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Émission du mercredi 25 novembre 1998 |
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Les brèves |
Grosse crise, petite quéquette!... |
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| Décidément, la conjoncture économique
nous aura coûté bien cher
En effet, messieurs, car je viens dapprendre que
la crise économique et le chômage ont contribué à réduire la taille du pénis de
2 cm. Cela paraît assez incroyable mais un article révèle que " selon un neurologue brésilien, grand spécialiste de la question, paraît-il, crise économique et menaces de chômage ont contribué, au Brésil, à réduire la taille du pénis de 2 cm. - Il ne doit pas avoir beaucoup de loisirs ce monsieur-là En un an, selon léminent expert qui se penche sur le sujet depuis plusieurs années, 32 % des individus confrontés aux aléas de la crise économique ont vu la taille moyenne de leur quéquette au repos passer de 7 à 5 centimètres. " Peut-être finalement que la quéquette des mâles évolue en fonction de la fluctuation du Dow Jones? |
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Mourir heureux et ruiné |
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Il y a quelques années, alors que je me déplaçais à travers lAmérique en camper motorisé, javais remarqué que plus on se dirigeait vers le Sud, plus cétait fréquent de voir cette affichette sur les pare-chocs dautres motorisés : " We are spending our childrens inheritance " (On dépense lhéritage de nos enfants). Et sur le coup, ça ma amené à réfléchir Et jy repensais récemment quand jai constaté à quel point la thèse de Stephen Pollan, cet économiste américain qui publiait il y a quelques années un ouvrage intitulé Die broke (Mourir ruiné), est intéressante. |
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DUBOIS, Jean-Paul. " Mourez ruiné! ",
Le Nouvel Observateur, |
Je me souviens que la thèse de Pollan avait eu lhonneur de bénéficier de ce quon appelle dans notre métier " la porte tournante " : cest-à-dire quon en avait parlé à toutes les émissions, dans les journaux, etc. Or, jy reviens et je minterroge eu égard à mon âge et aux circonstances de ma vie sur cette idée de mourir ruiné, qui semble avoir beaucoup de sens. Je le dis sérieusement. Le problème cest quil faudrait savoir au mieux combien de temps on va encore vivre afin de doser notre vie économique, dune certaine façon. Mourir ruiné soit, mais pas humilié. Cette réflexion ma amené à réaliser à quel point nous sommes naïfs par rapport à nos économies - quelles soient dépargne-retraite ou autres - , lorsque nous accumulons comme si nous nallions pas avoir dimpôt à payer. Pour ceux qui ne le savent pas déjà, je vous signale que la plupart des gens qui touchent des RÉER ont la joie de recevoir un "T-quelque chose" à la fin de lannée, et que ça va chercher dans les 25 à 40 % dimpôt. À ma mort, sauf pour ce qui est des assurances-vie et de ce qui ressort du patrimoine, mes héritiers de leur côté seront susceptibles de payer jusquà 60 % dimpôt, daprès ce que je comprends dans certains cas. Alors quand je pense avoir sauvé entre 25 et 35 % pour avoir pris des RÉER Est-ce que vous navez pas cette impression comme moi que, quelle que soit la position quon prenne, on se fait rouler tout le temps? Tiens, cela me rappelle les fameuses débentures de Tante Rosalie Rosalie était une institutrice de campagne qui enseignait dans les petites écoles de rang. Je la revois encore à lautomne partant avec ses provisions pour lhiver - une poche de patates, une demi-poche de carottes, une demi-poche de chou, de la farine, et tout le bazar - car elle ne revenait quen juin. Pour autant que je me souvienne, vers la fin des années trente, elle devait toucher environ 400 à 450 $ par année : cétaient les émoluments de lépoque. Les années ont passé, elle est devenue très âgée, et comme les petites économies quelle avait amassées nuisaient à lobtention des avantages auxquels on a droit lorsquon na pas du tout dargent, elle avait décidé de me faire cadeau des quelques débentures qui lui restaient. Javais fait le calcul : cela représentait léquivalent de quatre à cinq années de travail, en supposant quelle nait pas fait autre chose que damasser de largent pendant ces années-là. Une somme dà peu près 2 000 $, par débentures de 500 $. Une était assez particulière : celle de la Montreal Tramways qui nexistait plus depuis 40 ans. Comme Tante Rosalie avait gardé cette débenture, javais quand même pu toucher les 500 $, mais il avait fallu payer une commission pour les frais encourus. Pour résultat que le 500 $ était devenu 430 $. Bien sûr, il ny avait pas dindexation au coût de la vie, vous vous en doutez. Personnellement et dans mon entourage, nous avions alors des revenus dà peu près 500 $ par semaine. Ce qui veut dire que notre 500 $ avait 52 fois plus de valeur que celui de Tante Rosalie, qui mavait offert généreusement la somme de toutes ses économies - léquivalent de quatre années de salaire - des économies qui sétendaient peut-être sur sept ou huit ans. Jen avais les larmes aux yeux. Cest alors que ma réflexion sest portée sur le phénomène de linflation. |
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On a beau dire quil ny a pas dinflation, mais largent quon met de côté maintenant va tout de même subir une certaine perte. Il ny a pas autant dinflation quà un moment donné, je le reconnais, mais quand vous faites un placement de 3 ou 4 %, en réalité, vous effectuez un placement de 1 ou 2 % : parce que ces 2 000 $ que vous avez placés ne vaudront plus 2 000 $ quand vous allez les retirer. Cest désolant mais le système en est là. Doù lintérêt de réfléchir de nouveau à la thèse de Monsieur Pollan. Die Broke est vite devenu un best-seller dans le milieu des affaires : il a été consacré comme tel par le Wall Street Journal, dailleurs. Il faut dire que Stephen M. Pollan est lun des conseillers financiers parmi les plus sages et les plus reconnus de New York. Dans son ouvrage, il propose en somme cette révolution culturelle articulée en quatre points :
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Ce qui ma le plus frappé, cest le quatrième point, bien sûr. Mais encore une fois, cest difficile à concevoir parce quon a toujours peur de manquer de ressources ou de devenir dépendant des autres... Pollan parle ainsi de notre époque, qui est une époque folle du point de vue économique, il ny a pas lombre dun doute là-dessus : " Les entreprises annoncent des profits records et continuent de dégraisser. Plus rien ne garantit votre emploi. Alors démissionnez. Au moins mentalement. Abandonnez toute idée de loyauté envers votre employeur qui, depuis longtemps, nen fait plus preuve envers vous. - Il y a du vrai là-dedans. [rires] Soyez sans cesse sur le départ - si vous lêtes, vous navez plus peur dêtre licencié. Ne vous installez pas dans un plan de carrière. Adoptez létat desprit dun immigrant. - Cest intéressant parce que dans Le Dictionnaire du 20e siècle, Jacques Attali parle justement de lêtre du troisième millénaire qui sera un " migrant ", cest-à-dire quelquun qui naura de racine plantée nulle part. - Largent nest pas une fin, continue Pollan. Il doit simplement vous permettre datteindre vos buts personnels. Voyez votre emploi comme une machine à vous acheter du temps et du bonheur. " Second précepte : Nutilisez plus votre carte de crédit. " Cela avait un sens au temps de linflation, explique Jean-Paul Dubois dans Le Nouvel Observateur, mais aujourdhui avec un taux ramené au plus bas, un marché immobilier plutôt à la baisse, des revenus peu reluisants et souvent stagnants, mieux vaut éviter davoir recours à lendettement. " Si vous utilisez votre carte de crédit, mais que vous payez très régulièrement, vous êtes un mauvais consommateur du point de vue de léconomie. Mais ne croyez pas que léconomie repose seulement sur vos épaules : vous nêtes pas obligé de vous endetter pour aider léconomie à survivre. Il y a des gens qui sont dune grande bonté de cur et qui se disent : " Je paie 18 % dintérêt sur ces cartes-là, mais ça fait vivre du monde : plus ils font de largent, plus ils créent des emplois. " Ce nest pas vrai. Actuellement, plus ils en font messieurs, dames, plus ils mettent de monde à la porte. Ce quon pensait autrefois cest fini. Il faut accepter parfois de prendre un coup de vieux, vous comprenez. Même quand on est jeune Pollan rappelle dailleurs la question de la retraite. " Oubliez la retraite ", conseille-t-il. Ça fait longtemps personnellement que je le dis. Oubliez ça, cest un appauvrissement pour ce qui est de lexpérience humaine à lintérieur des entreprises, dune part. Ça peut être agréable pour certains, qui jouissent beaucoup de leur retraite, mais il y en a dautres qui ont toujours limpression dêtre en train de mourir dennui. Cest dailleurs ce qui finit par leur arriver au bout du compte. Pollan souligne quon a institué lâge de la retraite à 65 ans parce que lespérance de vie était de 63 ans à lépoque : on ne prenait donc pas beaucoup de risques. Mais aujourdhui, lespérance de vie tourne autour de 75 et même 78 ans. " Désormais, votre travail le plus éreintant sera de pousser des boutons de téléphone ou de taper sur un clavier. Alors quel que soit votre âge, vous serez toujours productif. Votre activité vous stimulera intellectuellement et les revenus quelle vous rapportera compenseront la faillite des caisses de retraite. [rires] Puis quand le moment sera venu, quand un à un tous vos écrans séteindront, quand vous toucherez au but de votre vie, il ne vous restera plus quà vous vanter de mourir ruiné ", dit-il. " Ambitionner dêtre lhomme le plus riche du cimetière fait enrager Pollan, écrit le journaliste. ' Plutôt que daccumuler des biens en quête de je ne sais quelle immortalité, dit Pollan, profitez de vos avoirs de votre vivant, jouissez de vos biens, offrez-vous des plaisirs, et aidez vos proches très tôt." Ce qui est sympathique dans sa démarche, cest quelle nest pas égoïste. "Donner 10 000 $ à votre fils quand il a 25 ans, peut laider à sacheter un petit appartement. Si vous lui léguez la même somme à votre mort, il aura 50 ans et il sen servira pour soffrir un simple voyage en Europe. Ce nest pas la même chose. Si vous gérez intelligemment votre patrimoine pour mourir ruiné, croyez-moi votre vie sera belle. " [rires] |
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Frédéric Myers |
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Le mercredi, jaime bien réserver un espace pour recycler quelques penseurs qui risquent de sombrer dans loubli, même sils ont encore beaucoup à nous apporter. Aujourdhui, il en est un dont jaimerais vous parler et qui nest pas très connu : Frédéric Myers, que jai découvert accidentellement à travers certaines recherches en psilogie - les phénomènes dordre psilogique, cest-à-dire télépathie, télékinésie, les perceptions extrasensorielles, prémonition, etc. |
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Déjà, à la fin du 19e siècle, il y plus de 100 ans maintenant, des chercheurs se sont regroupés pour mettre sur pied les premières sociétés de recherche psychique. Il y en a une qui sest créée en France et qui existe peut-être encore - je nen sais rien - , composée de scientifiques à la recherche de phénomènes psychiques. Certaines se sont formées aux États-Unis et également en Angleterre. Les plus importantes sont celles dAngleterre, je pense. Camille Flammarion, qui était un célèbre astronome, a aussi écrit un livre sur la vie après la mort, dans lequel il a fait état des recherches quil a poursuivies tout au long de sa vie. À cette même époque, certains chercheurs ont mis au point des instruments de mesure pour tâcher de capter la présence desprits, entre autres : ça na pas brillamment marché, mais parmi eux, on compte Marie et Pierre Curie, des étoiles de lhistoire de la science. Chez les Américains, William James est probablement lun des penseurs américains les plus cités sur la question. Pour revenir à Myers, jai voulu en apprendre un peu plus sur lui. Voici ce que jai trouvé dans le Quillet : Myers (Frédéric William Henry) (1843, 1901), né à Keswick (Cumberland), littérateur anglais connu surtout pour ses études psychiques. Entre autres, on parle dune étude quil aurait faite sur les hallucinations télépathiques. Pour vous situer, on est à la fin du siècle dernier : cest donc aussi lépoque de Freud. On raconte quil y avait opposition entre la vision de linconscient telle que proposée par Freud et celle de Myers. Et cest précisément lintérêt qui mamène à parler de lui aujourdhui. Pour simplifier, je vous dirai que Sigmund Freud parlait de linconscient comme dun réservoir refoulé depuis lenfance, un dépotoir disaient certains. Alors que Frédéric Myers proposait de linconscient une vision beaucoup plus positive : il le considérait comme une véritable mine dor. |
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HARMAN, Willis et RHEINGOLD, Howard. Créativité transcendante, Éd. De Mortagne, 1992.
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Deux auteurs se sont intéressés à ces concepts opposés de linconscient. On trouve le résultat de cette étude dans leur ouvrage intitulé Créativité transcendante, dont jai eu la joie dêtre léditeur-conseil. Il sagit de Willis Harman, qui était le président de lInstitut des sciences noétiques créé par Edgar Mitchell, et de Howard Rheingold, aujourdhui très connu chez les internautes de grand abattage, parce quil est lun des pères du virtuel, du Net, etc. Je vous communique quelques extraits de cet ouvrage. " Dans le domaine des sciences psychologiques, peu de théories sont aussi bien établies que la découverte, ou plus exactement la redécouverte que seule une infime partie de lactivité mentale totale se déroule dans la partie consciente de lesprit, alors quune vaste portion seffectue quelque part dans linconscient. [ ] Une partie de cette activité hors du conscient se trouve, pourrait-on dire, dans linconscient profond et nous nen prenons conscience que par déduction. Une autre partie, par contre, est partiellement accessible à la perception consciente dans certaines conditions et cet accès peut être facilité par lattention portée aux sentiments et aux émotions, par limagerie visuelle, ou encore par le rêve, la méditation, lentraînement au biofeedback, etc. [ ] " Il semble y avoir quelque chose de presque inconscient dans la façon quont la plupart des gens dignorer lexistence de leur inconscient. Pour la majorité dentre eux, le mot inconscient, lorsquil est utilisé en tant que nom, suggère une région où sont cachés toutes sortes de souvenirs et de désirs quils ont rejetés ou quils refusent dadmettre. Notre culture ne nous a jamais encouragé à penser au côté créatif de notre inconscient, et ce parti pris se trouve reflété par la pensée scientifique. " Lun des premiers et des plus importants conflits à survenir dans lhistoire de la recherche humaine a opposé deux concepts de linconscient, soutenus par deux personnages que nous pouvons identifier, au risque de trop simplifier, à Sigmund Freud et à son contemporain beaucoup moins connu Frédéric W. H. Myers. " Freud a fondé ses théories de linconscient sur ses années dobservation du processus psychanalytique. Les gens qui lui fournissaient la substance de ses théories étaient ou bien névrosés ou bien psychotiques - Une information à retenir, cest très important. - Par conséquent, le concept freudien fut très fortement influencé par ses origines, issu quil était de létude de la psychopathologie. Ce point de vue mettait en évidence le rôle négatif de linconscient, son rôle inhibiteur quant au plein épanouissement du potentiel individuel. Selon Freud, linconscient était rempli dhorribles souvenirs et de pensées refoulées quune espèce de censeur intérieur dissimulait à la perception consciente. " Myers, pour sa part, avait fait ses Humanités à Cambridge. Le concept quil avait de linconscient insistait plutôt sur le rôle de celui-ci comme source de lintuition et de la créativité. Ainsi quil le disait lui-même, on peut considérer linconscient soit ' comme une mine dor, soit comme un dépotoir '. Selon Myers, la source de tous les trésors culturels les plus prisés par notre civilisation - lart, la religion, linvention - sy trouvent aussi. " Dans un livre écrit en 1903 intitulé Human Personnality and Its Survival of Bodily Death - cela pourrait se traduire par La personnalité humaine et sa survie après la mort du corps , Myers dressait une carte audacieuse dune vaste région que la science navait encore que très peu explorée. Elle englobait des phénomènes comme létude des processus inconscients, le sommeil et les rêves, lhypnose, la créativité et linspiration, les phénomènes psychiques et les témoignages de survie de la personnalité après la mort physique. " Puis, les auteurs mentionnent William James, le père de la psychologie aux États-Unis. " Il tenait le travail de Myers en très haute estime, écrivent-ils, et il était ' enclin à penser que Frédéric Myers serait toujours considéré, en psychologie, comme le pionnier qui aura délimité de vastes zones des régions mentales sauvages et qui y aura planté le drapeau de la science authentique '. Mais, comme le précisent Reingold et Harmann, lhistoire en a décidé autrement. " Le concept de linconscient en tant quélément plutôt répugnant de la nature humaine et comme source fréquente de maladie et de terreur, sharmonisait mieux avec les idées du 19e siècle, celles de la faiblesse et des limites humaines. [ ] Avec le temps cependant, certaines des subdivisions relevées par Myers attirèrent lattention de la science. " En conclusion, disent les auteurs : " Il est probable quà long terme les deux écoles auront eu raison, car elles auront décrit chacune un aspect différent dun même phénomène. " |
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