Saison
1999-2000
Émission du lundi 12 juin 2000
 

Dernière semaine de la 29e saison

 


C’est avec cette semaine que va s’achever la 29e saison de Par 4 Chemins. De retour à l’antenne le dimanche en soirée, de 20 heures à 23 heures (une heure plus tard dans les Maritimes), nous serons là dès fin août pour une 30e saison.

 


   
 

La mode actuelle :
du ringard au décontracté chic

D'après :
UEMA, Tsunemasa.
" Des modes et moi –
Pour être tendance,
soyez ringard ",

Courrier
international
,
N° 499, 2-
31 mai 2000.

 

Pour tout vous dire, j’ai conservé mes vêtements des décennies passées avec l’espoir que ça reviendrait à la mode. Eh bien, mes amis, c’est le cas mais… entre-temps, j’ai grossi. Apparemment la mode ne fait plus " système " car, plus exactement, les règles changent constamment. Il paraît que dans les rues de New York, on se soumet au desiderata du couturier d’origine espagnole Miguel Adrover. Il y a toutes sortes de choses qui se passent dans le monde de la mode et je pensais vous communiquer quelques informations puisées ici et là.

D’abord, il y a le style ringard, ce qui veut dire vieillot, dépassé, qui revient à la mode à Tokyo où il est de bon ton d’être démodé. C’est le style des années 80, en particulier, qui est de rigueur. Puis, on note un je-ne-sais-quoi d’autodérision chez les jeunes. Par exemple, certaines jeunes filles vont jusqu’à mettre en scène leur sourire en s’affublant d’un appareil dentaire coloré par leurs soins. D’autres optent pour le look grand-mère également à la mode qui leur donne des allures de vieilles femmes.


Il y a une photo qui montre une jeune fille avec cette allure grand-mère. C’est coquet quand même. À 30 ans peut-être pas, mais à 16, 17 ans, ça peut passer. Tout est beau à 16 ans, bien entendu.

 

 

" La notion de ringardise est subjective, mais si l'on se réfère à l’opinion généralement admise par les professionnels de la mode, elle s’applique à la mode 15 ans auparavant ", nous dit l'auteure d'un article paru dans le Courrier international. Voilà la règle. Les vêtements qui sont plus anciens revêtent un caractère inédit auprès des teenagers, parce qu’ils ne les connaissent pas ces styles-là. Pour eux, un style dépassé, c’est la mode des année 80. Je n’avais pas pensé à ça, on ne s’en rend pas compte. Dites-vous que maintenant il y a des enfants qui naissent et qui n’auront pas connu le monde sans internet.

" Un léger décalage a toujours été de rigueur dans la mode. Les années 90, qui ont débuté dans le style grunge, correspondent à la décennie de l’anti-mode, contrairement aux années 80 sont considérées comme une période d’exubérance marquée par le culte des griffes prestigieuses. On peut voir dans le look actuel pour la ringardise la continuité de ce même courant. "

D'après :
KOELBL, Susanne.
" Vivienne Westwood
contre le non-style ",

Courrier
international
,
N° 499, 2-
31 mai 2000.
  • La part de l'accessoire et le non-style

Aujourd’hui, on ne peut parler de mode sans mentionner l’importance que prennent maintenant les accessoires. De plus en plus, je trouve que les gens ont des allures de bibittes, d’insectes si vous voulez, avec tout cet équipement qu’ils transportent : les casques pour le vélo, la mobylette, les patins à roues alignées, etc., les lunettes de vue, de soleil, les lacets, les étuis-capsules pour les verres de contact et le liquide pour les ranger, le blouson coupe-vent, les cartes de crédit, d’autres cartes d’identité, permis de conduire, ordinateur portable, les clés de la maison, de la voiture, de l’agenda électronique ou assistant personnel numérique, etc. Tout ça fait maintenant partie de la nouvelle vestiture, si j’ose dire. Et d’après Vivienne Westwood, c’est du non-style.

Vivienne Westwood une personne très connue des milieux de la mode, est considérée comme la reine de l’excentricité britannique actuellement. Et pour être la reine de l’excentricité en Grande-Bretagne, il faut être quelqu’un, croyez-moi! Elle donne maintenant des cours sur la mode, aux États-Unis.

Dans un court article du dossier du Courrier international, l'auteure dit : " L’art est une question de volonté, explique la styliste britannique à ses étudiants médusés.‘  Il faut se forger un point de vue, se hisser au sommet de la montagne et en avoir les pieds en sang. ’ L'enseignement de Vivienne Westwood ne se limite pas à la création de mode et à la coupe, c’est une école de vie. – Donc, quand on enseigne la mode, on enseigne la vie. – ‘ Le succès n’est pas un signe d’excellence ’, assène-t-elle dans ses cours. [rires] C’est pourquoi elle demande aux jeunes de ne pas s’inspirer des collections des années 60, 70 ou 80 ou, pis encore, des années 90. Inutile de reproduire ce qui n’a jamais été que du ‘ non-style ’. […]

" Selon Vivienne Westwood, les étudiants ont davantage à apprendre en fréquentant les musées. Car c’est le seul endroit où l’homme moderne retrouve ce qu’il a perdu : le contact avec les siècles passés et les vraies références : le raffinement de la création, le mélange audacieux des matériaux, les coupes parfaites et l’excellence du travail artisanal. " Au musée tout le monde!

D'après :
STRACHER, Cameron.
" On vous dit : une
tenue décontractée ",

Courrier
international
,
N° 499, 2-
31 mai 2000.
  • La tenue décontractée

Entre-temps, il y a la tenue décontractée qui est de plus en plus acceptée dans les bureaux new-yorkais. Il y a même le " casual Friday ", le seul jour de la semaine où l’on n’a plus à se serrer la cravate, etc.

" Le style décontracté progresse au galop. Pour preuve, l'un des cabinets d’avocats les plus huppés de New York a décidé d’adopter une tenue décontractée chic en toutes circonstances, tous les jours de la semaine. […] Mais qui veut vraiment d’un avocat qui s’habille d’une façon décontractée? "

C’est vrai, au fond. Il faut plutôt que les gens répondent aux goûts vestimentaires des clients de leur entreprise. En général, c’est la raison pour laquelle on demande aux gens dans certains bureaux d’être plus décontractés, d’ailleurs, surtout les jeunes avocats parce qu’il faut qu’ils soient vêtus comme leurs clients des entreprises.com!

" Les règles du décontracté peuvent être tyranniques – pas de jeans, pas de tee-shirts, pas de baskets, pas de chemise sans boutons, pas de chemise sans col, etc. Pour beaucoup, cette décontraction va nécessiter le renouvellement complet de leur garde-robe (c’est du moins ce qu’espère Ralph Lauren) et un ballet pénible devant la glace le matin. […]

" Ce que cette révolution signifie en réalité, c’est d'abord qu’on reconnaît que la plupart des avocats n’ont aucune raison de se mettre sur leur 31. La plupart ne vont jamais au tribunal, rencontrent rarement leurs clients et ne quittent jamais leur bureau. La plupart des juristes employés en cabinet pourraient travailler en pyjama. "

 

[rires] J’imagine la scène :
 – " Je viens vous consulter, Maître Untel… "
Puis l'avocat arrive en pyjama, fleuri si possible.

 

 

On n’est plus à l’époque du " dress for success ", paraît-il. Le décontracté, ça doit vouloir dire que la culture mondialiste est toute décocrissée, dégingandée, si vous préférez.

 


   
 

La tragédie de Walkerton :
une alerte quant à la précarité de l’eau

 

 

" Voici environ 3 700 000 d’années, par là, les pluies incessantes commencent à laver l’atmosphère de ses vapeurs de soufre. Tandis que les continents granitiques se forment en venant s’encastrer dans la croûte de basalte, les premiers fleuves et les lacs d’eau douce, font leur apparition. Les cavités souterraines se remplissent. Longtemps après, il y a environ 500 millions d’années, l’eau douce contribue à l’émergence de la vie sur la terre ferme. "

Vous aurez compris que je suis allé chercher mon dossier sur l’eau, inspiré que j’étais par la tragédie de Walkerton, en Ontario. Tragédie qui est difficilement qualifiable, étant donné qu’elle a entraîné la mort de plus de 18  personnes. Il s’agit, au fond, du sommet de quelque chose qui apparaît soudainement dans nos vies pour nous dire : Attention! Nous sommes sur une mauvaise pente.

  • Pollution de l'eau : les risques de l'élevage industriel

Il nous faut réfléchir, par exemple, aux risques qu’entraînent l’élevage industriel concentré – et ça représente plusieurs milliards de dollars si on tient compte simplement de l’élevage en Ontario – du bœuf et du porc, en particulier. Il y aurait un projet d’élevage de 80 000 porcs dans une région de l’Ontario, précise-t-on dans un article récent. Mais il faut dire qu’il est beaucoup question de ce qui se passe en Ontario depuis le drame de Walkerton. Et 80 000 porcs, cela produit l’équivalent en déchets d’une ville de près d’un quart de millions de personnes.

Le problème des déchets provoqué par l’élevage industriel est donc considérable. Une ferme, par exemple, de 500 truies qui donnent naissance à 20 cochonnets, produira en matière fécale l’équivalent pour une ville de 25 000 personnes.

Les statistiques au Québec ont démontré que le tiers des fermes d’élevage
ne respectent pas les standards environnementaux.

En Alberta maintenant, dans la région qui s’appelle Feedlot Alley, on produit des déchets non traités de plus de 1,3 millions d'animaux, ce qui équivaut aux déchets produits par une population de 8 millions d’habitants.

En gros, il n’y aurait pas un seul gouvernement au Canada, y compris le fédéral, disposant d’une législation adéquate pour l’élimination d’un tel volume de déchets.

Tout ça pour rappeler ce que vous avez pu lire dans les journaux, mais je crois qu’il est bon de mettre encore le doigt sur la plaie, pour prendre conscience des risques graves que cette situation comporte.

D'après :
FRANCOEUR,
Louis-Gilles.
" Une étude a établi
un lien entre l’eau,
le nitrate
et le cancer ",

Le Devoir.

  • Le manque d'eau et l'eau polluée

Je vois ici dans un dossier qui doit avoir quelque chose comme cinq centimètres d’épais et qui porte exclusivement sur l’eau, que la sécheresse a frappé 3 ans de suite les agriculteurs des Maritimes. C’est d’autant plus grave qu’eux aussi ont des élevages concentrés.

Dans ce collage d’informations sur la question de l’eau, j’ai retenu ce paragraphe de l’article de Louis-Gilles Francoeur, paru dans Le Devoir.

" Plusieurs régions agricoles ont d’importants surplus d’azote dans leurs eaux de surface. […] Au Québec, une dizaine de régions agricoles sont aux prises avec d’importants surplus d’azote dans leurs eaux de surface ou souterraines dans lesquelles la population s’abreuve. Ces surplus s’expliquent par le fait que Québec n’a jamais osé limiter, sauf dans Lanaudière pendant une quinzaine d’années, le développement des élevages en fonction de la capacité d’absorption des sols – voilà pourtant la chose intelligente à faire – préférant laisser les agents économiques créer des surplus dévastateurs en se multipliant dans certaines régions, plutôt que de planifier la répartition de l’élevage. "

Dans le même article, il est question d’études réalisées dans le milieu rural, parce qu’ils sont aux prises avec des surplus d’azote attribuables à l’usage d’engrais naturel ou chimique. Il faut dire que l’engrais est aussi pour quelque chose là-dedans.

 
  • Sommes-nous assez informés des dangers?

On aura tout de même un peu contribué à profiter de cette tragédie pour accrocher le grelot, pour se poser des questions. Je m’en suis posé toutes sortes de questions en réfléchissant à cette tragédie. Je me suis d’abord demandé si la population était mal informée. Si je tiens compte des articles que j’ai commencé à colliger depuis environ une quinzaine d’années et même un peu plus, je vous dirais que les médias ont bien fait leur travail de ce point de vue-là.

Qui veille au grain, donc? On dirait que ce sont les médias seulement qui veillent au grain car la question politique ne débouche pas.

Quand on lit tous ces articles, on se dit qu’il y a quelque chose de gelé dans le pouvoir, au niveau de l’État peut-être. Mais à qui s’adresse ce genre d’informations? Est-ce que nous sommes impuissants face à l’économisme à tout prix finalement? Peut-être sommes-nous mal formés aussi? Être informé, c’est une chose mais être mal formé, c’est autre chose, c’est de l’éducation. La question dans l’éducation est toujours de savoir si on forme des consommateurs ou si on forme des citoyens. Si on forme des consommateurs, ils ne sont peut-être pas toujours avisés des problèmes de fond, alors que si on forme des citoyens, ils sont plus éveillés à cela.

Mais il y a, d’autre part, qu’on a les gouvernements qu’on mérite, finalement. Est-ce qu’on doit mettre tout la responsabilité sur le dos de la population même? Pour être mal informée, pour ne pas l’être suffisamment, pour ne pas s’être impliquée finalement? Et pour ne pas avoir trouvé dans les élites les personnalités capables d’encadrer la société?

 
  • La consommation d'eau augmente

L’eau est menacée, ça fait curieux de parler ainsi, mais voici ce que j’ai trouvé dans un article de Sciences et Vie (N° 945) datant de 1996 :
" La consommation mondiale d’eau ne cesse de croître : elle a été multipliée par dix depuis le début des siècles. Les plus gourmands sont les agriculteurs. Si ce rythme se maintient les réserves naturelles n’auront plus le temps de se reconstituer. " Mais attention! N’en faisons pas une cause raciste : il faut réfléchir à la question, parce que les agriculteurs, ce sont eux qui fournissent la bouffe autrement dit. Il faut donc être sérieux avec ça.

Dans un autre article du Sciences et Vie, celui-là paru en 1997 (N° 954), je lis :

" L’accroissement de la consommation, directement lié au mode de vie et au développement industriel, a plus que triplé en 30 ans. Il suffirait que les pays en voie de développement triplent leur consommation à leur tour pour que la Terre manque d’eau potable. Nous consommons déjà le tiers de l’eau potable apportée par les pluies, d’où la nécessité d’aller puiser dans l’eau de sous-sol. "

Ensuite, cet article de l’Agence France-Presse qui s’intitule " La planète bleue risque de manquer d’eau " :

" Une crise de l’eau menacera près d’un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde au siècle prochain si les pays, riches comme pauvres, ne prennent pas les mesures d'urgences préconisées par les experts de l’ONU.

" Les quantités d’eau douce disponibles par tête d’habitant ont diminué d’un tiers au cours des 25 dernières années et la tendance à la baisse se poursuit, selon les spécialistes qui s’adressaient à quelque 119 délégués de 57 pays réunis à Genève – il y a un bon moment de cela –, à l’occasion d’une conférence organisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’UNESCO. – On ne pourra jamais dire qu’on ne nous a pas assez prévenus.

Je lis dans le Dictionnaire du 21e siècle de Jacques Attali que " l’agriculture utilise les deux tiers de l’eau potable pour satisfaire la demande alimentaire sans modifier les modes de culture ". On parle ici de culture, pas d’élevage, mais ça se recoupe. " Quatre-vingt dix-sept pour cent de l’eau de la Terre est salée. "

Pour la définition complète de Attali
Eau : le sang de la Terre est à préserver

 
  • Les effets du capitalisme et l'abandon des gouvernements en matière d'environnement

On peut bien parler du gouvernement ontarien, mais c’est une tendance qui est ressentie dans l’ensemble du monde maintenant, une tendance que la mondialisation entraîne. Parmi les critiques les plus sévères du gouvernement ontarien mais aussi de cette tendance qui a permis cette tragédie de Walkerton, comme un autre avertissement, il y a Rick Saluton dans le Globe and Mail qui parle des règlements, des inspecteurs, des organismes ayant trait à la santé publique etc., et je cite : " Toutes ces choses ont une histoire et une raison d’être. Avec l’essor du capitalisme industriel au 19e siècle, il s’est avéré que les individus mus par le profit et évoluant dans un marché libre, se régulant du reste lui-même, tout cela ne faisait pas le bonheur de tous malgré les théories sur la main invisible. " Ce sera utile pour asséner une leçon d’Histoire à Mark Harris et à nous tous également, je pense.

" De la moitié du 19e siècle à la moitié du 20e, il y a eu de nombreuses enquêtes publiques et journalistiques sur la santé, l’éducation, les conditions de travail, etc. fondées sur des donnés irréfutables, rappelle-t-il. Si Mark Harris n’en a jamais eu vent, qu’il se plonge dans les romans de Dickens! " [rires]

" Pour Salutin, commentait récemment Antoine Robitaille dans Le Devoir, ‘ la société ça existe bel et bien ’ et cette ‘ chose ’ a son propre intérêt, l’intérêt public appelé bien commun, ‘ qui ne peut être protégé que par des institutions publiques comme les gouvernements. Et le secteur privé à la recherche de profit doit y être soumis. En ‘ coupant sauvagement ’ dans les crédits affectés à l’environnement ‘ afin de financer des baisses d’impôt ’, poursuit Salutin, en qualifiant toute réglementation brevetée de bureaucratie entravant la bonne marche de l’économie, ‘ Harris – on parle des gens de pouvoirs – a d’une certaine façon incité ses fonctionnaires à ne pas prendre au sérieux des choses comme l’eau ’. "

Antoine Robitaille poursuit :
" Chose rare dans les grands journaux du ROC (Rest Of Canada), Salutin va même jusqu’à se réclamer d’un certain socialisme, celui définit par l’économiste Karl Polanyi : ‘ Le socialisme est essentiellement une tendance inhérente à la civilisation industrielle tentant de transcender le marché autorégulé, lui substituant une société démocratique. ’ " On en est là, finalement.

 

  • Ce qui nous guette

Profitez de cette occasion pour réfléchir à la question et voir si les priorités sont à la bonne place, car il manquera d’eau en Afrique, en Asie, en Europe et dans certains pays d’Amérique, que des batailles sanglantes, que des guerres auront lieu pour le contrôle des fleuves que les pays d’amont tenteront de s’approprier. C’est toute la question de l’eau qui se trouve soulevée ici par cette tragédie.

Alors pour économiser l’eau, on augmentera massivement son prix, ce qui conduira à la généralisation de l’irrigation goutte à goutte, à l’interdiction de tout rejet de déchets industriels, au traitement et au recyclage des eaux usées. À moins qu’il soit trop tard pour prendre toutes ces belles dispositions-là…

Quand le prix de l’eau sera devenu très élevé, on dessalera l’eau de mer. Ça coûtera une fortune mais ça vaudra la peine à ce moment-là de le faire. On construira des digues sur les mers, etc. puis on va peut-être même envisager sérieusement de remorquer les icebergs de l’Antarctique pour nous sauver de l’enfer de la sécheresse… et aussi de la bactérie escherichia coli, la petite méchante, source de contamination découverte dans les eaux souterraines de Walkerton, en Ontario.

Le dossier de l’eau, à suivre sérieusement donc…

 

Pour approfondir
Sur Par 4 chemins :

Sur le Net :

 


   
 

Diasporas :
la force des communautés exilées

D'après :
BRISARD, J.-C.
ET DIRICQ, A.
" Diasporas : qu'est-ce
qui les rend si
fortes? ",

Ça m'intéresse,
printemps 2000.

 

 

(Photo: Chien-Chi-Chang/Magnum)

 

Selon Jacques Attali nous allons vers une société nomade. C’est un discours qui vous est familier. Nous y sommes déjà, par exemple avec l’immigration. Dans les rues de Montréal, ce n’est plus ce que c’était : c’est le monde cosmopolite maintenant. Dans les écoles, c’est étonnant! À la sortie des écoles, on voit tous ces jeunes (immigrants d’un peu partout) d'origine multiethnique qui se croisent : ce sont des nomades, volontaires ou non, des exilés, volontaires ou non, des déplacés, des exclus parfois même. Certains forment une mini-société : la diaspora.

La diaspora ne tient pas tant à une dispersion qu’au fait que les immigrés constituent une communauté, un réseau d’influence et d’entraide, unis soit par une religion ou une histoire commune. C’est un réseau qui non seulement leur permet de survivre, mais qui est leur force.

Prenez par exemple aux États-Unis, et même un peu partout dans le monde, les juifs qui sont disséminés sur tous les continents sont dix millions actuellement, solidaires autour d’instances internationales et de l'existence de l'État d'Israël. On trouve six millions de juifs aux États-Unis qui sont remarquablement intégrés, qui ont un poids considérable sur le judaïsme mondial et aussi sur la vie politique. On en parle même comme d’un groupe de pression qui peut jouer un rôle très important dans les pays d’origine. Et ce phénomène ne concerne pas seulement les juifs, on en parle aussi pour les Chinois, les Tsiganes et les Libanais dans ce dossier de Ça m'intéresse.

Si on veut parler d’une importante diaspora, les Juifs sont concentrés à 85 % dans les grandes villes, dont la moitié se retrouve à New York. Il y en a une autre qui est intéressante : celle des Tsiganes. C’est un peuple sans territoire et sans archives qui donne au présent une importance qui lui permet d’oublier et de ne pas prévoir. Ils restent aujourd’hui presque les seuls nomades à n’être ni chasseurs, ni pasteurs, ni conquérants. Eux aussi forment un réseau d’entraide.

Ce sont les Chinois qui représentent la plus importante diaspora du monde par leur nombre et leur étonnante prospérité. Ils sont présents dans 130 pays, nous dit-on, mais ne s’intègrent jamais vraiment nulle part. Ceux qui ont immigrés de Paris à San Francisco, par exemple, ont recréé leurs villages, leurs coutumes en multiplication de China Town et constituent une force considérable.

" Pour la première fois de l’histoire de la Chine, écrit Alexandre Adler, rédacteur en chef, du Courrier international, la diaspora représente une force de changement incoercible, une sorte de Yan'an capitaliste qui exerce le même effet de désagrégation du bloc bureaucratique agraire communiste qu’autrefois les diables étrangers. " C’est-à-dire que les Chinois ont une influence de plus en plus grande dans le monde et en particulier sur les décisions qui sont prises à l’égard de la Chine par les gouvernants. On dit ici que la prospérité des Chinois hors Chine est due à leur caractère entreprenant, adaptable et indépendant de ces travailleurs infatigables liés par des réseaux familiaux ethniques et des sociétés impénétrables.

On dit plus généralement que la diaspora est une cohésion forgée par l'épreuve : " Ils partagent un passé dramatique, une langue, une religion et des traditions. Et loin d'oublier leur culture, ils cultivent cette mémoire collective qui seule permet de supporter la terrible solitude de l'exil. "

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.