PAR...
| | Émission
du lundi 2 novembre 1998 |
| | La
mort, la vie et lhéritage de nos ancêtres |
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Comme vous le savez sans doute, cest
aujourdhui le Jour des Morts. Ce qui me fait penser tout à coup à la formule
de Woody Allen : " Je nai pas peur de la mort, mais jaimerais
mieux ne pas être là quand elle va passer
" |
 | Daprès :
| ARIÈS,
Philippe. Essai sur lhistoire de la mort en Occident,
Seuil, 1975. | |
En regardant dans la collection de livres que jai qui portent sur cette
question de la mort, jai retenu un ouvrage de Philippe Ariès, Essai sur
lhistoire de la mort en Occident. Cest un classique, dans lequel
il dit : " Il est surprenant que les sciences de lhomme,
si loquaces quand il sagissait de la famille, du travail, de la politique,
des loisirs, de la religion et de la sexualité, aient été si discrètes sur la
mort. Les savants se sont tus comme les hommes quils étaient et comme les
hommes quils étudiaient. Leur silence nest quune partie de ce
grand silence qui sest établi dans les murs au cours du 20e
siècle. Ils se comportent comme si la mort nexistait pas. "" Aujourdhui,
les enfants sont initiés, dès le plus jeune âge, à la philosophie de lamour
et de la naissance, mais, quand ils ne voient plus leur grand-père et demandent
pourquoi, on leur répond en France quil est parti en voyage et en Angleterre
quil se repose dans un beau jardin où pousse le chèvrefeuille. Ce ne sont
plus les enfants qui naissent dans les choux, mais les morts qui disparaissent
parmi les fleurs. Et les parents des morts sont donc contraints de feindre lindifférence. "
Cest tellement vrai
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Le
Jour des Morts nous permet de brasser des idées nouvelles et nous incite à décoller
notre nez de notre époque pour voir la vie dans une perspective plus vaste que
celle de notre quotidien. | |
Je me suis aperçu en relisant certains exposés sur le Jour des Morts quon
en a probablement perdu le sens et je me suis dit quil faudrait peut-être
le retrouver. Jai été frappé par le sens dune formule qui jusquici
mavait échappé : " Les morts, comme on lentend maintenant,
ce sont les ancêtres, et le Jour des Morts, en somme, cest ce tout ce qui
reste du culte des ancêtres dans notre culture. " Et je trouve que
cest bien peu. Peut-être avons-nous perdu cette vision par notre individualisme,
qui est tout de même une qualité de lindividu en soi, car cest lun
des grands progrès de lévolution, la naissance de lindividualisme.
Mais si on lentend mal, on se coupe de ce qui précède et de ce qui suit.
Peut-être, en partie, doit-on cette perte de sens du culte des ancêtres à lanonymat
urbain. Et, dans une large mesure, aussi à la prise en charge des gens âgés et
des mourants par lÉtat et la société. Sans oublier les conséquences du phénomène
de massification lorsquon pense toujours collectivité. Le matérialisme
est pour quelque chose là-dedans également. Peut-être que notre goût pour labstraction
y est aussi pour quelque chose? On entend souvent cette phrase: " Moi,
jai une maladie, vous savez, cest génétique." Génétique,
cela vient de tes gènes donc de tes ancêtres. Moi, je sais, par exemple, que mon
grand-père maternel était bedonnant : il portait une petite veste avec deux
petites poches où il mettait ses pouces; et une grande chaîne de montre qui en
descendait, tenait une grosse montre en or. Ce nétait pas un homme riche,
mais disons quil représentait le type même de la silhouette du bourgeois
occidental dune certaine époque. Dans ce cas, je sais que si je suis ventru,
ça ne dépend pas de moi, ça dépend de mon grand-père. Voyez-vous, la vision nest
pas la même du tout! Quand tu le prends ainsi, cest-à-dire mal
[rires] La vision est faussée. Ce que tu es vient deux. Jai
fait un pas dans le sens de cette réflexion, il y a quelque temps, lorsque jai
été invité à lémission " Tournée dAmérique "
animée par notre consur Marie-Hélène Poirier, où jai reçu un très
beau cadeau : larbre généalogique de ma famille. Cest ainsi que
jai su que mon ancêtre, avant de venir sétablir au Canada, était né
à Condon-sur-Baïse. Je ne perds jamais une occasion de le rappeler, vous pensez
bien. Cet ancêtre-là est arrivé en 1741. Il sest établi à Québec, sest
marié, a eu des enfants et, à un moment, il disparaît on ne sait pas trop comment
parce quon ne le retrouve plus pendant un certain temps. Puis en étudiant
mon arbre généalogique, jen arrive à constater que je suis à sept générations
de cet homme établi à Québec en 1741. Cest très peu finalement sept générations.
Navez-vous pas le même sentiment que moi? Ils sont très peu loin nos ancêtres.
Sept générations, huitième pour mes enfants, neuvième pour mes petits-enfants.
Ce qui ma amené à réfléchir à la vie que menait mes ancêtres. Je
me rends compte que je suis beaucoup plus frappé par les peines et les difficultés
quils ont rencontrées que par les joies quils ont éprouvées. Cest
vrai quon en parle assez peu des joies et des plaisirs quils ont eus
au cours de leur vie. Je me souviens davoir vu, sur lun des murs du
Faculty Club de luniversité McGill que je fréquentais assez régulièrement
lorsque jy étais professeur, des photos du Carnaval dhiver de Montréal,
datant dune certaine époque. Il y avait même des gens qui venaient en train
de Boston, de New York, pour y assister. On montrait aussi des photos de raquetteurs
avec leurs bonnets et leurs habits de couleur. Ils avaient des joies, des plaisirs,
cest certain ! Et puis, on peut toujours dire quils avaient le
sexe aussi puisquon est là. Je pense souvent, par exemple, à une
tante Marie que je nai pas connue mais dont on me racontait quelle
partait enseigner à la petite école, dans les rangs, en apportant avec elle un
fusil à cause des loups qui se tenaient dans les parages. Et, à mon grand-père
qui, à lâge de 12 ans, était parti à pied tout seul vers le Massachusetts
pour retrouver lune de ses surs. Il a commencé sa vie dadulte,
de travailleur, à 12 ans! Ils vivent en moi, ces gens dont je suis le descendant.
Une réflexion qui peut donner lieu à de grandes questions dordre
philosophique et physiologique également : En quoi suis-je autonome par rapport
à ce que jai reçu de mes ancêtres? Ou : suis-je seulement laboutissement
de tout ça? Quest-ce qui nest pas transmis, quest-ce qui nest
pas hérité? Le Jour des Morts nous permet de brasser des idées nouvelles et nous
incite à décoller notre nez de notre époque pour voir la vie dans une perspective
plus vaste que celle de notre quotidien. De prendre conscience, en somme, que
chacun dentre nous est le maillon dune longue chaîne qui se perd à
une extrémité et qui risque de se perdre aussi à lautre extrémité
Jai fouillé à droite et à gauche, jai feuilleté
un livre de Patrice van Eersel, Apprivoiser la mort, paru chez Albin Michel,
dans lequel il parle beaucoup des expériences de mort imminente. |
 | Daprès : |
DESJARDINS,
Arnaud. Pour une mort sans peur, Éd. La table
ronde, 1983. 
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Et puis, je me suis souvenu quArnaud Desjardins avait lui aussi traité de
la mort dans plusieurs de ses ouvrages et dun point de vue différent à chaque
fois. Je suis allé creuser ça un peu. Dans le chapitre "Savoir mourir "
dun de ses ouvrages qui sintitule Pour une
mort sans peur, il rappelle que la mort est trop souvent occultée.
Cet ouvrage publié en 1983 fait partie des classiques." Lhumanité
a connu et a transmis, de génération en génération, un ensemble de connaissances
concernant la mort. Quen reste-t-il aujourdhui? Comment se préparer
et comment aider les autres à mourir ? ", se demande Arnaud
Desjardins dans son ouvrage. Il en a beaucoup parlé de ça, particulièrement
dans lune des ses conférences. À un moment, il écrit : " Il
faut vous exercer à voir jusquau bout vos refus éventuels de la vérité pour
être prêt, un jour, à dépasser ce mensonge qui consiste à nier ce qui est. Adhérer
parfaitement à sa propre souffrance, sans lui résister, cest aussi rendre
possible quelle ne nous soit plus insupportable et quau fond même,
de ce déchirement complètement accepté, nous trouvions la paix qui dépasse toute
compréhension et une sérénité dun autre monde. Tout refus de ce qui est
représente toujours la tentative dun mensonge, celle de crier plus fort
que la vérité. La révolte et le désespoir parce que quelquun va mourir,
est en train de mourir, vient de mourir, sont des mouvements naturels pour la
plupart des êtres aujourdhui mais certainement pas une attitude juste et
nous devons être au moins très clair sur ce point, dit-il. "
Je ne sais pas pourquoi les gens simaginent que les enseignements de ces
guides spirituels sont très populaires et de nature à flatter les egos. Remarquez,
je ne comprends pas très bien cette réaction parce quà chaque fois que je
lis les enseignements dArnaud Desjardins, jai toujours limpression
quil est en train de mengueuler personnellement, que je nai
pas la vision juste de quelque chose dhorrible! [rires]
" Le fondement de toute compréhension de ce que vous
pouvez faire pour ceux qui meurent autour de vous, cest cette attitude dadhésion
complète au fait de leur mort : oui, un oui positif à ce qui est "
Puis, un peu plus loin, il rappelle que " Si nous sommes parfaitement
évolué spirituellement, nous sommes parfaitement daccord pour mourir -
mais même si nous sommes moins évolués, une part profonde de nous est daccord
pour mourir. Nous mourrons parce que nous le voulons. [
] Nous vieillissons
parce que nous voulons vieillir, pas avec notre petit mental effrayé mais selon
notre Loi profonde. La Loi de notre être est le vieillissement et nous vieillissons,
même si lego de surface essaie daller à contre-courant. " Nous
voulons mourir parce que cest la Loi universelle, que cette loi est à luvre
en nous, que nous sommes créés à limage de Dieu et que Dieu est aussi destructeur.
Si la mentalité actuelle nexerçait pas sur nous une influence aussi contraire
à la vérité, cette adhésion à la mort, qui nous est en fait naturelle, ne serait
pas à ce point contrariée et étouffée par des habitudes mécaniques. [
] Si
nous acceptons la mort de celui qui se détache de son corps auprès de nous, nous
allons dans le sens du mouvement profond, naturel et juste qui se manifeste. "
Évidemment, il y a une croyance derrière ses propos, mais il fait place
à la possibilité de ne pas adhérer à cette croyance-là mais daccepter le
fait de la mort quand même. " Les traditions, écrit-il, sont
unanimes pour dire que les dernières pensées du mourant au moment de la mort déterminent
son statut après celle-ci et éventuellement sa nouvelle incarnation
pour ceux qui sont réincarnationistes - .[
]
Cest bien pourquoi toute la vie est une préparation à ces dernières pensées
au moment de la mort ", explique-t-il. Son propos sinscrit
parfaitement dans les grandes Traditions. " Celui qui peut
vieillir en sentant au fond du cur " jai fait ce que javais
à faire, jai reçu ce que javais à recevoir, jai donné ce que
javais à donner ", celui-là est prêt à mourir. Ce nest pas
la mort qui est effrayante, cest le Mental qui le croit. " Épictète
avait dit ça dailleurs à un moment. Eh bien voilà de bien profondes
réflexions, je dirais, tirées de louvrage de Arnaud Desjardins, Pour
une mort sans peur, paru à La table Ronde. |
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| | Le
comportement humain et léconomie |
 | Daprès :
| DAVISS,
Bennett. " En économie, lémotion compte
plus que la raison ", Courrier international, N 415,
21 octobre 1998. | |
Avez-vous des doutes au sujet de ce qui se passe dans léconomie? Apparemment,
vous auriez raison den avoir
Jai découvert une source dinformation
remarquable, New Scientist, qui sadresse à des scientifiques et qui
aborde des questions qui sont en-dehors de la science dure et pure ordinaire,
comme, par exemple, léconomie qui cherche toujours à sapparenter à
la science pure. Léconomie, après tout, découle directement des mathématiques,
et même de la physique, car il y a maintenant des physiciens qui sintéressent
à léconomie. Le texte que jai sous les yeux fait état que des " opérateurs
de marché achètent et vendent avec frénésie. Tout le monde sait que les
actions sont surévaluées - mais quimporte,
ils achètent [encore]. " Tout le monde
cest un phénomène
dimportance! Lauteur de larticle, Bennett Daviss, continue :
" Cest lillustration de la théorie du plus idiot selon
laquelle il y a quelquun de plus idiot pour payer encore plus cher. "
[rires] Moi je vends mes actions surévaluées
de tel produit, mais il se trouvera bien un idiot pour les acheter. À mesure
que la journée avance, les cours restent remarquablement stables. En fait, à mesure
que la valeur intrinsèque chute, le prix négocié augmente effectivement. -
Bien sûr, puisquà chaque fois que lon achète des actions elles
sont surévaluées alors forcément, il y a une hausse systématique. -
Sur ce marché, les idiots ne manquent apparemment pas. Mais soudain, les acheteurs
se font rares. Et quand tout le monde se rend compte que personne ne veut acheter
à des prix aussi excessifs, un vent de panique se lève, la bulle éclate. "
Et cest une crise. Ce que je viens de décrire cest à peu
de chose près ce qui se passe actuellement à la Bourse, un peu partout dans le
monde. |
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Japprends que ça se passe également dans un laboratoire dexpérimentation
économique du Californian Institute of Technology, quon appelle CALTECH,
à Pasadena, qui est un des lieux où des économistes peuvent étudier le comportement
économique des gens en chair et en os et non pas avec des X, des Y et des formules.
Le résultat de ces expériences cest de pouvoir observer les gens jouer à
la Bourse mais avec beaucoup de sérieux, ce qui permet de comprendre un peu mieux
le comportement des individus. Et ça " pourrait bien être indispensable
pour bâtir de meilleurs modèles économiques, du moins plus réalistes. "
" Depuis des dizaines dannées, les économistes ont travaillé
presque exclusivement sur des modèles très rationnels. " Ceux-là
même qui sont partis du fait que lhumain est un être rationnel. Il faut
vraiment être un humain pour penser cela parce quil ny a pas un seul
extra-terrestre qui croirait que nous sommes des gens rationnels, vous comprenez
lidée? Pourquoi sattacher aux modèles très rationnels de comportement
humain? Simplement parce que les modèles rationnels peuvent se prêter à lanalyse
mathématique ! Cest le point de vue de la recherche scientifique, qui
souvent fait fausse route parce quen économie, lémotion compte beaucoup
plus que la raison. " Les économistes traditionnels partent
de lhypothèse selon laquelle les personnes qui font régulièrement un usage
irrationnel de leur argent le perdent et se retrouvent exclus du grand Monopoly
économique. Et ils estiment que la majorité des gens agissent la plupart du temps
de manière suffisamment sensée pour que les conséquences de choix inadéquats soient
peu importantes pour léconomie. " Cest faux! "
répond un économiste qui, lui, est un comportementaliste, donc qui étudie
léconomie en fonction du comportement des individus et non selon des formules
mathématiques. Il sagit de Richard Thaler, de luniversité de Chicago
qui a justement écrit un ouvrage important dans lequel il a démontré mathématiquement
quun comportement financier déconcertant nest ni fatal ni immédiatement
contraire au but recherché. Comme quoi vous pouvez être idiot, puis finir par
gagner de largent quand même. Ce qui dailleurs est démontré tous les
jours
[rires] La
raison fondamentale des échecs économiques, cest quon ne tient pas
compte du fait que les humains sont irrationnels et de leurs émotions. Puis,
il y a des choses quon écarte dans les modèles parce que cest encombrant.
Ils écartent, par exemple, toute possibilité de chômage. Il faut être un peu dément,
me semble-t-il. Pardonnez-moi dêtre aussi sévère. " Des
événements comme la crise de 1929 ne peuvent pas être expliqués par les théories
classiques, pour lesquelles le prix dune action reflète bien sa valeur. "
Une autre aberration : ça reflète bien sa valeur puisquon la
payé ce prix-là. Les comportementalistes " ont lambition de
réécrire la théorie économique en transposant dans lalgèbre les petites
manies des hommes. Ils visent à bâtir des modèles plus fiables et expliquer les
décalages persistant entre la théorie et la vie de tous les jours. "
" Le comportement réel dun individu,
explique Thaler, diffère du choix rationnel de manière systématique. "
Vous me citerez ça tous les jours au réveil pour me mettre en joie ! [rires]
Puis, lauteur, Bennett Daviss fait état dune
" contradiction entre les attentes des sciences économiques classiques
et le comportement humain en observant les turfistes. Cest
une observation qui est faite sur les champs de course. Sur un
champ de course, il est logique de parier sur des chevaux qui ont le plus de chance
de se retrouver parmi les trois premiers. - Mais
comme on est plusieurs, évidemment, à parier sur les chevaux qui ont le plus de
chances darriver parmi les trois premiers, le gagnant touche moins dargent
parce que cest proportionnel au montant dargent qui a été misé sur
les chevaux. Mais tout de même le calcul est bon parce que " cela
devrait permettre dengranger des gains réguliers même modestes. Mais souvent,
plus de la moitié de tous les paris sont engagés sur des tocards, des chevaux
qui, statistiquement, ont le moins de chances de gagner. Cest la stratégie
qui, en moyenne, rapporte le moins. " Cest sûr que lorsque,
accidentellement, lun de ces toquards remporte la course, ça va payer énormément. " Les
sommes misées sont deux fois plus élevées que ne le justifient les chances mathématiques
de ces chevaux. - Voilà lidée. -
[
] Dans la nature humaine, on accorde trop de valeur à ce que lon
possède aujourdhui et trop peu à ce que nous pourrions avoir demain ",
souligne lauteur avec justesse. On a aussi étudié le comportement
des chauffeurs de taxi de New York : " Les recettes des chauffeurs
de taxi varient dun jour à lautre, évidemment, en fonction du nombre
de courses effectuées. En théorie, ceux qui veulent maximiser leurs revenus travailleront
plus longtemps les jours où les affaires marchent bien -
sil pleut, par exemple - et termineront
plus tôt les autres jours. " Cest clair, ça semble logique
et pourtant ça ne marche pas comme ça. " Les gens raisonnent différemment
dans la réalité. Leur objectif est de maximiser leurs gains en minimisant les
heures travaillées, mais leur stratégie nest pas la bonne. Lêtre humain
se fixe apparemment un objectif de revenus valable, non pas pour toute une vie,
ni même pour une année, mais pour un jour à la fois. " On est dans
le court terme là. " La plupart des hommes, semble-t-il,
travailleront plus dur pour éviter dessuyer une perte plutôt que dessayer
dobtenir un gain. Prévenir les pertes est un principe fondamental des sciences
économiques comportementales. Les sciences économiques classiques ne peuvent pas
expliquer avec élégance le choix irrationnel des chauffeurs de taxi. Mais les
économistes béhavioristes, eux, sont en mesure de le faire en recourant à un simple
expédient : supposer que les gens ouvrent un compte mental en début de journée,
le clôturent en fin de journée, mais détestent fermer un compte dans le rouge. -
Alors, les jours où ça va très mal parce quil fait très beau et que personne
ne prend le taxi, ils vont sobstiner à continuer de travailler pour arriver
au montant quils se sont fixés comme étant le montant de la journée. Dans
lapproche béhavioriste, on tient toujours compte des facteurs émotionnels.
" Dans la théorie de lutilité escomptée, si lon donne
à un salarié le choix entre une pause de quinze minutes un jour et une autre de
trente minutes à une date ultérieure, il prendra le jour même. -
Toujours. - Les gens ont tendance à préférer
la pause dun quart dheure aujourdhui à celle dune demi-heure
parce quils font preuve dune grande patience à long terme mais se
montrent impatients pour limmédiat. "
[rires] " Les économistes
doivent admettre quon a affaire à des êtres humains. " Il
y a des sceptiques par rapport à cette théorie, cest normal. Les comportementalistes
estiment que " savoir comment les gens échangent le présent contre
lavenir est très important dans les sciences économiques. Cela a des conséquences
sur le choix entre dépenser et épargner, sur les projets dinvestissement
et toutes sortes de décisions de cet ordre. " Par exemple, ils disent
que les Américains adultes népargnent que le tiers de ce qui leur sera nécessaire
pour subvenir à leurs besoins quand ils seront à la retraite. " Notre
objectif est que dans 20 ou 30 ans lexpression " science économique
béhavioriste " devienne superflue parce que les sciences économiques
seront, par définition, comportementalistes dans leur démarche ", espère
de son côté Thaler. Mais de toute façon, les deux mots "comportementaliste "
et " béhavioriste " sont synonymes. Le béhaviorisme vient
de behavior, qui signifie le comportement. Je vais terminer le sujet en
répétant cette formule judicieuse de Thaler : " Les économistes
doivent admettre quon a affaire à des êtres humains. " Cest-à-dire
des êtres profondément irrationnels comme le saurait nimporte quel extra-terrestre
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