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Émission du mardi 22 décembre 1998

La fête

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23 décembre 1991


Pendant une courte période de ma vie, j’ai eu l’occasion de vivre dans certaines sociétés traditionnelles et j’ai pu remarquer que la plus grande occupation de ces gens était la fête. Alors que pour nous, c’est le travail…

Tous les prétextes étaient bons pour fêter. Je me rappelle même qu’un jour, alors que le volcan s’était réveillé, on en a profité pour fêter l’événement. Quand il s’est éteint, je n’étais plus là : je m’étais sauvé entre-temps. Mais je suis certain qu’on a encore fêté. Il pleut, on fête; il fait beau, on fête; on fête tout le temps finalement. J’en ai conclu qu’il y a une capacité pour la fête chez certaines personnes et dans certaines cultures - et je pense surtout aux cultures traditionnelles - qui semble nous échapper complètement dans notre société nord-américaine.


Le blues du temps des Fêtes


Les statistiques démontrent qu’il est faux de prétendre que le temps des Fêtes est une période difficile du point de vue psychologique. Cela m’étonne parce que j’ai l’impression que ce n’est pas facile pour certaines personnes en tous les cas. Je me souviens, par exemple, qu’à l’occasion d’un reportage au bureau de Tel-Aide, on nous affirmait que les bénévoles recevaient beaucoup d’appels pendant les Fêtes, et dans la nuit de Noël en particulier, de la part de gens qui étaient en difficulté. Certains se sentant seuls, rejetés, etc. Pourtant, des études sur la question révèlent que c’est davantage pendant l’été que sont admis les gens dans les hôpitaux psychiatriques, que les dépressions se produisent surtout à l’automne et que le mois de décembre n’est pas le temps où on compte le plus de suicides...

Je dois avouer que, chez moi en tout cas, je remarque une espèce de nostalgie associée à Noël. Et je ne suis pas le seul. J’en suis certain parce que, depuis le temps où je me préoccupe du climat psychologique du temps des Fêtes, j’ai constaté que beaucoup de gens éprouvaient une pointe de nostalgie, ou quelques regrets peut-être, à cette époque de réjouissances. Il y a aussi le fait que c’est un repère dans l’année, et qu’à chaque fois qu’on arrive à un repère, on prend conscience du fait qu’on vieillit. Je crois qu’il faut tout de même se montrer prudent et ne pas trop s’attarder à ces pensées, même si des chercheurs nous affirment que le temps de Noël n’est pas un temps difficile.

Les images du passé reviennent. Je suis un urbain mais j’ai grandi pendant quelques années à la campagne. Dans le temps de Noël, ce sont surtout des images de la campagne qui me repassent en tête. Des souvenirs de l’enfant que j’étais. Ce qui me rappelle que l’enfant en chacun de nous, on le malmène un peu. Il a de la difficulté à s’exprimer, à s’affirmer, parce que notre parent intérieur l’écorche passablement quand il veut retrouver le temps de la fête, le temps de la bringue. Comme si le parent intérieur nous imposait des contraintes, comme si on était gêné de fêter.

Avez-vous le bonheur facile? Toute la question est là, au fond. Moi, je n’ai pas le bonheur aussi facile que je pourrais en donner l’impression. J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même pour arriver à être aussi rieur que je le suis maintenant. Je reconnais qu’il y a des gens qui ont le bonheur facile et je me réjouis pour eux. D’autres sont sensibles au fait que des images remontent, des images accompagnées d’émotions; et tout cela n’est pas sans risque. On a l’impression d’avoir un peu perdu quelque chose d’essentiel qui était présent en nous durant l’enfance. Quelque chose qui tient de la magie, du surnaturel je dirais, qui a été profané, depuis, par les responsabilités, les obligations, les contraintes de la vie, les déceptions, les attentes… Peut-être aussi une curieuse impression que la vie n’a pas donné ce qu’on pouvait en escompter... Comme si on était tout à coup un peu coupé de soi-même, coupé de l’enfance, et que la période des Fêtes était le temps de renouer avec cette dimension essentielle de l’enfance. Ce qui ne se fait pas toujours sans difficulté : selon moi, il y a toujours une dimension de souffrance dans la nostalgie. Mais si vous faites partie de ceux que la nostalgie de Noël n’attrape pas, eh bien tant mieux!

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Exorciser la peur :
l’appétit des jeunes pour les films d’horreur


Récemment, à l’occasion d’une fête entre amis, se trouvait chez moi l’aîné de mes petits-enfants. Il a douze ans. Il revenait de chez sa copine où s’étaient réunis des jeunes du même âge pour danser et regarder des films d’horreur, et faire ensuite des imitations des monstres : celui qui a les doigts comme des ciseaux, l’autre avec un poignard, etc. Assez étonnant comme phénomène, non? Je lui ai demandé : " Au cours des vacances, qu’est-ce que vous allez faire, toi et tes amis? " " Bien, on va se retrouver encore pour danser et pour regarder des films d’horreur… et jouer des rôles de monstres. " Je me suis dit : mais qu’est-ce qui se passe avec eux?

Cela m’a fait penser qu’au Mexique, à l’occasion des Fêtes, on s’offre des squelettes en sucre. Il y a donc quelque chose de très primaire là-dedans. Et c’est normal, parce que ces jeunes sont bien fragiles, encore beaucoup du côté de l’enfance. Alors, peut-être ont-ils besoin d’exorciser l’horreur, d’exorciser la peur, de se familiariser avec elle, en quelque sorte. Ce qui comporte un risque : car se familiariser, c’est aussi se désensibiliser, d’une certaine façon. Je me suis demandé dans quelle mesure cet appétit vorace des jeunes pour les films d’horreur, les monstres, etc., ne viendrait pas de ce qu’ils sont obligés de s’immuniser contre tout ce qu’on leur présente d’horrible à la télévision et au cinéma. Heureusement, il y a toujours eu aussi de la bonté, de la générosité, de l’amitié et de la fraternité.

On ne peut parler de Noël sans mentionner les jouets et les jeux pour les enfants. Les enfants recherchent de ces jouets ou de ces friandises qui sont, selon moi, bien dégoûtants. Par exemple, des reproductions de monstres gluants, ou des sacs de bonbons avec des vers dedans, d’autres avec des espèces de larves qui font partie du bonbon. Je me demande si, derrière tout cela, il n’y aurait pas un besoin de se révolter, d’échapper aux contraintes de l’éducation, de se libérer des limites imposées par la société; se convaincre que c’est délicieux des bonbons avec des vers dedans, pour pouvoir demander ensuite : " En veux-tu, grand-papa? " Et plus le grand-papa est dégoûté, plus les enfants sont ravis. Comme une petite victoire contre l’autorité, en somme.

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Les cadeaux

D’après :

PEPIN, Raynald. " Le père Noël chez le psy ", Québec Science, décembre 1992-janvier 1993.


Pourquoi donne-t-on des cadeaux? En fait, l’échange de cadeaux est un langage non verbal. C’est très " animal social " ce que je vais vous raconter à propos des cadeaux.

Il y a, paraît-il, des règles non écrites en ce qui a trait aux cadeaux. Sachez qu’il y a des chercheurs qui se sont penchés là-dessus, des universitaires qui ont découvert des tas de faits intéressants comme, par exemple :

" Les cadeaux doivent être enveloppés avant d’être donnés ;
" Les couples mariés ayant des enfants doivent installer un arbre de Noël.

" Les cadeaux autour de l’arbre forment un monument à l’affection, sinon à l’aisance de la famille. - Un monument à l’affection…c’est pas mal flyé comme illustration, non?

" Les cadeaux doivent démontrer que le donneur connaît les goûts du destinataire. - Pourtant, on reçoit rarement tout à fait le cadeau qu’on souhaitait. [rires]

" Enfin la valeur du cadeau doit être adaptée à l’importance affective de la relation. "

Cela fait partie des rites familiaux qui " contribuent à affirmer l’identité de la famille et à resserrer les liens ", affirmait une psychologue de l’Université de Montréal dans cet article paru il y a quelques années dans Québec Science. Plus loin, une psychologue mentionne que " donner un cadeau est plus facile que communiquer directement un sentiment comme l’amour ou l’amitié. " Remarquez, j’aime bien la communication, mais si vous voulez me faire un cadeau pour communiquer votre sentiment, n’hésitez pas. Je les accepte tous.[rires] " Le cadeau transmet une gamme limitée de sentiments. Confier de vive voix notre amour à quelqu’un est nettement plus émouvant pour les deux personnes que de le faire avec un cadeau, ou même dans la carte qui accompagne le cadeau. Par contre, le cadeau est concret, visible, il dure. " Un diamant, par exemple, ça parle. C’est cher mais ça parle beaucoup

" Moins de 1 % des cadeaux sont faits maison ", paraît-il. Je trouve l’idée très sympathique. Cela me rappelle un couple d’amis que je fréquentais qui, à l’époque des Fêtes, n’offraient que des cadeaux qu’ils fabriquaient eux-mêmes. Lui, sculptait des petits animaux dans du bois. Il était très doué. Sa femme, très habile également, réussissait de bien jolis objets avec des trombones qu’elle défaisait. Des cadeaux faits main et précieux. " Selon les statistiques de Théodore Caplow - un sociologue américain - , plus du tiers des cadeaux sont des vêtements. Les jouets, les dons en argent et les présents comestibles (aliments et boissons), comptent pour environ 10 % du total. " On parle de tous les âges de la vie confondus. " Entre adultes, un don en argent semble incorrect même quand un adulte à l’aise veut aider un parent pauvre. "

Dans cette étude que j’ai sous les yeux, on fait remarquer que le sexe des destinataires influence le choix du cadeau, ce qui me paraît tomber sous le sens. Les chercheurs sont quand même allés plus loin dans le détail : " Les hommes achètent aux femmes surtout des cadeaux considérés féminins : parfums, bijoux, toutous... " J’espère qu’ils ne parlent pas de vrais toutous, parce que si j’offrais à quelqu’un un toutou comme celui qu’on a à la maison… il pèse 120 livres! " Par contre, les femmes offrent aux hommes surtout des cadeaux neutres : livres, cassettes ou affiches. Elles considèrent peut-être que les pauvres mâles ont besoin d’un peu de culture… ", ajoute le journaliste. Un point sur lesquelles elles n’ont pas tout à fait tort, je dirais. " Les hommes donnent à d’autres hommes des cadeaux masculins : outils ou articles de sport, par exemple.

" Les différences selon le sexe apparaissent non seulement dans le type de cadeaux offerts mais aussi dans le processus d’échange lui-même. C’est généralement la femme qui s’occupe de choisir et d’emballer les cadeaux. Car c’est encore elle qui est responsable du climat affectif du couple ou de la famille. " Ce qui revient toujours à la même chose au fond : le Bon Dieu ne pouvant pas s’occuper de tous les besoins dans le monde a créé les mères, au sens large, les femmes. " Les femmes donnent seules ou conjointement 84 % des cadeaux. Les hommes non secondés par une femme ne donneraient que 16 % des cadeaux, à une femme, dans la plupart des cas ", affirme-t-on encore. " Seulement 4% des cadeaux sont donnés à un homme adulte par un autre homme. ' Il est rare, constate la psychologue, que les hommes se démontrent de l’affection entre eux, et ça se reflète dans les échanges de cadeaux. ' " On mentionne également qu’il faut assez bien connaître les gens à qui l’on donne des cadeaux, bien sûr, et qu’il faut faire attention de demander parfois ce qui ferait plaisir. Mais ça peut être risqué... Si vous répondez : " N'importe quoi ", il y a des chances que ce soit exactement ce que vous allez avoir… [rires]

D’après :

PETITJEAN, Gérard. " Noël : à vous de jouer! ", Le Nouvel Observateur, 5 au 1 décembre 1996.


Les enfants.

Prenez une compagnie comme Toys " R " Us. Ses administrateurs ont procédé à des études sur le comportement de ceux qui achètent les jouets, etc. Ce qui leur a permis d’établir que " 77% des jouets qu’on achète pour Noël figurent sur la liste établie par les enfants. " Étonnant… qui règne en maîtres sur Noël? Les enfants! Et même si les jouets en question rebutent les parents, ils finissent par céder à la logique du cadeau pour Noël puisqu’il faut faire plaisir au jour dit. "

Je parlais justement des monstres gluants, des bonbons avec des larves, des vers dedans, etc. Il y a un enfant qui disait, et j’adore cette formule-là : " Je n’aime que mes bonnes surprises. " " On élimine donc les mauvaises ", disait Gilles Bougères, présenté dans cet article du Nouvel Observateur comme " un des rares universitaires qui se soient intéressés à la logique du cadeau ". " Et les parents, continue l’expert, s’ils veulent faire passer leurs valeurs, le font par un cadeau supplémentaire, qui n’était pas sur la liste, mais qui sera accepté généralement de bonne grâce par l’enfant, déjà comblé... " Quand on est certain d’avoir fait plaisir, on peut acheter quelque chose comme un cadeau éducatif, ou quelque chose dont les parents avaient envie : un microscope, par exemple, ou un télescope, etc.

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Le mensonge : suite


Dans mes propos d’hier, je vous ai dit que j’allais un peu revenir sur la question du mensonge, dans le contexte de l’affaire Clinton-Lewinsky, bien sûr. Mais aujourd’hui, je réalise que c’est un peu plus difficile pour moi de redémarrer à froid sur le mensonge parce que je vais en quelque sorte en faire l’éloge.

Il faut ramener cette affaire aux éléments structurels, comme aurait dit monsieur Barthes à une époque. On se trouve en présence d’activités sexuelles, discutables si vous voulez, mais entre adultes consentants. Donc ça ne nous regarde pas. Mais à propos de ses activités, le Président des États-Unis a menti sous serment. Aussi, comme vous le savez, le peuple américain est en majorité contre la destitution. Le pourcentage est passé de 66 à 72 %! Bref, on n’a jamais manifesté autant de satisfaction à l’endroit d’un Président des États-Unis. Ce qui est très étonnant après tout ce que l’on sait et ce que l’on pense du mensonge dans notre société. Pour moi, la question qui me paraît expliquer l’attitude des gens qui se prononcent contre la destitution est la suivante : A-t-on le droit d’exiger des aveux à propos d’une activité sexuelle entre adultes consentants, si la chose n’a aucune dimension criminelle? Car il ne s’agit pas d’abus, de viol ou de quelque chose du genre. La réponse logique est : Non. On n’a pas le droit d’exiger cela, au fond. Dans quel cas, il serait acceptable de mentir.

D’après :

LEIBOWITZ, Nicole. " Éloge de Pinocchio ", Le Nouvel Observateur, 22 au 28 octobre 1998.


Je vous parlais hier d’un ouvrage de Gilbert Maurey qui s’intitule Mentir. Méfaits et bienfaits, publié chez De Boeck Université. Dans cet ouvrage, il explique que les enfants mentent avec allégresse, que l’apprentissage du mensonge est spontané dès l’instant où ils ont la parole, qu’il y a un aspect ludique et utilitaire dans le mensonge, que c’est pour ça que tout le monde ment. " Et j’ajouterai, disait cet expert dans une entrevue parue dans Le Nouvel Observateur, que c’est une bonne chose. Les psychotiques, eux, ne mentent guère mais ils sont à peu près les seuls et on a observé qu’ils ont tendance à livrer aux autres des vérités crues souvent difficiles à supporter. En ce sens que celui qui ment témoigne d’une bonne adaptation sociale et à la vie quotidienne. " Maurey nous dit-il la vérité? La question se pose. [rires]

Il me paraissait bon de revenir sur ce paragraphe car il inspire à la réflexion. Et le temps des fêtes peut servir aussi à réviser ses opinions…

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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