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Émission du mardi 24 novembre 1998 | ||
Mensonges et manipulation | |||
| Ne croyez pas que je vais aborder cette question parce que nous sommes dans une période électorale, du moins pour ce qui est du Québec, mais je voudrais vous parler du mensonge, en général. | |||
DELMAS, Laurent. " Le lavage de cerveau ", Quo, septembre 1998. | Une étude effectuée en France a démontré que, parmi plusieurs autres, la catégorie de gens quon soupçonne de mentir de plus souvent est celle des hommes politiques : 61 %. Viennent ensuite les gens des médias :17 %. " Le mensonge nest-il pas devenu une seconde nature pour tous ceux qui détiennent le pouvoir? ", se demande-t-on dans cet article de Quo, " Le lavage de cerveau ", paru en septembre 1998. Mais peut-être que ça a toujours été comme ça, quil sagisse de pouvoir politique, économique, scientifique, médical ou médiatique. " " Gouverner, cest choisir ", disait Mendès-France. " Gouverner, cest mentir ", semble lui répondre en écho la réalité " lit-on dans cet article de Laurent Delmas. On estime que les sondages permettent de dire nimporte quoi. On ment sur la corruption, sur le chômage et sur létat général du pays. Tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes! Finalement, qui croire? Voilà le problème. Il faudrait avoir un troisième clan, un clan de gens purement objectifs qui diraient seulement des chiffres derrière les politiciens : " Après les gens qui sont contre, les gens qui sont pour, voici ce quon peut vous dire, nous, sans prendre position ". Mais, apparemment, " mentir est un comportement normal ", et ça permet de " mettre de lhuile dans les rouages, par faiblesse ou lâcheté, pour ne pas passer pour un rustre ou un goujat. Utilisé à doses homéopathiques, le mensonge est un ciment social. " " À telle personne que lon méprise ou qui vous indiffère, on fera part de sa ' considération distinguée ', écrit Jean-François Kahn dans son Esquisse dune philosophie du mensonge ; on donnera du ' cher ami ' à un individu que lon regarde en chien de faïence ; on prétendra sêtre ' follement amusé ' à une réception qui distillait le plus profond ennui ; on sémerveillera lors dun vernissage devant des tableaux qui laissent en réalité de marbre ; on feindra de se passionner pour un film de voyage affligeant quune relation entichée de super 8 aura absolument tenu à projeter ; on fera léloge dun plat quon a eu le plus grand mal à ingurgiter. Bref, écrit le journaliste, la vie en société nous conduit à mentir. Sans ce minimum de concessions faites à la politesse, la vie collective serait tout simplement impossible. " On cite aussi lacadémicien Jean DOrmesson qui fait remarquer : " Le mensonge ne figure pas dans la liste des sept péchés capitaux retenus par lÉglise catholique. " Serait-ce que lÉglise catholique avait des raisons de ne pas y mettre le mensonge? " Pourquoi les puissants du monde mentent-ils? Pour une foule de raisons : raison dÉtat, peur de la réaction de lopinion publique, crainte de perdre les élections En fait, depuis toujours, les dirigeants ont une fâcheuse tendance à considérer les concitoyens comme des enfants, incapables de comprendre la complexité des problèmes - cest peut-être vrai, dans une certaine mesure - et à qui il faut donc cacher tout ou partie de la réalité. Du coup, la tentation de taire ou de masquer des événements devient grande. Nier, toujours nier, y compris lévidence, tel semble être le maître mot du pouvoir. " On a menti à propos de Tchernobyl, on a menti à propos de la vache folle aux États-Unis et du sang contaminé, un peu partout. Voyez-vous lidée? Dans cette enquête qui a été faite en France, on prétend que " derrière les hommes politiques, les Français sont 17 % à estimer que ce sont les journalistes qui leur mentent le plus ". Je suppose quils veulent dire les médias en général, parce quil ny a pas que des journalistes dans les médias. Il faut aussi compter les gestionnaires, les directeurs, les administrateurs et ceux qui soccupent des cotes découte. Le politologue Guy Birenbaum, maître de conférences à lInstitut des sciences politiques de Montpellier, dit à propos du mensonge en politique : " De tout temps, en politique, le mensonge est lié à la fonction. Cela dit, il faudrait distinguer entre les différents types de mensonges proférés. Certains relèvent de la mauvaise foi ou du calcul pur et simple. Dautres sont commis par omission. Enfin, il ne faut pas oublier quen politique un mensonge est bien souvent un aveu dincompétence, ce qui nest pas rassurant " Il rappelle plus loin, en parlant du rôle des médias, que " tout a bien changé depuis la Grèce antique où linformation était véhiculée par un coureur à pied - qui continuait généralement quand il apportait une mauvaise nouvelle. [rires] - [ ] Mais ne faisons pas dangélisme, il arrive aussi à CNN de mentir. Les médias actuels ne sont pas en eux-mêmes la garantie dune vérité permanente. Ils mentent par facilité, légèreté ou incompétence. La société de linformation véhicule la vérité et le mensonge dans les mêmes conditions, sans distinction. " Que faire? Il ny a quune seule façon, si on en juge la liste de conseils publiée en marge de larticle :
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Un pont entre les générations | |||
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COLLECTIF. Le pont entre les générations, Éd. Les Intouchables, 1998. | Les 3 et 4 octobre derniers, un forum sest tenu sur une question qui me tient à cur : les rapports entre les générations. Bien quon ne soit jamais vraiment en retard avec des questions comme celle-là, cest intéressant de voir la perspective que lon a du sujet après que lévénement lui-même ait eu lieu. Je serais curieux de savoir si on a pu faire vraiment un cheminement depuis, ou sil y a une obstruction quand on parle de ces questions. Pendant le forum, un groupe de réflexion sest intéressé aux départs à la retraite qui privent les milieux de travail de leur mémoire institutionnelle en acceptant de laisser partir les travailleurs expérimentés. Selon une chercheure membre de ce groupe, " cela représente un déficit important qui sinstalle dans les organisations au Québec. Les problèmes sociaux engendrés par ces choix font surface et le message lancé à ces jeunes retraités est clair : " Vous nêtes plus utiles. " Certains font des dépressions, se sentent carrément rejetés, sans compter que les travailleurs qui demeurent en poste sont surchargés par les tâches qui demeurent inachevées. " Il faut savoir quaux États-Unis, on envisage très sérieusement délever lâge de la retraite à 67 ans. Pour toutes sortes de raisons, dont lune est quon estime que 65 ans cest trop tôt pour se retirer du marché du travail. Et on ne parle pas de la préretraite à 55, 58, ou 60 ans, dune part ; et le fait que les caisses susceptibles de faire vivre ces nouveaux retraités sont en train de traverser une période très difficile, dautre part. Dans le communiqué diffusé par le forum, on faisait état que " les retraites anticipées représentent une lourde perte du point de vue des aînés, mais le manque à gagner est double lorsquon sait que plusieurs de ces travailleurs ne seront pas remplacés. La porte est demeurée close pour des milliers de jeunes alors que chez les nouveaux employés, plusieurs vivent des conditions très difficiles : insécurité, précarité, surcharge, etc. En 1976 - par exemple - , les jeunes de moins de 30 ans occupaient 43 % des postes de la Fonction publique. En 1995, ils occupaient 6 %! " Cest assez énorme comme différence et il y a des conséquences économiques à ça, sans oublier lexpérience, les traditions, les diverses cultures dentreprises qui sont perdantes dans cette histoire. Jen vois pour preuve, dans le milieu qui est le mien, celui des médias, quautrefois on semployait beaucoup à engager des recherchistes appartenant à plusieurs générations; alors quaujourdhui, il ny a pas de recherchistes qui représentent la génération des aînés. Et cest bien dommage parce quil y a toute une culture, une expérience, un vécu dont on ne fait pas état dans les médias. " Conséquences économiques, obsession du court terme, les primes versées aux préretraités qui sont exorbitantes ", fait remarquer lun des participants au forum. " En plus, on doit ajouter des coûts engendrés pour réembaucher certains de ces " jeunes " retraités dont on a encore besoin faute de travailleurs ayant lexpérience nécessaire pour fonctionner de façon autonome. " " Pendant ce temps, les fonds versés en primes de départ ne sont pas utilisés pour rendre service aux citoyens. Pourquoi ne pas avoir adopté une stratégie plus adaptée, plus profitable, comme la retraite progressive où le jumelage dun préretraité et dun jeune employé permet une meilleure transition? " Pourquoi? Dabord, parce que ça prend de linformation pour être conscient de la problématique, et de limagination, pour trouver des moyens de la solutionner. Selon moi, il manque également une certaine latitude dans les décisions, cest-à-dire ne pas toujours suivre la décision prise la veille ou lavant-veille, se garder la possibilité dintervenir vraiment, si loccasion se présente. Si cette question vous intéresse, je vous suggère la lecture du livre-manifeste écrit par Eric Bédard, membre du groupe de réflexion : Le Pont entre les générations, paru aux éditions Les Intouchables. En exergue, on retrouve cette citation extraite dune conférence prononcée à lUniversité Laval en 1992 par Roland Arpin : " Beaucoup de ponts restent à construire entre les générations, car on ne saurait maintenir la non-communication entre tant de jeunes à la dérive et tant daînés qui possèdent les clés de la sagesse - là, peut-être quil nous en prête beaucoup - ; tant de pauvreté et de solitude chez des milliers et tant de potentiel affectif chez les retraités en pleine santé. [ ] Il y a beaucoup despace pour instaurer entre les générations un dialogue qui permettrait de vivre laventure dune solidarité nouvelle. " Le sujet a été abordé par plusieurs de nos penseurs dans le passé si je me reporte, par exemple, aux notes de ce livre. Je vois que le nom de Fernand Dumont revient très souvent, celui de Jacques GrandMaison, également. Éric Bédard puise certaines réflexions dun ouvrage de Dumont intitulé Une société des jeunes?, et de celui de Jacques GrandMaison : Vers un nouveau conflit des générations, paru chez Fides en 1992 (cest une étude qui porte sur les 20 à 35 ans). Il mentionne également David Foot, et son livre Entre le boom et lécho, qui nous donne une vision de lavenir à partir de lévolution de la situation en tenant compte des générations. Louvrage du Groupe de réflexion commence par cette réflexion intéressante : " Pour la société québécoise, latteinte du déficit zéro marque la fin dun cycle historique. Ce cycle aura duré un peu moins de 40 ans. Les historiens de demain lappelleront probablement le cycle de la révolution tranquille. Après avoir fait le ménage de ses finances publiques au prix de lourds sacrifices, lÉtat québécois redéfinit sa mission sociale. Bien que son rôle demeure fondamental, lÉtat ne tente plus de se substituer à la responsabilité individuelle. " Puis, à propos de la richesse, Bédard affirme que : " Bien quelle ne soit pas moins grande quhier, [elle] nest plus aussi bien répartie. Nous sommes à la croisée des chemins. " Et le défi de ce groupe, qui tente de faire le pont entre les générations se définit de la manière suivante : " Sil est un constat qui simpose, cest que les générations sortent très divisées du cycle historique de la Révolution tranquille. " Il sagit de rapprocher trois solitudes parce que cest ainsi quon les définit : " Les plus jeunes - de 20 à 35 ans - qui ont terminé leurs études et qui ne demandent quà sinsérer dans le marché du travail, se heurtent souvent à des portes closes. [ ] Quant aux plus vieux, quon incite de plus en plus à la retraite anticipée sous prétexte de faire de la place aux jeunes, ils se sentent souvent inutiles et souffrent de ne pouvoir transmettre leur expérience à ceux qui les suivent. " Et entre les deux, les baby-boomers. À leur propos, lauteur est davis que : " Les mieux nantis dentre eux, ceux qui, sans doute, auraient le pouvoir dapporter des solutions, baissent les bras et justifient trop souvent liniquité sociale par lapparition dun néolibéralisme - beau prétexte, belle excuse. - Selon ces gens dont la carrière est à lapogée, les écarts de richesse entre eux et les plus jeunes, par exemple, ne sont que le produit dun contexte macro-économique sur lequel ils nont aucune prise. Nous, du groupe Le pont entre les générations, refusons cette explication fataliste. [ ] Le malaise de la société résulte, en bonne partie, dun manque déquité entre les générations, problème dont lorigine est repérable dans lévolution de la société depuis la Révolution tranquille. " Il cite Fernand Dumont : " La Révolution tranquille a engendré chez ceux qui en ont été les promoteurs et les ouvriers une saturation des emplois, un corporatisme, des mécanismes de défense qui empêchent tout changement important. Les jeunes, instruits ou non, forment une sorte de nouveau prolétariat. Ils campent hors de la cité. " Déjà en 1985 Je serais heureux de savoir si les dirigeants en politique ont lu les ouvrages de Fernand Dumont et de Jacques GrandMaison. Daprès moi, on ne peut pas faire de politique, actuellement dans notre monde, sans prendre connaissance des réflexions de gens de cette qualité. " Pour nous, écrit Éric Bédard, ce fait est indiscutable : entre les générations, la richesse est mal partagée et il faut corriger cette situation. Les choix qui sont faits aujourdhui ne doivent pas hypothéquer lavenir. Or, les décideurs daujourdhui sous-estiment le problème. Le but de cet essai est double. Dune part, nous souhaitons décrire lhumeur de chacune des trois générations qui se côtoient actuellement au Québec - qui est à peu près valable un peu partout au Canada, je dirais - . Cette description nous fera mieux comprendre les enjeux qui se jouent dans le monde et dans les relations de travail. Dautre part, nous espérons esquisser des pistes qui permettront le rapprochement entre les générations, en vue délaborer des solutions viables pour lavenir. " " Au milieu des années 1980, explique plus loin Eric Bédard, Fernand Dumont faisait remarquer que la jeunesse était devenue, dun mouvement dinsouciance et de légèreté, un monde à part, un univers spécifique se situant quelque part entre ladolescence et le monde adulte. - Très riche réflexion. - [ ] Bien sûr, les généralisations, appellent à la prudence. Certains jeunes ne se reconnaîtront pas dans le sombre tableau que nous faisons, car ils ont choisi des créneaux fructueux [ ]. " Ceux qui sont nés à la toute fin du baby-boom, estime luniversitaire torontois [David Foot], sont arrivés à la vingtaine au moment où une large portion des baby-boomers occupait la majorité des places, places quils ne comptaient pas céder, évidemment. Ceux qui sont nés dans les années soixante et soixante-dix appartiennent à une plus petite cohorte encore. La jeunesse daujourdhui na pas le poids numérique que la jeunesse dhier a eu - je pense bien que tout le problème est là : elle nest plus en mesure dimposer ses valeurs et voit sa force politique diminuer à mesure que les années passent. " Puis, plus loin : " Il est désormais permis détablir un lien de causalité entre lâge et les conditions matérielles. Le fait dêtre âgé de moins de 35 ans, aujourdhui, multiplie les probabilités de vivre dans la précarité ou doccuper des postes qui ne correspondent pas à ses aptitudes et ses ambitions ". On parle ensuite du baby-boom, qui est lobjet dun procès sans merci. " On leur reproche, explique Eric Bédard à propos des baby-boomers, davoir de bons emplois bien rémunérés. On les perçoit comme danciens idéalistes ayant remisé les rêves dans le placard du conformisme ou comme des insensibles qui ignorent lisolement des jeunes et mettent à lécart la jeune génération plutôt que de lécouter. " Quand on appartient à une génération, on appartient à un fait démographique. Ce serait souhaitable que des gens appartenant à cette génération souvrent davantage à cette situation, mais ils appartiennent aussi à un fait démographique quon ne peut pas non plus ignorer comme tel. " À lautre bout du spectre générationnel, les aînés, moins bruyants toutefois que leurs petits-enfants, en ont souvent gros sur le cur. Ils ont limpression davoir été floués. De leur uvre, de leurs valeurs, de leur expérience, les baby-boomers nont rien retenu, estiment certains dentre eux. Un homme de 67 ans déclare - je précise tout de suite que ce nest pas moi - : On a le sentiment que tout ce quon a livré de nous-mêmes en héritage est sans valeur aux yeux de cette génération. Le fil des générations sest brisé avec eux. Où cest quils vont se trouver si lancien et le nouveau, ça ne vaut plus rien? " Enfin, pour reprendre une formule du dernier chapitre de ce livre : " Nous sommes tous responsables les uns des autres ". Ce qui me rappelle cette réflexion de Marc Aurèle : " Nous vivons les uns pour les autres ". | ||
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Des images de perdants | |||
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CAUCHON, Paul. " Ralbol ! ", Le Devoir, 7-8 novembre 1998. | Lémission commençait par un cri du cur de Luc Picard : " On est tannés de voir des images de gars faibles à la télévision à côté de femmes toutes-puissantes. Ça ne représente pas la réalité. " Le propos a été repris par Paul Cauchon dans Le Devoir du 8 novembre dans un article intitulé " Ralbol ". Il cite Michel Dumont, par exemple, qui dit " Cest toujours limage du père manquant. " " Dans toute la dramaturgie québécoise, lhomme est souvent un homme torturé qui prend un coup, qui perd, qui a de la misère à prendre les choses en main ", rajoute Gilbert Sicotte. " On touche là au cur de lidentité québécoise, peu sûre delle-même, explique plus loin le journaliste du Devoir. Cloutier fait remarquer que si le cinéma américain est si populaire auprès des Québécois, cest peut-être justement parce quil propose des héros, des hommes forts capables daffronter la vie, de se prendre en main et de sen sortir. Au Québec, sil lui manque 20 $ pour boucler son budget, un homme va se suicider! " [rires] " Lhomme a changé dans le téléroman, soutient Guy Fournier : il est passé dun être passif dominé par sa femme à un homme torturé qui cherche sa place. " Quant à Victor-Lévy Beaulieu, il soutient que " les sociologues nous disent que lhomme québécois en général est un peu torturé, il se sent menacé. " Reste à se poser une autre question : Le public est-il fatigué de regarder des émissions où les hommes jouent un rôle de perdants? | ||