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Émission du mardi 8 septembre 1998 |
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Alphabétisation |
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PARENT, Michelle; |
![]() Plus la pensée est exprimée, plus il y a de vocabulaire; plus la pensée est articulée, plus il y a de nuances. Tout ça pour vous dire que cest aujourdhui la Journée internationale de lalphabétisation. Un sujet qui donne beaucoup à réfléchir. Il est essentiel quon prenne conscience de son importance. Par exemple, saviez-vous quau Canada, 11 % des 16-25 ans ne comprennent pas les éditoriaux? Incapables de comprendre linformation contenue dans des textes. Ils ont des difficultés de lecture, des difficultés de vocabulaire, de structure de phrases, de structure de la pensée, etc. Au Québec, en particulier, il y aurait 6 % de la population adulte qui serait analphabète. Ce qui représente 275 000 personnes sur une population de sept millions. Le concept dalphabétisation a évolué avec le temps. Vers 1950, on estimait à 700 millions le nombre danalphabètes, soit quelque 44 % de la population adulte du monde. En 1980, le pourcentage a diminué pour se situer autour de 29 %, mais le nombre danalphabètes est monté à 824 millions à cause de l'accroissement démographique plus fort dans les pays peu développés. Pourquoi cette amélioration malgré tout? Eh bien, parce quil y a eu des révolutions dans certains pays, en particulier les diverses révolutions socialistes qui ont entraîné un mouvement en faveur de lalphabétisation. |
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| La deuxième étape de lévolution
du concept : on admettait souvent que lindividu avait cessé dêtre
analphabète sil savait signer son nom. En 1951, un comité d'experts de
lUnesco définissaient lalphabète comme une personne capable de lire et
écrire, en le comprenant, un exposé simple et bref de faits en rapport avec la vie
quotidienne. Et puis, le concept sest élargi pour devenir maintenant
lalphabétisation fonctionnelle, cest-à-dire qui permet de fonctionner dans
la vie de tous les jours, qui permet de lire le journal, déchanger avec les gens,
de lire une correspondance qui vienne de lÉtat. Par exemple, lorsquil
sagit de remplir des formulaires, etc. Remarquez que ce nest pas rien de
remplir des formulaires parce que moi, je vous le dis franchement, il y a des fois où je
voudrais faire appel à un écrivain public
(rires)
si je ne létais moi-même. " Lalphabétisation mobilise les énergies en vue de bâtir la nation. " Cest ce quon a dit de certains pays sous-développés où, finalement, la situation sest considérablement améliorée. Parce que la carte de lanalphabétisme coïncide avec celle du sous-développement. " Les pays qui nont pas connu de révolution ne peuvent susciter un mouvement aussi vaste de mobilisation des masses et beaucoup ont compris quà défaut de transformations politiques, lalphabétisation et léducation des adultes pouvaient contribuer au changement social. " Jarrive à regretter quon nait pas poursuivi notre élan à une époque. Cet erre daller que lon retrouvait partout pendant la révolution dite tranquille. Comme si on sétait dit : tout change, on saméliore, on étudie, on réorganise la société, on structure, on soccupe de nos vieillards, de nos enfants, etc. Il se brassait beaucoup dinformation puis il y avait là une énergie extraordinaire. À un moment, on sest laissé devenir un peu plus stagnant et je pense que cest regrettable. |
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| Encyclopoédia Universalis. Corpus. |
Paolo Freire, est un philosophe brésilien
qui sest beaucoup intéressé à cette question-là. Il est à lorigine, entre
autres, de la théorie de la conscientisation. Dans Universalis on en donne la
définition suivante : " Partant des individus, cherchant à faire
salphabétiser les masses en leur faisant prendre conscience de leurs conditions
dexistence et par suite, de leur capacité à les changer. " Je me suis rappelé cette uvre entreprise par Paulo Freire dans laquelle il affirme que si les gens prennent vraiment conscience de leur situation ce qui suppose quen général les gens ne prennent pas vraiment conscience de leur situation ils peuvent mieux sen tirer. " Lalphabétisation est une autoformation, souligne le philosophe brésilien." Lécole ne suffit pas. Par exemple, " On a souvent remarqué que les enfants qui vivent dans un milieu illettré oublient très facilement ce quils ont appris à lécole.[ ] Phénomène sociologique fondamental : léducation est un processus qui seffectue par lintermédiaire de tout le milieu social. Lécole nen est que lun des instruments " Par conséquent, il ne sagit pas de simplement dire : tu as juste à apprendre à lire et à écrire à lécole. Il faut que le milieu soit éveillé à lalphabétisation. " Lécole ne peut se substituer entièrement à laction des générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. " Cest du moins la définition de léducation que donnait Durkheim, le père de la sociologie française. Ce qui suppose que léducation a un objet, celui de former les gens à la vie sociale. Vivre en société, être de bons et solides citoyens. Souvenons-nous quau Canada, 11 % des 16-25 ans ne
comprennent pas encore les éditoriaux. Il y a encore beaucoup de travail à faire sur la
route de la perfection
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Vrais déprimés, fausses dépressions |
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BRÉMOND, Monique
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" Il existe, de la simple tristesse à la mélancolie, des niveaux variés de souffrance dépressive." Ne pas confondre la tristesse avec la mélancolie qui est un degré plus fort de tristesse, par exemple. Une psychanalyste, Monique Brémond, et un psychiatre, Alain Gérard, ont mis en commun des réflexions, estimant quon ne peut pas tout traiter par des antidépresseurs, et autres adjuvants. Leur ouvrage que jai trouvé fort intéressant sintitule Vrais déprimés, Fausses dépressions, paru chez Aubier. Il est du niveau non pas des spécialistes psychanalystes ou psychiatres, mais exige tout de même une certaine formation, ou information. Je pense ici aux intervenants de la santé qui sont un peu ouverts à la question. " Aux origines de la maladie dépressive, il y a des réductions defficience de quatre zones fonctionnelles distinctes. La baisse dépressive ressentie par le déprimé dans sa globalité affecte en effet : lhumeur, la capacité à ressentir les émotions, lactivité psychomotrice et les fonctions vitales. " Si lon se trouve dans un état où ces quatre zones fonctionnelles sont ralenties ou montrent un fonctionnement relativement bas, il est possible quon soit, à ce moment-là, en dépression. |
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" Le premier niveau, celui de la baisse de lhumeur, est le plus classique
et en même temps le plus difficile à comprendre, car on peut être triste, pessimiste ou
malheureux sans être atteint de dépression. Les particularités de la dépression
pathologique de lhumeur sont sa constance, sa résistance aux stimulations
agréables proposées par lenvironnement, son caractère envahissant et peut-être
et surtout son association aux autres symptômes. Une tristesse marquée, une souffrance
morale importante, une réaction de désespoir qui resteraient isolées et évolueraient
sans aucune modification des trois autres domaines témoigneraient dune souffrance
psychique réelle quil conviendrait de traiter, mais pas obligatoirement dune
maladie dépressive sensible aux traitements antidépresseurs. " " Le second niveau, celui de la réduction de la capacité à ressentir du plaisir, renvoie à ce quon appelle aussi " la dépression de lhédonie. Le plaisir étant lun des grands moteurs de la vie, au sens où Freud lentend. Lhédonie, qui se définit comme la capacité à ressentir les plaisirs. [...] Le déclin hédonique - plus ou moins progressif - atteint différemment, selon les sujets, les activités physiques (promenades, sports), intellectuelles (lecture, télévision, cinéma, musique), sociales (sorties en groupe, dîners) quand on se dit que tout est ennuyeux, les lieux, les gens, etc. , et professionnelles (intérêt pour le travail, l'environnement professionnel). Au début dune dépression, des secteurs importants dactivité restent vitalisés, le sujet conserve certaines zones de plaisir et ne saperçoit pas que beaucoup dentre elles sont déjà en train de satténuer, voire de disparaître. " Lanhédonie, au fond. " La troisième fonction, celle de la dépression des activités, concerne un processus de ralentissement [psychomotrice], affectant plus ou moins vite et de façon plus ou moins évidente deux secteurs : celui des comportements moteurs et celui des activités intellectuelles. Le ralentissement des activités motrices modifie la parole, lexpression du visage, la marche et les gestes spontanés. La simple observation dun déprimé permet, surtout dans les formes graves, de repérer ces symptômes. " Il ne faut pas en voir partout cependant. Quelquun peut être fatigué parce quil a fait beaucoup dexercices, pas nécessairement parce quil est déprimé. " Le déprimé ressent que toute activité est devenue difficile et lui demande un effort plus important quavant. Au début, il lutte contre ce quil pense être une simple fatigue. " " Le quatrième et dernier niveau, celui de la dépression des fonctions vitales est dautant plus marqué que la dépression est sévère. La " perte dappétit " est bientôt suivie damaigrissement parfois massif, plusieurs kilos en quelques mois. La dysrégulation des rythmes circadiens (circa : jour) entraîne des réveils angoissés et précoces au milieu de la nuit. " Lorsque je vous raconte des choses comme celles-là, je suis prudent parce quil suffit de lire les symptômes dune maladie pour croire quon la. Il faut faire très attention car, au contraire, lobjectif de mon intervention est de vous aider à prendre conscience du fait quil existe quatre zones fonctionnelles et que si les quatre ne sont pas atteintes, on nest pas en dépression. Cest plutôt encourageant, non? " À côté de ces quatre secteurs hypofonctionnels, il existe trois dérèglements hyperfonctionnels ainsi que l'anxiété souvent associée à de nombreux tableaux dépressifs ", nous expliquent les auteurs. Après avoir lu ce texte, vous allez vous dire : finalement, je suis plus en forme que je ne le croyais et pas plus déprimé qu'un autre. Cest permis de lêtre un peu, finalement. [rires] " Lanxiété : se traduit par des vertiges, étourdissements, constipation, diarrhée, boulimie, bouche sèche, une sensation de boule dans la gorge, un sentiment dinsécurité, des craintes et inquiétudes diverses. " " L'hyperesthésie sensorielle " : intolérance aux bruits et aux environnements sonores riches. " Lhyperréactivité caractérielle " : tension agressive inhabituelle, tendance aux colères et aux emportements. " Lhyperémotivité " : quand on ne maîtrise plus ses émotions, quon pleure pour un rien, avec limpression de changer dhumeur tout le temps. Et cet ouvrage explique également les différentes phases de la dépression : " Lhumeur : je suis triste " ça peut arriver mais ça ira mieux demain. Un peu plus que ça : " Je me sens moins heureux que la plupart des gens. " Un peu plus que ça : " Je ne peux plus chasser les noires ruminations qui mobsèdent. " Un peu plus que ça : " Tout est de ma faute. " Vous voyez le processus, peu à peu on senfonce, il faut faire attention aux degrés de tout ça. " Lhédonie " lorsquon éprouve " peu ou pas denvies ". Le degré suivant : " Jai moins de plaisir quavant à faire les choses. " Plus que ça : " Je néprouve plus les événements agréables de la vie. " Et quand on senfonce davantage : " La vie ne mintéresse plus. " Cest beaucoup plus grave ça. " Les activités psychomotrices " on réfère au corps Premier degré : " Je me sens fatigué " tout le monde se sent toujours fatigué donc si cest juste ça on ne sinquiète pas. Ensuite : " Je nai pas lesprit clair, jai du mal à décider. " À un degré plus profond: " Je vis au ralenti. " Puis : " Je nai plus lénergie de faire face. " " Les fonctions somatiques " Le corps se met à somatiser : " Je nai pas faim. " Puis " Je me réveille fatigué. " - Encore là, il faut être prudent, si vous faites de lapnée, vous pouvez vous réveiller fatigué ce qui nindique pas une dépression. Ensuite : " Je me réveille toutes les nuits en sueur. " Le dernier : " J'ai maigri. " Dans lensemble, on pourrait dire que : Si " je suis triste, jai peu denvies, je me sens fatigué, je nai pas faim ", cest le premier niveau de la tristesse. Ne vous faites pas soigner pour cela, prenez-vous en main. Si " Je me sens moins heureux que la plupart des gens, jai moins de plaisir qu'avant à faire les choses, je nai pas lesprit clair, jai du mal à décider, je me réveille fatigué. " On voit pointer une pré-dépression, disons. Ensuite : " Je ne peux plus chasser les noires ruminations qui mobsèdent, je néprouve plus les événements agréables de la vie, je vis au ralenti, je me réveille toutes les nuits en sueur. " Là, ça commence à être une dépression caractérisée. Peut survenir ensuite une dépression caractérisée plus sévère : " Je pense que tout est de ma faute, la vie ne mintéresse plus, je nai plus lénergie de faire face, jai maigri. " Ça va de la tristesse à la mélancolie et peut se rendre jusquau suicide éventuellement. |
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Penser le siècle |
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Robitaille, Antoine
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Dans les médias, peut-être se croit-on obligé de considérer la vie comme un problème au risque de perdre son emploi. Trouver quelque chose à dire chaque fois que ça va mal sinon Ou alors de voir le présent siècle comme un tissu dhorreurs sans même se demander si cétait mieux ou pire avant, etc. " On ne peut réduire le XXe siècle à ses horreurs ". Je tire cette réflexion dun article dAntoine Robitaille paru dans Le Devoir sous le titre : Penser le siècle. Il sagit dune entrevue accordée par René Rémond, un historien français : " Ricaner de nos grandes espérances sur lesquelles sest ouvert notre siècle nest plus de mise. Celles-ci ont été déçues au départ mais il faut avouer quelles ont été réalisées à la fin du siècle. Je suis convaincu que cest finalement le jugement que le siècle prochain portera sur notre temps, je fais donc appel en quelque sorte au jugement de suite : comment verra-t-on notre siècle plus tard? [Et ça cest malgré tout.] : le nazisme, le stalinisme, le maoïsme, Pol Pot, le Rwanda, tout cela, dit-il, a incontestablement occupé une place importante mais lhistoire ne sy réduit pas. Il en appelle au devoir de lhistorien. Qui doit, selon lui, tenter dappréhender la réalité dans sa totalité, afin de transmettre aux générations suivantes une nuance qui ne soit pas trop réductrice. " |
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| Il y a lidée de progrès
aussi
" Son argumentation relève justement de cette nouvelle
histoire politique " vivifiée " par le contact avec la sociologie et
la science politique. Donc les tyrannies politiques, il y en a eu mais lhistoire,
dit-il, doit aussi prendre en compte les efforts des hommes pour maîtriser la nature
(jespère quil lemploie au bon sens du terme). Trouver des solutions
pour améliorer leur sort. Toute comparaison avec dautres siècles est à
lavantage du XXe. " Certains vont dire : dun côté il sest passé ça, et encore ça mais, de toute manière, vous ne trouvez pas que cest réconfortant de se dire quaprès tout, ce siècle nétait peut-être pas aussi terrible quon le supposait? |
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