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Émission du Mercredi 30 septembre 1998

Les brèves

Les bienfaits du flirt

J’ai une bonne nouvelle pour vous. " Un flirt innocent – on dit bieninnocent " - avec un inconnu ou un collègue de travail est bon pour la santé et peut transformer l’existence. " C'est ce qu'affirme une experte finlandaise.

En fait, je me réjouis que ça puisse exister une opinion comme celle-là et c'est bien ce que dit Eila Kaarresalo-Kasari, auteure d’un livre sur l’art du flirt qui s’intitule : Flirter, c’est comme jouer au piano, il faut un entraînement quotidien pour apprendre. Mais " une fois que vous avez appris, cela éclaire votre vie. " Et elle ajoute que " chacun devrait avoir au moins une personne avec laquelle jouer à de tels petits jeux. " Ce que je pense en lisant ceci, et peut-être vous également, c’est à toute la misère qu’on se fait, les uns les autres, avec le harcèlement sexuel. Alors j'ai pensé que l’information n’était peut-être pas récente, que ça pouvait dater de 20 ans ou même 25 ans! Eh bien, pas du tout, elle est parue tout récemment. Elle ajoute même " Cela a un étrange effet stimulant pour le reste de la journée, et si cela est régulier, cela peut aider à l’ambiance sur le lieu de travail. " Ils vont l’arrêter puis ils vont la dévorer, la pauvre!

Cette spécialiste souligne également que le plus important " est le fait de bien se comporter et de savoir s’arrêter à temps, afin que les gens n’interprètent pas de travers votre attitude. " Elle donne des conseils aux timides, hommes et femmes, etc. Moi, je veux bien mais ça me fait un peu peur ce genre de bons conseils. Bref, choisis bien ton comportement : si tu ne veux que flirter un peu, coucher avec cette personne, ou dormir en prison!


Sexe et politique… plus ça change plus c'est pareil!

On n’en finira jamais avec Monica Lewinsky! Selon le journal The Australian,Elle devrait avoir une pensée pour Régina Gibol. " Une jeune papoue de 22 ans – ça s’est passé en Papouasie, Nouvelle-Guinée – a séjourné le mois dernier en prison parce qu’il y a sept ans, on l’a persuadée de pratiquer une fellation sur un homme politique en vue. " La scène a été filmée et lorsque la cassette a fait son apparition au Parlement en juillet dernier, mademoiselle Gibol a été condamnée pour " pornographie ". Alors que " l’homme, membre important du bureau du Premier ministre reste libre. " Il n’y a pas de justice, n'est-ce pas?


N’en jetez plus la cour est pleine!

Une petite anecdote que j’ai envie de vous communiquer : Nous, tout le monde, on peut toujours éteindre l’appareil de télévision mais apparemment, Hillary Clinton aurait confié à une amie : " Vous quand vous en avez assez, vous pouvez toujours éteindre votre poste de télévision mais pour nous, ça ne finit jamais! " C’est triste un peu.

Mais de fait, " la totalité des éditorialistes américains - un commentaire lu dans une publication européenne - continuent à disséquer l’affaire sans se soucier un instant de ses incidences internationales. Le fossé entre le microcosme washingtonien et le reste de la planète ressemble aujourd’hui au Grand Canyon. Toutes tendances confondues, les journaux américains ne paraissent guère se soucier des ricanements de l’étranger et des dommages, peut-être irréparables, infligés au prestige américain. "

Dans son dernier numéro, Newsweek s’interroge sur " l’authenticité du repentir présidentiel. " N’en jetez plus la cour est pleine!

La presse populaire se livre aux variations que l’on devine sur le cigare tandis qu’Iran News, le quotidien de Téhéran, flétrit, en éditorial, la " grossièreté " et le " manque de goût " des médias américains " qui ont perdu la face… si l’autre avait perdu sa vertu.


Un cigare avec ça

Les cigares baptisés Monica Lewinsky font un tabac en Roumanie! " [rires] J’avais fini de parler d’elle, mais je ne pouvais passer sous silence une aussi jolie formule. Il y a toutes sortes de blagues! On dit que " certains fumeurs de cigarettes ont même abandonné celle-ci au profit de ce cigare affriolant qui, selon certains amateurs, remplace avantageusement le Viagra. " On aura tout vu et tout entendu…


Une belle jambe posthume

Dans cet éventail, je trouve également une plaisanterie étonnante. Saviez-vous que Rudolf Noureïev qui a été l’un des plus grands danseurs de notre époque, maintenant décédé, " avait été condamné à un moment pour haute trahison après qu’il eut demandé l’asile politique en France en 1961, - au cours d’une tournée. Figurez-vous que, un certain nombre d’années après sa mort, - il vient d’être réhabilité par le Parquet en Russie. " Un journaliste commente cette information avec un sourire en coin : " Ça doit lui faire à titre posthume une belle jambe! " Mot bien choisi pour un grand danseur, il faut dire.

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Perception du travail dans le monde

Depuis plusieurs années, tout le monde profite de cette publication le Courrier international qui nous propose toute l’actualité d’un continent à l’autre et c’est très intéressant parce qu’on peut faire des rapprochements. Prenez, par exemple, sur le travail.

C’est le thème d’un article du Los Angeles Times, un autre sur la même thématique est paru dans le Süddeutsche Zeitung. The Guardian exploite lui aussi le sujet. Et bien d’autres, tels le Vanguardia de Barcelone, The Independant, l’Hebdo, The Economist de Londres, etc. L’idée est de nous donner un aperçu général du problème que représente le travail et parallèlement, le chômage dans un certain nombre de pays, car tous ces articles se recoupent sur des points qui nous intéressent.

Par exemple, on apprend qu’en France, on se prépare à passer à la semaine de 35 heures. En Grande-Bretagne, on raconte dans The Guardianque des femmes occupant des postes de responsabilité démissionnent les unes après les autres avec fracas, écartelées entre leur travail et leur famille - voilà l’occasion d’un débat national sur la flexibilité et la garde des enfants - ; au Japon, la presse s’inquiète de l’ampleur prise par le phénomène du karo jisatsu, le suicide par excès de travail; aux États-Unis, étrangement, des salariés affirment être plus épanouis à leur bureau que chez eux, note le Los Angeles Times, car ils n’ont même plus de vie de famille. Les outils informatiques, qui devaient, disait-on il y a 20 ans, permettre des week-ends de trois jours, ont fait voler en éclats la frontière entre domicile et bureau. Désormais, il est possible de travailler partout, donc tout le temps. La flexibilité devait aussi, à en croire les employeurs, permettre d’être enfin maître de son temps… C’est un leurre, explique le Süddeutsche Zeitung. Il est grand temps décidément de repenser le travail. Grand temps aussi de le désacraliser, comme nous y invite une association berlinoise - dont le nom est allemand mais se traduit par - Les chômeurs heureux. Où donc est passée l’ére des loisirs que les sociologues annonçaient encore il y a vingt ans? Loin d’offrir du temps libre, les ordinateurs et autres moyens de communication ont surtout permis de travailler partout et tout le temps. "

On mentionne également les comptables d’Ernst & Young qui se sont lancés dans une expérience radicale : " Ils s’efforcent de ne pas appeler leur boîte vocale pendant leurs vacances. Croissance économique et nouvelles technologies obligent, des millions d’Américains se voient envahis par leur activité professionnelle jusque chez eux. Parallèlement, leur vie privée empiète sur leur vie professionnelle : les outils qui permettent de travailler où que l’on se trouve offrent également la possibilité de jouer au solitaire et d’acheter des billets d’avion depuis le bureau. -  Il y a une grande confusion - Quand on demande aux gens où ils ont l’impression d’être vraiment appréciés, ils citent leur lieu de travail. " C’est le directeur du Centre des familles actives de l’université de Californie à Berkeley qui dit " Beaucoup de parents d’enfants en bas âge vous avoueront qu’ils voient arriver le lundi avec soulagement. D’une certaine façon, la vie familiale est devenue un job et le bureau remplace le foyer. " Mais c’est le tunnel de la folie!


Dans un autre article, on raconte le cas suivant : "  Nathalie Benda, de Fullerton, en Californie, travaille à mi-temps. À 28 ans, elle vient d’abandonner son emploi de directrice de produit à 48 000$ - US bien sûr - pour entamer cet automne une carrière d’enseignante à 31 000$. Elle explique qu’elle en était arrivée à travailler dix ou douze heures par jour, trop énervée et trop fatiguée pour préparer le dîner une fois arrivée à la maison et ses patrons lui ont dit qu’elle n’en faisait pas assez! Je n’ai pu que les regarder horrifiée ", dit-elle. On ne cite pas la phrase qu’elle a probablement eu l’audace de prononcer ensuite…

Une sujet d’actualité : le travail autonome. C’est très à la mode, et dans beaucoup de pays. Cette nouvelle approche permet de dégager la responsabilité des employeurs et comporte certains avantages au particulier, mais comme toute chose dans la vie, il n’y a pas que du bon. " Chacun est sommé de devenir " son propre patron " pour gagner en efficacité et en indépendance… Des chercheurs allemands démontent ce discours " et démontrent finalement que l’auto-organisation et la flexibilité associées à la déréglementation sont présentées la plupart du temps comme la panacée face à une économie malade et menacée par la concurrence internationale. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que tous les pays se disent menacés par la concurrence internationale. Je suis tenté de dire : cessons d’être international, c’est tout. " On invoque non seulement les modifications des exigences au sein des entreprises, mais également le souhait des travailleurs eux-mêmes. " Pour illustrer les implications du travail à temps partiel, il y a un tableau qui montre ici que les femmes sont plus sensibles à cette forme d’organisation du travail.

Angela Browning : l'ancienne sous-secrétaire d’État a démissionné pour s’occuper de son fils de 26 ans malade.[…] Elle a ainsi emboîté le pas de Tina Gaudoin, du magazine branché " Frank ", qui avait peu avant reconnu qu’elle n’arrivait plus à mener de front le dur métier de rédactrice en chef, sa vie de couple avec un autre " battant " et l’éducation de son jeune fils. Très rapidement, sa vie familiale, dit-elle, était devenue […] une sorte d'opération de commando... - Je vous lis la suite parce que certaines d’entre vous pourraient se reconnaître.- Un frigo bourré de plats tout préparés ou, pis encore, complètement vide; Une vie " à deux " se résumant à quelques mots échangés tard dans la soirée ou à des coups de fil pour s’excuser qu’on ne rentrera pas dîner… " Aujourd’hui, le monde du travail est de plus en plus ouvert aux femmes et apparaissent toutes sortes de problèmes dont celui des hommes qui ne partagent pas suffisamment les responsabilités domestiques… On s’en doutait. " Les pères n’essaient pas de réduire leur temps de travail. […] Vie familiale et vie professionnelle se heurtent de plein fouet, entraînant des situations qui confinent à l’absurde.- Les femmes entrent tôt dans la vie active. À un moment - , entre 30 ou 40 ans, elles doivent soit mettre fin à leur carrière, soit essayer, comme Tina Gaudoin de concilier l’inconciliable. "

Le partage des tâches à la maison

Total femmes : 35,1 heures par semaine.
Total hommes : 17,4 heures par semaine.

Là-dedans, il y a de tout : le temps passé avec les enfants, le ménage, la cuisine, les courses, la lessive, etc. Le nombre d'heures consacrées à chaque tâche est plus élevé partout pour la femme sauf pour le jardinage et les réparations, où les hommes passent plus de temps que leurs compagnes.


Certains vont jusqu’à publiciser : " Déculpabilisez-vous parents, la technologie est là. Les mères sont écartelées entre leur travail et leurs enfants? Le Financial Times a trouvé la solution, technologique, à ce problème. Elle s’appelle "  I see you " (je te vois). C’est la dernière solution qui vient des États-Unis pour concilier vie de bureau et vie de famille. Le système est simple : il s’agit d’un appareil photo – tenez-vous bien c’est grave – installé dans la crèche ou la salle de classe [sic], qui photographie l’enfant régulièrement (toutes les cinq ou dix minutes) et envoie le cliché sur un site Web où le parent stressé pourra le consulter. C’est exactement ce que nous attendions tous depuis si longtemps, s’extasie le quotidien des affaires. Cela signifie que les parents n’auront plus besoin de se culpabiliser en partant au travail. Mieux encore, les parents qui l’ont essayé, enthousiastes, racontent qu’ils ont plus de choses à dire lors des brefs moments – je continue parce qu’il y a une chute étonnante à cette formule-là donc qu’ils n’ont plus besoin de se creuser la tête pour trouver un sujet de conversation et peuvent aller plus rapidement à l’essentiel - . " Tu avais l’air de beaucoup t’amuser en jouant avec l’eau cet après-midi. " Ça va bien à part ça? Le monde est-il assez fou à votre goût?

" Deux jeunes députées socialistes suisses, Gaby Mächler et Sybille Schürch, âgées respectivement de 33 et 35 ans, proposent de se partager un poste de conseiller au sein du gouvernement du Canton de Bâle. - partage du titre, des semaines-marathon de 80 heures et du (confortable) salaire. Les femmes ne sont plus prêtes à s’engager à 150 % pour cette fonction, explique une responsable politique au magazine suisse l’Hebdo. " On est en train d’essayer de voir comment on va régler ce problème.

En revanche, il y a des gens qui se débrouillent un peu mieux. Par exemple, en Finlande, le Premier ministre social-démocrate, monsieur Paavo Lipponen, est papa depuis peu et a pris un congé parental – lui, Premier ministre – [d’une semaine] pour s’occuper de sa petite fille. C’est la première fois, dit-on, qu’un membre masculin du gouvernement finlandais a recours à un congé parental rémunéré...- Vous rendez-vous compte de ça? J’en saute et des meilleures. - On dit aussi que les entreprises sont gagnantes sur tous les tableaux dans la situation actuelle. Nombre d’employeurs américains offrent des facilités aux parents maintenant mais les parents n’en profitent guère pour ne pas nuire à leur carrière. Et plus loin : Même quand ça existe dans d’autres pays, les gens sont méfiants. Car ils se disent : oui, bien sûr, certains le font mais j’ai peur que les gens me critiquent : tu vois, il en a profité lui, il n’aime pas son travail ou il n’est pas responsable, etc.

Pour en finir avec l’impérialisme des valeurs du travail, je dirai rapidement comme ça qu’en Allemagne, le sociologue munichois Ulrich Beck, ce théoricien postmoderne " s’est fait largement connaître en brisant la tristesse du débat public ", selon les mots du Tageszeitung : " Face à l’incapacité grandissante de l’État à garantir une protection sociale et face à la montée du chômage de masse, pourquoi ne pas conditionner l’octroi d’une aide aux chômeurs à un engagement citoyen qui consisterait à assumer des fonctions sociales? Nous sommes entrés dans l’ère de la fin du plein emploi. " Certains ne travaillent pas, certains travaillent trop, certains travaillent mal, etc. Tout le monde est malheureux, tadidam, tout le monde est malheureux tout le temps, tout le temps! turlutait Vigneault.

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Le Ça de Groddeck

 

GRODDECK, Georg. Le livre du Ça, Paris, Gallimard, 1963, 326 p.

J’ai pensé vous parler de Groddeck car, selon moi, il est un personnage extrêmement important. Né en 1866, donc un contemporain de Freud avec qui il a longtemps été associé, il s’en est dissocié pour poursuivre sa propre démarche.

Il est pour ainsi dire le scientifique – médecin psychiatre - qui a conçu ce qu’on appelle le psychosomatisme, le rapport entre le corps et l’esprit. Et c’est lui qui, la première fois a identifié et fait connaître cette instance de la nature humaine qu’on appelle le Ça, l’instinct, l’énergie vitale, par opposition au Surmoi.

Il en a discuté avec Freud qui en était au tout début de sa réflexion sur l’inconscient et c’est ainsi, apparemment, que Freud en est arrivé à la conception des trois instances de la psyché:

au niveau conscient, le Moi;
au niveau inconscient, le Surmoi;
et le Ça
.

Mais rapidement, on voit que le Ça de Freud n’est pas tout à fait le même que celui de Groddeck.

Le Ça de Groddeck, de toute évidence, a beaucoup à voir avec l’Éros au sens large du terme; qui ne réfère pas seulement à la sexualité: " Je n’ai guère de sympathie pour les gens affectant d’ignorer l’existence de l’érotisme, affirmait-il, et je ne crois pas à l’authenticité du geste de la maîtresse de pensionnat quand elle tourne son ombrelle ouverte de manière à ne pas voir la baignade des lycéens dans la rivière… "   Évidemment, c’est une autre époque. Maintenant, la rivière est polluée et même les lycéens sont morts. [rires] "Il est certain que ces deux pulsions : exhiber et  voir, occupent une grande place dans l’existence humaine et ont une influence sur tout ce qui est humain et trop humain. "

On sent qu’il y a chez lui cette espèce de volonté de nous désinhiber face à la question de l’Éros, bien sûr.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.
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Inconscient de sa mort

Puis tant qu’à mettre un peu les États-Unis sur la sellette, on peut bien continuer. J’apprends que " la Cour suprême de l’Ilinois, aux États-Unis, a décidé de repousser l’exécution d’un retardé mental condamné à mort. Parce qu’elle pense qu’Anthony Porter, débile léger de 40 ans, n’était peut-être pas en possession de toutes ses facultés lorsqu’il a commis en 1982 le double meurtre qui lui a valu la peine capitale. Si Porter bénéficie d’un sursis c’est parce que la Cour suprême - 16 ans après - n’est pas persuadée que cet homme au quotient intellectuel de 51 (la norme est de 100) - …sauf chez les animateurs radio où c’est un peu plus bas – s’est rendu compte qu’il va bientôt mourir! "

Tout à coup, ils se disent que cet homme ne se rend pas compte qu’il va bientôt mourir, donnons-lui un sursis. Je ne vois pas si vous voyez l’absurdité de ça. " Que vaut en effet la peine capitale, commente un journaliste, si elle n’est pas précédée de plusieurs années de torture psychologique dans l’attente d’une mort certaine? Rien. Cela ne peut même pas servir de leçon pour l’avenir… "

Pour ce qu’on a d’avenir dans ces cas-là... Ça finit par faire mal toute cette inconscience, vous ne trouvez pas?