culpabilité qui accompagnent l’épreuve en citant quelques exemples, dont ceux-ci : " Florence, 32 ans, et Édouard, 29 ans, reconnaissent être moins demandeurs. Arthur et Martine, 27 et 25 ans, n'ont plus le temps ni l'énergie pour ça. - Car il faut dire qu'un bébé ça prend du temps et de l'énergie. – Stéphanie, 34 ans, ne retrouve plus la même intensité et se plaint, un peu jalouse, qu'Édouard n'a désormais d’yeux que pour leur petite fille ", etc. Les exemples sont nombreux, comme les situations vécues par chacun.

" Un couple sur deux en moyenne déclare son désir durablement affecté par la naissance d'un enfant, c'est-à-dire au-delà d'une période de deux ans. D'où un intense sentiment de frustration, tant pour celui des partenaires qui est moins désiré que pour celui qui désire moins. " Quelqu'un témoigne : " ' J'ai tellement envie d'avoir envie. Ça ne va jamais revenir. Il ne s'intéresse plus à moi. ' Solitude et sentiment d'abandon pour l'un; culpabilité pour l'autre ", note l’auteure qui nomme le phénomène le " no sex land ". Il n'y a que les Français pour trouver ce genre d’expressions...

On parle aussi de l’existence d’une fatigue physique, mais également d’une fatigue psychologique. Par exemple, la façon dont est perçu le corps de la femme qui a forcément subi des modifications semble jouer un rôle clé. Interrogé à ce sujet, un certain Arthur affirme : " ' Les déformations dues à la grossesse sont à l'opposé de la séduction. ' " Résultat : il n'a presque pas touché sa compagne pendant des mois. " Aujourd'hui, on s'est déshabitués l'un de l'autre ", regrette-t-il. L’auteure continue : " Florence, gênée par ses kilos en trop, n'ose plus se montrer nue. Quant à Stéphanie, elle déplore la perte de tonicité de son vagin, ce qui a émoussé ses sensations. "

Que d'informations en un coup sec! Cette question était un tabou, mais encore aujourd'hui elle cause un malaise. " Certes, le bombardement hormonal subi par la femme n'est pas anodin ", explique l’auteure concernant le rôle des taux d'oestrogènes et de progestérone et du taux de prolactine dans la réceptivité sexuelle et les changements qui s’opèrent suite à l’accouchement et pendant l’allaitement. " Mais son corps, écrit-elle en parlant de la parturiente, a surtout besoin d'oublier la douleur et la violence de l'accouchement. " Une femme nommée Sylvaine commente ce constat : " ' Un enfant m'est passé par le corps. ' Elle redoute un nouveau déchirement et préfère donner à son corps et à sa tête le temps de cicatriser. "

" Une chape de plomb s'est abattue sur nous, disait une autre mère. Avoir la responsabilité d'un petit, un être si fragile, si dépendant, si omniprésent, forcément intimité et disponibilité s'en ressentent. Des rapports autrefois spontanés doivent désormais être programmés quand bébé dort ou est gardé par belle-maman. Or, le désir n'aime pas la programmation. " Encore que, des fois, le désir aime le conditionnement mais j'en parlerai un autre jour.

Il y aussi une question d'emploi du temps, car le couple n'a plus la même vision du temps et il est clair que le bébé naissant en occupe la majeure partie. " 'On est soumis à des horaires rigides, à des contraintes, le principe de plaisir s'efface devant le prince de la réalité. Les jeunes couples réalisent que l'énergie qu'ils consacrent à la découverte de leur rôle de parents est très grande. La sexualité passe au second plan. S’il y a une baisse de libido, les blocages se révèlent surtout psychologiques. Épreuve cruciale : réussir à concilier les deux rôles : mère et femme, père et amant. " Une femme psychanalyste et sage-femme dit ici : " La jeune femme fait parfois un investissement libidinal massif sur l'enfant. Elle accède, sans le vouloir et parfois sans le savoir, à une autre forme de jouissance qui la comble. Une découverte difficilement compatible inconsciemment avec son identité de femme, sa féminité. "

On va revenir ici sur une question que j'ai abordée, il y a plusieurs années, dans une émission où j'étais interviewé à propos de l'érotisme. J'avais alors parlé de l'orgasme que pouvait provoquer l'allaitement. Je me souviens qu'il y avait eu beaucoup de protestations, mais aussi que des mères qui en avaient fait l’expérience m’avaient appelé pour me le dire. " Chez certaines, dit-on ici à ce propos, submergées par l'intensité émotionnelle et charnelle de leur relation avec leur nourrisson, l'allaitement va jusqu'à provoquer des contractions de l'utérus qui les mènent à l'orgasme. ' J'ai éprouvé tant de jouissance à donner le sein à mon enfant que j'avais l'impression de tromper mon mari ' ", affirmait une jeune mère.

 


Un nouvel équilibre doit naître

Pour l’homme, on note que l’accouchement et la maternité de leur compagne peuvent être sources d’angoisse. " Voir sa femme devenir mère renvoie l'homme à sa propre mère. Ce qui le remet dans sa position de petit garçon et peut réveiller l'angoisse infantile de castration ", explique l’auteure. Mais il y aussi le traumatisme lié au spectacle de l'accouchement, dans cette " vision du sexe de sa femme saignant, déformé, déchiré ". Pour l’avoir vécu, je dois vous avouer que ça n'a pas été une expérience facile. Au cours d'une entrevue avec Michel Audant, grand spécialiste des conditions dans lesquelles on pratiquait l'accouchement, j'avouais que j'étais arrivé à la conclusion que le mari qui assiste à l'accouchement prend un très grand risque. La réponse du docteur Audant a été très claire : il m'a certifié que, statistiquement, il était démontré que plusieurs couples divorçait par la suite. Le père doit intervenir, bien sûr, mais il y a une partie de l'accouchement qui est purement technique où le corps de la femme est complètement désérotisé : il n'est donc pas recommandé que le père assiste à cette partie de l'accouchement. C'est aussi mon avis, même si je suis à contre-courant des valeurs actuelles à ce sujet.

" L'arrivée de l'enfant se traduit dans un jeune couple par une crise identitaire, autant chez l'homme que chez la femme, explique-t-on. La femme doit reconnaître la non-complétude avec son enfant, et l'homme, réussir à désirer la mère qu'est devenue sa femme. […] Le premier enfant, c'est la fin du huis-clos amoureux. Il faut donc réaménager la relation entre les deux. Avec un deuxième enfant, on arrive à former une véritable famille donc à avoir des activités séparées. Ce qui a révélé chez l'un et l'autre, notre difficulté à être autonome l'un vis-à-vis de l'autre. Plus problématique, une évidence s'impose qu'on ne peut plus occulter : on ne s'aime plus assez. ' Il arrive que la femme ait jusque-là, inconsciemment, mimé le désir pour avoir un enfant ', constate un sexologue. ' Ou bien une fois que le quota d'enfants désirés est atteint, la libido chute. Certains prennent leur retraite sexuelle à 30 ans.  ' "

" Pas de panique! nous conseille Patricia Castet. Car la plupart des couples retrouvent tranquillement le fil de leur désir. Leur secret : patience et détermination. ' J'ai compris que ma femme avait besoin d'une pause ', dit un jeune mari. ' De son côté, elle a toujours veillé à ce que je ne me sente pas exclus. ' ' J'ai réalisé qu'il fallait aider Florence à établir les limites dans sa relation avec notre fille ' raconte Nicolas. […] Si l'homme joue son rôle de tiers séparateur - C'est ce qu'on enseigne en psychanalyse que l'homme vient séparer l'enfant de la mère à un moment -, l'enfant prend sa juste place et les parents trouvent la leur facilement. " " ' Nous avons réinventé notre sexualité en faisant preuve de plus de créativité, explique Florence. Nos retrouvailles physiques étant plus rares, elles sont plus intenses. Avoir une sexualité plus consciente, moins compulsive. Nous prenons le temps de nous aimer. ' "

On retrouve ensuite avec plaisir Françoise Dolto qui s'est intéressée à cette question de la maternité, moment clé dans l'épanouissement sexuel d'une femme. " Dans sa démesure, l'accouchement ouvrirait la voie à une version plus libre et paroxystique de ce que l'on entend habituellement par se donner sexuellement. L'accouchement est une ouverture plus grande à la sexualité. Existe-t-il, pour une femme, un moment plus grand d'abandon que lorsqu'elle accouche, se dépossédant alors d'une partie d'elle-même? "

L’accouchement, a aussi ses avantages, notamment celui de permettre à certaines femmes d’évoluer vers plus de maturité : " ' Grâce aux contractions, expliquait l’une d’elle, j'ai découvert de nouvelles zones sensibles de mon corps, une plus grande capacité d'accueil et d'ouverture qui a intensifié mes orgasmes. Je me sens plus sûre de ma féminité; l'enfant m'a donné un droit au plaisir, on fait plus souvent l'amour comme moi j'en ai envie. ' "

" Pour chaque couple, l'arrivée d'un enfant aura servi à révéler les faiblesses et les forces en présence. Un nouvel équilibre doit naître ", conclut Patricia Castet. Une histoire qui finit bien. Tout n'est pas perdu. Je suis très content qu'on ait enfin levé le voile sur ce tabou.

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La résilience :
origine, définition et principes

 
D’après :

RUTTER, Michael. " L’enfant et la résilience ", Le Journal des Psychologues, N° 162, novembre 1998.


Il y a quelque temps, je vous ai parlé
de la résilience, et de Boris Cyrulnik, un spécialiste de l'éthologie humaine - donc du comportement humain. À un moment, une dame a communiqué avec moi pour me faire savoir que je n'avais pas du tout parlé du fondateur de ce principe de la résilience, Michael Rutter, un professeur de psychiatrie de l'enfant à Londres.

En fait, c’est avec Normand Garmesy et Emily Werner qu’il a fondé le concept de la résilience. Je reviens sur cette question, parce qu'il affirme que la résilience peut s'apprendre et qu'elle peut même s'apprendre tout au long de la vie.

" La résilience est la capacité de bien fonctionner malgré le stress, l'adversité, les situations défavorables ", explique Michael Rutter dans une entrevue paru en novembre dernier (1998) dans Le Journal des Psychologues. Cela me paraît être de nature courageuse car le " malgré " suppose un ou plusieurs obstacles.

On s'est rendu compte que certains enfants arrivaient à fonctionner dans des situations affreuses : certains vont s'effondrer, aller très mal, d'autres arrivent seulement à survivre, mais certains, " malgré tout ", semblent aller bien et deviennent même plus forts après avoir traversé de telles expériences. Et c'est de là qu'est né le concept de résilience. " Au début, explique Michael Rutter, la résilience était considérée comme une caractéristique de l'individu, ou comme ce que l'individu faisait lors d'un stress. Ensuite, on a réalisé que la résilience ne réside pas seulement dans l'individu mais également dans son interaction avec l'environnement : elle implique ce qui s’est passé avant le stress, pendant le stress et après le stress. C'est un processus, ce n'est pas une chimie de l'esprit ", précise le professeur.

Il faut savoir que les épreuves qu'on traverse, c'est l'école de la vie, en somme. " Acquérir une bonne santé physique, quand on est enfant, explique Michael Rutter, c'est être exposé aux infections et les surmonter. On ne réussit pas à être en bonne santé en évitant tous les problèmes. " Je vais tenter de rassurer les parents en leur disant ceci : vous ne pouvez pas éviter tous les problèmes à vos enfants puisqu'ils sont sur Terre. Et vous n'êtes pas responsables de tout. Vous pouvez peut-être les aider à développer leur résilience face aux obstacles.

" On réussit à développer la résilience en rencontrant des problèmes d'une manière telle et à un moment tel que l’on peut les traiter avec succès. […] Sur le plan psychologique, c'est la même chose. L'idée que les enfants puissent grandir sans stress et sans adversité est un mythe - au sens de mensonge. C'est impossible. Et d'ailleurs, cela ne serait pas une bonne chose. On a besoin d'avoir des défis, on a besoin d'un certain niveau de stress. Ce sur quoi l'on doit réfléchir, c'est la manière d'aider les enfants à traverser les difficultés avec succès. "

" À un certain moment, le déni d'une situation peut être très sain, explique le spécialiste. À d’autres, le déni empêche la personne d'agir efficacement pour résoudre cette situation. Quand on parle de résilience, il faut penser à une gamme étendue de mécanismes permettant de faire face à une situation " - qui est une situation de stress, évidemment.

" Quelle est la relation entre le concept de la résilience et la théorie du stress ", lui demandait-on. " Il n'y a pas de relation proche, parce que la résilience étudie les réponses à des situations qui sont à la fois cruelles et de longue durée. Par exemple, un enfant élevé dans une famille où les conflits sont permanents, les querelles et les bagarres chroniques. […] La résilience s'applique aux enfants qui vont relativement bien, en dépit de cette situation. " On parle ensuite d'adaptation réussie dans des situations de longue durée : " La résilience s'applique à des processus de longue durée. "

Dans certains circonstances, s'accoutumer à une situation mauvaise et de longue durée peut être utile et sain. Mais il y a d'autres situations où l'on souhaiterait que la personne se sorte de la situation. Comme, par exemple, lorsqu'il s'agit de violence domestique : il faut en sortir. " Un des résultats frappant des études sur la résilience concerne les enfants qui habitent dans des familles sévèrement dysfonctionnelles : un des moyens qu'ils utilisent pour s'en sortir, c'est de construire des liens très profonds en-dehors de la maison, et de participer à des activités extra-familiales. "

Michael Rutter note toutefois quelque chose de très intéressant sur ceux qui s’en sortent le mieux : " Les individus qui semblaient les plus capables de surmonter l'adversité avaient des tendances quelque peu psychopathes. " Pour se défendre, ils se réfugient donc dans une certaine insensibilité au monde pendant un certain moment de l'épreuve. C'est du caractère ça et le caractère, il se forme…

Pendant un cours de survie en forêt, un instructeur disait à un jeune participant : " Vous n'avez pas été élevé dans la ouate? Eh bien, tant mieux pour vous! "

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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