PAR...  

Émission du jeudi 5 novembre 1998

Carlos Castaneda

" Un homme va au savoir comme il part pour la guerre : bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. "

Don Juan, à Carlos Castaneda


Je ne sais pas si vous vous êtes déjà intéressé à Carlos Castaneda, cet anthropologue qui, un jour, en poursuivant ses recherches en anthropologie et en ethnologie est allé dans le désert du Mexique et a rencontré un maître dans le but de documenter une recherche pour une thèse de doctorat. Puis, pour notre plus grand plaisir, il a été pris au jeu, et a écrit : Histoire de pouvoir, La Force du silence, l’Art de rêver, le Don de l’aigle, le Feu du dedans, le Second anneau de pouvoir, L’Herbe du diable et la Petite fumée, Le Voyage à Ixlan; des ouvrages très importants qui ont paru autour des années 1970.

C’était un homme très mystérieux, connu dans le monde entier. On n’a su peu de choses sur lui, quoique vers la fin de sa vie, il avait accepté d’animer quelques ateliers. J’ai appris son décès le 19 juin dernier, " à l’âge supposé de 72 ans ", disait-on dans un article, tant ce personnage a toujours su demeurer discret sur sa vie personnelle. " Incidemment, son corps a été incinéré et ses cendres dispersées au-dessus du désert mexicain, conformément à ses dernières volontés. Fidèle à sa légende et au secret dont il aimait s’entourer. "

Une amie a effectué un montage assez volumineux de plusieurs textes provenant des livres de Castaneda, dont je vous communique certains extraits.


D’après son enseignement, le cheminement d’un être humain comporte quatre étapes :

1) l’apprentissage
2) le guerrier
3) le sorcier
4) le voyant

1) l’apprentissage

Dans cette première phase qu’est l’apprentissage, on fera l’expérience de fumer, de mâcher ou d’ingérer des plantes de pouvoir. " Sous l’influence de ces psychotropiques, ma perception du monde fut tellement bizarre et impressionnante que j’en étais venu à supposer que cet état constituait l’unique voie pour communiquer et apprendre ce que Don Juan essayait de m’enseigner. Cette supposition était erronée", raconte Castaneda. " Pourquoi m’avez-vous fait prendre ces plantes autant de fois?, demande-t-il à Don Juan. C’est parce que tu es bouché! ", lui avait-il répondu. [rires]

Il y a toutefois d’autres catégories de gens qui n’en ont pas besoin, voyez-vous. C’est dans cette première période que Don Juan expose à Carlos les fondements de son enseignement. Pour les comprendre, il est impératif de connaître la signification du vocabulaire particulier à son monde. D’abord, il y a le Tonal Nagual, la totalité de soi-même, avec les deux éléments qui le composent. Il parle également d’un point d’assemblage. Il précise : " Le côté droit, appelé le Tonal comprend tout ce que l’intellect peut concevoir, et le côté gauche, appelé le Nagual, est un domaine échappant par nature à toute description, un monde impossible à enfermer dans des mots. " À un autre niveau de discours, on pourrait aussi dire que ces deux parties correspondent aux deux hémisphères du cerveau - en considérant le Tonal comme la partie plus linéaire, plus logique, et le Nagual comme étant la partie analogique, plus intuitive - , de même qu’on pourrait les comparer à la complémentarité du moi et du soi - le soi étant la partie la plus mystérieuse et la plus élevée de l’être humain, par rapport à son être social.

" À notre naissance, dit Castaneda, et pendant un certain temps, nous ne sommes que Nagual - qui est, je le répète, la partie plus intuitive de l’être. Nous sentons intuitivement qu’il nous faut une contrepartie pour fonctionner. Le Tonal nous manque et cela nous donne dès le début un sentiment d’incomplétude. Puis le Tonal commence à se développer et devient capital pour notre fonctionnement. Tellement important qu’il offusque l’éclat du Nagual et l’écrase. À partir du moment où nous devenons entièrement Tonal, tout ce que nous faisons par la suite est d’accroître cet ancien sentiment d’incomplétude qui nous accompagne dès la naissance et qui nous dit qu’il nous manque une autre partie pour être complet. "

Quand on est l’être du soi et qu’on a le sentiment d’être incomplet, le Tonal se développe pour nous permettre de fonctionner au plan matériel, écartant un peu le Nagual, c’est-à-dire le soi. On s’identifie alors de plus en plus au moi, mais le sentiment qu’il nous manque quelque chose persiste, puisqu’au fond - d’après ce que je comprends - , on vit tout le temps dans l’incomplétude. Il poursuit : " Le Tonal de chacun de nous n’est qu’un reflet de cet inconnu indescriptible rempli d’ordre. Le Nagual de chacun de nous n’est que le reflet de ce vide indescriptible qui contient tout. " Cet enseignement se rapproche beaucoup du bouddhisme ou du taoïsme, bien sûr. " Après toute une vie de combat, dit Don Juan, j’ai appris que ce qui compte n’est pas d’acquérir une description nouvelle, mais de parvenir à la totalité de soi-même. On devrait parvenir au Nagual sans dire de mal du Tonal, et surtout sans nuire à son corps. Briser la coquille signifie se souvenir de l’autre moi et parvenir à la totalité de soi-même. S’il nous faut mourir avec la totalité de nous-mêmes alors pourquoi ne pas vivre alors avec elle? ", précise-t-il.

Puis, Castaneda énonçe plus loin ce principe de base :

" L’univers est une agglomération infinie de champs d’énergie. Ces champs d’énergie rayonnent à partir d’une source aux proportions inimaginables appelée métaphoriquement " l’Aigle ". On est ici dans la tradition amérindienne. Les êtres humains sont également constitués par un nombre incalculable de ces mêmes champs d’énergie. Ces émanations forment une agglomération fermée qui se présente comme une boule de lumière. "

Parlons maintenant de la deuxième étape : le guerrier.

2) le guerrier

Un homme va au savoir comme il part à la guerre : bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. Notre lot d’homme est d’apprendre, et il va à la connaissance comme il va à la guerre. On va à la connaissance et à la guerre, avec peur, avec respect, pleinement lucide du fait qu’on va à la guerre, et avec une sérénité absolue. La guerre pour un guerrier ne se traduit pas par des actes individuels ou collectifs stupides ou par une violence gratuite, la guerre pour un guerrier c’est la lutte totale pour le moi individuel qui a privé l’homme de son pouvoir. "

C’est exactement la définition du guerrier que pourrait donner la tradition bouddhiste zen. On dit, par exemple, que " si vous devez traiter avec quelqu’un d’impossible qui est en position de pouvoir, considérez sur le plan spirituel que c’est pour vous une source d’enseignement, un maître ". Plus il est chiant, plus c’est un grand maître… Ah que de sombres pensées. [rires] L’idée de traiter avec des gens impossibles qui sont en position de pouvoir se retrouve dans plusieurs enseignements, d’ailleurs, car ces situations nous permettent d’apprendre la modération, l’impeccabilité, la patience, etc. C’est la recherche de la perfection, qui est visée, si j’ai bien compris.

Au cours de cette étape du guerrier, il y a tout un travail de nettoyage à effectuer et il faut rechercher certaines qualités. La modération en est une. L’impeccabilité en est une autre, que Castaneda appelle "l’énergie libérée ". Je dois avouer que je trouve un peu difficile à saisir cette idée que l’impeccabilité c’est de l’énergie libérée : en quoi l’est-elle? Peu importe, c’est un langage de gourou amérindien, un peu particulier. " L’impeccabilité n’est rien d’autre que le bon usage de l’énergie. Mes exposés, précise Don Juan, ne comportent pas le moindre soupçon de morale. J’ai gagné de l’énergie et cela me rend impeccable. La force intérieure signifie un sens de l’équanimité, d’indifférence presque, un sentiment de bien-être. Mais, par dessus tout, cela signifie un penchant naturel et profond pour l’étude et pour la compréhension. "

Dans mon entourage, j’ai constaté que nous sommes plusieurs à avoir été très marqués par l’enseignement de Castaneda. Ces ouvrages comportaient un côté très romanesque qui rendait séduisant l’enseignement qui nous était communiqué. Par la suite, on a pu se familiariser avec d’autres écoles de pensée comme le taoïsme et le bouddhisme, entre autres, dont les enseignements, il n’y a pas de doute, recoupent celui-ci.

3) le sorcier

Don Juan nous dit à propos des sorciers : " La sorcellerie est l'acte qui rend substantielles quelques prémisses particulières d'ordre pratique et théorique concernant la nature et le rôle de la perception dans notre saisie et notre modélisation de l'univers qui nous entoure. " Et il ajoute : " Nous sommes des êtres qui perçoivent et la perception implique plus de possibilités que l'esprit n'en peut concevoir. (...) Pour se protéger de cette immensité, les sorciers apprennent à maintenir un mélange parfait d'implacabilité, de ruse, de patience et de gentillesse. "

" Le fait que nos vies soient pleines d'occupations, nos intérêts, nos soucis, nos espoirs, nos frustrations et nos peurs sont prioritaires et, si l'on considère nos vies telles que nous les vivons au jour le jour, nous ne sommes pas conscients d'être reliés à tout le reste. Je suis convaincu que l'idée chrétienne de l'exclusion du paradis terrestre est une allégorie renvoyant à la perte de notre connaissance silencieuse, notre connaissance de l'intention . La sorcellerie est donc un retour aux commencements, un retour au paradis. "

Et il ajoute : " Le défi est de prendre dans ce monde, seulement ce dont nous avons besoin, pas une miette de plus. Savoir ce dont il a besoin est la virtuosité du sorcier, mais ne prendre que ce dont il a besoin est son suprême accomplissement. "

L'apprenti avait vaincu un premier ennemi: la peur.

Le guerrier avait vaincu un deuxième ennemi: la clarté.

Le sorcier rencontre un troisième ennemi: le pouvoir.

" Il lui faut défier le pouvoir délibérément. Il doit comprendre que cette puissance qu'il lui a semblé conquérir ne sera en fait jamais à lui. Il doit se dominer à chaque instant, manier avec précaution et fidélité tout ce qu'il a appris. S'il voit que la clarté et la puissance, sans la raison, sont encore pires que l'erreur, alors il atteindra le point où tout est sous son contrôle. "

4) le voyant

Don Juan dit plus loin : " Les nouveaux voyants appellent tous ces traits de caractère la modération. " Quand vous voyez le mot " voyant ", comme il apparaît ici, cela réfère à la quatrième étape. On apprend aussi la patience : " L’endurance consiste à attendre patiemment, sans précipitation, sans anxiété. C’est une simple et joyeuse façon de différer ce qui doit arriver. " On apprend le détachement, aussi, à propos duquel, il dit ceci : "Un guerrier sait qu’il attend et il sait pourquoi il attend. Et pendant qu’il attend, il ne désire rien. Aussi reçoit-il la plus petite des choses et elle est plus qu’il n’en peut prendre. S’il a besoin de manger, il découvre un moyen parce qu’il n’a pas faim. Quelque chose le blesse, il trouve un moyen de l’arrêter car il ne souffre pas. Avoir faim ou souffrir signifient que l’homme s’est laissé aller et qu’il n’est plus un guerrier. Les forces de sa faim et de sa souffrance le détruiront. " Il faut comprendre qu’il y a aussi un aspect culturel dans ces propos.

" Le guerrier tente d’acquérir le contrôle de lui-même tout en sachant s’abandonner. Un guerrier agit comme s’il contrôlait la situation même s’il tremble dans ses souliers. D’agir ainsi fait disparaître l’obsession. Il apprend la reconnaissance. Cette Terre, ce monde. Il n’y a pas d’amour plus grand pour un guerrier. Un guerrier est toujours heureux parce que son amour est inaltérable et que sa bien-aimée, la Terre, l’embrasse et lui octroie des cadeaux inestimables. La tristesse n’appartient qu’à ceux qui détestent et à ceux qui l’abritent. - Tiens, une bonne piste de réflexion que cette phrase-là…  Il [le guerrier] ne cède pas à l’apitoiement sur soi-même.. " C’est déjà tout un programme!

Retour au début-

La violence chez les humains

Une semaine sans parler de Boris Cyrulnik, ce serait comme une journée sans pain… C’est un homme surprenant que l’on cite maintenant partout : on l’interroge sur les domaines de la psychologie, de l’économie, de l’éthologie, car il est à la fois éthologue, neuro-psychiatre et enseignant en éthologie comparée. Dès les années 1970, il s’est lancé dans la recherche en éthologie clinique, qu’il a développée dans les années 1980. De plus, il dirige l’enseignement du diplôme d’éthologie à l’université de Toulon. Bref, c’est un homme très occupé. Ce qui ne l’a pas empêché de se pencher sur la nature de la violence chez les humains.

D’après :

MATIGNON, Karine Lou. " De la violence chez les humains ", Nouvelles Clés, Nº 19, automne 1998.


la violence : une question de représentations

" Le sentiment de violence chez les humains, explique-t-il, se soumet essentiellement à des représentations. Les grands crimes contre l’humanité ont été commis sans que les gens qui les ont perpétrés n’éprouvent l’impression d’avoir été violents. Pourquoi? Parce qu’ils étaient ensorcelés, soumis à une représentation. Tout le problème est là. Le piège est caché dans la sémiotisation du monde et dans la soumission à des représentations culturelles. Et c’est au nom du bien, de la nation, de la morale ou d’un dieu qu’ils ont éliminé des millions de personnes dans des conditions de torture extrême, sans se poser la moindre question et même, au contraire, en éprouvant une impression d’euphorie et de devoir accompli. "

Ça me fait penser à cette gravure ancienne que j’ai trouvée récemment : on y présente une salle de torture où il y a un homme qui, visiblement est un laïque. Il est à genoux et a l’air d’implorer son tortionnaire : un moine avec sa soutane. C’est une illustration de l’Inquisition. Il n’y a plus grand-chose qui puisse m’affecter maintenant que j’ai les cheveux blancs, mais si je ne les avais pas…

Dès le moment où nous personnalisons les victimes en leur attribuant, par exemple, une vie de famille, continue-t-il, nous percevons alors cet acte comme un crime violent. Les Aztèques ont été chassés par les soldats de Cortés et dépecés vivants. Lorsqu’ils protestaient et hurlaient de douleur, les soldats de Cortés, confiants dans leur bon droit et l’idéologie en vigueur à cette époque, affirmaient qu’ils ne souffraient pas. Tout comme on croyait autrefois que les animaux ne souffraient pas. [..] Étrangers et incompris, ils étaient donc dangereux. Par contre, dès qu’ils leurs ont attribué une âme, ils ont cessé de les dépecer parce que c’était contraire à la morale. Il a fallu quelqu’un de très courageux pour aller trouver cette bande de sauvages (je parle des soldats de Cortés) et leur dire : Arrêtez ! ils ont une âme!

la violence et l’agressivité

" Dans le monde des hommes, l’étrangeté angoisse, l’angoisse agresse et déclenche la violence en retour ", explique Boris Cyrulnik, faisant par la suite une différence entre la violence et l’agressivité. " La violence, précise-t-il, vise la destruction de l’autre, que le violenteur soit méchant ou pas. Alors que l’agressivité a pour effet le contrôle. Je vais à la rencontre de l’autre pour l’immobiliser ou le chasser mais je n’ai pas pour intention de le réduire à néant. Dans la violence, il est parfaitement possible de détruire sans éprouver le sentiment profond de violence. La destruction de l’autre existe chez les animaux. " Pensez à l’agressivité, si vous voulez, comme un phénomène animal, puisque la destruction de l’autre existe chez les animaux. Ne serait-ce que pour manger, se défendre ou conquérir un territoire.

" Mais de règle générale, continue le chercheur, ils ne sont portés par aucun sentiment de violence, tout simplement parce qu’ils vivent dans un monde de pure perception. Donc sans représentations, pour reprendre son propos du début. Chez les rares espèces animales qui font preuve d’un sentiment de morale, c’est-à-dire d’une aptitude à se représenter le monde de l’autre, l’entraide et la violence peuvent naître en même temps. Nous sommes donc, nous aussi, particulièrement doués pour l’entraide et pour la violence puisque nous avons des représentations. Les grands singes sont particulièrement capables d’empathie, d’arbitrage, de diplomatie, de solidarité, de consolation, de réconciliation parce qu’ils sont " touchés " par l’autre et qu’ils savent que la conciliation est plus avantageuse que la bataille. […] L’apparition du sentiment de morale chez certaines espèces animales s’associe donc avec la possibilité de violence, celle qui fait détruire l’autre au nom de la représentation que l’on s’en fait. C’est terrible à dire… D’où la question qu’il pose : Faut-il pour autant se résoudre à dire que la guerre est naturelle? "

à propos de trois idées reçues sur la violence

J’ai retenu, de son entretien, trois commentaires qui remettent en question certaines idées reçues sur :

1) la violence chez les femmes :

Ce n’est pas parce que les hommes font les guerres ou se battent dans les stades qu’ils ont le monopole de la violence. L’infanticide n’est pratiquement commis que par des femmes. Chez la femme, la violence est davantage une question d’investissement affectif. Il précise : Les femmes se soumettent à une représentation, à ce point que lorsqu’elles tuent leur enfant, elles ne se le représentent ni comme leur enfant ni comme un enfant tué. Elles jettent le bébé dans un vide-ordures en se disant que c’est un fibrome. "

2) la violence dans l’histoire :

" C’est très étonnant de voir à quel point la violence existe dans la représentation. J’insiste là-dessus : tous les crimes contre l’humanité ont été commis avec cette logique implacable. Napoléon a envoyé se faire massacrer des régimes entiers d’enfants de douze ans. C’est au nom d’un discours qu’on a tué le plus grand nombre d’enfants. Le plus étrange, c’est que cet infanticide n’est pas nommé, puisque l’élimination n’est pas pensée comme un crime. Donc l’idée récurrente qui dit que " la perte des valeurs traditionnelles engendre la violence, la délinquance, les banlieues, l’avortement, etc. " ne tient pas la route, puisque ce sont précisément ces fameuses " valeurs traditionnelles " qui ont massacré et massacrent encore le plus d’enfants. Elle est là, la violence : dans la soumission à des représentations culturelles radicales. Ces dernières dix années, près de dix millions d’enfants ont participé à des combats dans 25 pays, deux millions ont été tués au nom de la nation, de la religion ou d’une conception du monde imposée par un chef.

3) la violence faite aux enfants :

" Autre idée reçue totalement fausse, le slogan qui dit : " Celui qui a été maltraité maltraitera. " Des travaux américains montrent que dans les quartiers défavorisés, moins de 30 % des enfants maltraités deviennent des parents maltraitants. En France, les travaux tournent autour de 5 à 10 % d’enfants maltraités qui deviendront maltraitants. C’est beaucoup plus que la population témoin. Cela dit, cette méthode de recensement des informations ne parle pas des 90 % des enfants maltraités qui deviendront des parents adorables. Tout enfant cassé par la violence des autres ou dépendant de sa propre violence garde des chances de s’épanouir pour peu qu’il soit stimulé et écouté.

" Lorsqu’ils sont capables de s’extraire de ce milieu et de se construire eux-mêmes à force de volonté, affirme Cyrulnik, portés par le désir de comprendre ce qui leur échappe, ces individus deviennent des adultes créateurs, inventeurs de mondes. La maltraitance physique ou morale est une immense blessure. Une blessure durable. Mais il y a ce qu’on appelle en psychologie " le processus du clivage ", c’est-à-dire que toute une partie de la personnalité reste saine. Ces enfants-là se défendent en hypertrophiant la partie saine de leur personnalité, souffrant en silence de la terrible blessure de la maltraitance. " Il termine en disant : " Nous ne sommes pas des êtres logiques mais des êtres psychologiques. "

MATIGNON, Karine Lou. " De la violence chez les humains ", Nouvelles Clés, Nº 19, automne 1998.
Je n’ai jamais, de ma vie, lu un exposé aussi clair sur cette question. Ces propos de Boris Cyrulnik, recueillis par Karine Lou Matignon, sont paru dans Nouvelles Clés, La Revue du développement personnel susceptible de devenir, annonce-t-on, une publication mensuelle bientôt.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

Retour au début du texte