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Émission du mardi 10 novembre 1998 |
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Garry Davis, premier citoyen du monde |
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Certains noms conservent un parfum de légende. Cest le cas de Garry Davis. Ce nom vous dit-il quelque chose? On dit quune bonne idée, ça prend toujours un certain temps à germer, à devenir un arbre et à fleurir. On entend parler maintenant de " Cour internationale de justice ", ou encore de " gouvernement mondial "; et cest précisément de cela que nous entretenait, à lépoque, Garry Davis. |
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GIRARD, Patrick. " Garry et Troy Davis : citoyens du monde de père en fils ", Le Nouvel Observateur, 25 juin au 1er juillet 1998. |
Nous pourrions dire que cet homme est une sorte de Don Quichotte, puisque cest lui qui a fondé le Mouvement des citoyens du monde (World Citizen Foundation). Ancien pilote de lUS Air Force, dont lavion avait été abattu pendant la Seconde Guerre mondiale, il sest retrouvé en Allemagne au milieu des ruines. Bouleversé par la cruauté, limbécillité et lhorreur des guerres, il sest dit : " Il faut absolument que nous adoptions une nouvelle vision de la vie sur cette Terre. " Et ainsi a germé dans son esprit lidée de créer un mouvement mondialiste. Ce qui la amené à se retrouver en France en mai 1948 où il rompt avec sa patrie dorigine en déchirant son passeport américain devant lambassade des États-Unis à Paris. Quelques mois plus tard, il installe sa tente dans les jardins du Trocadéro à Paris en se présentant comme " Le premier citoyen du monde ". Les gardiens sinterposent, mais un peu mollement : les journaux ayant déjà beaucoup parlé de lui, on savait qui il était. Le moment était bien choisi : lAssemblée des Nations Unies, alors une jeune organisation qui venait dêtre créée par la Charte de San Francisco (1945), allait tenir sa première session au Palais de Chaillot. Le 19 novembre 1948, Davis interrompt une séance de lAssemblée onusienne pour demander la création dun gouvernement mondial. Il fait une fois de plus la une des journaux, et crée le Mouvement des citoyens du monde. Décembre 1948, cest par milliers que célébrités et anonymes viennent lentendre. Parmi ceux qui soutiennent sa démarche : Albert Einstein, André Gide, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Breton, lAbbé Pierre, des tas de gens comme ça qui avaient été séduits par lidéalisme, par la sincérité également, du personnage. À un moment, il a été assez près de Vincent Auriol, qui était le président de la République en France à cette époque. Cette protection du Président lui a dailleurs été utile car il était désormais sans passeport. Par la suite, la démarche tourne en rond et on nen entend plus parler pendant un certain temps. Jusquà maintenant, en fait, car un de ses fils, Troy Davis, vient de sengager dans le même sens. " Mondialiste convaincu, cet ancien étudiant en physique de Harvard se bat pour la désignation dun gouvernement mondial chargé de trois missions : prévenir les guerres, défendre lenvironnement et protéger les droits des minorités, écrivait à son propos Patrick Girard dans Le Nouvel Observateur du 25 juin au 1er juillet 1998. Lidée est la même, le langage a changé. Troy Davis parle volontiers de société civile et affirme que le mondialisme est le seul moyen de lutter efficacement contre le déficit démocratique dont souffre notre planète. Pour lui, le seul clivage qui tienne, cest le clivage entre démocratie et dictature. Et lunique remède est de se mettre à lécoute des peuples, des individus et des minorités afin de promouvoir lémergence dun État de droit mondial. " Cest bien pour dire : cinquante ans après, cest le fils qui reprend ce combat. On fêtera dailleurs cette année le 50e anniversaire de la fondation du Mouvement. Je trouve ça extrêmement sympathique cette reprise du flambeau par le fils, mais en même temps, je réalise à quel point on est lent à trouver des solutions à nos problèmes. En effet, la situation actuelle qui prévaut sur la planète est loin dêtre meilleure que celle qui a impressionné Garry Davis lorsquil sest retrouvé en Allemagne. Dans son entreprise, Troy Davis est soutenu par quelques fondations dont Charles-Leopold-Mayer, et Soros, dont je vous ai déjà parlé. Pour ceux dentre vous qui souhaitent communiquer avec le World Citizen Foundation sur le Net, voici ladresse électronique : http://www.worldcitizen.org. et http://www.worldcitizen.org/wcf.shtml |
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Ladultère |
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Par exemple, jai trouvé dans un Marie-Claire du mois daoût dernier un article qui portait sur linfidélité des hommes en général, et en particulier, sur linfidélité de certains hommes politiques. Parmi dautres publications, une en particulier ma beaucoup frappé : on y parlait de linfidélité comme dun phénomène avec lequel il faut apprendre à vivre, avec lequel il faut saccommoder, si lon veut avoir une vie heureuse. Pourquoi pas un mari et un amant? Et dans lautre sens : Pourquoi pas une femme et une maîtresse? Très compliquée la vie, on ne sen sortira pas facilement |
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HOUEL, Annick. " Amour et adultère à travers les âges ", Le Journal des psychologues, Nº 158, juin 1998 |
Ladultère est un sujet un peu délicat, mais je suis tout de même arrivé à trouver un article qui essaie de faire le tour de la question : il sagit dun article remarquable dAnnick Houel, professeure de psychologie sociale à luniversité de Lyon, qui est paru dans le Journal des psychologues du mois de juin, sous le titre " Amour et adultère à travers les âges ". Le chapeau de larticle est éloquent : " La banalisation du divorce et les mariages successifs modifient profondément le vécu amoureux contemporain. Le modèle de lamour courtois, qui impliquait un trio - le mari, lamant et la femme adultère - , est-il en train de disparaître? " de ladultère à la monogamie sérielleCe modèle, cest celui que lon retrouve dans les comédies dune époque en France, dans les savoureuses pièces de Feydeau comme chez ces autres merveilleux boulevardiers. Dans ces mises en scène, cétait toujours la femme qui était adultère, alors que les hommes étaient confrontés et soumis à ses choix à elle... Aujourdhui, il suffit de voir le nombre de divorces, de familles recomposées, de remariages, pour comprendre quon a une attitude différente : on en vient à développer le concept de la monogamie sérielle. Cest sérieux, je vous assure! Monogamie sérielle, cela veut dire que les gens se marient pour deux, trois ans et quaprès, ils divorcent et se remarient par la suite, comme cela se produit maintenant fréquemment. Dans un sens, ils sont toujours monogames, mais au fond, ils sont tous polygames ou polyandres dans le temps. Ce qui implique quil ny a pas de fidélité pour lensemble de la vie. " À quoi voulaient-elles, ou veulent-elle encore résister? sinterroge madame Houel, en parlant des femmes qui sont impliquées dans ce phénomène social. Sans doute, à un mode de relations entre les sexes qui ne leur apportait pas toute satisfaction, pas plus quaux hommes peut-être, répond-elle. À lheure dune relative égalité sexuelle, elles apparaissent pourtant comme les plus désillusionnées, si lon en juge par le très important taux de divorces, demandés principalement par elles. Elles ont cru, ou du moins a-t-on tenté de leur faire croire, quamour et mariage pouvaient enfin aimablement se conjuguer "; puisquon a inventé depuis une certaine époque le " mariage damour ". Mais ça na pas lair de marcher mieux. Même, jose dire quil semble que ça marche plus mal encore que le mariage arrangé par les parents pour des raisons de fortune. Ce nest pas du tout ce quon pensait que ce serait, finalement [rires] " Ladultère souligne limportance de linsatisfaction de tous dans ce système amoureux et conjugal ", poursuit-elle. Puis, se référant à un ouvrage de Freud écrit en 1908 (La Morale sexuelle civilisée), elle explique : " Freud insiste sur " la double morale sexuelle " de son temps qui accordait une certaine liberté aux hommes et imposait aux femmes une " forte exigence dabstinence jusquau mariage ". Freud note combien le mariage, dans cette situation dissymétrique, ne pouvait quengendrer déception de part et dautre : " Les jeunes filles ne réservent aux hommes que désappointement " et il ne reste aux femmes, dit-il, " que le choix entre un désir inapaisé, linfidélité ou la névrose ". " Ça va mal notre affaire! [rires] Telle était donc lopinion de Freud en 1908, il y a 90 ans de ça et Annick Houel souligne quil envisageait ladultère " comme une des issues possibles à linsatisfaction féminine ". " Le mariage damour finit par simposer au début du 20e siècle, explique plus loin lauteure, et la force de ce modèle explique les réticences prolongées de notre société face au divorce. Il faut attendre plus dun demi-siècle - encore une chose qui aura pris du temps! [rires] - pour que le divorce passe totalement dans les murs, mais à condition de fonctionner comme lultime moyen de sauvegarder le principe du mariage damour. " Le divorce est facilité, mais ladultère est devenu une affaire strictement privée : " En est-il pour autant absous dans les mentalités? " sinterroge Annick Houel avant daffirmer que " la double morale sexuelle continue de sexercer ". Cest un article fort long dans lequel jai effectué comme toujours un découpage dextraits pour aller à lessentiel. Ce qui ne veut pas dire que larticle nest pas entièrement intéressant, et vous pourrez vous y référer. " Ambiguïté dans les termes, ambiguïté dans la fonction : lamour se pense, se dit, se vit et se fait; le terme " faire lamour " rend compte dun acte qui est censé, mais rien nest moins sûr, englober le sentiment. Cette définition de lamour qui sappuie sur le désir sexuel soppose alors aux deux autres sens courants, lamour défini comme attitude altruiste et lamour défini comme affection entre membres dune famille ", explique-t-elle, avant de rappeler que les Grecs, en faisant une distinction " entre agape (lamour dans sa dimension sublimée de don) et eros (lamour dans sa dimension sexuelle) ", avaient deux définitions de lamour bien différente. Ensuite, il est question de la définition du Grand Robert de la langue française : " Le féminin damant est maîtresse et non amante - et lacception encore courante est celle du trio traditionnel du vaudeville : lamant a pour maîtresse une femme mariée. Acception désuète certes, mais qui reste dominante, le mot " amante " étant " vieilli ou littéraire "; aucun terme nouveau ne réussit à simposer. Le mot " maîtresse ", à lorigine de la femme aimée de lamour courtois mais aussi, comme telle, la femme du maître, garde ce sens implicite dans le jeu du trio adultère. " On perpétue ainsi le modèle où cest la femme qui est adultère, même si, comme vous le savez très bien, ce nest pas le seul modèle Annick Houel souligne par ailleurs la fascination, lattrait important quexerce ladultère féminin sur limaginaire social et la grande influence du cinéma. Par exemple : Madame Bovary, Une partie de campagne, Léternel retour, [ ] Mélo de Resnais, parmi les plus célèbres. " LOscar remporté en 1997 aux États-Unis par Juliette Binoche, lactrice française dun film américain parfaitement romantique, Le patient anglais (1996), montre que ladultère féminin continue dêtre dans limaginaire occidental typiquement français. Tous ces films sont situés à des époques où ladultère féminin était encore pénalisable, remarque la psychologue. Cest autant limage de linterdit qui est mobilisée quune image de liberté, échappatoire à une monogamie quon peut voir comme de plus en plus coercitive dans la mesure où le mariage doit être maintenant un mariage damour et le rester. " La psychologue estime aujourdhui que: " On peut voir les différentes formes de concubinage et de cohabitation comme autant de façons de tester laptitude de chacun au mariage et à la fidélité. En témoigne ce phénomène nouveau des 20 dernières années, quon a appelé le mariage à lessai, cest-à-dire la cohabitation juvénile ainsi que la cohabitation moins juvénile, celle que pratiquent aussi les divorcés ou séparés, entre deux mariages. On peut même voir dans le divorce la preuve de la prégnance du modèle marital : le divorce ne sonne pas forcément le glas du mariage, il est tout autant le signe de lénorme exigence damour que ce dernier suppose. Les divorcés se remarient ou vivent en union libre; quoi quil en soit, tous se retrouvent dans un système de monogamie, où lamour justifie lunion. " En revanche, la libéralisation du divorce pourrait bien signifier la fin de ladultère. Le mariage damour pose en effet des exigences nouvelles et le fait entrer dans une logique de la rupture plutôt que de linterdit. En cas dadultère, le divorce par consentement mutuel autorise à faire au plus vite de son amant le mari suivant. - Est-ce souhaitable? Ça cest autre chose - De plus, continue-t-elle, la position adultère devient plus difficile à tenir quand plus rien nempêche de divorcer pour épouser son amant - elle renchérit -, même un Julien Sorel lamant classique romantique - transformé en mari risque de perdre beaucoup de son charme. " Cest vrai mesdames, nessayez pas de transformer vos amants en maris, parce que je vais vous dire franchement ce qui va arriver : vous en ferez des maris! [rires] " Le mariage damour, dit ensuite lauteure, sil a été une réponse efficiente historiquement au problème de ladultère, en maintient efficacement linterdit. " Annick Houel rappelle que très peu détudes ont été menées sur le comportement sexuel. Que ce soit dans le domaine de la psychologie, par exemple, ou dans celui de la sociologie " qui, souligne-t-elle, hésite pourtant de moins en moins à se pencher sur le comportement sexuel de ses contemporains, [mais qui] ne sintéresse pas vraiment à ladultère en tant que tel. " On a, au cours de certaines études dans les années 1970, démontré que plus de 10 % des femmes interrogées déclaraient avoir été infidèles comparé à 30% des hommes. Mais ces pourcentages se sont modifiés dans les études subséquentes : le ratio est demeuré le même - trois hommes infidèles pour une femme infidèle - , mais on était maintenant à seulement 2,7 % de femmes et 6,4 % dhommes, comme sil y avait eu une diminution de linfidélité. Pour expliquer le phénomène, Houel affirme : " Ces dernières années, le mot [adultère] est passé de mode : on parle de multipartenariat [rires] dans les enquêtes sociologiques - ou dinfidélité dans les magazines - en se situant dans une perspective de couple et non plus de mariage. [ ] Ladultère entre donc de nouveau dans lombre, du moins dans les sondages. Le thème redevient-il tabou ou na-t-il plus de raison dexister? - Une bonne question ça - [ ] Pour lheure, conclut Annick Houel, limage de ladultère sefface pour laisser la place à une nouvelle image du mariage damour, fut-il sériel. " Une dame me disait justement lautre jour : " Lhomme de ma vie, ces temps-ci " Cest joli non? Lhomme de ma vie ces temps-ci " Ladultère deviendrait-il caduc dans un système où, en quelque sorte, lillégalité perd ses droits, dans un système où chacun est tenu dassumer une double fonction, où le mari est censé tenir lieu aussi damant, où la femme est censée faire la maman et la putain " [rires] |
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La résilience |
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Je vous ai parlé de résilience à quelques reprises déjà. Jajoute, à chaque fois, quelque chose de nouveau parce que cest une question qui mintéresse beaucoup. Je dois vous avouer que ces temps-ci je poursuis une recherche dans une nouvelle direction, à la suite dune intervention qui a été faite par une auditrice qui ma suggéré daller consulter les ouvrages dun chercheur qui est le premier à avoir abordé la question de la résilience. Jy reviens encore parce que jai fait un peu de fouille sur le mot " résilience ". En français, au figuré, le mot suggère un aspect psychologique très important : en fait, la résilience caractérise la résistance aux chocs. En anglais, cest beaucoup plus clair : " Resilient : recovering strength, spirit, good humor, tending to recover or adjust easily to misfortune or change ", termes quon retrouve dans le Websters New World Dictionary. Cest dans ce sens-là que je prends le mot en français. Je vous dis ça parce quil nest pas encore, que je sache, tout à fait accepté en français, du moins au sens figuré. Parce que, lorsquon parle de " résilience " en français, cest surtout au plan de la physique : " Qui résiste plus ou moins au choc, est caractérisé par une résilience plus ou moins grande. Le rapport de lénergie cinétique ", etc. De toute façon, jai trouvé ce mot à plusieurs reprises sous la plume de léthologiste Boris Cyrulnik, qui est un homme très instruit, probablement le scientifique auquel les médias français recourent le plus ces années-ci, lorsquils ont besoin dune opinion sur quelque sujet. |
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