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Émission du jeudi 29 octobre 1998 |
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Halloween : la citrouille Aphrodite |
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Une bonne nouvelle pour lHalloween : La citrouille serait, paraît-il, un aphrodisiaque ! Je dois humblement vous avouer que je suis très embêté de vous communiquer cette information, car il mest impossible den retrouver la source. Un autre de ces petits bouts darticulets que jai égaré quelque part Certains vont se dire - Ah! je vous entends penser... : " Languirand nous dit ça pour nous inciter à manger de la citrouille plutôt que de la gaspiller le lendemain de lHalloween. " Eh bien, pas du tout : je vous le dis tout de suite, tel nest pas le but. Je finirai bien par retrouver ce papier, et les sceptiques seront confondus! Si une certaine confusion au niveau des dates existe entre le 31 octobre , le 1er et le 2 novembre, voici pour vous éclairer : le 31 octobre cest bien lHalloween ; le 1er novembre cest le Jour de la Toussaint et le 2 novembre, cest le Jour des Morts. |
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Toussaint et Jour des Morts |
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PROVENCHER, Jean. Quatre Saisons dans la Vallée du Saint-Laurent, Éd. Boréal, 1996. |
Voici ce que nous dit Jean Provencher à propos de la Toussaint et du Jour des Morts : " La Toussaint comme la Chandeleur comptent parmi les fêtes chrétiennes empruntées directement au calendrier celtique. Avant même lexistence du christianisme, les peuples celtes fêtaient à ce temps de lannée le Saman ou Samhain, soit le passage de la vieille année à la nouvelle, le début du Temps noir, la période de la Terre stérile. Comme toutes les fêtes celtiques, le Saman comptait trois jours de solennités. Le premier était consacré à la mémoire des Héros, le second à celle de tous les défunts et le troisième, tranchant brusquement sur la gravité des deux premiers, était livré aux réjouissances populaires et familiales dun Jour de lAn. " |
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Si on retourne dans le passé, cela donnait lieu à un grand nombre de croyances, de pratiques et dusages propres à ce temps de lannée. " À Tlachtgha, en Irlande, avait lieu le Freig, une sorte de parlement en plein air qui réunissait lensemble de la population, explique Jean Provencher. Au début, on y brûlait des humains et des bêtes pour se concilier les morts. - Jai mis une note en marge : vivants, les humains? - On procédait également à la révision de toutes les lois et on rédigeait la chronique de lannée écoulée. Au bûcher central, chacun prélevait le feu nouveau pour le rapporter à la maison. " Avec le temps, les pratiques se modifièrent. On en vint à se regrouper dans les maisons autour de lâtre. [ ] Au 9e siècle, lÉglise sinquiète de la persistance des croyances [anciennes], malgré lévangélisation des contrées celtiques, et cherche à les remplacer par une fête. " Et cest comme ça que la Toussaint, le 1er novembre, est arrivée. " En Bretagne, jusquà la fin 19e siècle, on répétera que le peuple immense des Trépassés sort des cimetières la nuit de la Toussaint et sen va par les chemins." Plus près de nous, cest-à-dire dans la Vallée du Saint-Laurent : " À partir du régime français, on célèbre la Toussaint et le Jour des Morts à la manière catholique. Ces fêtes sont chômées et on y attache lobligation dassister à la messe. Dans toutes les paroisses, le Jour des Morts, on sonne le glas et, vieille coutume française, on procède à la criée des âmes. Les paroissiens apportent de tout : un minot de grains, une citrouille, une main de tabac, une pièce détoffe du pays, un coq, quelques anguilles salées, etc. Après la messe, le crieur prend place sur le perron de léglise ou à la tribune publique et, avec toute la verve dont il est capable, soumet ces biens à lencan. Les sommes recueillies vont au curé chargé de chanter les messes pour les âmes des fidèles défunts. Cest souvent lune des quêtes paroissiales les plus lucratives de lannée. Après la Criée, on se rend au cimetière, appelé " le champ des morts ", pour se recueillir sur la tombe des disparus. - Cest étonnant ! - On passe aussi une partie de la journée à faire des visites à léglise. " Ici, lauteur fournit une information très intéressante, vous allez voir " À Saint-Jean Port-Joli, Saint-François de Montmagny, Sainte-Brigitte de Laval et en Beauce, on se garde de sortir le soir de la Toussaint, car les morts rôdent sur la Terre. La veillée se passe à la maison, recueilli. Et le lendemain avant-midi, jour férié, on évite de labourer la terre car il y coulerait du sang dans les sillons. Dautre part, la coutume de fêter lHalloween dans la vallée du Saint-Laurent, un phénomène dabord urbain, pourrait être venue à la fin du 19e siècle ou au début du 20e, soit par des immigrants irlandais ou écossais, soit des Américains. " |
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Une spiritualité laïque, une religion sans Dieu |
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VAN EERSEL, Patrice. " Un besoin de spiritualité avec ou sans dieu ", Nouvelles Clés, Nº 19, automne 1998. |
Je remarque que ces temps-ci, du moins dans les grands médias français - et européens, je dirais - , on parle beaucoup de " spiritualité laïque et de religion sans Dieu ". Ce sont des expressions à la mode. " Que signifie pour nous ce courant de pensée, que nous sentons grossir depuis des années et qui se trouve relayé à présent par certains de nos plus célèbres philosophes? ", se demande Patrice van Eersel dans Nouvelles Clés. Comme, par exemple, André Comte-Sponville qui, tout en se disant agnostique, non-croyant, nhésite pas à éclairer son propre cheminement à la lumière du gourou Prajnanpad, qui est aussi celui dArnaud Desjardins. Que doit-on comprendre ? " Tout simplement que le siècle finissant se trouve mûr (du moins en Occident), pour reconnaître que le sens du sacré en chaque être humain est une fonction naturelle, innée, enracinée dans les structures fondatrices de lindividu. Car le rapport à labsolu et au pourquoi de lexistence est, quel que soit le système de croyances de chacun, un élément incontournable de nos vies. ", écrit Patrice van Eersel que jai rencontré, il y a quelques semaines, à loccasion de son passage au Canada. Patrice van Eersel est lauteur de plusieurs ouvrages, dont celui qui parle de madame Kubler-Ross. Il est devenu depuis peu le rédacteur en chef de la revue Nouvelles Clés, qui est en train de prendre une orientation, de se trouver un créneau en quelque sorte. Marc de Smedt, quant à lui, continue den assumer la direction. Cette revue encore à petit tirage est appelée, nous dit-on, à devenir mensuelle. À suivre. Patrice van Eersel, dans un dossier sur la spiritualité laïque, écrit " Le vent en poupe " dans Nouvelles Clés, rappelle que : " Il y a 30 ans, quand les auteurs de ce dossier en avaient 20, la politique passionnait le monde, alors que les questions religieuses faisaient hausser les épaules ou doucement rigoler. Aujourdhui, cest le contraire : la spiritualité intrigue, nourrit, passionne les jeunes (et les moins jeunes), alors que la politique a plutôt tendance à susciter lhilarité. - Je pense que sur ce dernier propos, on pourrait dire la même chose de nous. Je ne suis pas certain jusquà quel point la spiritualité intrigue, nourrit et passionne les jeunes (et les moins jeunes chez nous). Mais de dire que la politique a tendance à susciter lhilarité, cela sapplique également à nous. " Dans les deux cas, la dissymétrie signale un déséquilibre, une mauvaise santé de notre intelligence collective. Hier, nier la dimension métaphysique de lhomme était puérile. Aujourdhui, que lon sesclaffe à lévocation du gouvernement de la cité devrait inquiéter. En revanche, le retour du spirituel dans les catégories fondamentales des hommes est un événement quil convient de saluer et dobserver avec attention. Il y va du sort du monde. Or, laffaire semble entendue : pas un seul secteur de la vie sociale - éducation, médecine, science, écologie - où lon ne voit aujourdhui la spiritualité faire irruption, dune façon ou dune autre, et poser ses questions abruptes jusquau milieu des sphères matérielles où on lattendait le moins." |
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Lauteur nous propose un échantillon de livres parus récemment. Il mentionne : Dieu face à la science de Claude
Allègre, paru chez Fayard ; À vrai dire, la mentalité a changé complètement. Les nouveaux agnostiques sinterrogent avec une immense perplexité et se veulent ouverts à la discussion. Les monstruosités du 20e siècle, notamment dans ses zones les plus avant-gardistes, les dangers écologiques, éventuellement mortels, issus de lère industrielle, tous les fruits amers de la modernité les ont obligés à revoir leur grille de lecture. La part dinconnu, béante et même grandissante au centre du réel comme de lhomme, a réveillé en beaucoup le besoin de se référer à une transcendance, écrit van Eersel, et à une immanence. " Ces mots métaphysiques avaient disparu, croyait-on, du langage des sociétés éclairées. Pourquoi sont-ils donc réapparus ? Il donne une explication : La première explication serait individuelle et mystique. Dans un ordre de démarche très classique, on a vu en effet certaines conversions spectaculaires chez les intellectuels matérialistes. Depuis la fin du 19e siècle, certains dentre eux avaient un peu vite conclu à la mort de Dieu. Derrière des démonstrations brillantes, enterrer le fer religieux quun archaïsme à jamais dépassé constituait, rétrospectivement, la preuve dune indéniable naïveté. Mais un Bény Lévy, ex-secrétaire de Sartre, devenant responsable dune importante yeshiva (école religieuse juive) ou un Philippe Sollers marchant aujourdhui sur les traces du mystique chrétien Maurice Clavel ne sont pas essentiellement différents dun André Frossart qui, fils dun des principaux intellectuels du Parti communiste français, tombait à genoux dans une église, avant la seconde Guerre mondiale, et allaient mettre 30 ans à oser publier : Dieu existe, je lai rencontré. " - Un autre livre étonnant. Cest curieux ce revirement dont on prend conscience chez certains intellectuels français. Assez pour quon puisse en parler comme dun phénomène. Plus loin, van Eersel explique un peu ce regain de lintérêt pour la transcendance. Remarquez quil ne sagit pas vraiment dun intérêt pour la religion puisquon parle ici de spiritualité laïque, de besoin de spiritualité avec ou sans Dieu. Il souligne que lexplication se trouve en partie chez les individus, quon a assisté à des conversions spectaculaires de ce point de vue-là. " Une seconde explication serait plus culturelle et se signale de façon logique au sein des organisations. La débâcle de lutopie marxiste-léniniste et du socialisme " réel " (soviétique) a brusquement emporté avec ses flots furieux tout un édifice idéologique. - Cest vrai que les grandes idéologies ont foutu le camp - À partir du début des années 1980, on a vu soudain des syndicalistes cégétistes et des laïcards jadis bouffeurs de curé demander un minimum de formation historique et philosophique, pour tenter de comprendre une époque qui échappait de plus en plus aux schémas simples dans lesquels ils avaient grandi. " Il fait ensuite état de faits qui sont un peu plus français : " Il se passe aujourdhui un phénomène très différent, qui exige une troisième explication. Comme si le champ social entier était peu à peu investi par une problématique spirituelle. Entendons-nous : spirituel est aujourdhui un mot qui rassemble à la fois toutes les recherches métaphysiques et toutes les quêtes mystiques. - Jaime bien cette formule car elle nous dégage dappartenances auxquelles on ne veut pas nécessairement être associé. - Il nest pas question de prétendre quune vague de foi ou de conversion à une quelconque croyance religieuse serait sur le point demporter nos contemporains. [ ] " Le phénomène, précise-t-il, est plus inédit que cela. On a limpression quaprès deux ou trois siècles de luttes titanesques entre les religieux et les anti-spiritualistes - on parle de la France ici - , condition sans doute nécessaire pour que la liberté individuelle fasse valoir ses droits, le protestantisme nayant pas suffit, nous assistons aujourdhui à une immense redistribution des cartes, nous délivrant damalgames idéologiques qui avaient fini par dessécher les sociétés occidentales et leurs systèmes de pensée : la science forcément matérialiste et progressiste contre la religion forcément enfantine et rétrograde, les évolutionnistes forcément athées contre les croyants forcément créationnistes, le doute forcément moderne - bien que support de la conviction scientifique - contre la certitude forcément archaïque - bien que reposant sur la grâce aléatoire de la foi. Aujourdhui, toutes ces oppositions savèrent brusquement obsolètes et nous nous retrouvons face à une ouverture vertigineuse où tout devient possible. " |
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