Saison
1999-2000
Émission du lundi 15 mai 2000
 

Des codes d’accès très peu secrets

 

 

Savez-vous, incidemment, quel est le code d’accès le plus souvent choisi par les utilisateurs? Vous savez tous ces codes personnels que nous avons pour accéder au guichet, à Internet, etc. Eh bien le code chiffré le plus souvent utilisé est tout simplement le 1-2-3-4-5-6. C’est qu’on n’a pas encore pris la peine – je parle pour moi autant que pour vous – de s’asseoir pour se demander quel code on va utiliser. On est pressé puis on nous demande quel est le code d’accès qu’on choisit et on répond spontanément : 123456.

Il y a aussi les codes constitués de lettres de l’alphabet. Surtout pour Internet, les gens vont souvent utiliser des combinaisons qui ont à voir avec les touches du clavier. Comme, par exemple, QWERTY ou AZERTY dans le cas des claviers français. C’est ce qui vient tout de suite après le 123456.

 
  • La folie des codes

Je ne sais pas combien de codes d’accès vous avez, mais il paraît que c’est mieux d’en avoir plusieurs. Personnellement, j’ai parfois de la difficulté à me retrouver avec tous ces numéros; j’hésite devant le guichet ou à la banque parce que je ne sais pas trop si c’est tel ou tel code qu’il me faut employer dans ce cas-là. Je me dis souvent qu’il faudra bien que je centralise tout ça à un moment. Bref, tout le monde se pose des questions à propos de cela, certains ont trouvé des solutions originales, mais d’autres, comme moi, cherchent encore...

C’est une question qui a pris beaucoup d’importance depuis l’informatique et surtout l’arrivée d’Internet, et maintenant il y a des tas de sites où pour s’abonner, on doit remplir un questionnaire afin d’obtenir ce qu’on appelle un login… indispensable afin d’accéder au service, même s’il est gratuit.

D'après :
CHARLES, Gilbert,
" Nous passons notre
vie à décoder ",

L’Express,
20 janvier 2000.

Dans un article paru dans L’Express en janvier dernier, on estime qu’un salarié ordinaire, travaillant sur un ordinateur, doit retenir entre 5 et 10 mots de passe, outre ceux, si c’est le cas, de ses cartes de crédit, de son portable, de tel numéro pour accéder à tel service, etc.

" Des quantités de sociétés se sont donc spécialisées dans la gestion des codes d’accès et l’aide aux utilisateurs amnésiques, explique l'auteur, Gilbert Charles. Elles délivrent des certificats électroniques qui garantissent l’identité du connecté, l’invitent à déposer ses précieuses formules sur des sites cachés et anonymes (MyPassword.net) – il existe, en effet, des sites comme ça mais encore faut-il avoir son mot de passe pour y accéder! [rires] Il y a aussi les sites qui vont demander en plus un mot de passe [en anglais, password–, ou proposent des programmes qui remplissent les formulaires à la place de l'abonné et accèdent automatiquement à ses sites préférés. "

 

 
  • Le mot de passe efficace a ses limites

Si vous voulez bien vous protéger, il vous faut de bons mots de passe.

" Pour être efficace, un bon mot de passe doit d'abord être impossible à deviner. Mieux vaut éviter d’utiliser sa date de naissance – car il y a toujours d’autres personnes qui peuvent la connaître –, le nom de son chien, ou le prénom de sa petite amie. Dans l’absolu, tous les mots contenus dans le dictionnaire sont à proscrire. L'idéal est un mélange de chiffres, de lettres ou de symboles typographiques le plus tarabiscoté possible ", nous dit le journaliste.

Toutefois, il existe des logiciels dits de " craquage " accessibles sur internet qui vont d’abord avoir comme fonction de passer à travers toutes les combinaisons de caractères pour trouver un code d'accès. Cela peut leur prendre 24 heures, pour un code de six lettres.

 

Si j’ai pensé aborder cette question avec vous aujourd’hui, c’est que j’ai trouvé dans un article un très bon truc mnémotechnique qui consiste à choisir une phrase facile à retenir et à n'en garder que la première lettre de chaque mot. C’est intéressant car il y a très peu de chances que vous ayez le même mot que quelqu’un d’autre. Même avec les phrases idiotes, ça marche. Par exemple : " Trois vaches dans un pré ", cela va vous donner " 3vd1p ".

 

" Tous les informaticiens s’accordent à reconnaître que la protection offerte par les mots de passe sur les ordinateurs est dérisoire. D’abord, parce qu'ils sont inscrits sur un fichier en principe caché dans le disque dur de l’ordinateur – car il faut bien qu’il l’ait, lui, le mot de passe pour le logiciel que vous employez –, mais relativement facile à décrypter ", nous explique-t-on ici.

Tout ça, évidemment, c’est en attendant, parce que l’avenir n’est plus seulement aux mots et aux chiffres, mais à la carte à puce qui combine un code fourni par l’utilisateur et un algorithme de cryptage contenu dans le microprocesseur de la puce. Et puis, on arrive bientôt à la prochaine génération, qui sera celle des détecteurs biométriques [bio : vivant, métrique : mesure, donc pour mesurer le vivant]. Ce sont, par exemple, de ces détecteurs qui reconnaissent l’utilisateur par ses empreintes digitales, sa voix ou son fond d’œil.

Le journaliste conclut : " Pour garder secret ses secrets, on peut se fier à ce que l’on sait, un mot de passe, ou à ce que l’on porte : une carte à puce, mais rien ne vaut ce que l’on est. " Puisque, chacun d’entre nous, est unique.

 

 


   
 

La prostitution :
des féministes se penchent sur la question

D'après :
STANTON, Danielle.
" Prostitution :
un crime? ",

La Gazette des
Femmes
,
Vol. 22, N° 1,
mai-juin 2000.

La Gazette des Femmes on line

Un dossier particulièrement chaud que celui de la prostitution et du féminisme. (Je vous assure que je ne tenais pas à faire un jeu de mots…) Un excellent dossier sur la question a été préparé par Danielle Stanton pour La Gazette des Femmes, la revue du Conseil du statut de la femme.

Il y a toutes sortes de raisons pour se plonger dans un dossier comme celui-là, parce qu’il s’agit de l’évolution, peut-être, de certaines valeurs, mais surtout parce que c’est important que les femmes soient bien instruites de ce qu’est la situation. D’autant plus que, pour qu’une tendance soit adoptée par la société, il faut d’abord, relativement, qu’il y ait eu consensus chez les femmes. C’est comme ça… peut-être parce que les hommes sont davantage prêts à essayer les tendances, qu’ils sont plus aventuriers que les femmes de ce point de vue-là. Les femmes seraient plus circonspectes, apparemment. Il y a des tas d’exemples qui donnent à penser que c’est dans la mesure où les femmes s’engagent (par exemple, quand elles ont profité de ces derniers jours, avec la Fête des mères, pour organiser des marches, pour attirer l’attention) que ça bouge dans la société. Or, ces années-ci, la question tourne autour de la décriminalisation. Et c’est très difficile à trancher comme débat, je vous dirai.

Dans ce dossier, on fait le portrait de la prostitution des prostituées en particulier, et ce qu’on y découvre est très surprenant.

 
  • Profil des travailleuses du sexe

" Les contours sont forcément flous, écrit Danielle Stanton. Grosso modo les travailleuses du sexe ont 25 ans en moyenne et ont commencé à travailler entre 16 et 20 ans. Difficile d'évaluer leur nombre. À Stella [un organisme communautaire qui défend les droits des travailleuses du sexe], on parle de 5 000 à 10 000 travailleuses du sexe à Montréal seulement, dont environ 20 % de prostituées de la rue (huit prostituées sur dix sont des femmes). Beaucoup ont des enfants. Certaines exercent ce métier régulièrement, d’autres pour boucler leur fin de mois.

" Pour ce qui est de la prostitution de rue, les échanges sexuels se déroulent, en général, dans la voiture du client, peu à l’hôtel. Les trois quarts disent avoir délibérément choisi le métier, surtout pour améliorer leur situation financière. Contrairement aux apparences, les filles travaillent le plus souvent d’une manière autonome et non sous la protection d’un souteneur. On découvre beaucoup de choses à propos desquelles on pourrait avoir une opinion bien différente. Selon le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), 80 % de la prostitution de rue échappent aux proxénètes. Il faudrait aussi mettre un bémol sur le rôle du crime organisé, d’après le rapport du Comité montréalais sur la prostitution du moins : ‘ Tous ne s’entendent pas sur le prétendu contrôle des prostituées par les éléments mafieux. ’

" Bien des filles ont connu une enfance difficile et ont été agressées sexuellement. Toutes ne sont pas cependant issues d’un milieu défavorisé, rapporte Lise Cadieux, directrice d’un centre d’hébergement pour femmes en difficulté.

‘ Les filles que je vois ont de 16 à 22 ans. Le tiers environ viennent de familles aisées, style banlieue. Certaines ont fait des études collégiales, d’autres suivent des cours de musique classique à Vincent d’Indy – une précision comme celle-là donne à réfléchir car on n’aurait pas cru cela, bien sûr –. Quel que soit le milieu d’origine, le modèle se ressemble : elles ont fugué, le centre-ville, pour elles, c’est l’aventure, le trip. Le mélange amour-drogue-prostitution est fréquent – amour d’abord. – Les premiers temps, elles sont follement amoureuses du gars qui les attirent dans le circuit : tout va bien, elles ne veulent rien entendre. Nous ne pouvons que les informer, les outiller et attendre en espérant que l’enfer arrivera le plus vite possible. Et qu’alors, elles reviendront nous voir pour que nous les aidions, peut-être, à s’en sortir. ’ "

" Le rapport client-
prostituée ne sera
jamais égalitaire "

" Le rapport client-prostituée ne sera jamais égalitaire, décrète le coordonateur [du Projet Intervention-Prostitution]. Se prostituer ravage l’estime de soi. […] La désensibilisation à la sexualité que ces femmes vivent à longueur de journée pour pouvoir fonctionner, l’interférence des rapports marchands et de l’affectivité et de la séduction, cela laisse des traces. ‘ Personne ne sort indemne de la prostitution. C’est une expérience qui marque. ’

 
  • Réflexions sur le métier de rue

" Se prostituer ne sera jamais un métier comme les autres. ‘ Si c’est le cas, poussons la logique jusqu’à offrir un cours Prostitution 101! [Qui sait, c’est peut-être ça qui arrêterait la prostitution…] Au nom du principe de la liberté de chacun de disposer de son corps comme il l’entend, nous allons trop loin. Une banalisation de la prostitution est en train de s’opérer insidieusement dans nos sociétés. ’ "

Plus loin dans l'article, Danielle Stanton attire l’attention sur le fait qu’il y a un dérapage possible : " Trop de tolérance peut conduire à l’indifférence. Il faut réagir, refuser même la décriminalisation, soutiennent certaines féministes. " En revanche, d’autres diront que ce n’est pas facile de régler cette question car il y va de la liberté de la femme de disposer de son corps.

Je ne mentionne pas
toujours les noms
contenus dans les
articles et c’est
volontaire. Ce n’est
pas pour les cacher,
mais comme je ne
cite que des passages pris par-ci par-là, ce
serait injuste si ces
personnes avaient à
s’expliquer devant
des gens qui leur
diraient :
" Vous avez affirmé
ceci ou cela… "

" Aucune personne ne vend son corps ou son âme; il s’agit d’un service sexuel, point, rectifie [la porte-parole de Stella]. Le mouvement des femmes a accompli de grandes choses, mais, côté sexualité, il reste encore des blocages. ‘ Prenons garde que les femmes soient maintenues dans une sexualité qui fait l’affaire du patriarcat tant dénoncé, explique cette intervenante : une femme ne doit pas aimer la porno, avoir des relations sexuelles sans affectivité, etc. C’est consolider la séculaire opposition vierge-putain. Je suis féministe et au nom du féminisme, je soutiens, moi, qu’au 21e siècle, chaque femme est en droit de décider pourquoi elle veut avoir des relations sexuelles : par amour, pour procréer, pour la jouissance. Ou pour de l’argent. À partir de là, on peut discuter. "

Vous savez ou vous ne savez pas, qu’au Canada, se prostituer n’est pas illégal? C’est important de le rappeler. Mais, on nous rappelle aussi que tout ce qui s’y rattache est criminalisé, c’est-à-dire traîner dans la rue, flâner, etc. Une criminaliste dit à ce sujet :

" Le système est hypocrite. Officiellement, la prostitution n’est pas un crime mais, en pratique, la justice attaque ses manifestations les plus visibles. "

" De fait, poursuit D. Stanton, alors que le travail du sexe prend plusieurs visages (danseuses, escortes, salons de massage, etc.), celui de la rue, plus voyant donc plus dérangeant, est aussi de loin le plus traqué. " Elle précise que ces travailleuses du sexe qui font la rue sont persécutées, car on leur fout des contraventions pour des trucs invraisemblables. Là-dessus, une prostituée dit : " Vous connaissez beaucoup de gens à qui on colle une contravention parce qu’ils ont marché en bas du trottoir ou omis d’attacher leur ceinture de sécurité à l’arrière d’un taxi? " C’est la vraie misère.

Une militante féministe dit plus loin : " L'humiliation qui guette celles qui font la rue m'inquiète beaucoup. […] Je voudrais leur éviter cela comme je voudrais l'éviter à tout être humain. Puisqu’elles disent avoir prise cette décision librement, donnons-leur des conditions de vie décentes comme à toute citoyenne. "

‘ La prostitution
perdurera tant que
la société sous-paiera
des femmes et les
cantonnera dans des
emplois de misère ’ 

Certains prônent la décriminalisation. Des femmes, mais aussi des associations et des groupes comme, par exemple, le Centre d’éducation et d'action des femmes de Montréal qui a produit récemment un guide d’animation sur la prostitution pour faire tomber les préjugés l’entourant : " Le tout sur fond de discours idéologique radicalement féministe, explique l'auteure de l'article : la prostitution est un symbole d’inégalité, une manifestation de l’oppression des femmes par les hommes. On ne réglera pas l’affaire en maintenant les prostituées au banc des accusés. ‘ La prostitution perdurera tant que la société sous-paiera des femmes et les cantonnera dans des emplois de misère ’ ", estime pour sa part la porte-parole du Centre. C’est le grand discours.

En revanche, on verra cette personne qui est éditrice de la revue porno Plaizir, une féministe au parcours surprenant qui a fait ses études chez les religieuses [ça lui a donné le temps de réfléchir et de rêver…] dire qu’elle est amenée régulièrement à côtoyer les travailleuses du sexe de divers horizons :

" ‘ Elles ont du pouvoir sur les hommes, et beaucoup. Voyons donc! Ces femmes savent très bien ce qu’elles font! Pour la plupart, les escortes par exemple, se prostituer est carrément une solution de facilité qui leur permet de gagner beaucoup d’argent et rapidement. Au nom de quoi les empêcherait-on d’agir ainsi? ’ Bien sûr il y a la rue, admet-elle. Un travail risqué, une solution désespérée : ‘ Toutes sont junkies, ou presque. Pour de l'argent, elles sont souvent prêtes à accepter n'importe quoi. ’ "

 

 

Je rappelle que je puise ces informations dans La Gazette des Femmes, mai-juin 2000, un dossier de Danielle Stanton dont le sous-titre est : " Doit-on décriminaliser la prostitution? "

" La prostitution
demeure aussi
présente qu’avant "

  • L'échec de la répression

À propos des tentatives de la répression de la prostitution, on mentionne que c’est un échec. Même si on a appliqué, à un moment, les recommandations du Comité Fraser, comité spécial d’étude de la pornographie et de la prostitution, qui a décidé de viser aussi les clients.

" Est donc devenu criminel le fait pour une personne de communiquer avec une autre personne dans un lieu public à des fins de prostitution ou de retenir les services d’une personne qui s’y livre. L’objectif était de faire diminuer le nombre de prostituées et de clients, de répartir les arrestations d’une manière équitable entre les deux groupes [les deux sexes] et de faciliter l’application de la loi. Hormis ce dernier point, rien n’a fonctionné. La prostitution demeure aussi présente qu’avant et, si plus de clients sont arrêtés aujourd’hui, les prostituées restent d’abord dans le collimateur des policiers. Les observateurs s’entendent : la solution répressive est un constat d’échec. "

 

 
  • Amsterdam comme modèle

On parle aussi de la prostitution un peu partout dans le monde et il y a le modèle d’Amsterdam, bien sûr, qui revient. Voici ce que Danielle Stanton nous en dit.

" ‘ La prostitution est une réalité de la vie pour laquelle il faut adopter une approche réaliste ’, peut-on lire dans une brochure publiée par le gouvernement hollandais. Les Pays-Bas – Berceau de la liberté  ont fait le choix de réglementer la prostitution. Il ne s’agit donc pas de chercher à la faire disparaître, mais de l’encadrer. [Une criminaliste québécoise] a visité le quartier rouge d'Amsterdam : ‘ Tout s’y passe ouvertement, au grand jour. Je suis loin d’être certaine que nos politiciens, plutôt à droite par les temps qui courent, seraient prêts à envisager une telle avenue, ou encore que la population serait assez ouverte pour l’accepter. Mais ce serait probablement plus sain pour tout le monde que ce que nous vivons maintenant ’, estime-t-elle.

" Ce n’est pas une bonne solution, considère la professeure au Département d’études urbaines de l’Université du Québec à Montréal. ‘ Je suis contre. On doit pouvoir vivre dans tous les quartiers d’une ville avec une famille et les femmes doivent pouvoir s’y promener partout sans risque de se faire harceler.

 

J’ouvre une petite parenthèse : quand je suis allé à Amsterdam, j’ai observé une chose que je n’avais pas souvent vue ailleurs. Le fait que très peu d’enfants vivent au cœur d’Amsterdam, dans le centre de la ville. Les familles sont plutôt en banlieue ou dans les petites villes environnantes. Ça nous apparaît un peu comme une ville sans enfants.

 

" Contenir la prostitution ne sera jamais simple, poursuit D. Stanton : 40 % des prostituées d’Amsterdam viennent de pays autres que ceux de l’Union européenne et résident en Hollande illégalement. Le gouvernement des Pays-Bas se prépare à légaliser la prostitution consentie dans des secteurs désignés, mais il durcira les peines pour d’autres prostitutions. L’une des raisons de ce virage : avoir les coudées franches pour combattre le trafic sexuel. "

Cela nous rapporte à un autre aspect de la question : toutes ces femmes qui sont enlevées dans les pays pauvres où l’encadrement est plus flou et qui sont amenées et obligées, dans des circonstances qui sont souvent violentes et tragiques, à se prostituer pour le bénéfice des intermédiaires. Mais là, on parle d’autre chose.

 

 

À propos d’Amsterdam, il y avait récemment un entrefilet où l’on disait que la prostitution organisée est interdite en Hollande mais que, dans la pratique, le commerce du sexe y est autorisé et aussi dans les bordels. Il y a cependant un paradoxe curieux : l’échange d’argent contre des faveurs sexuelles n’est pas un acte criminel, bien que les règlements municipaux prohibent la sollicitation dans la rue considérée comme une nuisance publique. On a même pensé à tenir, comme ça, à l’aéroport d’Amsterdam, un bordel pour servir entre les vols : " Pourquoi tu passes toujours par l’aéroport d’Amsterdam? Et pourquoi ça te donne toujours deux trois heures d’arrêt? " [rires]

 

 
  • Décriminaliser ou pas?

Ce n’est pas facile de refaire le monde. Si vous voulez savoir mon opinion au sujet de ce que je viens de vous exposer maintenant, je vous dirai que j’ai une tendance à faire appel à cette idée qu’il est préférable de partir de ce qui est plutôt que de ce qui devrait être.

Quand on part de ce qui est, petit à petit on peut améliorer une situation mais elle peut aussi se détériorer, je le reconnais. Alors que, si on part de ce qui devrait être, l’espace entre ce qui est et ce qui devrait être est tellement vaste qu’on peut s’y perdre mille fois, donc ce n’est pas très efficace.

En somme, il y a deux positions extrêmes dans la vie : la position réaliste et la position idéaliste. Quand j’étais plus jeune, j’étais plus idéaliste et j’avais tendance à partir de ce qui devait être. Je disais que tout le monde devrait faire ceci ou devrait être comme ça, puis quelqu’un arrivait et me disait : Oui mais, justement, tout le monde n’est pas comme ça…

Dans ce cas-ci, les gens qui sont contre la décriminalisation n’ont pas tout à fait tort, parce que c’est évident que cette décision entraînerait aussi des inconvénients. Heureusement, il existe une autre loi qui est rassurante pour les pseudo-réalistes comme moi et c’est que tous les avantages finissent toujours par entraîner des inconvénients.

 

Voir aussi : Histoire de la prostitution à travers les âges

 


   
 

L’ADN met au grand jour le métissage génétique

D'après :
JUNQUEIRA, Eduardo.
" Brésil : le pays des
négresses blondes ",

Le Courrier
International,

N° 494, 20-
26 avril 2000.

 

Ces années-ci, l’une des vedettes du monde scientifique est sans contredit l’ADN. Comme vous le savez, c’est ce qui permet à l’intérieur du génome humain d’aller chercher " la donne ". (Une fois par saison, j’ai le droit d’utiliser le mot [rires].) L’ADN nous donne le portrait, pour ainsi dire, non pas de notre état civil mais physiologique. Justement, parce que c’est un procédé extrêmement révélateur, cela entraîne des révélations qui surprennent beaucoup. Comme, par exemple, le cas du Brésil.

Au départ, il y avait des Indiens au Brésil. Puis le pays a été colonisé par les Portugais, ensuite par d’autres Blancs qui ont poursuivi la colonisation et il y a eu des Noirs qui sont venus d’Afrique. À travers des études sur la génétique, on s’est aperçu que beaucoup de Blancs rejoignent la catégorie des métis parce que, parmi ces supposés Blancs qui totalisent 86 millions, 28 millions auraient un héritage génétique indien et 24 autres millions seraient porteurs de l'ADN de Noirs.

Quand on découvre qu’on n’est pas tout à fait conforme à la perception que l’on avait de soi, cela peut donner lieu à des situations curieuses.

Toutes sortes de recherches sur des personnes à la peau blanche originaires des quatre principales zones géographiques du Brésil sont parvenues à ce résultat, avec un échantillonnage qui est restreint mais qui, du point de vue de la génétique, est suffisant pour décrire les caractéristiques d’une population.

Il me semble que ce serait très intéressant de creuser un peu la question chez nous afin de voir s’il n’y aurait pas beaucoup plus de métissage que nous ne le pensons.

 

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.