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Émission du mardi 9 juin 1998 |
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Alimentation :
les poisons cachés
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Il marrive de penser : Non,
je ne suis pas parano! Vous non plus d'ailleurs
Je suis persécuté! Et puis, tiens,
vous aussi!
Japprends quon trouve apparemment dans ce que nous
mangeons des métaux lourds, des dioxines, des nitrates, des nitrosamines, des hormones,
des bactéries alimentaires. Sans compter la maladie de la vache folle, les organismes
génétiquement modifiés (OGM), les effets secondaires des antibiotiques,
les retombées nucléaires, etc. Sommes-nous parano ou sommes-nous persécutés? |
 | Daprès : |
FOING, Dominique, JULLIEN, Emmanuel, LANTIERI,
Marie-Françoise & VANDEGINSTE, Pierre. " Ces
neufs poisons qui menacent notre santé ", LÉvénement du
jeudi, 4 au 10 juin 1998. |
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Je ne veux pas vous empêcher de manger en vous racontant tout cela, mais il faut quand
même être au courant. Prenons par exemple les métaux lourds. " Plomb,
mercure, cadmium, sont rejetés à flux continu dans l'environnement par les industries,
la circulation automobile, les boues d'épandage de stations d'épuration et... les plombs
de chasse. Les organismes filtrants, comme les coquillages, peuvent fixer des quantités
considérables de métaux lourds. Les boissons apportent le tiers du plomb
alimentaire avec, notamment, les jus de fruits et de tomates. Les fruits et légumes
cultivés à proximité des grands axes routiers sont à éviter. Le plomb se concentrent
dans les os, le foie, les reins. Il affecte les vaisseaux sanguins du cerveau.
L'exposition au plomb à des doses faibles peut provoquer un déficit neuro-comportemental
durable."
Cest ce que nous apprennent les auteurs dun article paru récemment
dans LÉvénement du jeudi : " Ces
neufs poisons qui menacent notre santé ". Et ça
continue
" La contamination alimentaire par le mercure se fait essentiellement à
travers les produits de la pêche, les poissons carnassiers (thon, espadon, requin), en
bout de chaîne alimentaire étant les plus toxiques. Le mercure entraîne une
dégradation du système nerveux et un retard du développement psychomoteur chez les
enfants.
" Le cadmium se retrouve dans les fruits et légumes, les champignons
étant les plus contaminés. Viennent ensuite les produits laitiers et les céréales. Le
cadmium se fixe dans les reins et le foie. À long terme, il peut perturber la fonction
rénale. "
les dioxines
" Les dioxines sont dispersées dans l'atmosphère sous forme de très
fines particules qui se déposent sur les sols et dans les eaux. Principales responsables
de ces rejets : l'industrie métallurgique, l'incinération des ordures ménagères
et les industries chimiques à base de chlore (pesticides, papeterie). Ingérées
notamment par les ruminants, ces substances toxiques qui ont la particularité de se fixer
dans les graisses se retrouvent dans la viande et le lait. Et si on attend encore la
confirmation de ces données, il est clair que les poissons ne devraient pas être
épargnés.
" Récemment classée potentiellement cancérigène, la
dioxine est surtout considérée comme le dérégulateur hormonal le plus puissant jamais
observé. Elle provoque des troubles de la fertilité, un affaiblissement des défenses
immunitaires et des dysfonctionnements de la thyroïde et du système nerveux chez les
nourrissons. "
les nitrates et nitrosamines
" L'eau du robinet constitue un tiers de l'apport en nitrates. Mais on en
trouve aussi dans les légumes, en particulier dans les betteraves, épinards, bettes,
batavias et laitues. Responsables de cette contamination : les agriculteurs qui
multiplient les apports en engrais azotés pour améliorer leur rendement, et les
éleveurs de porcs surtout, mais aussi de volaille et de bovins
qui pratiquent l'épandage des déjections. Celles-ci, s'infiltrant dans les sols, vont
polluer les nappes phréatiques. L'excès de nitrates est surtout dangereux pour le
ftus et le nourrisson. "
On ne va pas quand même supprimer tout cela de notre alimentation!
les hormones
" Les hormones font gonfler les muscles des animaux. Dans la poêle, en
revanche, le morceau de viande fond littéralement. [
] Quelles conséquences ces
produits ont-ils sur la santé? À forte doses, les stéroïdes entraînent des
perturbations hormonales et des cancers. Reste qu'on connaît mal l'effet des faibles
quantités. [
]
" Les États-Unis, pays qui autorise les stéroïdes, font du
forcing pour nous imposer leurs steaks aux hormones. La Communauté européenne dispose
d'une année pour prouver leur nocivité. Si elle n'y parvient pas, les Quinze devront se
plier au diktat américain ou payer des dédommagements. "
les bactéries alimentaires
" Responsables de vagues d'intoxication, les bactéries alimentaires
occupent régulièrement la une des médias. Pernicieuse, parfois
mortelle, la listeria touche chaque année quelques centaines de personne en France et
entraîne maux de tête, fièvre et contractures. C'est la bactérie des
Frigidaires . Elle s'épanouit quand la température tombe. Premiers
concernés : les fromages au lait cru et les charcuteries. [
]
" Autre bête noire des industriels de l'agroalimentaire : les
salmonelloses, qui touchent chaque année environ 1 400 personne dans lHexagone
et provoquent gastro-entérites, diarrhées et vomissements, mais peuvent être beaucoup
plus graves chez les personnes âgées. Responsables : les ufs et la viande de
volaille (poulets et dindes notamment) provenant d'élevages contaminés. "
la maladie de la vache folle
" Aujourd'hui, les scientifiques ont acquis la certitude que l'agent de
l'ESB est capable de franchir la barrière de lespèce et de contaminer l'homme.
Quelques grammes de cervelle de bovin fou suffisent. [
] Par
ailleurs, nombre de hamburgers et de préparations à base de viande hachée dite
reconstituée , obtenue à partir d'un broyat d'os bourré de
débris de moelle, potentiellement contaminants. "
les organismes génétiquement modifiés (OGM)
" Pour l'instant, trois OGM ont essentiellement fait
leur entrée en France : le soja, le maïs et le colza. [
] Le pire que nous
ayons à craindre n'est pas que ces OGM nous empoisonnent. En revanche, le risque de
dissémination dans la nature de certains gènes, propulsés par l'homme là où ils
n'auraient peut-être pas su s'imposer autrement, permet d'imaginer des scénarios
inquiétants. En particulier, hurlent les partisans d'un moratoire, comment a-t-on pu
inclure un gène de résistance à l'ampicilline un excellent
antibiotique dans le maïs transgénique, lorsque nos hôpitaux constatent une
explosion des infections à germes multi-résistants? "
les antibiotiques
" Les antibiotiques sont utilisés de manière courante dans l'élevage,
tout particulièrement chez les bovins. Ils n'ont aucun effet direct sur l'homme
puisqu'ils sont éliminés de l'organisme de l'animal avant leur abattage. Cependant, ce
sont des médicaments dont la structure est proche des antibiotiques utilisés par les
médecins. Les microbes qui deviennent résistants aux antibiotiques vétérinaires le
deviennent donc tout autant aux antibiotiques humains. [
] L'Organisation mondiale de
la santé déclarait même en octobre dernier que l'utilisation excessive des
antimicrobiens expose l'homme à un risque sanitaire croissant et qu'il faut la
diminuer . "
les retombées nucléaires
Ceci touche peut-être davantage les gens de l'Europe où lon découvre
des " ufs de Pâques " déposés par ce
fameux nuage de Tchernobyl, et cela dix ans après la catastrophe...
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 | Daprès : |
PELT, Jean-Marie (propos recueillis par VANDEGINSTE, Pierre).
" Entretien ",
LÉvénement du jeudi, 4 au 10 juin 1998. |
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Le principe de précaution
Pour dire qu'il faudrait pratiquer d'avantage le " principe
de précaution ", tel que le propose Jean-Marie Pelt. " Professeur
de botanique émérite à luniversité de Metz, Jean-Marie
Pelt préside l'Institut européen d'écologie, quil a fondé en 1971, et a publié
plus de vingt livres sur les plantes et la santé ", écrit Pierre
Vandeginste en introduction dune entrevue parue dans le cadre de ce dossier de LÉvénement
du jeudi sur lalimentation. Son dernier livre, paru chez Fayard, s'intitule Plantes et aliments transgéniques. Dans cette
entrevue, M. Pelt explique ce qu'est le principe de précaution.
" Le principe de précaution, dit-il, ce n'est pas seulement
une expression à la mode. C'est, surtout, un principe qui a été reconnu, officialisé
par 126 chefs d'État réunis au Sommet de la Terre en juin 1992 à Rio de Janeiro.
Il énonce une idée fort simple : lorsque nous ne sommes pas capables de
prévoir avec certitude les effets d'une technologie sur l'environnement ou la santé
publique, il faut s'abstenir. S'abstenir, ne serait-ce que pendant une certaine
période on parle alors de moratoire que
l'on met à profit pour étudier encore, expérimenter... Quitte, d'ailleurs, à
constater, en fin de compte, dans certains cas, qu'une technique est moins dangereuse que
ce que l'on pouvait craindre... Nous demandons depuis deux ans l'application de ce
principe de précaution aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Et nous avons une
démarche similaire à propos des dioxines. "
Oui, je reconnais que je suis un tantinet anarcho, un tantinet libertaire. Parce
que je trouve ça plus fertile d'arroser, comme ça, à l'occasion, avec un peu l'esprit
de révolte, plutôt que de favoriser ce qu'on appelle la " normose ".
Les gens sont tellement horriblement normaux ces temps-ci! La moyenne, toujours la
moyenne... Tout cela afin de brasser un peu la cage pour la garder vivante, pour ainsi
dire. |
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Éloge de la révolte
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" Éloge de la
révolte ", Magazine littéraire N° 365, en mai
1998. |
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Je n'ai pas encore fini de dévorer
un article tiré dune excellente édition du Magazine Littéraire. Si vous
fréquentez, à l'occasion, une bonne librairie, vous pouvez en trouver de ces magazines
littéraires qui, très souvent, portent sur un grand écrivain ou accueillent des
articles sur les thématiques abordées par cet écrivain, ou sur des grands thèmes, tel
que l'éloge de la révolte. Vous pensez bien que l'éloge de la révolte, comme sujet,
m'a intéressé au plus haut point
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 | Daprès : |
LE GOFF, Jacques (Propos recueillis par BUSNEL, François). " Pour une histoire de la révolte ",
Magazine littéraire, N° 365, mai 1998. |
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point de vue historique
Entre autres, on y mentionne Jacques Le Goff, historien très connu d'ailleurs, qui
fait la différence entre la révolution et la révolte. Cela m'a paru intéressant,
j'adore les définitions et je trouve essentiel de s'entourer de dictionnaires pour voir
ce que, en général, les mots veulent dire. Vous allez voir là où cela nous mène,
c'est étonnant.
" La révolution, même si elle n'a pas été préparée, aboutit à un
changement radical dans les institutions. Elle est porteuse d'un projet de société, qui
peut-être fou ou délirant, mais qui est cohérent. La révolte, au contraire, est un
mouvement éruptif, plus imprévisible, et qui n'est pas nécessairement centré sur
l'avenir. Ainsi les révoltes sont intéressantes par ce qu'elles révèlent et ce qui les
a fait naître tandis que les révolutions sont intéressantes par ce à quoi elles
aboutissent. Les mouvements de révolte se sont toujours manifestés par la violence, mais
ont toujours débouché à un ordre antérieur. C'est avec l'apparition de l'idée de
progrès que la révolte est devenue révolution provoquant les événements de
1789 ", et la naissance chaotique de la République.
" L'imaginaire historique est très actif, poursuit Le Goff,
lorsqu'il s'agit d'évoquer les grands mouvements de révolte. Si nous connaissons les
grandes révoltes de l'histoire, peu de noms de chefs sont parvenus jusqu'à nous.
[
] Bien sûr, quand on évoque les grands révoltés du Moyen Âge, on ne peut
passer sous silence Robin des Bois. "
On dit que plusieurs de ces personnages qui habitaient dans les forêts, à
différentes époques, ont fait l'objet d'un collage pour arriver à la personnalité
supposée de Robin des Bois. Il y a un mythe, " Le vilain
sympathique " : cest un mythe extraordinaire que l'on retrouve
beaucoup dans l'histoire des États-Unis quand les banques sont devenues si importantes et
que les gens crevaient de faim. La sécheresse dans les états du centre des États-Unis
était telle que des gens en arrachaient, alors que, à côté, il y avait des riches qui
roulaient en carrosses dorés avec de gros cigares : c'était l'apogée du
capitalisme...
Dans leur for intérieur, les gens se réjouissaient de l'existence des Bonnie and
Clyde et de tous ces héros à la Robin des Bois qui justement étaient des révoltés
et qui allaient attaquer des banques. Il y a quelque chose de sympathique là-dedans...
Cela remet le système en question, ce qui n'est jamais mauvais. Mais je ne voudrais pas
avoir une mauvaise influence, réfléchissez bien avant de cambrioler une banque!
" Mais Robin des Bois n'est pas exactement un révolté, de poursuivre
Le Goff. C'est un cas atypique, il s'agit du révolté qui fuit son seigneur et se
réfugie dans la forêt pour organiser la résistance. [
] Ce bandit se retrouve à
la frontière, très floue, du fugitif et de l'authentique révolté. "
Puis, à propos de l'émergence des révoltes favorisée par l'urbanisation,
lhistorien réplique : " De grandes révoltes éclatent en effet
à partir du moment où les villes ont commencées à se développer. L'urbanisation a
sécrété des marginaux qui se sont rapidement transformés en révoltés. Il y a, à cet
égard, un lien étroit entre les révoltes urbaines moyenâgeuses et les révoltes
urbaines de nos banlieues : le rapport entre la ville
et la révolte tient en grande partie du déracinement des émigrés dans les
cités. "
" Ces différentes figures de la révolte ont-elles façonné un
imaginaire spécifique?, lui demande-t-on. Oui, cest d'ailleurs
ce qu'il me semble le plus intéressant dans l'étude de la révolte à travers
l'histoire : toutes ces révoltes, dont les formes sont très difficiles à analyser
puisque nous ne possédons peu de témoignages, ont mis en branle un imaginaire très fort
et dont le rôle fut déterminant dans le maintien (ou le renversement) de l'ordre social.
Pour les clercs, les révoltes furent des causes de désordres qui suscitèrent des images
de peur. Le modèle même de cet imaginaire au Moyen Âge est la représentation que nous
en ont léguée les clercs de la révolte de Lucifer et des démons contre Dieu. Il n'est
donc pas étonnant que tous les révoltés aient été considérés comme des démons et
combattus comme tels. " |
 | Daprès : |
BAUDRILLARD, Jean (Propos recueillis par BUSNEL, François). " Mai 68/Avenirs dune révolte ",
Magazine littéraire, N° 365, mai 1998.
" La révolte, ce sont des
singularités qui explosent. "
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imprévisibilité de la révolte et recyclage
historique
Voici ce que Baudrillard disait en parlant des événements à venir. " L'an
2000 est peut-être le seul événement qui puisse déclencher une sorte de
virage, par la seule force du chiffre du temps. " Le philosophe
a le sentiment que, au fond, si lon accorde tant d'importance aux
commémorations, notamment à celle de mai 1968 et aux autres révoltes qui
ont eu lieu dans les années 1960, c'est que nous n'avons pas été capables
de prévoir ces révoltes.
" La prévision est la mémoire du futur, affirme-t-il
aussi. En se penchant sur ce passé et en tentant rétrospectivement
de lui attribuer des causes, nous ne faisons que le prévoir après coup.
Il s'agit là d'une entreprise de réécriture de l'histoire selon une stratégie
très orientée, très ciblée, politiquement et idéologiquement. Il faut
être lucide : il ne sert à rien de disserter sur un événement :
il a eu lieu, un point c'est tout! [
] Il me semble plus intéressant
de se tourner vers les événements à venir ", renchérit-il
plus loin. Et l'an 2000, ce serait peut-être le moment pour qu'il se passe
quelque chose.
" Mais on peut aussi craindre que le cyberespace ait confisqué
la révolte : l'effet d'éponge a commencé avec l'irruption de l'informatique
puis dInternet. Quelle place pour la révolution, donc? Je crois
qu'il ne faut plus songer à grand chose, les illusions s'envolent.
La révolte, par contre, est intemporelle. Elle a toujours existé sous
la forme des hérésies ou des soulèvements ruraux. Des catégories sociales
se sont toujours senties rejetées par le social lui-même.
" La révolte, ce sont des singularités qui explosent. "
" Or, si le cyberespace a pu étouffer la voix de la révolution,
il n'a pas étouffé ses singularités prêtes à exploser. Bien sûr, le cyberespace
ne générera pas lui-même des conditions nouvelles, mais dans ce domaine
moins qu'en aucun autre il n'est de prévision possible. Il est toutefois
frappant de constater que les révoltes n'adviennent que lorsqu'il y a
continuité de l'histoire : dans le temps réel, celui de l'informatique,
il n'y a plus continuité, mais discontinuité et simultanéité. Dans un
tel temps, rien ne peut plus s'organiser en terme historique.
" Cela ne signifie cependant pas que nous assistions à ce que
Fukuyama appelait la fin de l'histoire. Je crois au contraire que nous
sommes dans une période de recyclage de l'histoire. "
Il faut dire qu'à chaque nouvelle technologie, on ressort le contenu
des technologies précédentes. Avez-vous remarqué, depuis que nous avons
abandonné le vinyle pour le CD, tout ce qu'on a pu entendre de musique
qui a été écrite pour le vinyle?
" Nous essayons de digérer une histoire de plus en plus
violente, poursuit Baudrillard, qui a posé des problèmes sans jamais
proposer de solutions. La révolte met donc un terme à ce recyclage de
fin de siècle. "
Autrement dit, il pense et il n'est pas le seul à le penser ,
qu'en arrivant à l'an 2000, on aura l'impression qu'il faudra recommencer
à neuf, et qu'on va cesser de recycler les vieilles affaires. C'est son
opinion. J'extrapole parce que je vais peut-être plus loin que sa pensée,
mais il n'est pas trop prolixe sur tout cela. Il dit quand même qu'on
assiste à un recyclage de fin de siècle, mais que le début de l'autre
sous-entendu serait comme le commencement d'autre chose. Et pourrait marquer
un début par ce qui pourrait ressembler à une révolte... Enfin, on verra
bien.
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 | Daprès : |
GOULET-CAZÉ, Marie-Odile. " La
révolte de Diogène ", Magazine littéraire,
N° 365, mai 1998. |
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la révolte de Diogène
Je vais vous parler de Diogène. Cest un personnage qui vivait dans
un tonneau à un moment de sa vie. Dans un autre article du dossier sur
la révolte, on dit :" Avec Diogène, la philosophie emprunte
résolument les chemins de la révolte et de la contestation. Mais la révolte
cynique ne s'exprime pas dans le cadre d'une révolution politique et collective.
Elle est ancrée dans la sphère morale et individuelle d'un dandysme sauvage. "
Un peu comme une manière d'être, une manière de vivre, comme l'explique
ici lauteure, Marie-Odile Goulet-Cazé, qui a écrit plusieurs ouvrages
sur le sujet.
" Diogène revendique le droit à la différence face aux insensés
qui l'entourent, explique-t-elle. Sage parmi les fols, il est celui
qui parle et se comporte autrement . D'où les gestes
qu'il pose et qui surprennent si on ne se situe pas dans sa perspective :
il entre au théâtre quand tout le monde sort et il déambule à reculons
sur les portiques en tançant vertement ceux qui disent de lui : N'avez-vous
pas honte, vous qui parcourez à reculons le chemin de l'existence et qui
me condamnez, parce que je parcours à reculons le chemin de la promenade? "
Diogène était assez présent, même plutôt embarrassant, voire chiant,
pour les gens qui le connaissaient et à qui il disait :
" Surtout ne me reconnais pas quand tu es dans cet état-là,
je t'en prie! "
" Son accoutrement symbolise cette volonté de se démarquer,
poursuit lauteure : le vieux manteau élimé, le fameux
tribôn, qui sert même de couverture la nuit; la besace qui permet
de transporter le nécessaire pour vivre au jour le jour; enfin le bâton
du mendiant, autant de signes qui vont dans le sens d'une volonté d'anticonformisme
social on le représente parfois à l'intérieur d'un baril,
parce qu'il était souvent nu, vous allez voir pourquoi ,
et d'un désir ardent de retour à la nature. Viennent renforcer cette attitude
contestataire la barbe longue, les cheveux longs et sales, les pieds nus
et l'impudeur de la conduite. Vous reconnaissez peut-
être Woodstock
" Il va sans dire que les contemporains supportaient mal
de voir Diogène accomplir sur la place publique, sans gène aucune, tout
ce qu'il avait envie de faire : manger, uriner ou se masturber, au
motif qu'il faut avoir l'audace de ce qui est naturel. " C'est
une époque, explique lauteure, où la Grèce " a perdu
ses repères traditionnels parce que son univers s'élargit progressivement
aux dimensions du monde. " On a l'impression que cela se
passe aujourd'hui.
" [Au jeune Alexandre], le philosophe c'est-à-dire
Diogène veut faire comprendre que lutter pour la richesse
ou le pouvoir ne rend pas heureux, que le bonheur véritable est fondé
sur la liberté, l'autarcie et l'impassibilité, et que pour l'obtenir une
conversion radicale s'impose. En quoi consiste-t-elle ? Dans les divers
domaines de l'agir humain, Diogène invite à renverser les valeurs communément
admises pour leur en substituer de nouvelles, pratiquant ainsi ce qu'il
appelle la falsification de la monnaie , le mot
nomisma qui désigne en grec la monnaie signifiant également
la coutume. Diogène parlait donc de falsification de
la monnaie au sens de la falsification de la coutume.
" Il fait tomber un à un, sans égard pour l'opinion, tous
les masques que s'emploie à façonner l'hypocrisie sociale.
et permettez-moi juste de rajouter un détail important :
" il suggère comme modèle le chien.
Pourquoi le chien? Parce que cet animal se préoccupe de satisfaire
uniquement ses besoins naturels et quil se contente de ce que la
nature lui offre, mais aussi parce qu'il affiche une grande simplicité
de comportement allié à une totale franchise, prompt qu'il est à remuer
la queue devant ceux qu'il aime et à aboyer devant ceux qu'il n'aime pas,
allant même parfois jusqu'à mordre. Sans souci du qu'en dira-t-on, le
chien fait ses besoins là où il se trouve, il ne s'embarrasse pas de fausse
pudeur. "
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Capitalisme :
la fragilité des marchés financiers
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Il y a beaucoup d'articles qui ont paru sur le capitalisme :
lui aussi risque de devenir parano... Tout le monde se demande si on
va vivre un nouveau krach. Les marchés boursiers sont relativement
optimistes en Europe et en Amérique, mais il y a des difficultés très
grandes en Asie et certains financiers croient deviner un retour de
bâton inéluctable. Ce sont des choses qui arrivent, et puis le marché
se ressaisit.
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 | Daprès : |
GRÉAUD, Jean-Luc (Propos recueillis par POULET, Bernard).
" Le diagnostic de Jean-Luc Gréaud ",
LÉvénement du jeudi,
4 au 10 juin 1998. |
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Un économiste, Jean-Luc Gréaud, s'alarme des dérives du nouveau capitalisme financier,
même sil est plutôt du genre " libéral classique ". Il
a écrit un ouvrage qui s'intitule Le capitalisme malade de sa finance, et soulève
une question à laquelle il ne trouve pas de réponse, ce que je trouve du reste très
important : " La question est de savoir pourquoi la sphère financière
a acquis un comportement autonome et pourquoi elle peut dicter ses lois à la sphère
productive ", disait-il à Bernard Poulet dans le cadre dune entrevue
parue dans LÉvénement du jeudi. Cela me
paraît un peu confus comme formule, et pourtant c'est clair en même temps. " Le
nouveau capitalisme financier est devenu un mystère pour ses propres acteurs et, sans
oser le dire trop fort, tout le monde se demande si cela ne finira pas par un
cataclysme ", écrit Bernard Poulet dans lintroduction de
lentretien.
Je demandais à un financier, récemment, comment tout cela marchait. Il a
répondu : " Honnêtement parlant, je ne peux pas t'expliquer.
C'est la foi qui transporte les montagnes qui tient l'économie debout. Tout le monde se
dit que ça ne peut pas tomber parce que ça marche, ça tient debout. Mais on
narrive pas à comprendre pourquoi
"
Il faut savoir quil existe trois grands marchés financiers le
marché des actions, le marché des obligations, et le marché des changes ,
quils ont profondément changé et que, pour la première fois, cela s'est produit
en même temps, alors que ces marchés sont très différents lun de lautre.
Qu'est-ce que cela veut dire exactement? Qu'il n'y a pas de rapport compréhensible entre
le monde de la finance et la productivité? Par exemple, que tout à coup les grandes
entreprises ont cessé de créer des emplois ? Elles vont même en supprimer. Ce sont les
petites entreprises rarement cotées qui en créent. Et en même temps, les valeurs
montent. Va-t-on vivre un nouveau krach?
C'était ça la question
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