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Émission du lundi 5 octobre 1998 |
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Femmes sous influence |
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BRETAGNE, |
L'intégrismeChez les Talibans, par exemple, la femme ne mérite même pas de nom. " Le visage dune femme est source de corruption pour les hommes étrangers à la famille " : cest lun des credo intégristes. En somme, la femme est voilée à cause du désir quelle pourrait provoquer. Elle na pas la moindre existence propre, selon eux. Mais pourquoi, et doù vient cette haine quon semble entretenir à légard des femmes dans certains pays? Lécrivain Latifa Ben Mansour évoque les enlèvements de femmes pratiqués en Algérie par les intégristes : " Le premier geste quils font cest de leur arracher leurs vêtements, de leur retirer leur prénom et leur donner des noms de choses, comme table, godasse ou torchon puant. Pour eux, il y a trois types de femmes. La catin qui accepte de côtoyer les hommes au travail ou à luniversité, et est donc une prostituée potentielle; la sorcière qui exerce le métier de voyante et se rend ainsi coupable de polythéisme; et la sainte, silencieuse, obéissante, voilée, calfeutrée, dans son domicile ou à la mosquée. Sa mission est de procréer, de préférence des garçons qui sont embrigadés au plus vite et donneront leur vie pour Allah. " Plus loin dans cet article, on cite un extrait dune lettre ouverte intégriste adressée au président de la République algérienne : " La femme doit saffranchir de " lemprise des coutumes anté-islamistes (antérieures) ainsi que du complexe de mimétisme à légard de la femme occidentale. Elle ne produit pas de choses matérielles mais cette chose essentielle quest le musulman ", martèle Ali Ben Hadj, le numéro deux du FIS. " Tout de même incroyable des idées comme celles-là! |
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" Par lenfermement comme par le viol, continuent les auteurs, la femme est niée, reléguée au second plan derrière sa simple fonction procréatrice. [ ] Lindignation occidentale devant ces pratiques barbares ne doit pas faire oublier que, sous des formes à peine plus policées, les mêmes préjugés misogynes ont été en vigueur chez nous - en Occident : au début de ce siècle, ladultère féminin - dans plusieurs pays dOccident - était passible de prison. " Etc. Bref, ça continue comme ça Alors comment les femmes ont-elles pu renverser ce courant-là en Occident? L'émancipationLes femmes ont ébranlé fortement le courant, je dirais, mais ne lont pas complètement renversé; même dans notre société, ce nest pas encore fait. On dit ici que " Ce joug masculin sest effondré en moins dun siècle dans les pays occidentaux, mais aussi, même si l'on observe de tragiques retours en arrière, à travers limmense majorité de la planète. Comment les femmes ont-elles pu le renverser? Voilà la réponse - En sattaquant aux deux verrous qui les maintenaient prisonnières - ces deux verrous que lon retrouve solidement cadenassés dans lidéologie intégriste : la maîtrise de la fécondité et le travail. Le phénomène sest enclenché avec lindustrialisation à la fin du 19e siècle mais sous le signe de la plus grande ambiguïté : " La révolution industrielle a nécessité de recruter chez les femmes autant que chez les hommes rappelle [ ]. Mais les femmes ont fourni la main-duvre la plus exploitée. " En somme, à ce stade, la libération de la femme peut aussi être lue comme une oppression masculine plus subtile. " Jajouterais quil y a eu un phénomène de remplacement durant la Guerre : les hommes étaient au front, les femmes à lusine. Bref, une situation suspendue et non corrigée. " Le modèle de la femme au foyer, qui sétait imposé au milieu du 19e siècle, va lentement décroître puis voler en éclats au tournant des années 1970. Les femmes découvrent le travail mais aussi lambition : les 50 dernières années racontent la chute successive de toutes les positions sociales traditionnellement masculines dans le domaine de la mixité. " Plus loin, on parle du " second tabou " : " [ ] le pouvoir des hommes seffondre sous les coups de butoir successifs du MLF - Mouvement de libération de la femme - puis de la loi. Notre ventre nous appartient!, scandent les féministes. [ ] Toutes ces conquêtes ont aujourdhui un parfum presque désuet [ ] Les mentalités ont évolué plus vite encore que les décrets chargés de les réformer. Dans les années 1980, à tous les échelons, les femmes se sont imposées. Mais à quel prix? " Selon Jeannine Maussuz-Lavau : " Quand les femmes sont entrées dans le milieu du travail, elles ont dû simposer dans un monde dhommes. Elles se sont donc alignées sur le modèle masculin, et ont fait preuve dautoritarisme et de fermeté ". Margaret Thatcher, Indira Gandhi, par exemple. Monsieur Laborit, ce grand coquin, sest un jour attiré les foudres du gouvernement britannique après quil eût lancé : " Madame Thatcher ne pouvait pas porter de minijupe car on aurait vu ses couilles " À ce propos, jai appris récemment quil avait eu laudace dexprimer tout haut ce que les politiciens qui entouraient Madame Thatcher disaient entre eux tout bas : " Shes got balls ". Ce qui ne la pas empêché davoir des ennuis diplomatiques. [rires] Dans le même dossier : " Les années 1980 sont celles de " lexecutive woman ", la superbattante qui consacre sa vie au boulot et à la réussite, quitte à sacrifier sa vie familiale. Sacrifice sans doute insupportable : les années 1990 sont déjà venues bouleverser ce nouvel ordre. " Puis on cite Anne Chanon : " Depuis la fin des années 1980, [ ] les femmes reconquièrent leur féminité. Les tenues fluides, féminines, refont surface. Les stars revendiquent leur féminité en posant avec leur gros ventre. Les dessous réapparaissent, le maquillage aussi. Et les femmes redonnent priorité à leur vie privée. Tout se passe comme si, après sêtre adaptées au monde des hommes, jusquà y conquérir une place pleine et entière, les femmes souhaitaient maintenant que le monde masculin sadapte enfin à elles. C'est la fameuse féminisation de la société. " On dit aussi que Monsieur Jospin a une qualité découte " féminine ". On naurait jamais pu utiliser lexpression il y a quelques années Larticle rapporte également un commentaire de Boris Cyrulnik sur le sujet: " Il ny a pas que les hommes qui soient sexistes. Je pense quactuellement le sexisme féminin risque de dénaturer notre culture dépanouissement des femmes. " Puis : " Aux États-Unis, le néo-féminisme est en train de prendre un visage effrayant. La hantise du harcèlement sexuel y est telle que, dans certaines universités, il faut un consentement verbal clair à chaque nouvelle étape dun flirt : Acceptes-tu que je tembrasse? Acceptes-tu que je dégrafe ton soutien-gorge? - Oui mais avec les dents [rires] - .Une diplomatie de guerre froide appliquée à la sexualité bientôt à laffiche dans nos lycées? " Il y a un présent incertain, au fond. |
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Le clitoris : plus grand que nature |
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NOWAK, Rachel et |
On croyait tout savoir sur le clitoris et voici quune étude vient de démontrer que le clitoris est un organe très mal connu, au point que même les anatomistes se trompent sur son compte. Il ny a pas du tout de sensationnalisme dans ma démarche, je le précise. Jai dabord lu cet article qui est relativement court avec beaucoup dintérêt et je me suis dit un moment : il ny a rien à faire, il faut que jaborde absolument cette question-là. Le clitoris, explique-t-on, serait beaucoup plus quun simple monticule car cest là le sens du terme grec kleitoris. " Le clitoris sétend profondément dans le corps de la femme. Il est au moins deux fois plus grand et des dizaines de fois plus large que ce quen montrent la plupart des ouvrages danatomie. " Ce nest pas rien. Cette étude récente a été réalisée sous la direction du docteur Helen OConnell, chirurgienne spécialisée en urologie, au Royal Melbourne Hospital, en Australie. " Le clitoris doit sa réputation lilliputienne au fait, entre autres, que sa structure tridimensionnelle, complexe, se situe largement à lintérieur de lorganisme, dissimulée par du tissu adipeux et de los. Une grande partie des tissus érectiles nest pas dessinée dans les manuels danatomie - la femme encore " coincée " -, sauf, peut-être, dans quelques très vieux schémas de dissection de la littérature française et allemande," explique Helen O'Connell. |
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On cite également le docteur Cindy Amundsen, gynécologue de lUniversité de Houston, au Texas, qui affirme que " Les dissections de OConnell sont magnifiques. Les tissus érectiles sont plus proches de lurètre et couvrent une zone de la paroi vaginale beaucoup plus étendue que ce quon imagine généralement. " Et on raconte un peu comment elle en est venue à se poser ce genre de questions là. " Les manuels continuent à reproduire des illustrations dorganes féminins surannés et inexacts, quand ils nomettent pas purement et simplement den présenter des schémas. De même les textes daccompagnement sont incomplets. Lun dentre eux présente les organes génitaux féminins comme une structure identique à celle de lhomme mais tournée vers lintérieur jai déjà lu ça quelque part. - Pour un autre, ils ne sont quun " pauvre homologue " des organes mâles - comme si le clitoris était un pénis qui avait perdu le Nord - Pas même le Grays Anatomy - qui est considéré comme la bible des anatomistes - ne décrit en détails les nerfs et les vaisseaux sanguins reliés au clitoris. " Pour un chirurgien, déclare Helen O'Connell, cest inadmissible. " " Selon les descriptions dHélène OConnell, peut-on lire plus loin, les nerfs caverneux parcourent les parois de lutérus, du vagin, de la vessie, de lurètre. " Tant de choses quil faut savoir quand on est chirurgien, bien entendu. Pourquoi le clitoris a-t-il été systématiquement mal étudié? Parce quapparemment " les corps disponibles pour les dissections sont souvent celles de femmes de 80, voire de 90 ans ", souligne-t-on. Mais probablement aussi, comme me faisait remarquer une amie, parce que les recherches ont été faites par des hommes. Cest peut-être aussi simple que ça lexplication, finalement. |
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Les meilleurs étudiants
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De quelle façon? |
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ATTALI, Jacques. |
" Une double dynamique est à luvre, explique-t-il, qui attire les meilleurs étudiants, quelle que soit leur nationalité, vers les meilleures universités, américaines surtout. Non seulement les élites du Sud vont continuer, comme elles le font déjà, à aller vers les pays du Nord en privilégiant de plus en plus le monde anglo-saxon, mais les universités vont créer des " campus nomades " dans des pays-clients - qui vont sexporter avec leurs standards de qualité vers Singapour ou Nouvelle-Delhi. Avec cette privatisation, on ne pourra plus parler de Nord proprement dit, mais de systèmes universitaires autonomes. Harvard ou Oxford, labelliseront - létiquette - les universités du Sud - Pour ainsi dire, comme pour les entreprises, il va y avoir les marques Harvard ou Oxford - Les grandes universités fonctionneront donc comme des pompes aspirantes des meilleurs étudiants du Monde. " On va vers une sorte délite mondiale, ce qui présente finalement une difficulté, celle de compromettre sérieusement la démocratie et la démocratisation de lenseignement. |
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" Il faut résister à cette tendance, prévient Jacques Attali, en créant des espaces transnationaux capables de lutter contre lintroduction de la logique de marché dans lenseignement supérieur. " Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais Pepsi-Cola a décidé de commanditer une chaire dans une université; McDonald également. Verriez-vous pour lOrchestre symphonique de Montréal, qui en arrache ces temps-ci, si monsieur Dutoit décidait de shabiller en espèce de clown bigarré comme celui de McDonald pour obtenir une subvention? Remarquez, ce nest pas une suggestion, seulement un morceau de délire. [rires] " Les universités publiques doivent accepter de se soumettre à des évaluations effectuées par des opérateurs extérieurs à eux, " ce qui place les universités dans une situation de transparence permanente et " les feraient sanctionner en cas de non-respect de leur cahier des charges. " " L'enseignement supérieur doit-il former des producteurs ou des citoyens? questionne Attali. Les deux, bien sûr. Les liens entre les universités et les entreprises doivent être renforcés de façon à ce que les entreprises acceptent plus facilement daccueillir des formations diplômantes. Dans le même temps, tout diplômé sortant de luniversité doit y avoir appris quatre choses au moins : être citoyen, communiquer, créer et critiquer. - On pourrait appeler ça la Loi des 4 C, parce que le hasard fait que les quatre mots commencent par la lettre C - [ ] Lenseignement, ajoute-t-il, ne prend pas suffisamment en compte ces exigences. Communiquer, cest ainsi disposer de loutil informatique, mais également connaître au moins deux langues étrangères, ce qui est rare. De même, laptitude au débat critique est loin dêtre généralisée. " Puis, on lui pose la question : Quest-ce quêtre citoyen? " Cest dabord connaître la Loi, ses devoirs et ses droits. Mais cest aussi apprendre à vivre en société, à décider, à participer. La vie étudiante elle-même doit être un lieu dapprentissage de la démocratie. " Aussi, dans les pays riches, lenseignement supérieur ne se démocratise pas, il se massifie. " Seul un petit nombre a aujourdhui accès au véritable enseignement supérieur, dit Attali. On assiste en fait un peu partout dans le Monde à un allongement de lenseignement primaire, à une quasi disparition de lenseignement secondaire, le primaire et le supérieur se rejoignant. " Ces propos, dont je vous donne un aperçu rapide semblent indiquer que la démocratie se porte plutôt mal à léchelle planétaire puisque les inégalités sociales vont saggravant, comme chacun sait maintenant. |
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