| Émission du lundi 8 mai 2000 | ||||
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Folie et normalité : |
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Êtes-vous un joueur pathologique, ou boulimique? Un acheteur impulsif, ou un kamikaze? Un obsédé de la propreté? Un amasseur compulsif? Un phobique, ou encore, un hypersexuel? Si c’est le cas, en gros, vous êtes à peu près normal en ce sens que vous êtes un peu fou, comme tout le monde. Je parle toujours de la petite folie, bien entendu. Et il paraît que cette petite folie-là constitue un véritable système de défense dans la plupart des cas. Ce genre d’information me ravit. Si vous saviez comme cela m’enchante! [rires] On peut se demander si on est normaux… mais est-ce bien important de savoir si on est dans la norme? D’abord qu’est-ce que c’est que la normalité? On n’arrive toujours pas, en matière d’équilibre psychologique, à savoir exactement ce qu’est la normalité. Voici ce que nous dit Olivier Néron de Surgy dans l’édition hors-série de Sciences et Avenir consacrée à la folie : " S’il est impossible de s’accorder sur une définition précise de l’homme normal, c’est que la parfaite santé mentale n’existe pas ", Ah qu’il me fait plaisir de lire cela, et d’en être par le fait même soulagé! [rires] |
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NÉRON DE SURGY, Olivier. " Idées reçues – On est sain d’esprit ou on ne l’est pas ", Sciences et Avenir, Hors-série N° 122, avril-mai 2000. |
" Pour Érasme – l’auteur de L’éloge de la folie – ‘ tous [les hommes], sans exception, extravaguent de quelque façon […], aucun homme n’est exempt de grands défauts ’. " Le fait d’extravaguer et les grands défauts, il me semble que ça n’est pas vraiment la même chose, mais on va pardonner à Érasme cette petite imprécision, pour nous en tenir à l’idée que " tous les hommes extravaguent de quelque façon "... |
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" Comme le souligne Hippolyte Taine, ‘ la folie n’est pas un empire distinct et séparé; notre vie quotidienne nous y confine et nous y entrons par quelque portion de nous-mêmes. Il ne s’agit pas de fuir mais de n’y tomber qu’à demi. – J’aime beaucoup cette formule qui illustre bien qu’une certaine folie est nécessaire pour résister au mal de vivre, finalement : – L’homme est fou, comme le corps est malade, par nature. ’ " [rires] Hippolyte
Taine |
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Dans un autre petit texte du même auteur, je trouve des informations sur la différence entre l’anomalie et l’anormalité. " À l’image de l’artiste déjanté, du punk anarchiste ou du collectionneur de nounours [des nounours, j’en ai collectionné à un moment de ma vie, et il y a quelques années seulement.[rires]Mais ils m’ont été volés par ma petite-fille Mimi…], le marginal n’apparaît pas comme un individu normal : il présente une anomalie, c’est-à-dire un écart à un standard, une curiosité à verser au compte de la diversité humaine. Mais en pratique, on confond très souvent l’anomalie, une irrégularité statistique – quand on n’est pas tout à fait dans les normes –, avec l’anormalité, qui est une déviance jugée déplacée ou malsaine par rapport aux règles sociales établies. […] " Si l’on se considère soi-même comme anormal, ce n’est pas tant qu’on ne satisfait pas aux canons sociaux, c’est plutôt qu’on souffre de cette irrégularité. En ce sens que le pathologique n’est pas le contraire du normal ", nous dit Olivier Néron de Surgy.
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Pour revenir à Érasme dont je vous parlais tout à l’heure : " Pour que la vie des hommes ne fût pas tout à fait triste et maussade, Jupiter leur a donné beaucoup plus de passion que de raison. " |
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Cannabis |
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SHANNON, Elaine. " La meilleure marijuana pousse à Vancouver ", Courrier International, mars 2000 (article original paru dans le Time). |
J’ai été un peu choqué et un peu malheureux de voir jusqu’à quel point, à Ottawa, on était perplexe devant le dossier de la marijuana. Quand on voit, par exemple, dans les journaux de la fin de semaine, que " Santé Canada cherche un pusher ", c’est tout dire. Je ne suis quand même pas pour leur donner mon carnet d’adresses! Ça ne se fait pas, ce n’est pas sérieux, ça ne fait pas scien-ti-fi-que, dirions-nous. Tout ça parce que " l’organisme, précise-t-on, veut se procurer de la marijuana de première qualité à des fins médicales ". Je me suis tout à coup rappelé avoir lu, il n’y a pas très longtemps, un article paru dans le Time de New York qui s’intitulait : " La meilleure marijuana pousse à Vancouver ". Dans cet article de Elaine Shannon, on fait mention d’un certain Marc Emery qui vit à Vancouver et qui fait par année à peu près un million $ en vendant des graines de marijuana d’une variété très puissante ainsi que des manuels sur l’art de la cultiver. " La plupart de ses clients vivent à Vancouver, non loin de son centre de vente par correspondance – totalement illégal [bien sûr] et pourtant largement ignoré par les autorités canadiennes. " Je me disais que c’est un bon nom et que M. Allan Rock pourrait en prendre note. Car M. Emery semble dire à la journaliste qui lui rend visite : " Pour notre région, ce n’est pas tellement intensif au point de vue de la production, mais c’est de la qualité… " " La région n’est pas considérée comme un centre de production intensive de cannabis, mais cette situation est en train de changer, poursuit l’auteure. Marc Emery, 42 ans, se dirige vers la fenêtre de son bureau pour nous en expliquer la raison. Il tient devant la lumière une grosse tige de chanvre, et nous montre les cristaux de résine séchée qui étincellent tels de minuscules diamants dans la morne clarté hivernale. Le haschisch local […] est deux fois plus puissant que les variétés de Californie et de l’Oregon, et six fois plus que les produits colombiens et mexicains les plus répandus. ‘ Ça, c’est du haut de gamme ’ ", affirme le producteur. Parmi les enquêteurs de la police fédérale (GRC), [on disait autrefois la police montée mais ça n’a plus beaucoup de sens maintenant], un certain Dave Williams se désole de la situation : " ‘ La Colombie-Britannique produit aujourd’hui la meilleure
marijuana du monde ’, dit-il d’un air désolé. Connue
sous le nom de ‘ B.C. Bud. ’ – Bud
pour bouton, la tête de la plante –, elle a trouvé
un marché très lucratif auprès des utilisateurs de
drogue récréative aux États-Unis. " |
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" Les ‘ Mounties ’ ont choisi de se concentrer sur le démantèlement des bandes criminelles organisées qui se sont introduites sur ce marché ", explique la journaliste. Pour la raison que ça paraît être devenu, un peu pour tout le monde, un problème impossible à résoudre, avec la vision héritée du temps de la Prohibition aux États-Unis, dans les années 20. " Les ‘ Mounties ’ font tomber des organisations de plus en plus importantes, souvent logées dans des bâtiments de la taille de véritables entrepôts, éclairés par des guirlandes d’ampoules aussi brillantes que des projecteurs de stade et munis de systèmes de culture hydroponique contrôlés par ordinateur pour fertiliser et arroser des centaines de plants. " Ce qui n’est pas rien. " On ne s’en sort pas ", dit l’un de ceux qui s’acharnent à résoudre ce problème par la force – il est directeur de l’Office américain de lutte contre le trafic des stupéfiants… " Même si l’on doublait nos effectifs, nous manquerions encore de personnel ", dit-il. Mais ils vont finir par les tripler
ces effectifs, les quadrupler, etc. Et éventuellement, on cessera
peut-être d’être à la remorque des États-Unis,
puis on aura nos propres politiques sur cette question... |
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Entre la folie saine et les troubles anxieux |
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| Je ne sais pas ce qu’on aurait dit de nous dans ce tableau des obsessions dressé récemment par le Sunday Times britannique, dans lequel on avance que les Français sont obsédés par une imaginaire crise de foie. Du temps où je demeurais en France, je pense qu’il n’y a pas une journée où je n’ai entendu un Français se plaindre de son foie ou de l’inquiétude que son foie lui causait. Il y a aussi les Espagnols qui seraient obsédés par le sang qui coule dans les arènes, et les Italiens, très préoccupés par la santé de leur cuir chevelu. Pour les Américains, ce serait l’obsession pour les armes à feu, et pour les Japonais, une disposition à se faire harakiri. On exagère un peu quand on en parle comme d’une manie, mais quand même… |
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NÉRON DE SURGY, Olivier. " Idées reçues – Ils sont fous ces Romains!", Sciences et Avenir, Hors-série N° 122, avril-mai 2000. |
Ce qui revient à dire qu’un comportement jugé loufoque ou désaxé chez nous peut être considéré comme normal ailleurs. Dans un articulet intitulé " Ils sont fous ces Romains! ", Olivier Néron de Surgy cite à un moment un psychologue québécois : " Michel Tousignant note par exemple que pour les Andins – les habitants des Andes – ‘ il est naturel d’être déprimé car la vie est considérée comme une série de calamités à affronter ’. " Cette citation m’a beaucoup donné à réfléchir. Je me suis dit que la représentation que l’on se fait du sens de la vie – quand on vit dans un monde qui met l’accent sur le marketing, la commercialisation de tout, qui nous dit que pour être heureux, il nous faut une voiture de trente quelques milliers de dollars qu’on paiera 327,00 $ par mois en location – n’est pas très saine non plus. |
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Je suis allé voir du côté de Edouard Zarifian. Vous vous rappelez sûrement ce célèbre psychiatre français auteur de plusieurs ouvrages. Dans la collection livre de poche Odile Jacob, on trouve de lui maintenant Les jardiniers de la folie. J’en avais déjà parlé alors que cet ouvrage était publié dans une autre version. Comme quoi c’est un livre qui répond à un besoin. Dans un article du dossier sur la folie de Sciences et Avenir, Edouard Zarifian s'intéresse aux " Maladies de la modernité ". " Il existe aujourd'hui une trilogie qui semble marquer quotidiennement l’existence de nos concitoyens, écrit-il : troubles anxieux, dépression et perturbations du sommeil. " Il ajoute qu’on pourrait aussi faire une
place à la dépendance à des substances psychotropes
légales ou surtout illégales et se demande si l'on peut
parler d’une épidémie. |
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" À l’inverse des maladies du corps, qui n’ont été élucidées pour la plupart d’entre elles que grâce aux progrès technologiques, les troubles psychiques ont été repérés de tout temps, même si certains comportements ou certains discours n’étaient pas attribués à une pathologie mentale mais décrits soit comme l’expression d’une contestation de la société, soit comme les signes d’une possession démoniaque, explique E. Zarifian. Mais si l’attitude contestataire elle-même a souvent été attribuée à des possessions maléfiques, c’est l’alibi du trouble psychique, en l’occurrence la schizophrénie, qui est aujourd’hui couramment invoqué ", pour excuser ou pour chapeauter un très grand nombre de malaises, de difficulté d’être, etc. C’est justement la dernière phrase qu’un grammairien a prononcée : " J’éprouve une grande difficulté d’être. " Selon le Dr Zarifian, il existerait trois catégories de troubles psychiques : " Tout d'abord, des troubles qui ont traversé les siècles de manière quasi immuable et dont on peut penser que l’influence de la société n’a assuré qu’un rôle minime : les hallucinations, les délires ou les troubles de l’humeur tels que la mélancolie. La deuxième catégorie de troubles psychiques constitue la clinique psychiatrique de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle; ils ont donné lieu à des descriptions minutieuses, très centrées sur l’individu lui-même et prenant peu en compte le contexte et les relations à autrui. La troisième catégorie de troubles psychiques constitue la nouvelle clinique moderne, issue des États-Unis, qui s’est imposée dans le monde entier. C’est une clinique du symptôme basée sur des statistiques, totalement mondialisées régulièrement et évolutives. " |
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" En cinquante ans, explique le psychiatre, certains concepts auparavant considérés comme des troubles psychiques ont disparu, rejoignant la normalité. Il en est ainsi de l’homosexualité. " En effet, avant, on considérait l'homosexualité comme une maladie ou même un signe de folie; mais maintenant, c’est devenu un choix personnel, un goût particulier, et c’est tout. C’est le reflet, pour ainsi dire, d’une pathologie évoluant avec les normes sociales ou avec les effets attendus des médicaments psychotropes.
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" On a pu montrer les difficultés que rencontre tout individu face à ce qu’on appelle un message paradoxal (ou double lien – double bind en anglais) qui délivre simultanément une injonction et son contraire, explique plus loin E. Zarifian. La société est coutumière de ces messages paradoxaux : l’État nous dit que le tabac est dangereux pour la santé mais le vend aux citoyens car il en possède le monopole – il s'agit ici de la France, mais on pourrait aussi dire, en parlant d’ici, que l’État en a aussi le monopole par un système de régie. – On pourrait multiplier les exemples concernant l’alcool, la vitesse des automobiles et plus généralement la simultanéité des contraintes économiques et de l'incitation à la consommation. " Pour revenir à l'exemple de la vitesse : dans les publicités, les automobiles vont à une vitesse folle, l’équivalent de 140, 150 si ce n’est pas 160 km/h, alors que dans un autre message, on nous dit que la vitesse tue. On est pris constamment comme ça à travers des messages paradoxaux. Je voyais justement à propos de Radio-Canada qu’il fallait tenir compte de l’obligation dans laquelle nous étions de réduire les dépenses, mais, en même temps, qu'il fallait s’organiser pour dépenser les 4 200 000 $ de supplément qu’on a reçu je ne me souviens plus trop pour quelle raison! On est constamment à hue et à dia! |
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" Les psychiatres le savent : la folie de M. Tout-le-monde est un excellent mécanisme de défense contre l’angoisse. " |
" Qui n'est attaché à ses petites folies? ", demande Jean-Michel Besnier, qui a un point de vue très intéressant sur la question dans ce même numéro de Sciences et Avenir dont le thème est " Folies ordinaires ". " Manies anodines qui scandent le quotidien, elles ne deviennent gênantes que lorsqu’elles entrent en concurrence avec de nouvelles candidates, poursuit le philosophe. Rien de plus jaloux que l’entêtement à satisfaire ses passions ordinaires. J’ai connu un joueur de tennis qui avait presque honte d’avoir découvert les joies du golf. [Comme s’il était en train de tromper le tennis avec le golf [rires], figurez-vous…] Du coup, il cédait au ruses de l’adultère et devenait négligent dans la réservation de ses courts, afin de fouler le green sans trop de culpabilité. – C’est ce qu'on appelle la monomanie. " Vue de l'extérieur, la monomanie est toujours un peu effrayante, elle caractérise justement un peu la folie de l’homme du commun, explique J.-M. Besnier. Le monde n’a plus qu’une entrée : celle du tapis vert pour le joueur, celle de la table pour le boulimique, celle des salles des ventes pour les collectionneurs. " " Très vite l’observateur de semblables lubies étouffe dans ce monde dont le sens lui échappe. Mais, les psychiatres le savent : la folie de M. Tout-le-monde est un excellent mécanisme de défense contre l’angoisse. […] |
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" Sartre a souvent évoqué sa ‘ folie ’, à chaque fois pour l'associer à son optimisme naturel et pour dire qu'elle lui a évité l'aberration des bourgeois. Ainsi, dans Les Mots – l’un de ses derniers ouvrages, probablement un des plus remarquables qu’il ait écrit (un livre autobiographique) – : ‘ Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de l’élite. ’ " Je ne sais pas pourquoi il dit cela, mais l’important c’est qu’il affirme que la folie protège. Voilà ce qu’il faut retenir. | |||
| " La bêtise engloutit dans la médiocrité quand la folie douce porte à la divagation. " |
" C'est qu'il y a donc une autre folie que celle du ‘ salaud ’ empêtré dans la pâte du sérieux et de la mauvaise foi : une ‘ folie douce ’, réfractaire au fanatisme de la morale, de la politique et de la religion. […] Érasme a jadis prononcé l’éloge de cette folie-là : elle habite l’enfant et le vieillard heureux, tous deux détachés de l’urgence du quotidien et, au contraire, dédiés à l’inattendu et à l’exceptionnel – bref, à la vie. La bêtise engloutit dans la médiocrité quand la folie douce porte à la divagation. " Puis, le philosophe parle plus loin du monologue du promeneur solitaire. (J’en ai croisé un, l’autre jour : c’est dramatique… Il est tout seul, il parle, gesticule, vocifère de temps en temps, parfois il devient nerveux ou ému, c’est très troublant.) " Le monologue du promeneur solitaire, s’il suscite le regard amusé du passant [inquiet, quand à moi], trahit aussi bien des souffrances. Alors, folie, où est donc ta victoire? de demander Besnier. Dans ton obstination à ne jamais te satisfaire d’aucune limite. " Il y aurait encore tant à dire mais j’aurai certainement l’occasion d’y revenir. Le thème est tellement riche! |
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Avant que l’eau ne vienne à manquer… |
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DESCÔTEAUX, Bernard. " La pérennité de l'eau ", Le Devoir, 6-7 mai 2000. |
La semaine dernière la Commission sur la gestion de l’eau a rendu public son rapport. Partout on s’inquiète de la situation, à cause du surpeuplement d’une part. Même s'il n’est pas ressenti de la même façon partout, bien sûr, il y a des endroits où le problème est très présent, d’autant plus que ça se produit souvent dans des régions arides où justement le manque d’eau est catastrophique, entraînant des famines, etc. Et il y a aussi la pollution. Il n’y a pas de doute que nous devrons prendre la Terre en charge car elle ne peut plus supporter des êtres qui laissent leur environnement se détériorer en se disant : " Ben oui! Y faudrait ben que… " Il va falloir, à un moment, prendre la survie de la planète en main. Après ce beau discours, je vais en revenir à l’eau, en particulier. Dans un éditorial que signe Bernard Descoteaux dans Le Devoir du 6 mai, l'auteur fait observer que le gouvernement doit mettre en œuvre des politiques pour assurer la pérennité de l'eau : " L’eau est une ressource qui doit être gérée d’une façon intégrée, écrit-il. Il faut que cesse cette façon de faire où ministères, sociétés d’État, municipalités, industries et producteurs agricoles interviennent à contresens les uns des autres. " C’est ce qu’on retrouve le plus souvent à l’arrière-plan de beaucoup d’information. Il faut plutôt mettre l’accent sur l’intérêt de la société elle-même plutôt que sur les corporatismes. On est en pleine guerre à propos des corporatismes, y compris ceux des sociétés d’État, des ministères, qui ne semblent voir que la lumière devant leur porte, pour ainsi dire. " L’intérêt premier de la collectivité [est] dans le respect de l’environnement, explique M. Descôteaux. On imagine le changement profond de culture sur les plans administratif et politique auquel il faudra arriver pour briser les frontières entre ministères, municipalités et autres organismes publics. […] Le premier ministre n'a jamais été aussi réceptif aux questions environnementales. L'occasion est belle de corriger le tir en restaurant les pouvoirs du ministère de l'Environnement et en lui donnant les moyens, après bientôt un quart de siècle d'existence, d'être ce qu'il doit être : un ministère du développement durable. " |
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Vient aussi de paraître un autre ouvrage intéressant qui s’intitule justement L’eau, de Marq de Villiers, co-édité par Solin, Acte Sud et Leméac. Marq de Villiers est un journaliste-écrivain canadien qui s’est intéressé à cette question. " Le problème avec l'eau – et il existe bel et bien un problème – c’est qu’on ne peut absolument pas en fabriquer davantage, écrit-il. Il n’y en a pas moins, bien sûr, mais pas plus pour autant. La quantité d’eau sur la planète est actuellement la même qu’à l’époque préhistorique. " D’après de Villiers, la situation risque d'empirer plutôt que de s’améliorer et la question à laquelle il tient beaucoup c’est l’éveil de la conscience mondiale. Elle n’est précisément pas éveillée à l’ampleur des problèmes qui l’attendent. " Universelle et indispensable, l’eau n’est pas appréciée à sa juste mesure, croit de Villiers. La conservation et l’arrêt du gaspillage devraient s’imposer comme des solutions évidentes au problème de pénurie d’eau ", explique Caroline Montpetit dans le cahier " Livres " du Devoir. " De Villiers conclut que l’augmentation du prix de l’eau aurait un impact positif sur sa conservation et favoriserait la construction de meilleurs réseaux de distribution. […] Il croit que les pénuries d'eau sont solubles, c'est-à-dire évitables, dans la mesure où l'on y joint la volonté politique et les investissements nécessaires. Si ce n'était de son coût et de la consommation majeure d'énergie qu'il entraîne, le dessalement de l’eau de mer serait de loin le moyen privilégié d’abreuver en eau potable les régions assoiffées du globe. À l’heure actuelle, il est encore plus économique de détourner l’eau du Colorado à travers les montagnes que d’exploiter une usine de dessalement sur la côte ouest… " On en est là, et on en est aussi à
des affrontements :
déjà, l’Égypte dont la population s’accroît
d’un million d’habitants à tous les neuf mois, a annoncé
qu’elle était prête à se battre contre quiconque tenterait
en aval d’altérer le débit du fleuve, etc. En attendant, la planète Terre s’appelle encore la planète
de l’eau. |
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