PAR...  

Émission du lundi 9 novembre 1998

Le mariage : garant de santé et de longévité

Imaginez, mes amis, que les cinq ingrédients de la recette pour vivre longtemps et en santé c’est un régime faible en gras, un programme d’exercice régulier et… le mariage.


On dirait qu’il y a comme ça un changement de cap. Après avoir tellement dit de méchancetés au sujet du mariage – pas ici particulièrement, mais un peu partout - on a remis cette noble institution en question, et il semble maintenant qu’on commence à en dire du bien. Par exemple, on affirme que le mariage profite à la santé, au revenu, qu’il serait même un facteur de longévité…
D’après :

ESTROFF MARANO, Hara. " Mariez-vous et vivez heureux! : Les unions profitent à la santé… et aux revenus ", Le Soleil, 23 août 1998.


Pour citer textuellement la docteure Linda Waite, dont les propos étaient publiés récemment dans un article du New York Times et repris par le journal Le Soleil : " Il [le mariage] prolonge la vie, améliore de façon significative la santé physique et mentale, en plus de procurer des revenus supérieurs à ceux des gens célibataires, divorcés ou qui vivent ensemble. " Professeure de sociologie à l’université de Chicago, la chercheure présentait les résultats de son étude, intitulée " Les Avantages du mariage ", lors d’une conférence sur la question tenue à Washington en juillet dernier. S’appuyant sur des statistiques et des études parallèles ou antérieures, madame Waite a étudié la question d’un point de vue scientifique.

Par exemple, l’article d’où je tire ces informations relate qu’en 1972, une sociologue avait avancé l’idée que les femmes mariées obtiennent une note supérieure à propos de quatre détresses psychologiques (dépression, symptômes neurotiques, névrose phobique et passivité) et que cette idée est entrée dans la culture populaire. Peut-être encouragée par une vague de féminisme, comme le soutient la docteure Linda Waite? Bref, son approche va à l’encontre de la croyance voulant que le mariage soit une institution oppressive pour les femmes. Et son étude rapporte que des chercheurs ont découvert plusieurs façons de mesurer la santé émotive.

Les hommes, comme les femmes mariés, dit-elle, obtiennent d’excellents résultats à ces tests de santé émotive. Qui plus est, au cours des deux dernières années, plusieurs études importantes qui ont suivi les gens dans leurs relations pendant une longue période de temps ont prouvé que le mariage amène le bien-être psychologique chez les deux sexes. " Apparemment, cette conclusion est en désaccord avec ce qu’on disait au début des années 1970. Il semble que le mariage ait beaucoup changé au cours des ans, qu’il comblerait davantage les attentes des dames.

En conférence de presse, la docteure Waite racontait que, il y a quelques années, sa curiosité a été éveillée lorsqu’elle a vu, dans un rapport statistique, que le mariage comportait de grands avantages pour ce qui est de l’espérance de vie. Bref, que les hommes et les femmes mariés vivent plus longtemps. " Parmi les hommes, ceux qui n’étaient pas mariés pour quelque raison que ce soit - veuf, divorcé ou célibataire - , avaient seulement 60 à 70 % de chances de vivre jusqu’à 65 ans par rapport à 90 % chez les gens mariés. " Quand je vois ça, j’ai bien envie de rigoler parce que ça me fait une drôle d’impression d’avoir dépassé l’âge correspondant au plafond de l’espérance de vie défini par les statistiques. C’est un peu gênant d’un côté : excusez-moi d’être vivant. Mais de toute façon, dans mon cas, il est trop tard pour que je meure jeune… [rires]

Dans ses recherches, madame Waite a ainsi identifié " une augmentation accrue de mauvaise conduite chez les célibataires et une baisse considérable de mauvaises habitudes, comme la consommation d’alcool et de drogues illicites chez ceux qui sont passés devant l’autel. " (ou le notaire, ou le maire...) On relate également que la santé émotive est liée à la satisfaction sexuelle : " À ce chapitre, le mariage favorise à la fois les hommes et les femmes, quoique les femmes en retirent un peu plus. " Tiens, c’est curieux… " De plus, mentionne la docteure Waite, qui doit être bien mariée, les gens mariés ont des relations sexuelles deux fois plus fréquemment que les célibataires. " Voyez-vous ça : c’est exactement ce que je ne pensais pas, ce que je n’aurais pas cru…[rires]

Selon l’étude, les couples non mariés qui vivent ensemble ont une vie sexuelle aussi active que les gens mariés, mais en retirent moins de satisfaction sur le plan émotif. " On reste un peu surpris, à se demander comment, pourquoi, etc. Mais cela est, paraît-il. " La satisfaction repose sur la fréquence des rapports sexuels, la fidélité et l’engagement émotif dans la relation. " Ce serait l’explication…

Presque au milieu du mois de novembre, nous arrivons à une période de l’année où il fait plus sombre plus tôt. N’est-ce pas un bon prétexte pour se coucher plus tôt… Amusez-vous bien!

Retour au début-

Edgar Morin : de l’univers des idées à l’astrologie

 Edgar Morin
D’après :

MORIN, Edgar. " La nature des idées ", Sciences humaines, Nº 21, juin-juillet 1998.


Je veux vous dire, une fois encore, l’admiration que m’inspire Edgar Morin, ce philosophe et sociologue dont je vous ai parlé à plusieurs reprises, bien sûr.

Je vais, cette fois-ci, vous entretenir de son propos sur l’univers des idées, paru dans un numéro hors série de Sciences humaines qui portait sur la vie des idées. J’ai trouvé cet article tout à fait remarquable, bien que son argument ne soit, quant à moi, pas entièrement nouveau, puisqu’il l’avait déjà exposé, d’une autre façon, dans Les Idées : le tome IV de son ouvrage colossal La Méthode, paru au Seuil en 1995.

Je me permets ici de faire un petit détour pour vous rappeler qu’au début de cette année, j’ai écrit un article sur l’astrologie afin de dire que je comprenais très bien la critique que les gens de science font de l’astrologie; lorsqu’ils nous rappellent, par exemple, que l’axe de la rotation de la Terre ayant pivoté depuis trois mille ans, les constellations sont décalées dans le zodiaque. Par conséquent, les natifs du Sagittaire, sur le plan astronomique, sont maintenant des Scorpions… De ce point de vue-là, c’est tout à fait juste, mais ça n’explique pas comment il se fait que, dans certaines circonstances, l’astrologie ça marche ou, du moins, ça en a l’air. Vous voyez les précautions que je prends…

 

LANGUIRAND, Jacques.Le pourquoi, le comment et le peut-être… ", Guide Ressources, janvier 1998.


Lorsque j’ai entrepris d’écrire cet article dans le Guide Ressources, c’était pour tenter d’y comprendre moi-même quelque chose, puisqu’au départ, je n’étais pas sûr de ce que j’en pensais : l’ayant fini, je n’en étais pas trop sûr non plus. [rires] Tout de même, j’ai avancé quelques théories, partant de l’idée que la croyance en l’astrologie est universelle - c’est même l’une des plus grandes croyances de l’humanité, en fait, car il existe d’autres cosmogonies, un peu partout dans le monde, que celle sur laquelle s’appuie l’astrologie que nous connaissons : par exemple, est-ce que la croyance en tout ça ne constituerait pas une entité autonome? Est-ce que ça ne ferait pas partie de
l’inconscient collectif de Jung? (passer par l’inconscient collectif pour expliquer l’astrologie, pourquoi pas? Puisque d’après Jung, ça serait " un fond d’images anciennes qui appartiennent au trésor commun de l’humanité ", tous les archétypes qui en sont le fondement se retrouvant dans les mythes anciens, les légendes et même à travers certains symboles de nos rêves profonds.) Et si ça remonte à aussi loin, peut-être bien que ça existe quelque part?
rappel :

MORIN, Edgar. " La nature des idées ", Sciences humaines, Nº 21, juin-juillet 1998.


Ce que nous raconte Edgar Morin apporte de l’eau au moulin de l’explication que j’ai tenté de donner à l’astrologie. D’abord, il applique à l’univers des idées certaines propriétés du vivant : " Les idées forment des systèmes qui peuvent être clos ou bien ouverts, écrit-il. Ils comportent tous un noyau dur de croyances autour duquel gravitent des argumentaires de justification. " Dans son article, il mentionne un autre scientifique, Karl Popper , qui a distingué trois mondes :
  1. le monde des choses matérielles
  2. le monde des expériences vécues
  3. le monde des choses de l’esprit : la " noosphère

C’est curieux, on reprend la formule qui était au départ celle de Teilhard de Chardin. D’une certaine manière, Popper considère le monde des idées comme un monde relativement autonome. " Ceci étant dit, s’égare-t-on donc vraiment quand on dit : " C’était dans l’air, les idées sont dans l’air ", lorsqu’une une invention est faite en même temps en des endroits différents?

" La pensée est productrice d’idées qui ne sont ni des représentations internes ni des éléments du monde extérieur : leur nature est différente ", explique plus loin Morin. Il cite sur ce point un chercheur (Piort Wojciechowski, un théoricien canadien d’origine polonaise, auteur de " The Impact of Knowledge on Man ", dans Hommage à François Meyer, 1983) qui affirme que : " La connaissance est faite par l’homme et dépend de l’homme, mais le corps de la connaissance est une entité distincte de l’homme. "

" Le monde imaginaire/mythologique/idéologique, existe bel et bien, affirme Edgar Morin à propos des idées : c’est un produit des esprits et des humains. " Plus loin, il précise: " Dès lors, on peut envisager la noosphère comme émergeant, avec sa vie propre, à partir de l’ensemble des grandes activités anthroposociales. Ainsi, une " noologie ", étude de la noosphère - je reviendrai sur le sujet plus loin - , considère les choses de l’esprit comme des entités objectives. " Comme des objets, pourrait-on dire, mais qui ne sont pas de nature matérielle. Ça va loin, sans être réductionniste. Il le dit d’ailleurs lui-même : " …sans réduire l’idée au virus, ni la vie de l’esprit à la vie nucléoprotéinée. " Je suis persuadé que de nombreux scientifiques ne sont pas d’accord avec les théories d’Edgar Morin, mais ils ne réussissent toujours pas à expliquer pourquoi on a le sentiment que les idées peuvent exister comme des entités.

" Les dieux autrefois, poursuit-il, vivaient dans l’imaginaire. […] Dans l’Antiquité, les Grecs avaient d’ailleurs nommés les dieux " immortels ", par opposition aux humains qui eux étaient mortels. En réalité, les dieux sont mortels : ils meurent le jour où la communauté qui a foi en eux meurt. " Quand il n’y a plus de croyance pour soutenir cette idée-là, elle passe, elle meurt. C’est intéressant parce qu’il parle de l’idée comme ayant des propriétés du vivant : les idées naissent, elles évoluent, elles progressent, elles se définissent et se redéfinissent, s’organisent, prennent de l’ampleur, et - pourquoi pas? - elles traversent une crise du milieu de la vie, se marient entre elles, font des beaux enfants, je ne sais pas moi… [rires] Morin a une façon tellement extraordinaire de simplifier l’information...

Par exemple, il parle des idées comme d’une chose, un niveau de fonctionnement, mais il précise qu’il faut tenir compte aussi de la doctrine, de l’idéologie, de la théorie, de ce qui est différent. " La doctrine refuse donc toute critique et manie l’anathème, explique-t-il - les intégristes sont des gens de doctrine, et même davantage, de dogme - ; la théorie accepte, quant à elle, les critiques sous certaines conditions mais elle est animée d’une vigueur polémiste. " J’aime beaucoup trouver le mot juste : si je dis de telle approche que c’est une doctrine, c’est qu’elle refuse la critique. Ainsi, à propos de l’enseignement bouddhiste, je ne parlerai plus de doctrine : je parlerai de théorie. Comme la théorie de la réincarnation, qui accepte les critiques sous certaines conditions, mais qui est animée d’une vigueur polémiste.

Il est aussi question de l’idéologie : " Les idéologies partent le plus souvent de pensées, de théories ou de conceptions de philosophes, qui, sorties du cercle philosophique, sont largement divulguées. En effet, les idéologies sont entrées dans le domaine public et dans le monde des idées politiques et sociales. Le marxisme - par exemple - est une théorie devenue doctrine puis une idéologie. " On progresse là! Puis, pour conclure, Morin revient sur les idées et notre rapport à elles en disant : " Sans cesser d’être possédés par nos idées, écrit-il, nous devons les contrôler, les vérifier, et le cas échéant, les abandonner. " Et cela, même si ce sont des entités, pour ainsi dire, vivantes.

Il y a un moment, j’ai mentionné le mot " noosphère " : Noos est un mot grec qui signifie esprit. On a employé plusieurs fois ce mot pour parler de la noétique, l’étude de l’esprit, et des sciences noétiques, qui étudient l’esprit. Cette idée de la noosphère paraît venir de Popper, mais elle serait, d’après moi, associée à Teilhard de Chardin. C’est l’idée qu’il existerait comme une sphère de l’esprit, de la pensée, des idées, des croyances, des symboles, des mythologies... Et on peut supposer que cette sphère serait " relativement autonome ". Voici un argument qu’apporte Edgar Morin pour faire valoir ce point de vue : " Quand des éléments sont réunis et interagissent pour former un système, il se crée, au niveau de l’organisation du tout, un certain nombre de propriétés ou de qualités non présentes dans les parties considérées séparément. "

En somme, le tout est plus grand que la somme des parties et se définit par lui-même, dans le rapport qui existe entre ses parties, puisque " un certain nombre de propriétés et de qualités non présentes dans les parties considérées séparément " apparaissent quand ces parties-là sont mises ensemble. " Par exemple, dit Morin, la rencontre de deux atomes d’hydrogène et un d’oxygène crée la molécule d’eau, ayant des qualités non présentes dans les éléments pris séparément. " À partir de cette notion, Morin en vient à dire, à soutenir même, que la culture est ainsi faite d’éléments - de valeurs, de signes, de symboles qu’on se communique les uns aux autres dans une société - qu’elle devient englobante, qu’elle a, en quelque sorte, sa propre existence, même si chacun d’entre nous n’est pas au fait de la totalité de cette culture, il en fait quand même partie.

Voilà ce qui m’a passionné dans cet article, parce qu’il rejoint cette impression que j’avais d’un rappel de l’inconscient collectif de Jung : un collage de toutes les valeurs non conscientes que portent les individus, mais qui représente en soi une réalité.

Au départ, la recherche que j’avais entreprise à propos de l’astrologie m’avait été inspirée d’une remarque de Hubert Reeves, l’astrophysicien et philosophe que vous aimez tous beaucoup. Un jour, où il était invité à se prononcer avec d’autres scientifiques sur l’astrologie, il a rappelé qu’elle n’avait, selon lui et à toute fin pratique, aucun fondement scientifique - du moins dans le cadre suggéré par la science d’aujourd’hui. Pourtant devant le mystère que soulèvent certaines croyances occultes, il avait dit, prudemment : " Y’a un truc… Dans le sens qu’il existe une explication à des pratiques non rationnelles, qui pour le moment demeurent inexplicables. " Non rationnelles, c’est-à-dire de l’existence d’idées, de croyances qui ont pour ainsi dire une vie propre…

Bonne et mauvaise motivation

Voir aussi : (document apparenté) L’auto-thérapie - si le cœur vous en dit!

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

Retour au début du texte