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Émission du mercredi 16 septembre 1998

Les brèves

Étrange époque que la nôtre. On entend vraiment parler de tout. Je vous fais mon petit " collage-info " du jour.


Alimentation

On entend parler des aliments-miracle comme les tomates, les pastèques, les pamplemousses roses et les abricots, qui contiendraient un pigment, le licopen, susceptible d’avoir des propriétés bénéfiques réduisant les risques de maladie cardiaque et de cancer de la prostate.

Pour fumeurs seulement

Une petite publication vient de paraître et peut intéresser certains d’entre vous. Elle s’intitule : Le compagnon branché. C’est le guide du fumeur, conçu pour la Ville de Montréal. Vous y découvrez, par exemple, que le Café électronique de la rue Saint-Paul Ouest est un lieu où l’on peut fumer. Il y en a un très grand nombre : au Métropolis, au Winston Churchill, également, on peut fumer. J’y vois comme une sorte de protestation. Les gens veulent avoir le droit de s’exécuter selon leur bon désir.

Mercenaires sur Internet

On peut trouver de tout sur Internet, comme vous le savez, du meilleur et du pire. J’apprends qu’il existe des sociétés qui proposent des mercenaires sur leurs sites. Vantant leur marchandise, ces " chasseurs de prime et autres chiens de guerre " se sont reconvertis en société ayant, sinon pignon sur rue, du moins site sur Internet. Le cas d’Executive Outcomes, en Afrique du Sud, qui se présente comme " un service professionnel de conseils militaires pour gouvernements légaux " en est un exemple.

Centre du rire… localisé

Une dernière petite brève : on vient de localiser le centre du rire. En effet, " le centre cérébral du rire [rires] aurait été localisé chez une jeune patiente atteinte d’épilepsie. En stimulant électriquement avec une électrode une petite zone du lobe frontal droit de son cerveau, les neurobiologistes lui ont arraché des éclats de rire irrépressibles. " Je n’ai pas voulu qu’on fasse ces recherches sur moi : on me l’a offert à plusieurs reprises, mais j’ai pensé que c’était trop intime. C’est un peu gênant, je dirais. " L’intensité et la durée de l’hilarité, du simple sourire à un rire franc, varient avec l’intensité de la stimulation. " Comme le reste au fond. " La zone corticale ainsi mise en évidence est très proche du centre de la parole. "

Étiez-vous au courant que les rats rient eux aussi? Selon certaines recherches, si vous prenez un rat de laboratoire et que vous le retournez pour lui chatouiller la bédaine, il rit. Mais on ne l’entend pas car on doit utiliser un appareil spécial pour percevoir les ultrasons qu’il émet. Rira-t-on ? (Ris raton…) [rires]

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Savoir-vivre et sentiment social

 
D'après:

PICARD, Dominique.
Politesse, Savoir-vivre et Relations sociales, Que sais-je?
Presses Universitaires de France (puf),1998, 122 p.


Il ne s'agit pas ici de règles de politesse et de savoir-vivre, mais des valeurs et des principes fondamentaux qui les appuient. Il est aussi question des fonctions de la politesse parce que " La politesse et le savoir-vivre structurent le lien social, constituent un code de communication, forment un des fondements essentiels des rituels d’interaction ", nous dit Dominique Picard – un sociologue français qui a écrit plusieurs ouvrages - dont un petit bouquin tout à fait remarquable intitulé Politesse, Savoir-vivre et Relations sociales, de la collection Que sais-je?

L’homme est un animal social. " La politesse et le savoir-vivre, parce qu’ils structurent le lien social et constituent un code de communication, forment un des fondements essentiels des rituels d’interaction. Ils ne sont pas constitués de règles arbitraires, mais obéissent à une logique rigoureuse que l’on retrouve, au-delà des variations de surface, à différentes époques et dans différentes cultures. Par l’analyse des fondements de la politesse, système régulateur des relations sociales, l’auteur nous donne une image renouvelée de la politesse et du savoir-vivre comme une des composantes de la citoyenneté. " Voilà une approche autrement plus intéressante que celle dont je me suis déjà fait le porte-parole, ou devrais-je dire le chantre, parce que ça me semblait important à un certain moment de parler de politesse et de savoir-vivre. Mais voilà qu’on nous présente un tout autre point de vue.

Voyons du côté des valeurs et des principes fondamentaux. Si on s’en tient à ce qu’il appelle les principales valeurs, soit celles qui déterminent en partie les autres, il y a l’engagement, l’adaptation, l’équilibre, l’harmonie, le respect, la discrétion et la distinction. Il a de plus, dénombré plus de cent valeurs associées à la politesse et au savoir-vivre, telles que : la propreté, la modération, la dignité, la sobriété, le sens de la justice, etc.

L’engagement

" C’est l’un des maîtres mots du savoir-vivre. À tout moment, il convient de montrer son attention aux autres et de participer à la vie sociale. […] Au nom de l’engagement, tout ce qui favorise les contacts est valorisé : le sens de l’écoute et de la convivialité, le goût de la conversation, l’aisance en groupe... "

L’adaptation

" C’est l’indispensable auxiliaire de l’engagement et de la sociabilité. Pour pouvoir vivre avec les autres et être à l’aise avec eux, il est préférable de s’adapter aux usages en vigueur autour de soi. […] Afficher sa différence peut passer pour de la désapprobation. "

L’équilibre

" La fonction de l’équilibre est d’assurer une certaine équité et une certaine mesure dans un ordre social où chacun, quel que soit son statut, doit voir sa place reconnue. À travers lui, se justifie l’éventail des droits et obligations auxquels sont astreints tous les membres d’une communauté, qu’ils aient une position sociale " haute " ou " basse ". […] Les situations d’équilibre […] induisent chez les protagonistes un sentiment de justice, de stabilité et de satisfaction; alors qu’une relation déséquilibrée engendre plutôt le malaise et la frustration. "

L’harmonie

 "L’harmonie prolonge en quelque sorte l’équilibre et l’adaptation : s’adapter à un environnement ou équilibrer ses relations avec les autres, c’est aussi vivre en harmonie avec eux. "

Le respect

Les formes principales du respect sont le " respect d’autrui " et le " respect de soi "; elles sont étroitement liées. […] Le respect des autres trouve son pendant dans le " respect de soi " qu’on appelle aussi " dignité " ou " amour-propre ". Il suppose aussi qu’on prenne soin de son apparence et de sa réputation. […] Respecter les autres, c’est avoir à leur égard un comportement plein de tact et de déférence. Mais c’est aussi montrer l’importance qu’on accorde à leur présence et à leur jugement en se présentant avec une bonne tenue devant eux.

" Se présenter au regard des autres à son avantage, c’est aussi vouloir se faire reconnaître par eux. Car, pour être admis par les membres d’une communauté, il faut montrer son adhésion aux valeurs du groupe. Être soigné, élégant, fuir la vulgarité ou l’ostentation… Toutes les formes de respect de soi y contribuent au même titre que les marques de déférence ou le tact. "

La discrétion

" …une des règles d’or de l’élégance. La simplicité des formes, la douceur des tons, la modestie des accessoires, la mesure des gestes et des propos en sont les signes apparents. "

Mon genre quoi!… [rires] Avez-vous déjà vu la grosse bague que je portais à une époque? Tout ça pour vous montrer à quel point j’ai toujours été très discret… De toute manière, on se perfectionne comme de vieilles pierres qui se frottent pour se polir et se réchauffer.

" Dans les relations sociales, elle (la discrétion) est à la source du " tact " et de la " réserve ". […] Être réservé, c’est savoir maintenir une certaine distance entre soi et les autres : ne pas raconter sa vie trop facilement – à ce compte-là, il y a bien des gens qui perdraient leur gagne-pain à la radio… ; ne pas inviter des inconnus à peine rencontrés; limiter les effusions en public; être aimable sans être emphatique ou envahissant… "

La distinction

" La distinction est à la fois le but et la justification du savoir-vivre. Tout ce que fait ou dit un être " bien élevé " tend à le rendre distingué. "


Les fonctions de la politesse


André Comte-Sponville ouvre ainsi son Petit traité des grandes vertus : " La politesse est la première vertu et l'origine peut-être de toutes " (1995, Paris, puf.)

Revenons à Dominique Picard : " La politesse assure la régulation des contacts sociaux; elle joue également un rôle important dans la protection des individus et de la communauté sociale, explique l’auteur ". Elle opère à trois niveaux : psychologique, de la communication et social proprement dit.


La fonction psychologique

Au niveau psychologique, plusieurs rituels de politesse exercent une fonction de " réassurance identitaire ". " Chaque jour, on salue les gens " dans les formes " pour qu’ils sachent qu’on les reconnaît dans leur identité et dans leur place. Quand ils changent de statut, des " rites de ratification " sont là pour leur assurer que la communauté entérine bien leur nouvelle identité… Cette façon de confirmer les gens dans une image valorisée d’eux-mêmes est une forme de réponse aux " enjeux relationnels.

" Pour assurer cette fonction, le savoir-vivre place les relations sociales sous le signe de la " réciprocité " et de la " reconnaissance mutuelle ". " Je pense que c’est un des points importants qui démontrent à quel point la politesse et le savoir-vivre jouent un rôle essentiel comme expression du sentiment social.

La fonction communicationnelle

" Au niveau de la communication, la fonction du savoir-vivre est de favoriser le contact en faisant courir un minimum de risques aux faces et aux territoires des acteurs.– C’est intéressant cette idée : ne pas perdre la face, protéger le territoire, la place qu’on occupe, etc. – L’enjeu relationnel soulevé ici est donc d’abord celui qui régule le contact et la distance interpersonnelle, l’ouverture et la fermeture. "

La fonction sociale

" Le savoir-vivre fonctionne comme tous les rituels sociaux : en renforçant la cohésion d’un groupe et en permettant de l’opposer en tant qu’entité indépendante aux autres groupes. "

 

 

Rappel:

PICARD, Dominique.
Politesse, Savoir-vivre et Relations sociales, Que sais-je?
Presses Universitaires de France (puf),1998, 122 p.

 


Et il y a un point que j’aimerais ajouter : " Le savoir-vivre s’impose donc moins par la contrainte que par l’adhésion et l’intériorisation. " Cela doit venir de l’intérieur et non simplement par le geste extérieur. Il faut vraiment que le comportement prenne racine dans le sentiment social, le respect des autres... Il y a une pensée derrière le geste; il ne s'agit pas que de rituels. " Cette intériorisation fait d’ailleurs partie du savoir-vivre d’une façon assez paradoxale, souligne-t-il, puisqu’on dit que " la première loi du savoir-vivre c’est de savoir se passer de règles ". En effet, on n’est pas vraiment bien élevé si l’on se contente d’appliquer les règles sans réflexion. Beaucoup d’entre elles nécessitent une certaine adaptation afin que l’esprit du savoir-vivre soit plus respecté que la lettre. On peut en donner un exemple : la politesse veut que l’on salue toute personne de connaissance et qu’on lui accorde l’attention qu’elle mérite ; mais si cette personne est en pleine conversation ou si elle est en galante compagnie, le vrai savoir-vivre consiste, au contraire, à ne pas la saluer. " [rires]

" On peut dire que la politesse est aux relations sociales ce que la grammaire est à la langue : un système de règles codifiées dont on peut établir la structure et la logique de fonctionnement; comme la langue permet des expressions infinies, elle sous-tend les conduites individuelles, champ de la spontanéité et de l’invention personnelle. "

Plus loin, l’auteur précise que " l’observance mécanique des normes du savoir-vivre ne feront jamais un homme - ou une femme - bien élevé. Et c’est là le paradoxe profond du savoir-vivre : pour être poli, il faut certes connaître et suivre les règles; mais la vraie politesse, c’est celle qui sait se faire oublier. " Pas mal cette façon qu’on a d’opposer parfois la politesse du cœur et celle du code!

J’aime bien vous suggérer ces petits bouquins-là parce qu’ils ne coûtent pas cher et sont habituellement très bien faits. Celui-ci en particulier, il me semble qu’on devrait le mettre à la disposition des étudiants, et de nous tous également.

 

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Condorcet

D'après:

CONDORCET, Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, Marquis de; Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit, 1795.


Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet - www.cmontmorency.qc.ca/sdp/philo/condorcetConnaissez-vous Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat de Condorcet, ou marquis de Condorcet? Quant à moi, j’ai marché sur une rue Condorcet, j’ai déjà déambulé devant le Lycée Condorcet, et à Paris il y a aussi une Place Condorcet, si ma mémoire est bonne, mais je ne savais toujours pas de qui il s’agissait. Vaguement, j’avais peut-être compris que c’était un homme du 18e siècle. Puis, tout à coup, je viens de découvrir que c’est un personnage des plus intéressants, qu’il appartient au groupe des Lumières. Ce mouvement du 18e siècle qui prônait la tolérance, les réformes en matière d’éducation et de l’éducation publique en particulier, l’abolition de l’esclavage, la séparation de l’Église et de l’État, etc. et la Révolution française, à laquelle Condorcet a participé.

Comment se fait-il que j’ai fait cette découverte de façon aussi tardive? Il y a parfois de ces trous dans la culture… et je suis tombé dedans! [rires]

J’étais à faire une recherche sur le progrès et je me posais les questions suivantes : Est-ce que le progrès est fini? Qu’est-ce que le progrès? Est-ce moral? Est-ce technique? Puis c’est à partir de l’idée de progrès que j’ai vu qu’on parlait d’un tableau des progrès de l’esprit humain. Une amie à moi s’est donné la peine de faire une recherche sur Internet, et vous ne devinerez jamais où elle a pu accéder aux textes de Condorcet. À la librairie de l’Université Berkeley en Californie, et en version française! Avec des pages et des pages de références, etc. C’est quelque chose cet Internet!

Condorcet (1743-1795), est d’abord mathématicien, père du calcul intégral. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont les biographies de M.Turgot (1786) et de Voltaire (1789). C’est également un précurseur de la sociologie. L’histoire raconte qu’il s’est trouvé en conflit avec des Jacobins qui l’auraient jeté en prison et qu’il y serait mort. On ne sait pas trop comment, d’ailleurs : suicidé, assassiné ou mort naturelle.

Mais ce qui m’a le plus fasciné, c’est son ouvrage qui s’intitule Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain. Je vous demande de retenir la date de rédaction : 1795. Parce que vous allez vous dire que ce n’est pas possible : il compte 10 chapitres (10 époques). Les premiers chapitres portent sur les époques du passé que Condorcet retrace de mémoire, car il les a écrits en prison, où il n’avait pas de livres, pas de références du tout. Et c’est une œuvre colossale rédigée comme ça, spontanément. C’était un homme exceptionnellement brillant.

Lorsqu’on arrive à la dixième époque, au dixième chapitre si vous voulez, il tente de prévoir les progrès futurs de l’esprit humain. Je vous en communique quelques passages, dont celui-ci : " Si l’homme peut dire avec une assurance presque entière les phénomènes dont il connaît les lois; si, lors même qu’elles lui sont inconnues, il peut, d’après l’expérience du passé, prévoir avec une grande probabilité les événements de l’avenir; pourquoi regarderait-on comme une entreprise chimérique celle de tracer avec quelque vraisemblance le tableau des destinées futures de l’espèce humaine, d’après les résultats de son histoire? […] Les hommes approcheront-ils de cet état où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d’après leur propre raison dans les affaires communes de la vie, et la maintenir exempte de préjugés; pour bien connaître leurs droits et les exercer d’après leur opinion et leur conscience; où tous pourront, par le développement de leurs facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins; où enfin la stupidité et la misère ne seront plus que des accidents, et non l’état habituel d’une portion de la société?


Enfin, l’espèce humaine doit-elle s’améliorer, soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et, dans les arts, et par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particuliers et de prospérité commune, soit par des progrès dans les principes de conduite et dans la morale pratique, soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut être également la suite ou de celui des instruments qui augmentent l’intensité et dirigent l’emploi de ces facultés, ou même celui de l’organisation naturelle de l’homme? En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans l’expérience du passé, dans l’observation des progrès, que les sciences, que la civilisation ont faits jusqu’ici, dans l’analyse de la marche de l’esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus forts de croire que la nature n’a mis aucun terme à nos espérances. "

Plus loin: " Parcourez l’histoire de nos entreprises, de nos établissements en Afrique ou en Asie – là, il parle des colonies –, vous verrez nos monopoles de commerce, nos trahisons, notre mépris sanguinaire pour les hommes d’une autre couleur ou d’une autre croyance  - on est en 1795! - l’insolence de nos usurpations, l’extravagant prosélytisme ou les intrigues de nos prêtres détruire ce sentiment de respect et de bienveillance que la supériorité de nos lumières et les avantages de notre commerce avaient d’abord obtenu. - Condamnation de la colonisation, autrement dit; regard sévère là-dessus - Mais l’instant approche sans doute ou, cessant de ne leur montrer que les corrupteurs et les tyrans, nous deviendrons pour eux les instruments utiles ou de généreux libérateurs. " Fantastique, ce rapport avec les pays du Tiers-Monde!

Je vous entraîne tout de suite à un paragraphe extrêmement troublant, en ce sens qu’il a prévu, comme vous pourrez le voir, le mécanisme des assurances, des régimes de retraite, transférables même, et la fonction des actuaires. N’oubliez pas qu’il était mathématicien. " Nous montrerons qu’on peut la détruire [l’inégalité] en grande partie en opposant le hasard à lui-même, en assurant à celui qui atteint la vieillesse un secours produit par ses épargnes, mais augmenté de celles des individus qui, en faisant le même sacrifice, meurent avant le moment d’avoir besoin d’en recueillir les fruits - Voilà les assurances qui sont découvertes, définies, et expliquées. Extraordinaire, en 1795! -; en procurant, par l’effet d’une compensation semblable, aux femmes, aux enfants, pour le moment où ils perdent leur époux ou leur père, une source égale et acquise au même prix, soit pour les familles qu’afflige une mort prématurée, soit pour celles qui conservent leur chef plus longtemps; enfin en préparant aux enfants – là c’est le plan de retraite – qui atteignent l’âge de travailler pour eux-mêmes et de fonder une famille nouvelle l’avantage d’un capital nécessaire au développement de leur industrie et s’accroissant aux dépens de ceux qu’une mort trop prompte empêche d’arriver à ce terme. C’est à l’application du calcul aux probabilités de la vie, aux placements d’argent, que l’on doit l’idée de ces moyens – c’est à se demander : Où est le progrès? Ça c’est arrêté là  - déjà employés avec succès, sans jamais l’avoir été cependant avec cette étendue, avec cette variété de formes qui les rendraient vraiment utiles, non pas seulement à quelques individus, mais à la masse entière de la société, qu’ils délivreraient de cette ruine périodique d’un grand nombre de familles, source toujours renaissante de corruption et de misère. "

Ensuite : l’égalité - parce que, évidemment, c’était l’époque d’égalité, fraternité, liberté etc. – " Les diverses causes d’égalité n’agissent point d’une manière isolée; elles s’unissent, se pénètrent, se soutiennent mutuellement, et de leurs effets combinés résulte une action plus forte, plus sûre, plus constante. " Et maintenant, il aborde l’égalité de l’accès à l’instruction : c’est à peu de choses près des débats qui ne sont pas tout à fait terminés encore. Imaginez-vous! Il y a 200 ans de ça! C’est décourageant. " Si l’instruction est plus égale, il en naît une plus grande égalité dans l’industrie, et dès lors dans les fortunes; et l’égalité des fortunes contribue nécessairement à celle de l’instruction, tandis que l’égalité entre les peuples, et celle qui s’établit pour chacun, ont encore l’une sur l’autre une influence mutuelle.

" Enfin, l’instruction bien dirigée corrige l’inégalité naturelle des facultés, au lieu de la fortifier, comme les bonnes lois remédient à l’inégalité naturelle des moyens de subsistance; comme, dans les sociétés où les institutions auront amené cette égalité, la liberté, quoique soumise à une constitution régulière, sera plus étendue, plus entière que dans l’indépendance de la vie sauvage. Alors l’art social remplit son but, celui d’assurer et d’étendre pour tous la jouissance des droits communs auxquels ils sont appelés par nature. " Quand je vous disais qu'il est un des pères de la sociologie!

Quel est donc, selon lui, l’objet du progrès? " Les avantages réels qui doivent résulter des progrès dont on vient de montrer une espérance presque certaine ne peuvent avoir de terme que celui du perfectionnement même de l’espèce humaine. "

Ce n’est sûrement pas la dernière fois que je vais en parler. Je suis même en train de devenir un fan de Condorcet!

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.
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