Saison
1999-2000
Émission du mercredi 22 mars 2000
Rediffusée le dimanche 26 mars 2000
 

Il faut que je vous dise que
je me suis embarqué dans un bateau incroyable…
le jour où je suis né.

 

Couple :
les chicanes de ménage

 

Dans les couples, trois disputes sur quatre seraient dues à des problèmes de rangement. C’est du moins ce qu’affirme un spécialiste de la question, Jean-Claude Kauffman, sociologue et chercheur au CNRS de Saint-Brieuc.

Kauffman explique qu’autrefois, les rôles sociaux étaient pré-établis dans les couples, contrairement à aujourd'hui. Comme ce n’est plus la femme qui est dans l’obligation de tout ranger dans la maison, il faut donc passer à une cogestion. Il faut dire qu’avec un partenaire maniaque ou désordonné, ce n’est pas nécessairement impossible de cogérer, mais c’est plus difficile, ce qui peut entraîner des ruptures conjugales.

 

 


  
 

Réponse au courrier

 

Comme c’est un mercredi, un petit peu de courrier.

 
  • De la transformation de la biosphère

Par exemple, ce propos qui m’a paru fort intéressant. À un moment, j’ai parlé de la fragilité de la biosphère, des conséquences irrévocables créées par l’homme et sa technologie, etc. et un correspondant, Martin, nous écrit son point de vue là-dessus.

" L’environnement dans lequel nous vivons change et évolue constamment, avec ou sans la présence de l’homme. Donc, le changement ou l'évolution de l'environnement est inévitable, qu'il soit causé par des facteurs humains comme la pollution ou par des facteurs naturels ", dit Martin, étudiant en biologie. À quoi je pourrais ajouter : peut-être qu’il y a des conditions auxquelles on ne devrait pas pouvoir s’adapter. C’est ça le vilain tour qu’on est en train de se jouer à nous-mêmes, dans cette société postmoderne.

Je suis d’accord avec Martin quand il dit que :
" Nous transformons notre biosphère à une vitesse folle
pour le bien d’une minorité d’inconscients ".

Comme c’est un étudiant en biologie, incidemment, il rappelle que la première chose importante est de prendre conscience de cela, et la deuxième, d’intervenir, en sachant, évidemment, qu’il y a toute une partie de l’évolution dont nous ne sommes pas responsables, bien sûr, parce que le monde évolue sans cesse, avec ou sans la présence de l’homme. Il y a tout de même des interventions qui sont possibles, culturelles au sens large du terme, dans nos habitudes de vie, etc.

 
  • Y a-t-il une relève pour Par 4 Chemins?

Un autre correspondant, Jean cette fois-ci, me dit qu’il ne passera pas Par 4 Chemins (en voici un qui n’a pas peur de donner le titre au complet) et il me demande :

" Êtes-vous à bâtir votre relève,
car une grande partie de votre auditoire
est plus verte que vous. "

Je vous dirai tout d’abord une chose : c’est devenu passablement plus facile d’être plus vert que moi. [rires]

Mais personnellement, je suis très heureux de demeurer à l’antenne et de pouvoir m’adresser à des gens plus jeunes. C’est toujours un peu ça que j’ai fait, remarquez, mais c’est de plus en plus vrai, en effet, et vous le signalez avec pertinence.

 
  • Pour le dialogue intergénérationnel

J’accorde aussi beaucoup d’importance à un autre thème abordé par un autre de nos correspondants qui, lui, parle de dialogue intergénérationnel. Il s’agit d’un correspondant qui dit faire partie de la génération X.

Quand il était question de la génération X, il y a quelques années, on parlait de la génération montante, mais figurez-vous que maintenant la génération montante, c’est la génération Y et qu’on prévoit même une génération Z. Quand on aura fini de générer, on passera à autre chose, sans doute.

Le dialogue entre les
générations, donc
intergénérationnel,
est souhaitable,
mais il est un peu
difficile à réaliser…

un dialogue souhaitable, mais difficile

Vous parlez du refus de notre société de reconnaître l’expérience des gens plus âgés, leurs connaissances, etc. En effet, c’est l’un des grands maux de notre société, aucun doute là-dessus. La mémoire disparaît, et même les gens. Je pense, par exemple, à ceux de Radio-Canada qui connaissaient bien la culture de l’entreprise et avaient accès à de l’information, justement grâce à une expérience qu’ils souhaitaient partager avec des gens plus jeunes. Mais aujourd’hui, on a l’impression que chaque génération fait table rase de tout et qu’il faut toujours recommencer à zéro.

Ce n’est pas nécessairement mauvais de sortir des ornières,
des habitudes dans lesquelles on s’est enlisé, pour faire place aux jeunes.
Mais d’un autre côté, c’est dommage et un peu excessif de tout raser.

 

Le dialogue entre les générations, donc intergénérationnel, est souhaitable, mais il est, d’après ce que je comprends, un peu difficile à réaliser car il faut avoir des objets communs autour desquels on peut communiquer et " intergénérationaliser ". (Quelle belle expression que vous avez trouvé là, Monsieur Languirand!)

à chaque âge son rôle

Dans mon cas, par exemple, puisque c’est tellement évident que je ne peux pas beaucoup travailler avec les gens de ma génération et de mon âge, je suis donc appelé à travailler avec des gens plus jeunes. Mais je fais toujours attention cependant, quand je collabore avec des gens plus jeunes, de ne pas prendre leur place et de garder la mienne. Ce qui veut dire que, très souvent, je ne dirige pas. Je laisse ce travail à des plus jeunes. Mon idée est très simple, c’est qu’il n’y a qu’une seule grande énergie universelle et que cette énergie est véhiculée d’une façon différente selon l’âge que l’on a.

Je crois, par exemple, qu’à un certain âge, on n’est pas nécessairement dans la meilleure période de la vie pour diriger comme tel. Pour conseiller, oui; pour intervenir, oui; pour soutenir oui; également pour orienter, en tenant compte de l’expérience, du vécu, etc. Pour moi, c’est le secret de la qualité de ma relation avec les gens plus jeunes : leur laisser le soin de la direction, et ils le font très bien du reste, et quant à moi, j’essaie de m’occuper que de ce qui est de mon ressort. Voilà.

D'après :
COLLECTIF.
Le pont entre les
générations
,
Éd. Les Intouchables,
1998.

Le pont entre les générations

Il faut favoriser le plus possible le pont entre les générations bien sûr. Il y a d’ailleurs aux éditions Les Intouchables, un ouvrage qui a paru il y a peu de temps : c’est un collectif de réflexions, dont le titre est précisément Le pont entre les générations. Il est très bien fait. Dans un extrait de cet ouvrage, on dit :

" Pour nous, ce fait est indiscutable : entre les générations, la richesse est mal partagée et il faut corriger cette situation. Les choix qui sont faits aujourd’hui ne doivent pas hypothéquer l’avenir. Or, les décideurs d’aujourd’hui sous-estiment ce problème. "

Et seul un dialogue sérieux peut nous permettre de sortir de cette impasse entre les générations.

 


  
 

La simplicité volontaire :
un choix de bonheur

D'après :
BOISVERT,
Dominique.
" La simplicité
volontaire :
Pour quelles
raisons ",

Revue Notre-Dame,
mars 2000.

 

Henry David Thoreau, ce sage américain d’une autre génération préconisait ceci : " Simplifier, simplifier, simplifier. " À un moment, il a vécu dans une espèce de camp de bûcheron en bois rond, dans la forêt, pour essayer de faire l’expérience de vivre avec le moins possible d’argent et de subvenir à ses besoins correctement. Belle expérience qu’il a faite et qui a été répandue, plus tard, dans le milieu des hippies des années 60 qui ont fait de H.D. Thoreau un modèle du genre. Simplifier, cela revient à décider de vivre plus simplement.

  • Pourquoi vivre simplement

" Partout on court, on stresse, écrit Dominique Boisvert dans la Revue Notre-Dame (mars 2000). La vie coûte cher. Le travail se fait rare, ou précaire. Les heures supplémentaires augmentent pour les uns pendant que le chômage s’allonge pour les autres. Les parents s’essoufflent du matin au soir, entre la garderie, les activités parascolaires des enfants, les obligations sociales, les tâches ménagères et les inévitables magasinages. Même les loisirs sollicitent sans relâche : les spectacles et les salles de cinémas hi-tech se multiplient, les canaux de télévision spécialisés aussi, de même que les festivals et autres rendez-vous sportifs.

" On n’a jamais eu autant de choix et de possibilités, poursuit l'auteure. Résultat net? Endettement et faillites croissantes. Burn-outs de plus en plus nombreux et précoces. – on dirait que je suis en train de faire la description de l’hécatombe [rires] – Record de suicides et de faible natalité. Est-ce la vie que nous voulons vivre?

" C’est pour cela que la simplicité volontaire attire de plus en plus.
On en parle dans les médias, on publie et traduit de nombreux livres.
Mais plus important encore, toutes sortes de gens commencent à l’expérimenter.
De 12 à 15 % de la population des pays développés
en pratiqueraient une forme ou une autre. "

 

Je trouve ces informations dans la dernière édition de la Revue Notre-Dame (RND), qu’on peut se procurer dans les kiosques, mais aussi, il me semble, dans les Caisses populaires Desjardins.

Ce numéro de mars 2000 est consacré au thème de la simplification : " Choisir de simplifier sa vie ", peut-on lire sur la couverture.

Dans cette petite publication, on examine la question sous différents angles, et d’une façon fort sympathique et pratique également.

 
  • Une question de choix plus que de $

Dans cet article de Dominique Boisvert intitulé " La simplicité volontaire : Pour quelles raisons ", l'auteure rappelle que les raisons de s’intéresser à la simplicité volontaire sont multiples et qu’elles varient pour chacun : on peut vouloir sortir de l’endettement chronique, on peut vouloir ralentir son rythme de vie effréné, on peut vouloir réussir à vivre avec des revenus moins élevés, ou pour avoir besoin de moins travailler pour retrouver plus de temps et de liberté, ou pour diminuer le gaspillage, la pollution, etc. Il y a donc des qualités au plan individuel, et il y en a d’autres au plan de la société.

" Paradoxalement, explique l'auteure,
on peut vivre la simplicité volontaire à 100 000 $ comme à 10 000 $ par année.
Car c'est davantage une question d’attitude et d’orientation
qu’une question de compte en banque. "

 

Un médecin peut choisir de travailler à mi-temps et de gagner deux fois moins. Une famille peut passer de trois voitures à deux seulement, ou de deux à une. Si vous êtes sportif, il y a aussi la bicyclette, la trottinette, les patins. Par contre…

" La simplicité volontaire est très différente de la misère forcée ",
rappelle-t-on dans cette publication.

On parle de la spirale infernale, conséquence habituelle de tout ce que je viens de vous décrire et que vous connaissez par cœur, parce que c’est le vécu d’à peu près chacun d’entre nous.

La spirale infernale c’est :
" Plus de temps consacré à gagner de l’argent et moins de temps pour en profiter, endettement, stress et insatisfaction perpétuelle. "

Plus le fait que, pour certains en tous les cas, cette insatisfaction vient aussi de la conscience de l’intolérable disparité des ressources entre les mieux nantis et les démunis, sur cette planète.

 

 

D'après :
BOISVERT, Dominique.
" La simplicité volontaire :
De bonnes idées
sur un mode
alphabétique ",

Revue Notre-Dame,
mars 2000.

  • Des mots clés pour simplifier sa vie

Dans un deuxième article, Dominique Boisvert nous propose " De bonnes idées sur un mode alphabétique ".

  1. Argent
    " L’argent dont on dispose provient autant de celui qu’on économise que de celui qu’on gagne. – Tiens, je pense que je vais prendre note de ça et l’afficher au mur. Parce que je parle aussi beaucoup pour moi, vous savez. – Payer 10 $ de moins pour un article en solde équivaut à gagner 10 $ par son travail. Économiser c’est travailler ", rappelle-t-on ici.
  2. Automobile
    " L'une des dépenses majeures du budget, dont on réalise peu les coûts cachés, est liée à l'automobile. Pour plusieurs, les 7 000 $, 9 000 $ ou 12 000 $ que coûte une auto (achat, dépréciation, immatriculation, assurances, entretien, réparations, essence – et on ne parle pas des voitures de luxe) représentent l’équivalent de plus d’une journée de travail par semaine ", précise-t-on ici.
  3. Enfants
    On se reporte à une étude qui a été faite récemment et dans laquelle on a conclu qu’il en coûterait 180 000 $ pour élever un enfant jusqu’à sa maturité. " Foutaise! écrit-on ici. Personne n’est obligé de tout acheter en neuf, d’envoyer obligatoirement ses enfants à l’école privée, de répondre à tous leurs désirs et caprices. Vêtements, jeux, équipements sportifs sont forcément de courte durée pour les enfants qui grandissent. "
  4. Magasinage
    " Les Américains consacreraient chaque semaine 9 fois plus de temps à magasiner qu’à jouer avec leurs enfants! ", note-t-on ici. Mais si vous les emmenez magasiner avec vous, ça va vous coûter pas mal plus cher… [rires]
  5. Ordinateurs
    " La plupart nous offrent infiniment plus de possibilités que nous ne pourrons jamais utiliser ", explique-t-on. Une suggestion ici que je trouve bien tripative : " D’où la possibilité de se procurer des ordinateurs très performants pour une chanson, à la condition d’acheter le modèle de pointe… d’il y a six mois! "

C’est ce que suggère Dominique Boisvert dans un des articles de ce numéro. Au fond, avons-nous tellement besoin d’être à la fine pointe de cette technologie?

D'après :
BOISVERT, Dominique.
" La clé maîtresse :
classer désirs et
besoins ",

Revue Notre-Dame,
mars 2000.
  • Déterminer ses désirs et ses besoins
    Pour sortir de la spirale de la consommation

La clé maîtresse, si on veut adopter un style de vie plus simple, c’est de savoir faire la distinction entre les désirs et les besoins, tel que nous le suggère le titre de ce troisième article du dossier : " La clé maîtresse : classer désirs et besoins ". Les besoins, on sait ce que sait, mais les désirs, c’est autre chose.

" Un besoin peut coûter 50 $ et un désir 120 $. Il est donc important de bien distinguer les uns des autres, explique D. Boisvert. […] Revenir à l’essentiel, c’est se demander : ‘ Que voulons-nous faire au juste de notre vie? " Et on nous propose un petit exercice qui consiste à se poser la question suivante : " Si je gagnais le million, qu’est-ce que ça changerait dans ma vie? " Honnêtement, je peux répondre que ça ne changerait pas grand-chose en ce qui me concerne.

D'après :
MONGEAU, Serge
(Propos recueillis
par RND).
" Une nécessité pour la santé personnelle
et planétaire ",

Revue Notre-Dame, mars 2000.

Dans cette édition de la Revue Notre-Dame, on trouve aussi une entrevue avec un monsieur que j’aime beaucoup, Serge Mongeau, qui a écrit, justement, un livre sur cette question-là : La simplicité volontaire plus que jamais, qui a paru en 1998. Je vous en ai déjà parlé d’ailleurs. Dans cet ouvrage, Serge Mongeau propose un art de vivre en santé dans une civilisation parfois malade. Sa définition de la simplicité volontaire est simple.

" La simplicité volontaire ce n’est pas la pauvreté!
Simplifier sa vie,
c’est plutôt s’organiser pour vivre avec moins d’argent,
pour gagner plus de bonheur et de liberté. "


Serge Mongeau
(Photo: P.Teste)

" En rationalisant ses
achats, on réduit la
pression pour le
besoin d’argent et on
gagne en temps pour
profiter
de ce qu’on a. "
Serge Mongeau

" On va donc disposer de plus de temps pour vivre, y compris pour faire nous-même des choses qu’on avait l’habitude d’acheter faute de temps, comme les repas, le gardiennage, les réparations. Et ainsi, on a besoin de moins d’argent pour vivre. – Bon, un autre passage à copier pour l’afficher au mur…  – C’est le contraire du cercle vicieux, explique-t-il, dans lequel trop de gens sont aujourd’hui empêtrés. Pour gagner de l’argent, on s’épuise à beaucoup travailler. Pour compenser d’avoir tant travaillé, on s’endette à s’acheter des choses. Ce qui fait qu’on a encore plus besoin de travailler pour payer ses dettes et moins de temps pour profiter de ce qu’on s’est acheté. – On est comme le chien qui court après sa queue…

" La simplicité volontaire n’est pas une forme d’ascétisme. "

" C’est la spirale de la consommation et de l’endettement qui devient bien souvent infernale. Alors que la simplicité volontaire produit une sorte de spirale inversée. En rationalisant ses achats, on réduit la pression pour le besoin d’argent et on gagne en temps pour profiter de ce qu’on a. […] Mais attention! La simplicité volontaire n’est pas une forme d’ascétisme. Par exemple, je suis un amateur de vin et de tennis ", explique le spécialiste de la simplicité. Et comme il ne veut pas se priver de boire du vin à table ni de jouer au tennis, il fait en sorte de ne pas aller au-devant des désirs, mais des priorités.

" La simplicité volontaire est-elle un concept d’avenir?, lui demande-t-on.
N'est-elle pas plutôt une sorte de retour en arrière ou de refus du progrès et de la modernité? "

" […] La simplicité volontaire, de répliquer Mongeau, ne consiste pas à rejeter le progrès. C'est plutôt savoir choisir, parmi ce qui nous est offert, ce qui nous fait véritablement avancer. Contrairement aux apparences, ce ne sont pas toutes les nouveautés qui constituent un véritable progrès. Prenons l’exemple du four à micro-ondes : quel progrès global nous a-t-il apporté? Pour bien des gens, cela permet de préparer les repas beaucoup plus rapidement et d’économiser un peu d’électricité. Mais quelles en sont les autres conséquences?

" D’abord, cela a supprimé pour un grand nombre les repas pris en commun, qui étaient des moments importants de rassemblement et d’échange familiaux. Dorénavant, chacun peut manger à son heure sur un coin de comptoir, en faisant réchauffer sa petite portion. Ça encourage aussi les repas pris à la course sans prendre le temps de s’arrêter pour des repas-rencontres de qualité. […]

" La simplicité volontaire, ce n’est donc pas revenir en arrière,
mais d'examiner ce que nous propose le présent
et de nous demander si ça entraîne vraiment une amélioration
de notre qualité de vie ",
explique Serge Mongeau.

" Quand quelqu’un
veut vivre de ses
intérêts,
il ne faut pas qu’il
mange son capital! "

" Dès qu'on commence à regarder la situation au plan de l’écologie, on voit bien que les voies d’avenir vont dans ce sens ", dit-il aussi. C’est même très évident.

Si vous ne voulez pas adhérer à un principe comme celui-là pour simplifier votre vie, dites-vous que vos descendants, sinon vous-même, seront obligés de le faire, puisque nous consommons déjà plus que la capacité de la planète à se régénérer.

Comme le rappelle Serge Mongeau : " Quand quelqu’un veut vivre de ses intérêts, il ne faut pas qu’il mange son capital! Mais avec notre degré actuel de consommation, nous sommes en train de détériorer notre capital. Pour que tous les gens sur Terre puissent consommer comme nous, ça prendrait des ressources de trois ou même cinq Terre. " Et la responsabilité n’en incombe pas aux Chinois, aux Africains, aux Pakistanais, etc., mais à nous, les gens de l’Occident.

Et aussi au plan de la collectivité, c’est important de rappeler jusqu’à quel point tout cela peut servir les intérêts communs. Sans aucun doute, mais auparavant, il faut se convaincre soi-même de l’intérêt qu’on aurait à se simplifier relativement la vie.

" Simplifier sa vie, précise Serge Mongeau,
c’est se débarrasser de ce qui nous encombre et nous embarrasse.
On fait le ménage pour être plus heureux,
pas pour renoncer au bonheur. "

Pour qui s'intéresse à consommer plus consciemment,
une liste d'ouvrages de références sur la simplicité volontaire

 
http://www.consommateur.qc.ca/acefest/237.htm

 


  
 

Alvin Toffler :
Le pouvoir du savoir

D'après :
TOFFLER, Alvin.
Les nouveaux
pouvoirs :
savoir, richesse et
violence à la veille
du 21e siècle
,
Éd. Fayard, 1991.

Quelques années après le début de l’émission Par 4 chemins, dans les années 70, j’ai fait la découverte de Alvin Toffler et ses propos furent pour moi une véritable révélation. Vous savez qu’il s’agit d’un sociologue qui, petit à petit, est devenu l’un des penseurs sociaux et des futurologues parmi les plus célèbres de notre temps. C’est un professeur également qui a écrit des ouvrages très étonnants. Je vous ai souvent parlé de son ouvrage Le choc du futur, à un tel point que certains de mes confrères m’avaient fait remarquer à l’époque : " Tu as un vrai scripteur maintenant, Languirand! Alvin Toffler, c’est bien, non? " Alors, je me demandais : " Mais comment ça? " Moi, l’innocent, qui le faisais dans l’émerveillement. Il y a 30 ans de cela déjà… Toujours est-il qu’il prédit maintenant une transformation majeure du système politique et plus de pouvoir aux citoyens. Le livre de Toffler qui retient particulièrement mon attention aujourd’hui s’intitule Les nouveaux pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du 21e siècle, paru chez Fayard.

Voilà, pour Toffler, ce que sont les nouveaux pouvoirs. Nouveaux, parce que dans les trois cas, ils se présentent d’une façon différente de ce que c’était dans le passé. La violence, on ne sait que trop le rôle qu’elle joue par rapport au pouvoir, que ça nous plaise ou non. Comme Toffler n’est pas un utopiste ni un naïf, il sait bien que la violence joue un rôle très important. La richesse, également. Mais ce qui m’intéresse surtout ici, c’est de voir la place très importante qu’il accorde au savoir.

" La qualité vraiment supérieure s’obtient par le maniement du savoir ".

Ce qui n’est pas nouveau quand même, parce que ceux qui détenaient le plus d’informations, ou un éventail plus vaste de réflexions, ou de savoirs qui leur permettaient d’être plus efficaces dans leur travail, étaient plus importants dans la société. C’est particulièrement vrai à notre époque, où, comme l'explique Toffler, " la qualité vraiment supérieure s’obtient par le maniement du savoir ". À ce sujet, il raconte une petite anecdote.

 

" Dans un film qui a pour cadre Cuba, au temps de la dictature de Baptista, l’acteur Sean Connery joue un mercenaire britannique. Dans une scène mémorable, le chef d’état-major du tyran lui propose : ‘ Commandant, dites-moi, quelle est votre arme favorite, je vous la fournirai. " Réponse : ‘ Le cerveau. ’ " C’est plus éducatif que vous pensiez les films de James Bond, parce que vous avez sûrement reconnu le personnage.

" Le pouvoir de qualité supérieure n’est pas seulement capable de porter des coups, poursuit Toffler, d’assurer le succès en forçant les autres à faire ce qu’on veut qu’ils fassent. Il possède des capacités beaucoup plus élevées : son efficacité consiste à obtenir un résultat en utilisant une quantité de pouvoir minimale. "

Ah que j’aime cette formule qui suit : " Le plus petit input possible pour le plus gros ouput possible. " Car c’est ça, évidemment, le vrai succès. Parce que si tu es obligé d’investir tellement d’énergie, de travail, et d’argent pour obtenir si peu, ça ne valait pas la peine. Tandis que le savoir va te permettre peut-être de diminuer l’input, c’est-à-dire ce que tu vas mettre dans un projet, dans une entreprise, dans ta vie, pour en tirer davantage d’output, c’est-à-dire ce que tu vas recevoir de cela. Voilà l’idée.

À un moment, Toffler dit que le monde, tel que le concevait Bacon autrefois (Bacon, c’est du côté de la Renaissance, à l’époque de Shakespeare, par là), est en proie à un bouleversement total. Toute chose présente des inconvénients et des avantages.

L’importance que Alvin Toffler accorde au savoir est très grande. Le titre de son livre Powershift, implique l’idée d’une transformation en profondeur de la nature même du pouvoir, et ça se traduirait par le terme " transmutation ".

 
  • Définition d'un savoir inatteignable

" Le terme savoir recevra dans ces pages une signification étendue de façon à englober ou subsumer à la fois l’information, les données, les images et l’imagerie, comme aussi les attitudes, les valeurs et les autres produits symboliques de la société qu’ils soient ‘ vrais ’, ‘ approximatifs ’ ou même ‘ faux ’. " On voit bien qu’il ne veut rien perdre… [rires]

" Outre sa grande flexibilité, le savoir possède d’autres caractéristiques importantes qui, dans le monde de demain, le distingueront radicalement des sources de pouvoir inférieures. Dans toutes ses applications pratiques, la force est une quantité finie : il existe une limite au-delà de laquelle son emploi détruira ce que nous voulons conquérir ou défendre. Il en va de même de la richesse : l’argent ne peut tout acheter et il viendra un moment où la caisse la mieux garnie se trouvera vide.

" Le savoir, lui, ne s’épuise pas :
il nous est toujours possible d’en créer davantage. "

" Le philosophe grec Zenon d'Élée affirmait que si un voyageur parcourait chaque jour la moitié du chemin qui le séparait de sa destination finale, il ne pourrait jamais y parvenir puisqu’il lui resterait toujours une moitié à parcourir ", explique Toffler.

 

Il me semble que cet exemple serait bien pour un des monologues de Devos. Je l’imagine s’expliquer là-dessus, l’air ahuri.

 

" Semblablement, poursuit Toffler,
il se peut que nous n’atteignions jamais le savoir ultime sur aucun sujet,
mais nous pouvons toujours faire un pas de plus,
qui nous rapprochera d’une compréhension complète.
En principe, du moins, le savoir est indéfiniment extensible.
 "


Alvin Toffler

  • La démarche de Alvin Toffler

Pour parler un peu plus généralement de Alvin Toffler, je dirais que l’importance de sa démarche est considérable. Elle vient de ce qu’il éclaire la crise que nous traversons.

Il l’explique plus loin :
" Notre sentiment d’insécurité, d’instabilité, nos inquiétudes, nos angoisses, tout cela vient de ce que nous sommes à cheval entre deux systèmes ", celui d’avant et celui de maintenant commençant vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Toffler essaie donc par sa réflexion de nous aider à passer de l’ancien système au nouveau système, pour ainsi dire. D’où le sentiment d’instabilité que nous éprouvons, de n’être encore pas sorti de l’autre et pas vraiment installé dans le suivant.

 

 


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.