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Émission du lundi 1er juin 1998

Dénatalité :
Pourquoi ne fait-on plus d'enfants?

La société d'aujourd'hui encourage-t-elle les adultes à avoir des enfants? D'après un sondage réalisé par SOM pour l'émission de télévision Les beaux dimanches la réponse est " Non! "

D’après :

" Pourquoi le Québec n'a plus d'enfants? ", L'Actualité, 15 juin 1998.

Dans un article paru dans la revue L’actualité, une dame de 74 ans raconte : " La vie était plus stable – à l'époque – et moins exigeante. Aujourd'hui, les parents courent sans cesse, n'ont pas de sécurité financière, sont incapables d'offrir à l’enfant tout ce qu'il voit à la télévision. Les enfants aussi sont plus inquiets. Ils se sentent moins entourés : leurs parents souvent sont séparés, leurs grands-parents sont en Floride ou absents. Si j'avais 30 ans aujourd'hui, j'y penserais deux fois avant d'avoir des enfants. " Et vous ?

Je suis très sensible au fait que le baby-boomer, découvrant la vie depuis qu'il est au monde, en quelque sorte, se rende compte maintenant qu'aucun emploi ou métier ne peut lui assurer un revenu aussi longtemps que durera le rôle de parent.

On dit, de plus, que les gens se sentent de moins en moins préparés à devenir parents. C'est un processus pourtant bien naturel mais qui semble le devenir de moins en moins.

Autre fait non négligeable, les jeunes parents ne peuvent plus compter sur le réseau familial qui a été si précieux pour leurs parents. Pour bon nombre de nouveaux parents, le choc est si grand que le couple ne résiste pas.

Je trouve que les êtres humains que nous sommes sont assez mal adaptés à la vie moderne. Cela vous paraît peut-être un peu fort, mais ce n'est pourtant pas sans fondement. C’est, en effet, ce qu’a révélé le sondage de 1 000 entrevues, réalisé en 1998, auprès d'un échantillonnage représentatif de Québécois de 20 à 35 ans.

L'émission Les beaux Dimanches diffusée le 14 juin dernier, présentait certaines données statistiques, des entrevues et des reportages sur le vif, dont voici quelques extraits :

" En une seule génération, le nombre de naissances a chuté de moitié. Ce qui frappe le voyageur qui rentre de France ou des États- Unis, pays qui ont conservé une natalité relativement importante, c'est le quasi-silence dans les parcs, les terrains de jeux et près des écoles. Il existe bien aujourd'hui un Salon de la maternité, de la paternité et des enfants, mais, de la théorie à la pratique, il y a un pas que bien des Québécois hésitent à faire... Pourquoi? "

Il y a toutes sortes de raisons à cela. En voici une curieuse à laquelle je n'avais pas pensé : " Il y a une augmentation constante des consultations pour infertilité. La révolution sexuelle a eu des conséquences : beaucoup de femmes se sont retrouvées avec des dommages permanents aux trompes de Fallope, consécutifs à une maladie transmise sexuellement (généralement une infection à chlamydia). Ensuite, il y a la tendance à fonder une famille de plus en plus tard. Or, à 35 ans, les femmes ont déjà perdu 50 % de leur fertilité, et plus de 95 % à 42 ans.

" Un facteur moins connu me semble plus préoccupant –, confie un obstétricien-gynécologue, le Dr François Bissonnette. – La diminution, chez les hommes partout dans le monde, du nombre et de la qualité des spermatozoïdes. À cause, entre autres, de l'exposition au cadmium (présent dans l'eau et dans la fumée de cigarettes) et l'effet hormonal des produits organochlorés qui se trouvent dans les eaux de consommation.

Parmi les faits saillants de l'enquête :

54,2 % des personnes interrogées veulent deux enfants;
22,5 %, trois enfants;
7 %, quatre enfants;
8,3 %, veulent un seul enfant;
6,1 %, aucun.

" Plus on étudie longtemps, moins on a d'enfants, note-t-on aussi. Chez les gens ayant 12 années ou moins de scolarité, 39 % n'ont pas d'enfants. La proportion atteint 56 % chez ceux qui ont de 13 à 15 années de scolarité et 60 % chez ceux qui ont étudié 16 années ou plus. "

Pour ce qui est des croyances religieuses : chez les non-pratiquants, 54 % des répondants ne veulent pas avoir d'enfants, alors que chez les pratiquants 44 % seulement n’en veulent pas.

" Plus on est âgé, plus on pense qu'il est difficile d'être parent. C'est le coût de la vie qui est invoqué par le plus grand nombre de personnes (32 %); 40 % des gens ayant un revenu familial annuel de 25 000 $ à 35 000 $ partagent cet avis.

" 25 % des personnes interrogées pensent que le revenu minimum nécessaire pour faire vivre deux enfants est de 50 000 $; 67 % considèrent qu'il en faut 40 000 $; 82 %, au moins 30 000 $.

" Les personnes qui ont les revenus les plus faibles (moins de 15 000 $ par année) estiment que de 30 000 $ à 35 000 $ sont nécessaires pour élever une famille de deux enfants. Mais 60 % de ceux qui ont un revenu supérieur à 75 000 $ pensent qu'il faut 50 000 $.

" On sait que la moitié des enfants naissent hors mariage au Québec. Dans ce domaine, il y a collision frontale entre anglophones et francophones. Alors que 79 % des anglophones pensent qu'il est important d'être marié pour avoir des enfants, seulement 24 % des francophones sont de cet avis.

" Par contre, la stabilité semble un élément clé : 95 % des gens pensent qu'il est important de vivre en couple, 97 % estiment qu'il est important d'être amoureux et 91 % trouvent important d'avoir un emploi stable.

Parmi les témoignages :

" Avoir des enfants, c'est consacrer les meilleures années de sa vie à quelqu'un d'autre. Ça demande beaucoup d'abnégation. Et, avec la contraception et le changement des valeurs, les femmes ont le choix entre plusieurs projets de vie socialement acceptables... " Une pigiste de 32 ans, mère de 2 enfants.

En un sens, je savais qu'on logeait à l'enseigne de la dénatalité et que le mouton pure laine est de moins en moins porté. On fait maintenant appel au synthétique et à un mélange de fibres laine-coton-polyester. Le pure laine est rare, parce que finalement peu de gens ont le temps de tricoter...

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Le nouveau visage de
l’autorité 

L'autorité comme elle existait quand j'étais enfant n'est certainement plus possible dans les pays occidentaux. Aux États-Unis récemment, il y a eu un certain nombre de tueries : des enfants qui tirent d’autres enfants à bout portant, qui attaquent leurs professeurs, etc.

J'ai d’ailleurs trouvé dans La Presse un dossier fort bien fait à ce sujet. On y parle de jeunes qui attaquent leurs professeurs et des enseignants qui les craignent et qui, de plus en plus, ont le sentiment de travailler en eau trouble. Autrefois, c'était quand on travaillait la nuit dans des bars mal famés qu'on était inquiet; maintenant, c'est quand on travaille le jour dans des écoles secondaires ou dans les Cégeps!

On y découvre aussi que, la plupart du temps, les parents prennent la part de leur(s) enfant(s), et s’interrogent sur les points que soulève la question de l'autorité : Le retour de l'autorité est-il possible? Qu'est-ce que l'autorité? Qu'est-ce que ce serait aujourd'hui? La permissivité, attribuée à l'influence des livres du Docteur Spock, est-elle réversible et dans quelle mesure est-il souhaitable qu'elle le soit?

Une fois encore nous paraissons dépassés par la modernité et on aurait raison de se demander si nos valeurs – celles auxquelles on tient tellement en matière d'éducation (en particulier l'écoute, le dialogue, etc.) – ne seraient pas dépassées, d'une certaine façon. Sont-elles encore valables?

définir l’autorité

D'abord, qu’est-ce que l'autorité? Le droit de commander? Le pouvoir d'imposer l'obéissance? L'autorité, évidemment, n'a pas bonne presse dans certains dictionnaires. J'ai vérifié cela pour me rendre compte jusqu'à quel point on peut relier la question de l'autorité à des notions qui sont inquiétantes : l'autorité appelle la domination, la puissance, le pouvoir, la tutelle, l'arbitraire, l'oppression, l'absolutisme, le despotisme, la tyrannie, dit-on.

En d’autres mots, celui qui dit qu’il faudrait un peu plus d'autorité se trouve à affirmer qu'il faudrait un peu plus de domination, de puissance, de pouvoir, de tutelle, d'arbitraire, d'oppression, d'absolutisme, de despotisme, et de tyrannie… Vous voyez ce que je veux dire? On est vite pris au piège!

un questionnement actuel

Pourtant, vers 1965, un mouvement libertaire qui a plus ou moins commencé à l’Université Berkeley, a joué un rôle très important dans l'évolution en France. En 1968, on se rappellera les fameux événements de mai 1968 commandés par des étudiants. Il y a eu d'autres événements, dans d'autres pays, et même chez nous. On remarque pourtant aujourd'hui un certain retour de l'autorité, qui répondrait à une perte des repères et à une montée de la violence, en quelque sorte. Cette violence est-elle véritable, ou est-ce une impression qui nous vient de ce que la violence est très médiatisée? Je ne sais pas… Ce sont des questions que je me pose.

Les difficultés, du point de vue économique, et la perte des repères sont très dangereux, et c'est toujours un terreau favorable au despotisme. On se dit : " Qui va nous sortir de là? Ce sera un dictateur ou quelqu'un qui viendra avec un fouet et qui va mettre de l'ordre dans tout cela. " Pour les parents, les enseignants, les chefs d'entreprises, pour les responsables publics, l'autorité, qu'est-ce que cela peut bien signifier aujourd'hui, quand on réalise que tous ces gens sont forcément obligés de tenir compte de l'évolution des mentalités?

" Aujourd'hui, la seule autorité admise repose sur les compétences – ‘ faire autorité ’ et non pas ‘ faire acte d'autorité ’  – et sur la confiance, ce qui implique de mettre ses actes en accord avec ses propos pour être crédible ", explique-t-on en introduction d’un dossier paru dans Le monde de l'éducation (édition de mai 1998). Et on termine cette présentation d'une manière curieuse et très amusante: " C'est ce que démontre ce dossier : Lisez-le, c'est un ordre! "

D’après :

COHN-BENDIT, Daniel. " Libertaire toujours… ", Le monde de l'éducation, mai 1998.


de la servitude à la responsabilité

On retrouve dans un article de ce dossier, " Libertaire toujours… ", un personnage qui a fait beaucoup de bruit à une certaine époque en France : Daniel Cohn-Bendit, l'un des meneurs de mai 1968. Voyons ce qu’il dit dans cet article : " Il y a trente ans, j'ai incarné en France ce qu'on appelait en Allemagne ‘ die Antiautoritärbewegung ’, c'est-à-dire le mouvement anti-autoritaire. Parmi tous ceux qui se disaient révolutionnaires à l'époque, nous étions peu à nous réclamer du courant libertaire et nous avions à nous démarquer de tous les groupuscules léninistes d'obédience trotskiste et maoïste. Et pourtant, c'est bien ce souffle libertaire qui a traversé la France en mai 1968 et touché tous les milieux, et les avant-gardes autoproclamées. " Et c'est le même souffle qui a traversé l'Amérique, en certains lieux du moins, et d'autres villes européennes, comme Vienne, Prague, etc.

Daniel Cohn-Bendit parle de " l'argument d'autorité " qui consiste à " imposer son point de vue, sans discussion, parce qu'on est l'autorité, le pouvoir. " " Refuser l'argument d'autorité (et non les arguments) du père, du professeur, du directeur (fût-il de recherche), du prince, du chef (fût-il rédacteur en), de tout supérieur hiérarchique, me semble un postulat de l'exigence démocratique, explique le libertaire. Refuser de se soumettre à l'autorité, ici au sens de pouvoir, de l'État, du parti, de l'Église, de l'administration, ce qui ne signifie nullement ne pas en reconnaître l'existence, voire la nécessité, m'en paraît un autre. "

Il explique plus loin que " C'est parce que le petit homme arrive ‘ non fini ’, qu'il est totalement dépendant de son entourage pour sa survie, qu'il rêvera peut-être plus tard de cette prise en charge totale comme d'un paradis perdu et acceptera la servitude. Mais c'est aussi grâce à cette ‘ non-finition ’ qu'il aura tout à apprendre et qu'il accédera au langage qui permet à l'humanité et à elle seule d'avoir comme possible et non comme nécessité de faire advenir une société démocratique d'hommes et de femmes libres et autonomes. Encore faut-il que la société l'éduque à l'autonomie, à la responsabilité et non à la servitude. Or, dans nos sociétés, c'est bien à l'obéissance que l'on tente d'éduquer les jeunes, sans y parvenir, ce qui est la pire des situations. "

Il est très brillant ce Cohn-Bendit, qui est aujourd'hui un député européen Vert. " Attendra-t-on un effondrement total pour enfin se tourner massivement vers ces éducateurs et enseignants qui ont inscrit dans leurs pratiques quotidiennes la mise en place d'institutions démocratiques? – Alors là, il faut savoir que l'on trouve un peu partout dans le monde des institutions où l'on essaie de mettre en pratique certains principes de la démocratie. – Les jeunes apprennent à y prendre des décisions, à exercer le pouvoir. Ils élaborent des constitutions et des règlements, c'est-à-dire instaurent la loi et n'apprennent pas seulement à s'y soumettre. […] Le drame, c'est que les structures autoritaires se sont effondrées plus vite que ne naissent les structures d'une société authentiquement démocratique. "

Son propos me paraît très clair. Je me dis tout de même qu’avoir une réflexion comme celle-là et la mettre en application à l'intérieur des institutions me paraît difficile. Surtout parce qu'il y a là une grande qualité de réflexion qui n'est pas, hélas, à mon sens, très répandue – si vous me permettez d'être dubitatif…

D’après :

DUPUIS, Marc. " Photo de famille ", Le monde de l'éducation, mai 1998.


autorité parentale en crise

Ensuite, il y a la question de la famille que l'on pourrait bien aborder. " ‘ Tu auras été prévenu, je ne le répéterai pas une fois de plus! ’ Chose promise, chose due, écrit Marc Dupuis dans un article intitulé " Photo de famille ". Et comme l'admonestation reste sans effet, il n'y a plus qu'à joindre le geste à la parole. La gifle s'abat donc sur la joue frondeuse de la génération montante. Acte d'autorité ou flagrant délit d'échec? ‘ Là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué ’, tranche la philosophe Hannah Arendt. "

" Là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. " C'est un point de vue que Serge Tisseron, psychanalyste qui s'occupe beaucoup d'éducation, tempère de son côté. Il n'est pas entièrement contre, mais il tempère : " La violence doit être exceptionnelle, mais elle n'est pas un échec de la parole car la parole n'est pas toute-puissante. La gifle est un autre langage. Elle n'est pas plus critiquable que le bisou et ne jamais gifler ne prouve pas qu'on aime. Il existe des violences psychologiques bien plus choquantes qu'une gifle. Certains parents ne frappent jamais mais culpabilisent leurs enfants de façon traumatisante. "

" Comme le note Serge Tisseron, écrit plus loin l’auteur, il n'y aura bientôt plus celui qui ordonne et celui qui obéit, mais ‘ des domaines où les parents seront appelés à demander des explications à leurs enfants et d'autres où les parents devront des explications à leurs enfants ’. " N'en êtes-vous pas là maintenant, les uns et les autres? Quand je vous disais que l'être humain en arrache avec la vie moderne. On n'était pas fait pour cela…

" À l'autorité parentale copiée sur le modèle hiérarchique militaire ont succédé les parents-copains démissionnaires. Au chapitre confusion des genres, les familles recomposées après divorce ont été longtemps la proie d'un grand doute éducationnel. Quelle place laisser au beau-parent vis-à-vis les enfants de sa nouvelle compagne ou de son nouveau compagnon? De quoi peut-il se mêler, avec quelle autorité? Après s'être défini comme ‘ ni parent ni copain ’, on remarque que sa venue dans le foyer, n'évince plus automatiquement le parent originel et qu’il n'implique pas non plus son mutisme sur tous les sujets ", écrit encore Marc Dupuis.

" ‘ Si les beaux-parents considèrent comme de leur devoir éducatif d'exercer l'autorité nécessaire aux actes de la vie quotidienne, en revanche seuls les parents conservent celle de décider des actes importants qui engagent l'avenir de l'enfant ’ ", note une sociologue spécialiste de la famille.

Ce qui est intéressant ici, c'est de voir que, au cours des dernières années, on a suffisamment vécu cette situation des familles recomposées pour commencer à savoir comment ça marche. C'est seulement en la vivant qu'on peut le savoir. En principe, les non-parents exercent l'autorité parentale dans les actes de la vie quotidienne, mais pas sur les grandes questions.

" Après les parents autoritaires puis démissionnaires, poursuit Dupuis, il semble qu'on s'achemine de nos jours vers une société d'experts où l'autorité n'est pas simplement acceptée mais fonction de compétences reconnues par autrui; où il ne s'agit plus d'être autoritaire mais de faire autorité. Un système qui évite l'arbitraire ancien du ‘ chef de horde ’ en posant le mérite comme valeur suprême, mais qui laisse de coté les plus démunis.

" Comment se faire respecter quand on en sait moins long que ses enfants; quand on traverse des périodes de chômage sans fin; quand on perd le droit à la parole au moment où c'est la parole qui institue l'autorité? Autrement dit, comment se faire respecter quand il n'y a plus le soutien de l'autorité puisque, comme le dit Hannah Arendt : ‘ Là où l'on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de coté, [car] l'autorité est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère un processus d’argumentation. ’ […]

" Le problème, c'est qu'au moment où on l'on sort enfin de l'idéologie éducative laxiste, où l'on admet qu'une éducation bien comprise doit allier la règle structurante à la nécessaire liberté individuelle et où l'on redécouvre les valeurs du dialogue... on entre pour la première fois dans une vraie situation de conflit de générations ", explique encore Marc Dupuis.

Pour sa part, le sociologue Michel Fize nous rappelle que : " ‘ Dans les années 50 à 70, les jeunes qui s'opposaient à leurs parents utilisaient encore les mêmes valeurs, les mêmes codes culturels, le même langage qu'eux. Aujourd'hui, on est en face d'un véritable divorce entre générations. Les jeunes ont des systèmes complètement différents de celui des parents. Ils ne parlent souvent même plus la même langue. Les enquêtes le montrent : jamais les adultes n'ont eu aussi peur des jeunes. ’ "

Cela nous reporte aux propos que je tenais au début : non pas au sujet d'enfants qui tuent leurs camarades et attaquent les professeurs avec des revolvers, mais de ceux qui deviennent des menaces pour les enseignants et qui se liguent contre eux.

En France, on fait grand état d'un phénomène qui là-bas porte un néologisme qu'on n'utilisera pas ici, je crois, le caïdat. D'origine arabe, caïd – ce qui fait autorité – c'est lorsqu’un plus grand s’impose par rapport au petit parce que cela repose sur le respect du chef qui est le plus fort. Cela consacre la confusion, remplaçant les pères par les frères, parce qu'ils s'opposent aux valeurs que devrait véhiculer l'autorité légitime. Car le caïd, lui-même, est un libertaire, le chef de bande, autrement dit.

Bonne chance quand même avec vos enfants... et les enfants des autres!

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Blanchiment d’argent :
un système sophistiqué

Récemment, nous avons entendu aux nouvelles qu'il était question de banques canadiennes qui détenaient des actions de banques mexicaines ayant fait l'objet d'enquête sur le blanchiment d'argent.

 
D’après :

STEIN, Sylviane. " L'atlas mondial de l'argent sale ", L'Express, 28 mai 1998.

Je ne suis pas étonné, tout à coup, de découvrir les faits suivants : " Chaque année, 320 milliards de dollars sont blanchis par le réseau bancaire international. C'est ce qu'explique Jean de Maillard dans Un monde sans loi (Stock)." C’est le chapeau d’un article paru dans L’Express : " L’atlas mondial de l’argent sale ", de Sylviane Stein.

Il faut savoir que Jean de Maillard est juge et qu'il appartient à un groupe de juges qui ne savent plus très bien comment venir à bout de ce problème-là. C'est lui qui a rédigé ce livre auquel ont collaboré cinq autres de ses confrères français et européens. Il s'agit d'un atlas inédit des circuits de plus en plus sophistiqués, empruntés par l'argent propre qu'on veut mettre à l'abri du fisc, ou sale, c'est-à-dire que dans certains cas, on prend de l'argent sale et on le blanchit.

" Tous les magistrats qui ont contribué à ce livre – il y a un Italien, un Belge, un Suisse, plus deux Françaises, qui sont les préfacières –, […] ont vu un jour leurs enquêtes s'arrêter aux portes des paradis fiscaux ou piétiner devant celles des banques de pays limitrophes, note Sylviane Stein. Dans l'attente, souvent fatale pour leurs investigations, d'une coopération judiciaire chaotique. Tous ont signé, en 1996, l'appel de Genève, par lequel plusieurs centaines de leurs collègues européens exhortaient les gouvernements à renforcer les lois en la matière. " Mais l’auteure note que cela n'a pas eu tellement d'effet jusqu'ici.

" Sur les marchés financiers, tout est désormais permis, parce que rien ne peut plus être interdit ", explique Jean de Maillard. Il y a de plus en plus cette mondialisation qui échappe au contrôle des états. On ne sait plus trop comment gérer une situation comme celle-là. " Comment pister, en effet, au milieu de la masse des capitaux qui changent quotidiennement de mains, ceux qui proviennent d'activités illicites ou qui cherchent, plus banalement, à échapper au fisc? demande la journaliste. Toutes origines confondues, légales et illégales, ils représentent chaque jour 1 300 milliards de dollars! […]

" Dans le monde, le produit criminel brut annuel est évalué à 800 milliards de dollars, dont la moitié est réalisée par le trafic de drogue. ‘ La finance moderne et la criminalité organisée poursuivent des objectifs communs, n'hésite pas à écrire Jean de Maillard. Elles ont toutes les deux besoin, pour se développer, de l'abolition des réglementations et de la suppression des contrôles étatiques. ' "

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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