PAR...  

Émission du Lundi 21 septembre 1998

La musique de l'automne


Dans quelques heures, on aura franchi le cap de l’automne. On sera entré dans l’équinoxe, c’est-à-dire que la nuit et le jour seront d’une durée égale. C’est ce que veut dire équinoxe. Et je me dis que ce n’est certainement pas pour rien qu’existent des points de repère dans le temps, car nous sommes de l’espace et nous sommes aussi du temps.

 

De l’espace car nous sommes de la montagne, de la mer, de la ville, de la campagne, du désert, du froid, du chaud, du haut, du bas, du creux, du vaste, du petit, etc. Et nous sommes du temps également. De la nuit, du jour, nous sommes d’avant, d’après, nous sommes de l’automne, de l’hiver. Or, le progrès tend toutefois à aplanir les différences : de l’espace, en cherchant à ce que la température soit égale dans nos maisons, en les refroidissant quand elles sont trop chaudes et en les réchauffant quand elles sont trop froides. Et du temps, tout devient relativement très égal. L’hiver est un peu comme le printemps. La différence n’est plus ce qu’elle était.

On ne va pas se mettre à regretter le passé car ce n’était tout de même pas sans inconvénients avant le progrès. Mais il est bon de les vivre quand même, ces différences. Moi, je dois à mes chiens – dans l’ordre : Platon, Horus et la belle Cybèle – d’avoir découvert la diversité du temps qu’il fait. Il pleut, il grêle, il pleuviote, il neigeotte, il fait soleil, il fait chaud, il fait froid, etc. J’ai fini, avec les années, par m’équiper pour faire face à toutes ces situations-là, pour aller promener les chiens, bien entendu.

Ce qui me rappelle que j’avais un ami qui, lui, détestait la différence et il souhaitait que tout soit égal, curieusement. Il détestait s’habiller chaudement l’hiver parce qu’il détestait l’hiver. Il détestait s’habiller légèrement l’été parce qu’il détestait l’été. Ce qui fait qu’il essayait toujours de s’habiller un peu comme au printemps, ou comme à l’automne, donc il avait trop chaud l’été et trop froid l’hiver. Tout le temps. Il disait : Moi, je proteste. Je répondais : Proteste tant que tu voudras, mais de quoi as-tu l’air? Et vis-à-vis de qui en plus? Si tu veux chercher plus loin, creuser davantage le point de vue philosophique de la chose...

En tous les cas, je me réjouis d’avoir été rééduqué par mes chiens. Si vous en avez, c’est tant mieux pour vous. Si vous n’en avez pas, je vous suggère la promenade, parce que l’avantage est de découvrir l’immense diversité de la température, et la diversité également des lieux que l’on croit être familiers : la montagne où je vais me promener tous les jours, par exemple, n’est jamais exactement la même. Et surtout, c’est évident d’une saison à l’autre. Je me dis : Là c’est le printemps, les arbres sont encore dénudés mais les bourgeons viennent d’apparaître; ou je me dis : C’est l’automne qui s’en vient; ça commence à rougir, à devenir orange et brun, ça commence à tomber; etc. Deux mondes différents. Le son n’est plus le même parce que la densité du lieu n’est plus la même : car le son ne voyage pas de la même façon quand il y a beaucoup de feuilles, puis lorsqu’il n’y en a pas... Rien que ça c’est tripatif!

Retour au début-

Les masques d’Halloween

 
D'après :

"Halloween Hall of Fame", Life & Times, October 1998.

 

 

L’automne me fait aussi penser à l’Halloween. J’apprends qu’on s’est adressé aux marchands de farces et attrapes pour leur demander quel allait être, d’après eux, cette année, le masque d’horreur le plus en demande au moment de l’Halloween.

Pour vous donner une idée de ce qu’on appelle l’horreur, il faut savoir qu’en 1978, le masque qui s’était le plus vendu était celui de Darth Vader. Vous savez ce grand personnage avec le masque noir dans La Guerre des Étoiles. Ensuite, en 1988, j’avais un peu perdu le contact avec la réalité halloweenienne, pour ainsi dire, c’était le masque du dénommé Freddy. Celui-là même qui a les doigts comme des couteaux.

Et cette année, le masque d’horreur qui sera le plus en demande, le gagnant selon eux, c’est celui de... Monica Lewinsky. On ose encore rire…

Retour au début du texte-

Sexe, mensonges et vidéo…


Je vous avouerai franchement que je trouve personnellement que le Président des États-Unis commence à faire pitié. Et quand je dis ça, je pense à l’homme le plus puissant aujourd’hui dans le monde, l’homme le plus susceptible d'avoir à intervenir efficacement à divers niveaux majeurs. On parle maintenant, partout dans les journaux, de chasse aux sorcières, d’une nouvelle Inquisition, du maccarthysme, etc. Je ne comprends pas que des citoyens américains aient voulu en venir là.

Le monde entier en est conscient. Dans tous les magazines, qu'ils soient en allemand, en espagnol, en italien, on retrouve partout à la une, la même consternation : Les Américains ont perdu la tête, etc. On est en train de réaliser que cette histoire représente un gros risque pour les États-Unis, et aussi pour la démocratie. Ce n’est finalement dans l’intérêt d’aucun parti. Comme s’il y avait un goût de la catastrophe derrière tout ça. Si Éros a gouverné les comportements privés de Monsieur Clinton, Thanatos, la tendance à la mort, semble gouverner ceux de Monsieur Starr. C’est tellement dément.

D'après :

BARBER, Benjamin. " C'est un assassinat politique ", Le Nouvel observateur,12-13 septembre 1998


Peut-être peut-on ajouter à cela cet article du professeur Benjamin Barber, de la Rudgers University, conseiller officieux de Clinton. Il commence ainsi : " La moitié des politiciens de Washington ont des histoires semblables à cacher -  quand il dit la moitié, il doit savoir de quoi il parle. - C’est le retour de l’ordre puritain. Ce qu’on ne dit pas c’est que Clinton est un des rares hommes de plus de 50 ans à être encore marié avec sa première femme. -  Et c’est ça le détail que je voulais vous communiquer et que je trouve très intéressant. - Ses détracteurs eux sont tous divorcés. Est-ce que cela vaut mieux qu’un peu de sexe au bureau?  - Votre réponse peut être différente de la mienne - . Newt Gringrich a abandonné sa femme lorsqu’elle souffrait d’un cancer. Aujourd’hui, toute la boue est sur la table mais si Clinton arrive à survivre,[…] il sera tiré d’affaire, dit-il. Bien sûr, il a été stupide de ne pas avouer avant. Mais pour les gens qui veulent le détruire cela n’aurait rien changé. C’est un assassinat politique. -  De plus en plus, c’est ce qu’on est en train de dire, du reste - Le Parti républicain a déclaré la guerre civile. Il l’aura. -  la guerre civile c’est bien ça, c’est Thanatos - À l’heure où la Russie est en faillite, où l’Afrique connaît le désarroi et où la Bosnie est encore dans le chaos, nous nous occupons de "sexe oral". Le décalage est consternant. -  Voilà l’idée - Nous avons vaincu l’URSS et nous périssons aujourd’hui d’un scandale sexuel ", conclut Benjamin Barber.

Alors, il y a toutes sortes de questions et de réponses là-dessus : chacun les siennes.. Je me suis demandé : Comment me serais-je comporté à chacune des étapes de la comparution? Pour être honnête, je puis vous dire que j’aurais menti, en me faisant la réflexion : Quelle erreur idiote j’ai pu commettre! Mais il y a toute une réflexion sur ce qu'est la vérité. Ah! cette vieille formule : Toute vérité n’est pas bonne à dire

Fallait-il mentir pour tenter de garder la confiance? Qu’il ait fait une bêtise, c'est certain, mais ce n’est certainement pas moi qui lui lancerai la première pierre…[rires]

Alors sur qui repose la confiance dans l’intérêt de tous? Je pense finalement qu’il devait mentir à une ou deux étapes des cinq qu’il a traversées, du moins. La confiance, c’est ce qui, entre autres, tient debout le système économique. La conséquence de la situation que nous sommes tous en train de vivre maintenant – et cela, qu’on le veuille ou pas, parce que ce ne sera pas sans effet sur nous –, sera peut-être d’entraîner une paralysie de toute la présidence aux États-Unis. Je pense à tous les problèmes dans le monde dont la solution dépend, qu’on le veuille ou non, que ça nous plaise ou non, en grande partie du leadership des États-Unis, en partie, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Et si la baisse de confiance à l’égard du président entraînait une baisse de confiance à l’égard de la Bourse. "

Il aurait dû y penser avant, bien sûr. Et moi aussi, pour toutes les bêtises que j’ai faites. Mais ses ennemis aussi auraient dû y penser avant. Scier la branche sur laquelle on est tous assis, ce n’est pas nécessairement la chose à faire, me semble-t-il. En tous les cas, au moins qu’on en fasse une expérience susceptible de nous éclairer sur nous-mêmes, sur le monde, etc. Et puis la vie continue…

Retour au début du texte-

L'utopie : un exercice pour s'obliger à voir autrement

 
D'après :

RAMONET, Ignacio. " Besoin d’utopie ", Manière de voir, Nº 41, septembre-octobre 1998.


De tout temps, on a accusé les rêveurs qui croyaient à l’utopie de n’être justement que des rêveurs. Mais il y a des moments où il n’y a pas d’autre solution que de proposer une vision utopique. Je constate que dans Manière de voir, no 41, septembre-octobre 1998, on parle de la nécessité d’utopie. L’éditorial d’Ignacio Ramonet, directeur de cette publication, intitulé : " Besoin d’utopie " rappelle d’emblée que : " La faillite du communisme et l’implosion du socialisme -  d’une certaine façon - ont entraîné le démantèlement idéologique de la droite traditionnelle. " Qu’ils n’avaient en commun que d’être anticommunistes. Finalement, au moment où le communisme s’est " effoiré ", si vous me permettez la formule, il n’y avait plus grand-chose à faire et il y a eu un vainqueur de cet affrontement Est-Ouest : le néolibéralisme. " [Qui] a vu disparaître ses adversaires et [qui] se déploie maintenant à l’échelle planétaire avec une énergie décuplée. Il rêve d’imposer sa conception du monde, sa propre utopie. " Le néocapitalisme, sans le définir, serait de gauche ou de la voie du milieu, pourrait-on dire.

" Cette entreprise de conquête s’appelle aujourd’hui la mondialisation, rappelle Ramonet, qui résulte de l’interdépendance de plus en plus étroite des économies de tous les pays par la liberté absolue de circulation des capitaux, par la suppression des barrières douanières et des réglementations et par l’intensification du commerce et du libre-échange, encouragée par la Banque mondiale, le Fonds mondial international (FMI), par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Une déconnexion s’établit entre l’économie financière et l’économie réelle. " Et là-dessus, il apporte une information qui m’apparaît très importante car on n’en est pas conscient suffisamment : " Sur les quelque 1 500 milliards de dollars que représentent les transactions financières quotidiennes à l’échelle mondiale, 1 % seulement est consacré à la création de richesses nouvelles. Le reste est de nature spéculative.  "


J’ai un manteau qui vaut 15 $ ou à peu près. Tu veux l’acheter. Je te demande : Combien me donnes-tu? Tu me donnes 20 $. Mais le manteau n’a pas augmenté de valeur pour autant. Oui, pour celui qui l’acquiert. Et pour un autre, il va valoir 150 $ ou 200 $, mais c’est toujours le même foutu manteau qui circule! C’est un peu ça la métaphore un peu simplette qui aide à comprendre ce dont il s’agit ici. Il explique : " Un tel essor du néolibéralisme s’accompagne, même dans les pays les plus développés, d’une réduction significative du rôle des acteurs publics (on va se demander bientôt pourquoi on vote) à commencer par les Parlements, ainsi que d’un saccage écologique, d’une explosion des inégalités et du retour massif de la pauvreté et du chômage. " En page couverture de cette publication on peut lire : Un autre monde est possible. Ça fait très nouvel-âgeux, d’une certaine façon.

Je crois tout de même qu’il faut, à un moment, faire l’exercice de l’utopie pour s'obliger à voir autrement, mais absolument autrement que ne nous le permettrait peut-être la formule " Projet de société ". On aurait envie de partir de ce qui est, en se disant : Bon, c’est ça, et on va essayer d’améliorer ce qui est. L’utopie, ça va plus loin : c’est changer ce qui est plutôt que de l’améliorer. En tout cas, c’est comme ça que je le perçois étant un utopiste de nature.

Ramonet parle un peu plus loin des conséquences de tout ça : de l’hypertechnologie, de créer une société unique, etc. " [La] conséquence : les inégalités se creusent. Il y a plus de 60 millions de pauvres aux États-Unis, le pays le plus riche du monde. Plus de 50 millions de pauvres au sein de l’Union européenne, première puissance commerciale. [Puis] aux États-Unis, 1 % de la population possède 39 % de la richesse du pays. Et, à l’échelle planétaire -  et ça tenez-vous bien, car vous allez voir que c’est grave - , la fortune des 358 personnes les plus riches, milliardaires en dollars, est supérieure au revenu annuel des 45 % d’habitants les plus pauvres, soit 2,6 milliards de personnes... " Je dois dire que c’est accablant qu’on puisse dire d’une civilisation qu’elle repose sur un système qui fait que la fortune de 358 personnes est plus grande que le revenu annuel de 45 % des habitants les plus pauvres. On se dit qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

D'après :

CASSEN, Bernard. " Les dix commandements citoyens ", Manière de voir, no 41, septembre-octobre 1998.


Un peu plus loin, dans le même magazine, Bernard Cassen prend la plume pour parler des " dix commandements citoyens ". Il dit : " Impossible de penser à un monde nouveau avec les mots de l’ancien. -  C’est vrai que pour les mots de l’ancien, on ne peut pas faire grand-chose. - Replacer l’homme au centre des préoccupations, se soucier du citoyen solidaire des autres, en finir avec l’économisme -  c’est-à-dire l’économie comme explication de toute chose, comme justification de toute chose - , voici les règles qui permettent de tracer le contour d’un avenir différent. "

Puis là, il s’offre le luxe – certains diront de délirer un peu ou de suggérer un peu, en tout cas - d'alimenter la réflexion. " Se donner de nouveaux outils d’analyse. " Il en veut beaucoup, par exemple, aux PIB. Le produit intérieur brut permet toujours de dire : Ah, dans ce pays-là, ça se passe très bien, parce que le PIB est le plus élevé d’année en année. Mais évidemment, quand on sait que plus il y a d’accidents de route, plus il y a d’accidents d’avion, plus il y a de verglas, plus le produit intérieur brut est élevé, on se dit : Ça ne doit pas être la meilleure façon de calculer… Alors, on suggère que le PIB comme tel soit remplacé par autre chose. Donc : " […] promouvoir des instruments de mesure comme celui du développement humain; […] distinguer, par exemple, les richesses premières (ressources anthropologiques et ressources écologiques) et les ressources dérivées, qui supposent l’existence des précédentes; créer un "indicateur de destruction" pour faire apparaître dans une rubrique négative ce qui détruit les humains et la nature (accidents, pollution, etc.) tout en contribuant au PIB -  Mais il s’agit maintenant de le voir d’une autre façon, d’envisager une approche différente pour juger de notre fonctionnement - . À l’inverse, faire apparaître positivement les non-dépenses dues à la prévention." Etc.


Deuxièmement : " Soustraire l’information de l’emprise du capital. " Il estime que les médias sont commandés par le capital. " Empêcher le dévoiement du multimédia. " Il veut dire quoi à ce moment-là? " Mettre à contribution les grandes sociétés du secteur, au lieu de leur livrer clés en main l’accès aux établissements scolaires ", par exemple. " Garantir un revenu à tous. " Ce sujet est une de mes marottes. Moi, je ne vois pas d’autres solutions. C’est le temps du salaire de la machine. Il dit, par exemple que si le progrès vient de ce que nous utilisons beaucoup l’informatique, la mécanique – d’abord le progrès mécanique de la révolution industrielle et puis maintenant le progrès que représente l’informatique – tout cela enlève des emplois à une grande partie de la population, donc le moyen d’être reconnu socialement et d’assurer sa propre subsistance. Il va falloir que le partage de ce qui représente le progrès économique se fasse sur une autre base que le salaire simplement. D’où l’idée que certains penseurs soutiennent depuis quelques années : de " garantir un revenu à tous ". Il parle de l’allocation universelle, du deuxième chèque.

" Une nouvelle distribution du travail et des revenus dans une économie plurielle dans laquelle le marché occupera simplement une partie de la place, avec un secteur solidaire et un temps libéré de plus en plus importants : de telles propositions ont été fréquemment évoquées dans nos colonnes, dit-il et c’est bien vrai. Mais fait défaut la volonté politique de les mettre en œuvre pendant qu’il est encore temps, avant que des seuils d’irréversibilité de l’exclusion et de la marginalisation n’aient été franchis. […] Donner sa place au Sud; […] Construire un espace public planétaire. […] C’est le rôle théorique des organisations internationales et des agences intergouvernementales… "

Mais il faudrait pousser ça plus loin : " Tout ce qui crée ou consolide les liens transfrontières et contribue à faire naître une conscience planétaire est bon à prendre, réseaux associatifs, syndicaux, religieux, sportifs, culturels, les organismes humanitaires non gouvernementaux; [les] organisations à fondement linguistique (francophonie, hispanophonie, etc.); partenariats pour l’économie solidaire ou alternative, et commerce équitable. La liste peut s’allonger indéfiniment. " Ce qui est extrêmement curieux c’est qu’on ne semble pas du tout tenir compte de ça dans les grands organismes internationaux qui règnent maintenant dans le monde.

Cette proposition, en somme, c’est : " Qui ne travaille pas mangera quand même. " Ainsi peut-on résumer les thèses de ceux qui défendent, sous une forme ou une autre, le principe d’un revenu minimum garanti, bouleversant ainsi l’un des dogmes des sociétés modernes où le revenu est la contrepartie du travail.

 
D'après :

MARÉCHAL, Jean-Paul. " De l'allocation universelle au «deuxième chèque» ", Manière de voir, no 41, septembre-octobre 1998.


Dans un article de Jean-Paul Maréchal, je découvre d’autres alternatives : Revenu d’existence, allocation universelle, etc. C’est une idée qui va bouleverser les fondements culturels de notre société car les mentalités sont largement structurées par le modèle salarial apparu avec la révolution industrielle. Le salaire, comme on le connaît maintenant, ne date que de la fin du 18e siècle au fond, et puis imposé de plus en plus dans nos sociétés. Il n’était pas question de ça au moment de la société agricole. " Si elle a la vie dure, cette conception ne correspond pourtant plus, et depuis longtemps, à la réalité. Je suis obligé de m’en tenir à ce qu’on dit de la situation en France mais je suppose qu’on ne doit pas être bien loin de ça. En France, 34 % des revenus des ménages étaient en 1993 constitués par des prestations sociales, c’est-à-dire des versements (allocations logement, allocations familiales, etc.) attribués à des personnes en raison de leurs besoins spécifiques ou de leur situation particulière, et non en échange d’un travail. Ces revenus de transfert, ainsi que les désignent les économistes, représentaient déjà 19 % des revenus des ménages en 1959 et ont depuis atteint 65 % dans l’agriculture. "

Philippe van Parij de l’Université de Louvain, préconise " une allocation universelle de l’ordre de 1 500 francs par mois ". Qu’est-ce que ça donnerait 1 500 francs par mois ici? Ça donnerait environ 400 dollars. Une allocation " financée par une taxation uniforme sur la consommation d’énergie des entreprises et des ménages. " Etc. Un autre revenu de citoyenneté…


Bref, il y a plusieurs théoriciens, plusieurs économistes qui se penchent sur cette question, et ça change de nom mais ça revient toujours au même. Il s’agit au fond du fameux salaire de la machine. On dit : La machine, elle n’a pas besoin d’acheter des pommes de terre, des carottes, etc. Les démagogues profitaient beaucoup de cette image-là. Ils disaient : La machine, qu’est-ce que ça mange? Ça prend de l’huile... Mais une fois au-delà de l’opération de la machine, elle n’a pas besoin de s’habiller, pas besoin d’envoyer les enfants à l’école... Mais la machine, c’est ça qui génère beaucoup plus d’argent, qui fait que la productivité augmente. Alors c’est le salaire de la machine qu’il faut partager entre les citoyens d’un type de société qui permet à ces machines de fonctionner. Voilà l’idée.

Toutes ces propositions, mettez ça sur le compte de l’utopie, sur un rêve curieux d’un monde qui serait différent.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.
Retour au début du texte