PAR...  

Émission du lundi 11 janvier 1999

Rediffusée le lundi 17 janvier 2000

De la pub à l’école

Faut-il mettre l’école à l’abri de la publicité? Est-ce qu’on doit vraiment installer des affiches publicitaires dans les autobus d’écoliers? Pour ne rien vous cacher, je suis assez dubitatif sur cette question, parce que je trouve que l’école est un lieu qui doit former le citoyen et non pas le consommateur. Il me semble que l’enfant soit suffisamment sollicité par la télévision, la radio, les affiches et les annonces qu’on retrouve partout sans qu’il faille en ajouter. Ça m’embarrasse de penser que, dans les véhicules d’écoliers, on puisse installer des affiches de MacDo, par exemple. Je suis pour la liberté d’expression, mais j’estime que certains secteurs doivent être protégés, dont celui des enfants.


Les origines de la publicité

D’après :

BOLLON, P. et HAMOUNI, M. " Mais où va la pub? ", Ça m’intéresse, Nº 211, septembre 1998.

J’ai fait une découverte extrêmement bouleversante au sujet de Michel de Montaigne et de la publicité. En effet, j’apprends que dans ses fameux Essais, il a souhaité l’apparition dans la société d’un mécanisme d’annonce. Ce qu’il a appelé, et ça va vous amuser : l’advertissement  (en vieux français). " Afin de faire connaître, disait-il, aux plus riches, les besoins des plus pauvres et que tous puissent ainsi s’entr ’ entendre. " C’est joli comme expression, mais il faut le lire dans le texte ancien pour en apprécier toute la saveur.

Ensuite, on se dirige au 17e siècle - je me sens très historique aujourd’hui… [rires], alors que, dans les journaux, sont apparus " des bureaux de rencontres et d’adresses ', centralisant les demandes des uns et les offres des autres dans le domaine de l’artisanat et du commerce ", explique-t-on dans un article de Ça m’intéresse. Puis, c’est l’avènement des annonces payées. " Même aujourd’hui, une grande part demeure fidèle à cet objectif : c’est la pub de proximité des quotidiens régionaux et des gratuits - qui permet de rejoindre les gens - , […] mais c’est aussi celle de tous les produits nouveaux qui ne risquent pas de s’éteindre. Et pour cause : on estime en effet que huit produits sur dix que nous consommerons dans 10 ans - si on se rend là - n’existent pas encore! Si se faire connaître est bien, se faire acheter est encore mieux. Pour cela, il ne faut pas hésiter à vanter les qualités de ce que l’on offre. Avec le développement de la concurrence dans les année 20, de la description d’un produit on passe au superlatif : la publicité-information se mue en réclame. " Un rappel intéressant et un exercice de vocabulaire en même temps...

Dans les années 50, on parle de la " consommation de masse ". (Quand je fais un détour historique comme celui-là, je suis toujours étonné de voir jusqu’à quel point certains phénomènes aussi importants que la publicité, par exemple, ne remontent pas à tellement loin.) Vers 1950 donc, la publicité devient alors plus sophistiquée. C’est là également qu’apparaissent les études de motivation qui nous ont tous bien excités dans les universités pendant longtemps. Maintenant, tout le monde connaît la conclusion de ces études : " Nos décisions d’achat sont loin d’être aussi rationnelles qu’il y paraît, mais elles se doublent d’effets inconscients, de symboles et de statuts : nous n’achetons pas seulement un produit mais aussi une image. "

Dans les années 60, la publicité se fait de moins en moins " ' dénotative ', explicative et s’adressant à la seule raison, et de plus en plus ' connotative ', c’est-à-dire incitatrice et appelant aux sens : elle cherche par ses images et ses slogans, à générer un ' climat '. " Un produit s’associe donc à un climat. Naissent les slogans incitatifs. " À la fin des années 60, il était courant de reprocher à la pub de fabriquer de faux besoins, de conditionner, d’aliéner, voire de décerveler le consommateur en le ravalant à une sorte de chien de Pavlov. Cette crise qui culminera en 1968. "

On cherche alors à renforcer la dimension symbolique de la communication : " Elle cherchera de plus en plus à épouser les inflexions de la société, à surfer, comme l’on disait dans les années 80, sur les vagues sociales, voire à les récupérer. Et, par l’introduction des ' socio-styles ', l’analyse des comportements des consommateurs selon leur âge, leur catégorie socioprofessionnelle, la ' tribu ' à laquelle ils appartiennent, elle apprendra aussi à s’adresser différemment à eux, à forger des cibles pour les produits. " Et, selon moi, c’est là que la télévision a frappé son iceberg, un peu comme le Titanic! [rires]

" Qu’on le veuille ou non, la pub fait désormais partie de notre paysage. " Finalement, l’une des seules consolations qui nous restent, c’est qu’elle n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, aussi efficace qu’on le dit…

Retour au début-

Toucher thérapeutique et cure de désintoxication

Quand j’étais professeur en communications à l’université McGill – ça se place bien dans une conversation non? - , je donnais un cours mosaïque qui comportait deux ou trois rencontres sur la perception sensorielle. Et je trouvais important de commencer ce cours par la perception sensorielle, parce qu’en communication, c’est essentiel de savoir comment l’être humain communique, comment il reçoit les messages et comment il peut les transmettre.

Au départ, je demandais aux élèves de réfléchir à la question suivante : Lequel de nos sens est, selon vous, le plus important? La plupart répondaient : la vue, ou l’ouïe. Ce sont des sens très appréciables, comme le sont aussi le goût et l’odorat, mais le sens le plus important, c’est le toucher. Parce que si vous perdez la vue ou l’ouïe, vous êtes privé d’une partie de votre capacité d’interagir avec le milieu, mais vous êtes encore vous-même, vous n’êtes pas entièrement remis en question. Pour le goût et l’odorat, c’est la même chose : c’est agaçant, ça crée de graves problèmes. Mais comment peut-on vivre si on ne ressent pas physiquement la relation avec le monde qui nous entoure? Plus de sensations, rien. En fait, on perds son identité.

Il y a plus que cinq sens, en fait. Le sens du mouvement, par exemple, qui est associé au toucher. Si vous ne pouvez pas définir votre relation au monde et ne plus prendre conscience des mouvements que vous êtes en train de faire : par exemple, le fait que je lève la main et que je le sais sans avoir besoin de regarder que ma main va toucher ma tête, si je désire faire ce mouvement. Ce sens de la perception du corps en mouvement dans l’espace fait partie du toucher.

 
D’après :

TOURBE, Caroline. " Les mains qui soignent ", Science et Avenir, Juin 1998.


Dans un centre de désintoxication, on a fait l’expérience suivante : lorsque des toxicomanes sont en état de stress aigu, on fait appel aux services d’un kinésithérapeute (kiné veut dire mouvement, toucher). Il a mis un protocole au point pour aider ces patients à décrocher en douceur du stress aigu qu’ils éprouvent quand ils sont en manque. Dans un article du magazine français Science et Avenir, la journaliste Caroline Tourbe explique : " Une suite de gestes rapides et doux sur la peau nue, en bas du dos puis sur le haut de la poitrine, une série de frottements légers sur le visage… En quelques minutes, la tension artérielle chute, les pulsions cardiaques ralentissent… L’angoisse s’est envolée, le stress est disparu. Le patient se détend. […] Le massage est un merveilleux antidote aux manifestations du manque. […] Le massage permet de recréer une certaine relation corporelle. "

Retour au début du texte-

Un marché de l’emploi pour les seniors

D’après :

TRUC, Olivier. " Cherche caissière, plus de 45 ans ", Libération, 12 novembre 1998.


" Le Danemark subventionne les entreprises qui embauche des seniors.
 " C’est le chapeau d’un article très intéressant paru dans la section " Économie " du journal Libération .

Une chaîne de supermarchés a fait paraître cette annonce : " Cherche caissière de plus de 45 ans. Interdit aux moins de 45 ans. " Pourquoi cette exigence plutôt inhabituelle comme critère d’emploi? La directrice du service du personnel de cette chaîne répond : " Nous avons constaté que le personnel de nos 256 supermarchés au Danemark était souvent trop jeune. Or, nos clients sont de tous les âges, et les plus âgés sont plus à l’aise avec des gens de leur génération. Nous pensons aussi que le service sera meilleur, avec moins d'absentéisme et plus de loyauté. "

Au moment où cette annonce-là allait sous presse, on se proposait d’ouvrir sous peu un premier magasin de cette chaîne de supermarchés où tous les employés devront être âgés de plus de 45 ans. Ça renouvelle le discours pas mal ça! " Une première dans un pays qui commence à manquer de main-d’œuvre qualifiée et peine par ailleurs à trouver des emplois pour les plus anciens. " Cette entreprise a recruté une vingtaine d’employés par l’entremise des annonces dans les journaux locaux. Certains ont plus de 60 ans, note l’auteur de l’article. Seul le responsable du magasin sera ' maison '. L’expérience va durer quinze mois et le bilan sera établi en fonction du degré de satisfaction de la clientèle et du profit. "

Je suis très convaincu qu’ils vont avoir beaucoup de succès avec cette formule auprès de leur clientèle. Peut-être pas autant avec les jeunes qui vont trouver les images trop maternelles et paternelles, au sens parental du terme mais, que voulez-vous : tout le monde n’a pas 20 ans. " Netto - c’est le nom du magasin - estime que l’atmosphère du magasin pourrait être meilleure grâce à un personnel - qu’ils définissent de la manière suivante -  : Plus poli, doté d’une meilleure expérience de la vie, déjà rodé à la famille et à l’organisation de la vie quotidienne, plus soucieux du travail bien fait. "

" Bien sûr, estime la directrice du personnel de Netto, les jeunes travaillent plus vite, sont plus forts et plus ambitieux, mais nous pensons qu’il en faut pour tout le monde et nous estimons ainsi répondre à la demande d’une partie de notre clientèle, surtout dans ce quartier où il y a une importante proportion de personnes âgées. " Pour bien situer le contexte, il faut savoir que le projet a été initié par le ministère du Travail. " Nous avions mis des annonces dans la presse demandant aux compagnies de soumettre des idées pour l’emploi des seniors ", raconte un porte-parole du Ministère.

" Au Danemark, continue le journaliste, le travail des seniors est un sujet très débattu. Pour favoriser l’emploi, le gouvernement avait instauré une politique de préretraite à 60 ans, tellement avantageuse – avec l’équivalent du maximum de l’allocation au chômage - (Là, on retourne au revenu minimum, ma marotte…), que l’évasion des compétences a rendu la situation critique. Alors que l’âge formel de la retraite est 67 ans, de nombreux Danois considèrent de fait que leur retraite démarre à 60 ans. Ils quittent ainsi prématurément le marché du travail, renoncent aux opportunités de formation à l’approche de la soixantaine et privent du même coup l’entreprise de leur compétence réelle ou potentielle. Aussi le Danemark tente-t-il d’inciter les seniors à rester en place. ' Les chefs d’entreprise doivent prendre conscience par eux-mêmes des risques liés au désengagement des seniors, explique un consultant chargé de ce dossier. Les patrons réalisent que ce sont eux qui sont porteurs de la tradition et de la culture de l’entreprise. ' " Je réalise que plusieurs entreprises chez nous ont dépassé ce cap-là, qu’il est trop tard pour penser à cette solution et c’est bien dommage, à mon avis.

" Le Syndicat du commerce et des services se félicite : ' Le marché du travail a été très focalisé sur les 20 et 30 ans. Or, actuellement, le taux de chômage est très bas au Danemark, moins de 5 %. - On va tous s’en aller au Danemark si ça continue! Mais je ne suis pas sûr qu’ils vont beaucoup apprécier l’idée là-bas... [rires] - Sauf pour les plus âgés qui ont beaucoup de mal, quand ils le souhaitent, à reprendre pied sur le marché du travail. Il est donc bien de leur offrir une chance. ' Le programme danois n’en est qu’à ses balbutiements. […] Les Danois ont généralement une bonne retraite, ils sont très soucieux de pouvoir profiter pleinement de leur temps libre. Ce n’est donc pas avec de l’argent qu’on pourra les retenir. "

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada. Retour au début du texte