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Émission du mercredi 9 septembre 1998

Les brèves

Obésité... sans risques pour la santé?

voir :
Les désavantages pratiques de l’obésité

Je viens d’apprendre une merveilleuse nouvelle en rapport avec l’obésité. Ah! que le Père Noël et moi sommes contents!

Comme vous mourrez d’envie d’en savoir davantage, je vous apprends que "chez les plus de 65 ans, l’obésité ne ferait pas peser de risques particuliers sur la santé. Telles sont les conclusions d’une étude menée pendant cinq ans auprès de 4 317 hommes et femmes âgés de 65 à 100 ans." S’ils ont déjà vu un centenaire obèse...! tous les espoirs sont permis.

Je tire cette information de l’American Journal of Public Health, avril 1998. Je vous donne les sources parce que je ne veux pas être inondé de coups de fil de l’Association des diététiciens et diététiciennes.

Dans le même ordre d’idées, un peu contestataires, il y a aussi une autre étude (Congrès de la Fédération des sociétés américaines de biologie expérimentale, à San Francisco, 19 avril 1998) qui a établi que " les femmes qui réduisent la part des corps gras dans leur alimentation peuvent manquer de nutriments essentiels. La moitié des femmes qui limitent à 30 % les calories provenant de graisses ne recevraient pas les apports conseillés en vitamine A, B9, en calcium, en fer et zinc. " Tiens, cela fera peut-être revenir les rondeurs à la mode, qui sait…[rires]


Les bienfaits de la cannabidiol

Vous savez ce que je pense de la marijuana. Donc, avec plaisir, je vous transmets une petite nouvelle qui a attiré mon attention : la marijuana protégerait le cerveau.

C’est le titre qu’on a donné à cette information qui vient de l’agence France-Presse et qu’on a pu lire dans le Devoir du 7 juillet 1998. " Un élément naturel contenu dans la marijuana protège les cellules du cerveau, selon une étude publiée hier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Cette substance, la cannabidiol, a des propriétés antioxydantes qui pourraient permettre d’éviter des affections comme les congestions cérébrales, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, ou peut-être les attaques cardiaques. " Une autre étude sur les propriétés du cannabis a été effectuée par l’Institut national américain de la santé mentale. On peut lire ceci : " La cannabidiol n’active pas dans le cerveau les récepteurs qui permettent à la marijuana d’avoir des effets euphorisants. " On dit cela, selon moi, parce que les gens veulent absolument nous faire profiter de tous les avantages du cannabis mais en coupant le trip… Ce ne sont pas que des scientifiques, ce sont également des moralistes! C’est ça le problème.


Porno ultrasecrète

Il y a des gens qui, peut-être, avaient l’habitude de s’ennuyer dans ce laboratoire ultrasecret dépendant de l’armée en Grande-Bretagne. Ils avaient régulièrement recours au stock d’images pornographiques qu’un des leurs avait accumulé. 3 500 employés du laboratoire s’étaient, jusque-là, tenus extrêmement discrets là-dessus. On vient de découvrir que cette collection spéciale était constituée de pas moins de – tenez-vous bien! Êtes-vous prêt au pire? – 170 000 images pornographiques! C’est à se demander où ils les prenaient.

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Le phénomène western

Au cours de la semaine prochaine se tiendra le Festival western de Saint-Tite. Vous allez me dire : oui et après? Bien, je vous dirais que c’est un très important phénomène. On attend 400 000 personnes, peut-être même un demi-million. Un véritable lieu de pèlerinage pour les gens qui sont encore sensibles et même de plus en plus sensibles, devrais-je dire, non seulement à la culture western, mais à la culture country également, qui est associée à la culture western.

L’Amérique western

Je me suis à un moment beaucoup intéressé au phénomène Willie Lamothe. J’ai même écrit un essai qui a paru en même temps que ma pièce Klondyke, qui raconte l’histoire de la ruée vers l’or au Yukon, suite la ruée vers l’or en Californie et dans d’autres états américains. Klondyke c’était d’abord canadien mais inspiré de la culture américaine. Je me souviens qu’un jour, alors que je travaillais à cette pièce, on m’a demandé ce qui m’avait incité à écrire Klondyke. Ma réponse a été simple : " J’ai découvert que j’étais aussi Nord-Américain. " Mais au fond, ce n’était pas aussi simple que ça parce que mon sentiment d’appartenance m’est venu sur le tard et a suscité en moi de nombreuses questions.

Je reviens à Willie Lamothe. Il y a plusieurs années, je l’avais invité à une émission d’été où j’interviewais des gens dans des conditions bien particulières. Il ne croyait pas que j’étais sérieux quand je l’ai invité car il n’avait jamais encore mis les pieds à Radio-Canada. Il faut dire qu’à cette époque-là, plus qu’aujourd’hui, il existait une discrimination ou ségrégation à l’égard des Amanda Alarie, Ti-Zoune, Willie Lamothe et cie. Tout ceux-là, disait-on, c’était de la culture populaire. Et comme ironisait un peu quelqu’un: " Ça a pas plus l’air de la culture que… " Une idée qu’on se faisait que la culture doit nécessairement être critique et classique, etc. Au téléphone, Willie Lamothe m’avait demandé : " Tu veux que j’arrive habillé en cow-boy? " " Pas du tout, lui ai-je répondu, arrive habillé comme tu t’habillerais pour une entrevue où tu n’aurais pas à te promener avec ton cheval, ou à jouer de la guitare... " Il est arrivé très élégant je dois dire, de noir vêtu, mais avec quelques accessoires western. C’est à peu près cette année-là également que Willie Lamothe a fait partie du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, qu’il s’est promené à cheval et qu’il a été applaudi par tout le monde.

Le phénomène est tout de même étonnant parce que Willie Lamothe avait la particularité d’être un cow-boy dans un contexte social et même géographique où le cow-boy est impensable. Il chantait des chansons western ou country, le plus souvent de sa composition, dans lesquelles il était question, par exemple, de la solitude qu’éprouve le cow-boy au milieu des plaines et de la fiancée qui l’attend.

Willie Lamothe, avant l’émission, m’avait confié un secret. Maintenant qu’il est mort, je peux vous le répéter : il avait horreur des chevaux qui lui inspiraient une terreur panique. On l’a pourtant vu souvent arriver à cheval. Ça en faisait un cow-boy de chez nous. [rires] On a beaucoup ri de cela tous les deux parce que moi, voyez-vous, je trouve ça très haut un cheval… J’ai fait un peu d’équitation, très peu merci, tant mieux pour les chevaux.

" Le phénomène Willie Lamothe prenait racine dans un vieux fond atavique de nature viscérale reposant sur le besoin de compenser notre américanité refoulée. " C’est ce que j’écrivais dans mon essai. " Il demeure au plan mythique l'expression de notre américanité. Une américanité refoulée. "

Je me souviens que dans mon enfance des cousins des États-Unis venaient nous visiter, toujours bien vêtus, riches d’allure, avec la grosse voiture de l’année et tout le reste. Nous, on avait l’air de ce qu’on était probablement à leurs yeux : des paysans, des cultivateurs, des habitants, pour ainsi dire. Puis on se disait : " Dieu doit être Américain. " Aujourd’hui, je me demande si, finalement, ce Festival western de Saint-Tite qui attirera près d’un demi-million de personnes ne témoigne pas de cette espèce d’américanité refoulée qui est la nôtre? Pensez-y un peu! [rires]

 

LAMONDE, Yvan.
Ni avec eux ni sans eux, le Québec et les États-Unis,
Coll. Terre américaine, Éd. Nuits Blanches, 1996, 120 p.

Ce qui m’amène à vous parler de l’historien Yvan Lamonde, auteur d’un court essai qui s’intitule Ni avec eux ni sans eux, le Québec et les États-Unis. D’une manière originale, il a conçu une formule un peu algébrique pour résumer ce qui constitue nos grandes racines culturelles. Selon lui, dans notre identité, il existe quatre courants : le courant religieux, le courant français, le courant américain puis le courant britannique. Voici sa formule :

Q= - (F) + (GB) + (USA)² – (R)

Plus clairement : Québec égale moins de France, plus de Grande-Bretagne, plus d’États-Unis au carré et moins de religion qu’on ne le pense généralement lorsqu’il est question d’identité.

Je vous recommande sérieusement la lecture de cet ouvrage.

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ADLER, Alfred.
Le sens de la vie,

Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1950, 1991, 217 p.

 

 

 

 

 

Adler et le sentiment social

Alfred Adler est un  personnage extrêmement important qui ne doit pas tomber dans l’oubli. Il avance que " L’homme est une partie d’un tout. " S’il traverse une crise d’identité, il doit trouver la réponse dans la recherche du tout auquel il appartient, dans la nécessité de se définir en fonction de ce tout, que l’on peut entendre comme la société. On fait partie d’un tout à l’image sociale, mais on l’entend également au sens d’un tout cosmique.

ADLER, Alfred. Le sens de la vie, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1950, 1991, 217 p.Pour Adler, le sentiment social qui se développe chez l’enfant autour de 7-8 ans était primordial. Le sentiment social doit s’éveiller à un moment dans la vie, et c’est à peu près à cet âge-là qu’il s’éveille. " Tant que l’individu n’a pas été mis à l’épreuve quant à son sentiment social. "

" Cette meilleure voie est, en toutes circonstances, l’élargissement de la coopération et de l’intérêt pour les autres ", écrit-il. Ce sont là des citations que j’ai colligées parmi les textes de son œuvre afin de mettre en lumière l’importance qu’il accorde au sentiment social.

On ne peut pas être heureux si l’on n’éprouve pas un sentiment d’appartenance à un tout, à la société. " Le sentiment social s’exprime comme une coopération à l’avantage des autres, dit-il plus loin. La ligne de conduite à suivre pour le développement de l’individu et de la société est donc prescrite par le degré du sentiment social. […] Qu’aujourd’hui encore, pour accomplir ceci nous soyons obligés de penser non pas simplement au renforcement du sentiment social, mais au sentiment social lui-même, montre le faible degré atteint jusqu’à présent par l’évolution. " Être obligé de rappeler l’importance du sentiment social, pour Adler, c’était un mauvais signe.

On ne peut pas être heureux si l’on n’éprouve pas un sentiment d’appartenance à un tout, à la société. " Le sentiment social s’exprime comme une coopération à l’avantage des autres, dit-il plus loin. La ligne de conduite à suivre pour le développement de l’individu et de la société est donc prescrite par le degré du sentiment social. […] Qu’aujourd’hui encore, pour accomplir ceci nous soyons obligés de penser non pas simplement au renforcement du sentiment social, mais au sentiment social lui-même, montre le faible degré atteint jusqu’à présent par l’évolution. " Être obligé de rappeler l’importance du sentiment social, pour Adler, c’était un mauvais signe.

À un moment, il s’est aussi penché sur le complexe de supériorité qu’on appelle généralement le complexe d’infériorité. C’est lui qui, en effet, a dit : " Être homme, c’est se sentir inférieur. " À partir du sentiment que l’on a de son infériorité, on cherche à compenser, d’où le complexe de supériorité. Lui-même était un bel exemple de cela parce qu’il avait une santé très fragile, était bègue, etc. Bref, il devait composer avec des tas de problèmes et estimait que c’était les difficultés qu’il avait éprouvées dans son enfance qui l’ont amené à se former un caractère. Il accordait beaucoup d’importance au fait, par exemple, d’être handicapé. Il a constaté que Beethoven et beaucoup de musiciens souffraient de surdité, que plusieurs peintres avaient des difficultés de vision, ce qui démontre que la compensation pour un sentiment d’infériorité est un facteur d’identité dans la vie.

À un moment, il explique que " la manifestation permanente des conséquences du sentiment d’infériorité, et le maintien de ce sentiment, s’explique à partir d’un manque exagéré de sentiment social. […] Tous les problèmes de la vie humaine exigent, comme je l’ai montré, une aptitude, une préparation à la collaboration, témoignage le plus net du sentiment social. Le courage et le bonheur sont inclus dans cette disposition, et il est impossible de les trouver ailleurs. " Avec Adler, on a matière à réfléchir.

Il va, par exemple, parler de l’enfant unique qui a, prétend-il, moins de chance que les autres de développer son sentiment social et d’avoir parfois à surmonter de ce fait un très grand handicap dans la vie. Qu’il va malheureusement compenser par plus de narcissisme et d’égoïsme, etc. Il ne faut pas non plus généraliser. Et il voit l’absence de sentiment social - vous ne m’en voudrez pas, j’espère, de vous le préciser – comme une cause, comme un facteur plutôt, qui serait pour quelque chose dans le suicide des jeunes.

 

 

 

Encyclopoédia Universalis. Corpus.

Selon Universalis, " D’autres auteurs, tel Adler, expliquent le suicide à partir du but que l’individu se propose, but qui, pour le sujet normal, doit être acceptable par autrui et apporter une contribution au groupe. Lorsqu’un sujet se fixe un but qui n’a de sens qu’au niveau de son individualité, et qui ainsi se trouve finalement contraire à celle-ci comme à la société, il sera, pour Adler, plus facilement tenté par le suicide. – S’il ne sent pas qu’il fait partie d’un tout. Si la dimension sociale de son identité n’est pas éveillée. – Faute d’accepter la nécessité de vivre en harmonie avec l’entourage  – ce caractère social étant une disposition innée –, on serait porté à réagir à tout échec par un passage à l’acte de cette nature ou par la délinquance; la réaction prendrait alors valeur de reproche ou de vengeance. La psychologie du suicidant serait donc à expliquer à la fois par l’importance du but, souvent inconscient, que le sujet s’est fixé, par le style de vie qu’il a choisi et par son degré de sociabilité. " Si son degré de sociabilité est faible, la tendance au suicide est plus grande.

Quand on y réfléchit, on a l’impression que certains jeunes qui se suicident, ont effectué une coupure avec le monde extérieur. Pour eux, la société ne ferait pas partie d’un tout. Il y a sûrement, dans la prévention du suicide chez les jeunes, autre chose à faire que d’organiser des lignes téléphoniques. Il y aurait lieu de se familiariser sérieusement avec les réflexions d’un certain nombre de grands penseurs, dont Adler, pour voir ce qui pourrait nous aider à éclairer certaines situations. Il semblerait que le degré de sociabilité a quelque chose à voir avec la tendance suicidaire.

C’est ce qu’on retrouve dans l’œuvre et la réflexion de cet homme remarquable qu’était Alfred Adler, qui accordait, je vous le rappelle, une importance très grande au sentiment social.

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.
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