| Émission du mardi 18 avril 2000 | ||||
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Des fesses assurées pour 300 000 000 $! |
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" The $ 400 Million Celebrity ", Time, 27 décembre 1999. |
Est-ce que vous avez un membre ou un organe que vous souhaiteriez faire assurer? On ne sait jamais… Sachez que Bruce Springsteen a fait assurer sa bouche et sa voix pour 6 millions de dollars. Dolly Parton a fait assurer sa poitrine pour 600 000 $. Je ne sais pas ce qu’il doit leur arriver pour qu’ils touchent cette somme. Le guitariste Keith Richards a fait assurer l’index de sa main droite pour 1 600 000 $. Le lanceur, Kevin Brown – ah les gens qui sont dans les sports… à côté de ça, on est aussi bien d’aller se rhabiller – a fait assurer son bras droit pour 67 500 000 $. Wow! Et ce n’est pas tout… Les jambes du danseur Michael Flatley valent 40 000 000
$ . Il y a le travesti britannique, Franky Jakeman [je ne peux pas
croire que c’est son vrai nom…] qui a fait assurer son pénis pour
1 600 000 $. Mais le sommet, si j’ose dire, ce sont les
fesses de Jennifer Lopez [le boutte du boutte, si vous me permettez
l’expression, à propos d’un derrière…] qu’elle a fait assurer
pour 300 000 000 $ et le corps entier pour un milliard.
Elle prend son cul pour un temple patrimonial, dirait-on… [rires]
C’est aussi cher sinon plus que les pyramides d’Égypte! Quoi qu’il en soit, ça rend modeste. Que voulez-vous, on n’a rien à faire assurer, nous, les minables, et moi le premier, surtout dans l’état où tout ça se trouve maintenant, l’évaluation ne devrait pas être trop flatteuse…
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On ne naît pas tueur, on le devient… |
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GROSSMAN, David. " On ne naît pas tueur, on le devient ", Courrier International, N° 489, 16-22 mars 2000. |
" On ne naît pas tueur, on le devient ".
C’est ce qu’avance, dans un article saisissant, un spécialiste
de l’armée américaine qui compare la violence télévisuelle
au conditionnement mental des recrues qui doivent apprendre à
donner la mort. C’est la critique la plus sévère que
j’ai lue à propos de la violence à la télévision.
L’auteur, qui est-il? Il se présente
en ces termes : |
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" Tuer son prochain n’est pas un geste naturel. On doit apprendre à le faire." |
" Avant de prendre ma retraite militaire, j’étais officier d’infanterie et psychologue. J’ai passé près d’un quart de siècle à étudier comment tuer les gens. Les soldats américains sont très bons à ce jeu-là. Pourtant, tuer son prochain n’est pas un geste naturel. On doit apprendre à le faire. " La thèse que je défends ici
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" Lorsque la colère ou la peur submergent les êtres humains, à moins qu’ils ne soient sociopathes, ils se retiennent de tuer leurs semblables. " |
Là-dessus, David Grossman part dans une explication fort intéressante. Il rappelle : " Lorsque des animaux à bois ou à cornes se battent, ils entrechoquent leurs têtes, mais évitent de se blesser mutuellement. En revanche, lorsqu’ils se battent avec des animaux d’autres espèces, ils s’en prennent à leurs flancs pour tenter de les étriper et les faire saigner. Les piranhas plantent leurs dents dans tout ce qui se présente, mais ils se battent entre eux à coup de queue. Les serpents sonnettes mordent toutes les espèces étrangères, mais ils se battent entre eux au corps-à-corps. Il en va de même pour les êtres humains. " Lorsque la colère ou la peur submergent les êtres humains, à moins qu’ils ne soient sociopathes, ils se retiennent de tuer leurs semblables. C’est pourquoi ils se battent en faisant beaucoup de cinéma, en produisant des bruits effrayants, en prenant de grands airs, en essayant de s'intimider mutuellement – jusqu'à ce que l'une des parties fuie ou se soumette. |
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" À vrai dire, poursuit Grossman, les batailles de l'Antiquité n’étaient que des jeux de pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette. Les massacres, s’il y en avait, ne se produisaient que lorsque l’une des parties fuyait et était frappée dans le dos. À l’époque moderne [là, tenez-vous bien…] le taux d’usage des armes à feu a commencé par être incroyablement bas. Patty Griffith démontre, dans The Battle Tactics of the American Civil War, qu’un régiment de la Guerre civile américaine avait la capacité théorique de tuer, à chaque minute, de 500 à 1000 adversaires, mais qu’il n’en tuait, dans la réalité, qu’un ou deux. " Après la bataille de Gettysburg – l’une des grandes de la guerre de Sécession –, on put constater que 90 % des 27 000 mousquets pris sur les soldats morts ou mourants étaient encore chargés, ce qui veut dire que le soldat moyen chargeait son arme, épaulait, mais, au moment de vérité, il ne parvenait pas à tirer pour tuer. Intéressant ça. Même parmi ceux qui tiraient, la plupart visaient au-dessus de la tête de l’ennemi. " L'auteur de cet article rappelle ensuite que durant la Seconde Guerre mondiale, un général anglais a confié à une équipe de chercheurs la mission d’interroger les soldats sur ce qu’ils avaient réellement fait pendant les combats : " L’équipe découvrit que, lorsqu’ils avaient un adversaire en ligne de mire, seuls 15 à 20 % des fusiliers tiraient vraiment. Seul un petit pourcentage des soldats était donc naturellement capable de tuer – quand bien même la plupart d’entre eux étaient prêts à mourir pour leur patrie. Des fusiliers dont le taux de tir est de 15 % ne valent pas mieux que des bibliothécaires dont 15 % sauraient lire. " C’est un bon raisonnement pour un militaire, non? |
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| " Les méthodes
mises au point par l’armée sont : la brutalisation des soldats, leur mise en condition psychique et l’usage de modèles. " |
" Lorsque l’armée prit conscience de ce ‘ problème ’, elle s’y attaqua systématiquement. Avec succès, puisque le taux de tir est monté à 55 % durant la guerre de Corée et à plus de 90 % durant la guerre du Vietnam. Les méthodes mises au point par l’armée sont : la brutalisation des soldats, leur mise en condition psychique et l’usage de modèles. " La brutalisation et la désensibilisation sont les moyens privilégiés des boot camps, camps destinés à ‘ dégrossir ’ les jeunes recrues. Dès l’instant qu’elles descendent du bus, les recrues sont malmenées physiquement et verbalement. On les contraint à des ‘ pompes ’ [les push-up] sans fin, à des heures de garde-à-vous, à des courses innombrables avec paquetage complet, toujours sous les hurlements de sergents professionnels. On leur rase la tête, on les rassemble toutes nues, on leur colle sur le dos le même uniforme, on leur fait perdre leur personnalité. " Cette brutalisation vise à casser leurs habitudes et leurs normes, à leur injecter un nouveau style de vie, à leur faire révérer de nouvelles valeurs : la destruction, la violence, la mort . Au bout du compte, les recrues perdent toute sensibilité à la violence qu’elles acceptent comme un savoir-faire normal, essentiel pour survivre dans le monde brutal qui est désormais le leur. |
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" Or, nos enfants subissent un traitement de désensibilisation à la violence très similaire. Pas à partir de l’âge de18 ans, comme les recrues, mais à partir de 18 mois, c’est-à-dire dès qu’ils sont capables de discerner ce qui se passe sur un écran de télévision, et commencent à imiter certains gestes qu’ils y voient. L’enfant ne commence toutefois à comprendre le sens de ses actes qu’à partir de l’âge de 6 ou 7 ans. Mais à ce stade, son degré de développement mental est encore insuffisant pour lui permettre de faire clairement la distinction entre la fiction et la réalité. |
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" Lorsque de jeunes enfants voient, à
la télé, |
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" Lorsqu’un gamin de 3, 4 ou 5 ans regarde un film et passe la première heure et demie à établir un rapport avec l’un des personnages, puis voit, dans les 30 dernières minutes, sans rien pouvoir faire, son nouvel ami poursuivi et assassiné sauvagement, cela équivaut, moralement et psychologiquement, à lui présenter un petit camarade, à le laisser jouer longtemps avec lui, puis à égorger ce nouvel ami sous ses yeux. " Les enfants aujourd’hui, dit David Grossman en terminant, sont soumis à ce genre de brutalisation non pas une fois, mais des centaines de fois. On leur dit, bien sûr : ‘ C’est pour rire! Regarde, c’est juste la télé. ’ Les gamins hochent la tête et répondent ‘ d’accord ’, mais la vérité est qu’ils ne sont pas encore capables de faire la différence. "
C'est ce qu'estime ce spécialiste en killology de l’armée
américaine, |
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Pour prendre conscience de son identité et de son pouvoir |
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Est-ce que les savoirs permettent vraiment de se transformer, de parvenir à une transformation de soi pour le mieux, psychiquement, s’entend? Oui et non. J’ai appris, par mes lectures et par des échanges avec des gens qui en savaient plus que moi sur la psychologie et sur les comportements de l’être humain, beaucoup de choses à propos de mon propre comportement. Et sur le comportement des autres, également. Parfois, cela peut être utile pour comprendre son propre comportement que de passer par celui d’un autre ou des autres. C’est comme ça que j’ai découvert que j’étais paranoïde. J’ai bien dit " paranoïde " et non " paranoïaque "… J’ai devant moi une liste de questions et je vais vous en poser quelques-unes afin que vous tentiez d’y répondre pour vous-mêmes.
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" L’un des buts de la psychothérapie est de changer la vision qu’a le patient du monde et de lui-même ", explique-t-on dans l'édition hors-série de Sciences Humaines consacrée au changement. " […] Une technique classique en thérapie cognitive est celle du recadrage : cela consiste à voir le ‘ verre à moitié plein ’ – plutôt qu’à moitié vide –. Par exemple à transformer ce que l’[on] voit comme un échec en une source d’apprentissage. Le plus souvent, le thérapeute aidera le patient à donner une signification à ces problèmes et à leurs causes. " On peut aller à l’école et suivre des cours pendant des années puis en venir à se dire : " Pour l’instant, je ne vois pas vraiment ce que j’ai appris, à part les cours, passer les examens et tout ça. " À ce propos, on explique ici que : " Les savoirs prennent un sens pour l'individu dans le cadre d’une dynamique complexe intégrant son psychisme, son enracinement familial, sa culture sociale à l’origine de ses motivations. " L’idée est d’arriver à situer ce que l’on sait dans un contexte plus vaste, pour que les connaissances puissent avoir un effet bénéfique. " Certains auteurs élargissent la notion de rapport au savoir à celle de rapport au monde, c’est-à-dire à l’ensemble des significations qui permettent de se construire et de se repérer dans sa vie. |
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La deuxième question, c'est : " Qui dirige ma vie? " Est-ce mon patron, mes parents, ma peur ou moi? " En psychologie, explique-t-on ici, le contrôle de soi apparaît dans la notion de locus de contrôle, dit interne ou externe. [Le locus] est interne chez les personnes qui considèrent que leur vie dépend d’elles-mêmes, et externe pour celles qui se voient le jouet des événements. " La position que j’occupe par rapport à cela est la position inconfortable qui consiste à être assis entre deux chaises; parce qu’il y a une partie de ma vie qui paraît m’échapper, celle qui dépend de ce qui vient de l’extérieur, des circonstances de la vie, des événements, etc., puis une autre partie qui vient de moi. J’essaie de faire en sorte que ma vie dépende de plus en plus de moi et de moins en moins de l’extérieur. C’est ce que plusieurs philosophes, les Stoïciens en particulier, nous enseignent de faire. |
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| " Les parents permissifs, chaleureux, approbateurs augmentent chez leurs enfants une croyance dans leur contrôle interne " |
Il y a une chose que je pourrais ajouter à cela et qui me paraît très importante : " Les pratiques éducatives familiales et institutionnelles influencent le locus de contrôle. Les parents permissifs, chaleureux, approbateurs augmentent chez leurs enfants une croyance dans leur contrôle interne – ce qui les rend plus responsables d’eux-mêmes. Bien sûr, il y a des limites là aussi, mais si vous ne savez pas encore que c’est la Voie du milieu qui est la meilleure (bien quela plus difficile), vous ne savez rien. Donc, être permissif oui, mais ne pas l’être trop non plus. – Par contre, les parents qui sont autoritaires, distants, dominants favorisent les croyances en un contrôle externe. " C’est certain, puisqu’ils ont toujours montré que le contrôle venait d’eux et non pas de l’enfant. |
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" Une chose est de comprendre ses problèmes, une autre d’acquérir de nouveaux comportements pour les diminuer. [Dans certaines formes de thérapie], on développe des techniques pour apprendre ou désapprendre. La méthode la plus connue est celle ‘ d’exposition ’. " Prenez quelqu’un qui a la phobie des araignées, par exemple : on va lui proposer de gérer sa peur des araignées en le mettant en présence d’un dessin d'araignée, d'abord, puis d'une photo et enfin d'une vraie araignée que l'on placera d'abord à dix mètres, puis à trois mètres, etc., jusqu’à ce qu’il soit capable d’en sentir une courir sur sa main sans paniquer. Il faut faire des efforts! S’il le faut, mangez-la, c’est de la protéine, vous savez… [rires] |
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On ne va pas se lancer dans les définitions, mais on explique ici que la thérapie cognito-comportementale, pour simplifier, est une approche thérapeutique qui vise à identifier de telles pensées automatiques. C'est ce que j’appelle VOIR, se voir pour se connaître. Tout est là. Il faut au moins se voir, voir ses émotions, ses sentiments, ses réactions, etc. C’est le programme d’une vie, et la vie c’est comme ça. Si ça ne vous plaît pas, vous n’aviez qu’à ne pas naître. [rires] On cherche à identifier les pensées automatiques comme, par exemple, la peur cachée derrière un refus d’agir, ainsi que les sentiments éprouvés dans des situations difficiles, dans le but d‘arriver à les contrôler. On voit d’abord, puis on essaie de contrôler sa peur, son inconfort, ensuite. |
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| " L’hypothèse de certains chercheurs en sciences de l’éducation est que si l’individu peut analyser ses stratégies de pensée et leurs produits, il en améliorera l’efficacité. " |
" Savoir qu’on a des difficultés avec les fractions, ou que l’on comprend mieux si l’on fait un schéma, ce sont là des connaissances dites métacognitives [méta dans le sens de transcender la cognition, la pensée, si vous voulez. Lorsqu’on peut voir comment on peut réagir dans chacune des situations, on analyse ensuite l’ensemble des situations. C’est donc une technique qui va s’appliquer à l’ensemble des pensées.] " L’analyse de son propre fonctionnement intellectuel est appelée métacognition. L’hypothèse de certains chercheurs en sciences de l’éducation est que si l’individu peut analyser ses stratégies de pensée et leurs produits, il en améliorera l’efficacité. " Encore là, cela revient à voir, être conscient de soi-même et de son fonctionnement. |
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" En psychologie, on parle de personnalité ou d’identité pour désigner ce qui, chez quelqu’un, est conservé malgré les changements de la vie. La personnalité recouvre les aspects émotionnels et affectifs : être introverti ou extroverti, par exemple. – Pour l’être introverti, il s’agit de trouver des explications à l’intérieur de soi; pour l’extraverti, de trouver les explications plutôt à l’extérieur de soi. – L’identité renvoie davantage à l’image de soi et au sentiment d’être unique ", dit-on ici. |
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" L’engagement d’un individu en formation est fonction des transformations identitaires qu’il a connues, à travers ses expériences scolaires, sociales et professionnelles. S’il est victime de rejet ou de dévalorisation professionnelle (chômage, manque de responsabilités), il peut vouloir restaurer son image – cela s’appelle la ‘ restauration identitaire ’. – Il peut parfois rechercher une reconnaissance sociale et la légitimation de son itinéraire – on parle alors de ‘ confirmation identitaire ’ –, ou à se préparer à de nouvelles opportunités professionnelles – ‘ flexibilité identitaire ’ –. " En psychologie, il y a toutes sortes d’expressions qui recoupent des tas de phénomènes, comme vous voyez. Que c’est instructif la vie! Il y a toujours quelque chose qui reste, mais nous demeurons en constante évolution. Puisqu’on est à la fois ce que l’on a été et ce que l’on devient. |
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Éducation et travail : |
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GETTY, Jean-Paul. Comment réussir en affaires, Éd. Un monde différent. |
Il y a quelque temps de cela, s’est tenu un colloque sur la crise des humanités, dont on n’a pas à mon sens beaucoup entendu parler, et je le regrette beaucoup. La rencontre s’est tenue à l’Université McGill, à Montréal. Le propos était le suivant : les universités deviennent de plus en plus de vastes programmes professionnels [de formation, pour ainsi dire] et ce n’est pas là, nécessairement, la fonction de l’université car elle devrait davantage s’occuper de la formation générale, des humanités. On voit que maintenant la part des humanités est de plus en plus réduite à la portion congrue, et c’est pourtant là qu’on trouve la formation générale. L’université veut surtout être pratique, et de plus en plus. Sa dynamique est devenue celle du marché : il y a une demande dans tel milieu, il faut vite former les gens dans telle spécialité, alors on laisse tomber les humanités que sont la langue, la culture, la philosophie, l’histoire, l’anthropologie, l’ethnologie, etc. et des tas d’autres matières dont on considère maintenant qu’elles ne servent à rien. Or, la formation générale est extrêmement importante. Si les gens exigeaient une formation générale, ils ne seraient plus comme on définit parfois certains économistes : des experts qui connaissent le prix des choses mais n’en connaissent pas la valeur. Avoir une formation au plan des humanités, Or, parmi les gens qui ont eu beaucoup d’influence sur le monde des affaires, j’en trouve un qui défend cette idée. Il s’agit de Jean-Paul Getty – il y a encore des stations d’essence Getty au sud des États-Unis – qui a été, à un moment, l’un des plus grands entrepreneurs de son époque et l’un des hommes les plus riches du monde. Or, dans son livre Comment réussir en affaires, il a fait un réquisitoire contre la spécialisation et pour les humanités. D’ailleurs, en mourant il a laissé un musée, un milieu qui favorise la formation générale. " Une éducation hautement spécialisée est très bien – pour le spécialiste. Mais plus vaste est la portée de l’éducation de l’entrepreneur, plus il est apte à saisir la nature des problèmes qu’il aura à confronter ", dit Getty qui revient plus loin sur la formation de l’entrepreneur en ces termes : " Malgré l’insistance actuelle sur la spécialisation, la montée de l’échelle conduisant aux échelons supérieurs est plus que jamais basée sur les arts libéraux. " En haut, tout à fait en haut de la pyramide, il y a de moins en moins de spécialistes et ceux qui le sont se sont donnés ou ont reçu une formation générale. Et quand ils ne l’ont pas, ça se voit... Après avoir fait état d’une étude parue dans le magazine Fortune sur la formation de l’entrepreneur, Getty en rapporte les conclusions qui lui paraissent inéluctables : " Le cadre supérieur en affaires de l’ère moderne obtient un niveau plus élevé d’instruction classique que ses prédécesseurs, et c’est le cadre le plus instruit qui sera le plus susceptible de s’élever plus haut et plus vite. " En bas de l’échelle, non : il faut être très spécialisé. Mais dès que l'on arrive au milieu, on risque de rester à ce niveau si l'on n’a pas la culture générale qui peut nous amener en haut. Jean-Paul Getty déplore – et avec lui de nombreux hommes
d’action de sa connaissance –, la tendance grandissante à
favoriser l’ultra-spécialisation dans la formation des entrepreneurs.
Il s’explique : " Je considère comme démoralisante
la tendance croissante de l’ultra-spécialisation et vers l’orientation
à sens unique des jeunes cadres, spécialement dans leur
éducation. Il semble que beaucoup de jeunes gens consacrent une
part déraisonnablement grande de leur vie académique à
l’étude des ‘ disciplines pratiques ’ tout en laissant
de côté les sujets aptes à contribuer à faire
d’eux des humains multidimensionnels. " On va y revenir parce que le sujet est tellement intéressant.
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