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Émission du mardi 5 janvier 1999 |
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Lheure des résolutions |
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Quest-ce quune résolution? Cest un but quon se donne, un objectif auquel on voudrait parvenir. Mais jai tendance à penser que, trop souvent, cest un but quon se donne avec la secrète intention de ne pas trop sy tenir. En fait, cest un peu comme la paresse : si déjà, on ne fait rien à cur de jour, ce nest pas amusant de paresser. Ce qui est jouissif, cest davoir quelque chose à faire et de ne pas le faire. Cest un peu ce qui se passe avec les résolutions. Lintérêt de prendre une résolution, cest de savoir quau fond, on ne va pas vraiment la suivre, que cest dépassé tout ça, que notre Surmoi ne nous aura pas encore cette fois-ci. Dans ce cas, les meilleures résolutions seraient peut-être celles quon a prises lan dernier, puisquon ne les a pas tenues. Si on a résisté au moins une fois à la tentation de les tenir, on peut être certain quon ne les tiendra pas davantage cette année. Il y a, comme ça, des résolutions qui sont, pour ainsi dire, inusables. Ce qui est rassurant, cest de choisir des résolutions qui peuvent durer toute la vie. Ainsi celles quon prend chaque année nous deviennent familières. On sait déjà à quoi sen tenir. |
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Histoires de jupon |
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ASSOULINE, Florence. " Les femmes vues den dessous ", Marianne, 4 au 10 janvier 1999. |
Dans cet article, la journaliste relate des informations puisées dans Les dessous de la féminité Un siècle de lingerie, un livre de Farid Chenoune, paru aux éditions Assouline. " On apprend par exemple que, jusquau 20e siècle, dans les campagnes, les femmes allaient fesses et sexe nus sous leurs jupons. Au 16e siècle, Catherine de Médicis avait tenté de lancer la mode du caleçon copié sur celui des putains de Venise. En vain. Et en 1866, on pouvait encore lire cet avertissement sur une affiche au bal de Solferino - un bal français - : ' Les dames qui ne portent pas de pantalon, sont priées de ne pas lever la jambe plus haut que la ceinture. ' - [rires] Tout à fait tripatif! - Et quand les femmes portaient ces pantalons, ils étaient fendus au bon endroit. " La confection du trousseau, cétait un rite de passage. " Dès quelle était en fleur - dès quelle avait ses règles -, toute demoiselle devait broder au fil rouge, dune marque qui nappartenait quà elle, la partie la plus intime de ce trousseau : la lingerie. " Cest intéressant ces rites de passage mais comment expliquer à des jeunes aujourdhui, par exemple, que ce nest pas nécessairement pour la commodité ou pour le confort que des dames vont à loccasion porter des bas noirs. Jen parle allègrement parce que maintenant il y en a partout. À la base, cétait une sorte de rituel, une façon pour la femme de faire savoir quelle était prête à séduire. Une tradition de la lingerie féminine, en quelque sorte. Lun de ces bouquins consacrés à la lingerie féminine a pour titre : Balcons, de Nathalie Garçon et Jean-François Jonvelle, publié aux éditions Ipso Facto : il est consacré surtout au soutien-gorge, vous vous en doutez bien. Sans oublier louvrage de Régine Desforges qui sintitule : Ces sublimes objets du désir (éd. Stock, 1998). |
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Jésus : plus quun homme, moins quun Dieu |
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" Un juif nommé Jésus ", Le Nouvel Observateur, Hors-Série N° 35. |
Le mythe chrétien est en pleine transformation, cest le moins quon puisse dire, assailli par les scientifiques qui le scrutent, lexaminent... Et cest de ce point de vue que je vais aborder la question. Car celui de la foi est plutôt du ressort du choix de lindividu. Remarquez que le sujet est délicat, difficile à saisir même. Si je le fais maintenant, cest que jai beaucoup apprécié récemment un numéro hors série du Nouvel Observateur qui porte précisément sur Jésus. À titre dexemple, je vous communique quelques titres darticles contenus dans ce dossier : " Les exclus ont-ils leur dieu? " Un texte de Xavier Emmanuelli dont on a parlé à quelques reprises à lémission. " Dieu a-t-il un peuple élu? ", " Le Christ a-t-il fondé un culte de limage? ", " Comment lÉglise surfe sur le Net ", " Comment Jésus enseignait-il? " Il y a plusieurs parties, plusieurs chapitres de ce dossier consacré à la question sous divers angles : Marie - Lannonce, Jean-Baptiste - Lhéritage, Pierre - LÉglise, Jean - La mystique, Madeleine - Lamour et Paul - La pensée. |
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SINGLES, Donna. " Jésus a-t-il libéré les femmes? ", Le Nouvel Observateur, Hors-Série N° 35. |
Je me suis surtout intéressé à la question du rapport de lÉglise avec les femmes et, en particulier, du rapport que lon peut supposer de Jésus avec les femmes. Dans un article, Donna Singles, théologienne, se penche sur le sujet. Elle a enseigné à la Faculté de théologie de lUniversité catholique de Lyon, et a publié les écrits de saint Irénée sous le titre La gloire de Dieu, cest lhomme vivant, paru aux Éditions du Cerf en 1994. Dans son article, " Jésus a-t-il libéré les femmes? ", elle écrit : " Une première lecture des Évangiles semble induire une réponse négative à notre question. Le Jésus des Évangiles ne donne pas limpression dêtre le libérateur des femmes, mais plutôt le sauveur de son peuple tout entier. Il a cherché à libérer tout le monde, hommes et femmes indistinctement, de leurs vieux démons personnels ainsi que de leurs fardeaux collectifs : préjugés non identifiés, traditions non remises en question, autorités non critiquées. En un mot, il côtoyait un monde en mal de vie à qui il voulait redonner le désir de vivre. Cest la référence aux opprimés qui rend notre question sur la libération des femmes par Jésus pertinente. En accueillant auprès de lui ces ' sans-voix ' dans une société où seules les voix dhommes avaient du poids, il a étonné, pour ne pas dire scandalisé, son entourage. Je trouve même remarquable que les rédacteurs des Évangiles - tous des hommes avec des préjugés dhommes - naient pas essayé de cacher certaines des rencontres de Jésus avec les femmes. " Son attitude à leur égard va loin : il laisse les femmes sasseoir à ses pieds comme disciples, au même titre que les hommes, il ne refuse pas à une femme de réputation douteuse dessuyer ses pieds avec ses cheveux, il rend la santé à une hémorragique qui ose toucher le bord de sa tunique, il réserve à une Samaritaine de mauvaise vie la plus haute révélation de son identité, il redresse par imposition des mains une pauvre femme courbée depuis dix-huit ans... Jamais, écrit la théologienne, Jésus ne laisse la différence de sexe lui dicter ce quil a à faire pour remettre debout une femme. La leçon est impossible à contourner : le plus-être de dignité que Jésus a reconnu aux femmes trouve son explication dans le moins-être de servitude que les institutions patriarcales de lépoque leur avaient imposé. Aucun homme, y compris lesclave, ne pouvait connaître lexpérience que représentait pour elles lasservissement au diktat masculin. Vu la façon dont Jésus traite les femmes, la balance semble pencher en faveur de lidée quil ne sest pas privé de les libérer des carcans propres à leur sexe. - Cest intéressant ce recoupement quelle fait avec la lecture des Évangiles. Pourtant, combien de tentatives aujourdhui pour contredire lesprit des Évangiles! Ainsi celle qui prétend que Jésus na jamais voulu de femme prêtres. - Comme on le sait, cest lun des grands débats actuels dans lÉglise. " Il est vrai que les Évangiles ne citent que des noms dhommes, en parlant de ceux que la tradition appellera plus tard les apôtres. Mais on serait bien embarrassé de faire dire à ces textes quil sagit dune ordination! Rien ne permet de trancher la question de la volonté de Jésus quant aux rôles, et encore moins quand au sexe, des personnes qui rempliraient ces fonctions dans les communautés chrétiennes. Les Évangiles étant parfaitement muets en matière dordination, seule reste la possibilité dinterprétation. " Elle renchérit plus loin, avant de conclure : " La dignité de mère et dépouse ne constitue pas un problème pour les Évangiles. Ils passent sous silence ces rôles que personne ne conteste. La vraie question aujourdhui est ailleurs. Elle est dans la difficulté pour les catholiques, particulièrement les femmes, à vivre pleinement légalité selon lÉvangile dans une Église qui définit rigoureusement pour elles les limites de son exercice. Jésus a-t-il échoué dans ses efforts pour libérer les femmes? Ou attend-il toujours que ses disciples comprennent et mettent en pratique létonnante radicalité de son message de liberté pour les femmes comme pour les hommes? " Le message est clair en tous les cas. |
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EMMANUELLI, Xavier. " Les exclus ont-ils leur Dieu? ", Le Nouvel Observateur, Hors-Série N° 35. |
Cofondateur de Médecins sans frontières, un organisme mis sur pied en 1968, Xavier Emmanuelli a aussi créé le SAMU social en France. Il a par ailleurs été secrétaire dÉtat à lAction humanitaire durgence de 1995 à 1997, en plus dêtre également écrivain. Son dernier ouvrage sintitule Lhomme nest pas la mesure de lhomme, paru aux Presses de la Renaissance, en 1998. Il a, lui aussi, pris part à la rédaction de ce dossier spécial sur Jésus dont le thème est associé aux 2000 ans, avec le millénaire qui sen vient. Une particularité à retenir, cest quEmmanuelli, autrefois athée, sest converti au catholicisme à un moment de sa vie. Dans une entrevue intitulée " Les exclus ont-ils leur Dieu? ", on lui pose plusieurs questions sur laction humanitaire : " Jésus accorde une grande place aux pauvres dans sa prédication. Laction humanitaire contemporaine est-elle héritière de ce message? ", lui demande-t-on. Il répond ceci : " Laction humanitaire a trois racines, me semble-t-il, la première étant le mouvement cathare, qui a fondé une société de grande tolérance dans le Sud-Ouest de la France au Moyen Âge. Son histoire, puis sa légende, a été véhiculée. Elle est devenue une mythologie qui féconde aujourdhui laction pour les plus pauvres et les exclus. La deuxième racine, ce sont les confréries. À chaque fois que des accidents collectifs, des pestes, ou des famines se produisaient, des gens de bien sortaient des églises et des temples pour porter secours. Avec les droits de lhomme, troisième racine, la notion de charité devient plus laïque. Lhumanitaire, cest ce curieux mélange entre des mythes fondateurs indicibles et lassistance - qui est un devoir de citoyen. Dans le monde anglo-saxon, il ny a pas ces nuances : lhumanitaire incombe aux Églises. Cependant, et à la différence de lenseignement de Jésus, lhumanitaire ne soccupe des gens quen tant quils sont des victimes, quils sont à terre. Cest insuffisant pour voir lhomme dans son ensemble, sa dignité. Pour cela, il faut un accompagnement individuel, qui peut être spirituel. " On lui demande un peu plus loin si son engagement personnel pour les plus pauvres et les exclus est la conséquence de sa conversion au catholicisme. Il tient à préciser : " Ma démarche nest pas le fruit de ma conversion, cette dernière est un plus. Elle est venue tout doucement. Elle a trait au sens et à langoisse quil y a de rencontrer la souffrance humaine. La souffrance est intolérable, parce que le Ciel est vide. Quand Dieu a débranché son téléphone, alors vous êtes dans le désespoir. [ ] La souffrance nest pas la Rédemption. On peut laccueillir, elle est une épreuve qui peut être initiatique si on lui confère un sens, mais personne na dit que la souffrance - quelle soit morale, physique ou psychique - devait être acceptée. On doit lutter contre elle. La médecine est un moyen, la prière un autre. Quand vous cherchez du sens, vous en trouvez partout, mais dire que cest à travers la souffrance que cest possible, et exclusivement, me paraît audacieux. Il faut se battre pour accompagner son prochain. " " Laction humanitaire ne contribue-t-elle pas à réintroduire des valeurs chrétiennes? ", lui demande-t-on. " Si lhumanitaire est porteur de cela, béni soit-il, de répondre Emmanuelli. Mais il faut faire attention aux phénomènes de miroir. Ce nest pas difficile daimer son prochain quand il est lointain. Mais celui qui pue, cest votre prochain aussi, et là, il y a des barrières à franchir. Lhumanitaire ne doit pas être un geste vers la multitude anonyme, mais une relation de face à face. Notre société est en quête de sens. [ ] Cest grâce à la citoyenneté que le sens émerge, au moyen de la relation dun homme avec un autre. " On lui parle aussi de la société qui deviendrait sévère parce quimpersonnelle, sur quoi il se dit davis que : " Elle nest pas sévère, elle est surtout sans nom. Notre société nest pas reconnaissable à travers un projet. Cest pourquoi les jeunes ont du mal à évoluer dans cette société. " Autre question : " Pendant que le monde politique hésite, parce que les formules sont de plus en plus compliquées, les valeurs humanitaires avancent-elles malgré tout? " " Pour moi, affirme Emmanuelli, cest cela lespérance : ces valeurs sont demandées. Cette attente de sens sera un jour comblée autrement que par ladhésion à des sectes, des églises, des gourous. " " Deux mille ans après le message de Jésus, laction prônée est finalement à entreprendre comme au premier jour " " Cest ce que je crois, dit Xavier Emmanuelli. Il faut reprendre les Évangiles à la source. Le mal cest labsence de lautre, quon ne voit plus. [ ] Qui est mon prochain? Cest la même créature que moi et je nexiste que parce que ma conscience me regarde et parce que je le regarde. Cest une problématique développée par le philosophe Emmanuel Levinas. Dieu est là dans cette relation, qui vient rompre la vieille loi du talion, ' il pour il, dent pour dent '. Tu tends vers la reconnaissance de lautre, et autrui cest toi [ ]. Cest par lautre et non par laction que la démonstration sera faite. Dans cette mesure, on peut espérer lamour. " |
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DANIEL, Jean. " Un homme si divin ", Le Nouvel Observateur, Hors Série N° 35. |
Bien entendu, Jean Daniel, qui est le directeur du Nouvel Observateur, a écrit le premier article de ce dossier, intitulé " Un homme si divin ". Il est, du reste, lauteur dun ouvrage dont on a parlé, il y a peu de temps, et qui fait un peu le point sur la religion. Il faut savoir que Jean Daniel est juif et quil sinterrogeait sur Dieu, sur le sens de lenseignement de Jésus, et dans quelle mesure cet enseignement était respecté. " La barbarie du 20e siècle a suscité chez les hommes leffroyable sentiment dune absence de Dieu, écrit Jean Daniel. Mais cette barbarie - en soulignant le mauvais usage que les hommes font de leur liberté - na pas pour autant supprimé chez eux le besoin dun divin incarné. Cest ce que Jésus semble représenter, même pour les plus incroyants des Français ", écrit-il, en se basant sur les conclusions dun sondage exclusif qui a été effectué pour ce numéro hors-série du Nouvel Observateur. Dans ce sondage effectué en France, on se demande par exemple si la judaïté de Jésus est un fait accepté maintenant. " Le fait que Jésus était juifÉclaire-t-il ou pas sa vie et ses prises de position? " Oui, disent 28 %; non, estiment 53 % des français interrogés. Vous séduit-il ou pas? Oui : 27 %; non : 49 %. Vous gêne-t-il ou pas? Oui, disent 5 %; non, disent 95 % des répondants. " Jésus na pas besoin dÉglise. Selon vous, peut-on croire à lexistence et à lenseignement de Jésus-ChristSans adhérer à lÉglise? Oui : 77 % des répondants; non : 17 %. Sans croire en la Résurrection de Jésus-Christ? Oui : 45 %. Cest un peu étonnant de voir comment les gens sont peu orthodoxes dans leurs croyances. Cest dailleurs ce quon découvre ces années-ci. Sans croire en Dieu le Père? Oui : 45 %. En fait, semble-t-il, on est en train de redéfinir nos positions face à la religion. Plus quun homme, moins quun Dieu. Selon vous, Jésus était-ilUn homme? Oui : 84 %; non : 9 %. Pour chacun des messages suivants du Christ, pensez-vous quil est suivi dans la société actuelle, quil nest pas suivi mais quil le sera un jour ou quil ne sera jamais suivi?Le respect de la femme : il est suivi : 50 %. - Cest très surprenant quand on connaît les positions de lÉglise -; il nest pas suivi : 34 %; il ne sera jamais suivi : 10 %. La nécessité de partager avec les exclus : il est suivi : 30 %; il nest pas suivi : 42 %. La révolte contre lordre établi : il est suivi : 23 %; il nest pas suivi : 34 %. La nécessité de pardonner à celui qui se repent : il est suivi : 23 %; il nest pas suivi : 41 %. Le fait de devoir aimer même son ennemi : il est suivi : 13 % seulement; il nest pas suivi : 32 %. Il y a évidemment des gens qui estiment que cet enseignement ne sera jamais suivi : 45 %. Fascinant de voir tout à coup comment limage de tout ça évolue. |
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Leffet placebo et Casanova |
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SOLLERS, Philippe. Casanova ladmirable, Éd. Plon, 1998. |
Un des grands mystères de la vie pour ceux qui ne croient pas aux vertus du psychisme, ou à la capacité du psychisme à intervenir sur le physique, cest leffet placebo. Cest-à-dire lexistence de produits dordre matériel, du sucre, par exemple, qui seront pris comme médicaments et qui feront un effet " magique ", si on peut dire. Je naime pas trop le mot, mais il rend bien limage. Parfois cest un geste, un rituel ou un individu qui possède un certain charisme, et ça se situe au-delà de lexpérience matérielle comme telle. Quimporte, quil sagisse dun produit ou dun être, leffet placebo va déclencher un processus de guérison dans le cerveau et aura un effet sur le métabolisme, sur lorganisme physique, etc. Leffet, autrement dit, du psychisme sur le physique. Récemment, jai trouvé un extraordinaire exemple de leffet placebo. Je lai découvert dans un ouvrage de Philippe Sollers qui sintitule Casanova ladmirable, paru chez Plon. Cest un ouvrage absolument merveilleux qui nous fait découvrir le côté bon sorcier de Casanova. Jai retenu le passage suivant qui me paraît être lun des plus parfaits exemples deffet placebo. On y raconte quune nuit, Casanova se trouvait dans une voiture en compagnie dune dame appelée Camille, qui était actrice et danseuse à la Comédie italienne, et de son amant en second, le comte de la Tour dAuvergne qui, lui-même, entretenait une petite maîtresse, etc. Les soirées sont brillantes, Casa, un peu coquin, veut palper un peu cette Camille, mais il se trompe dans son attouchement et caresse le comte qui en plaisante. " On rit, écrit Sollers. Là-dessus, comme on pouvait sy attendre, les deux hommes deviennent amis, se battent un peu en duel pour une affaire dargent, se réconcilient peu après et se fréquentent. La Tour dAuvergne est malade, il a une sciatique ? Non, lui dit Casa, ce nest quun vent humide que je vais vous guérir sur le champ en vous appliquant le talisman de Salomon, et en prononçant dessus cinq paroles. Le comte et Camille croient à une plaisanterie, et Casa, intérieurement, en sourit lui-même, mais pas de blague, soyons sérieux. Il fait commander du nitre, du bleu de souffre, du mercure et un pinceau. Force le malade à lui donner un peu de son urine. Mélange le tout (' fait lamalgame '). Interdit quon ricane ou quon grimace. Trace létoile à cinq branches sur la cuisse de la Tour dAuvergne en prononçant de prétendues formules magiques dans une langue incompréhensible (' je ne comprenais pas moi-même ce que je disais '). Toute cette comédie nest-elle pas très comique? Mise en scène par Molière, sûrement. Mais accomplie dans la réalité avec une gravité imperturbable? Quelques jours après, dit Casa, alors quil ne pensait plus à cette farce, la tour dAuvergne vient le voir : il est guéri. " Le résultat dun effet placebo? Quen pensez-vous? |
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