| Émission du mercredi 15 mars 2000 | |||||
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Réponse au courrier |
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| Je donnerai le titre au complet une fois par semaine |
Je me suis décidé à aller jusqu’au bout du titre de l’émission parce qu’il y a des gens qui nous écoutent et qui semblent tellement frustrés de ne pas entendre le titre complet que ça les rend moroses. Ils sont en manque… c’est comme pour l’héroïne. Alors, de temps en temps, je vais vous donner le titre dans ces trois mots pour que vous soyez dans la joie, la soie et le satin. Même qu’une auditrice a communiqué avec nous pour dire : " Ah! Enfin, il l’a dit au complet! " C’est peut-être orgasmique, qui sait? Alors si vraiment vous tenez à ce détail pour prendre votre pied, je donnerai le titre au complet une fois par semaine. Voilà. |
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À propos d’expliquer un peu les choses, j’aimerais répondre à Céline qui aimerait bien, dit-elle, connaître le sens du mot " tripatif ". Moi aussi, en un sens, parce que j’ai regardé dans le dictionnaire et il n’y est pas… En fait, nous avons inventé le terme à Par 4 chemins. Ça vient, effectivement, comme je l’ai déjà mentionné, du mot anglais trip, qui signifie " voyage " et l’adjectif qui a été inventé signifie tout ce qui fait un peu triper au niveau de la tête ou du cœur. Ce qui m’a beaucoup étonné, c’est que les gens ont commencé à écrire le mot en l’écrivant avec deux " P " : trippatif. Alors je me suis dit : pourquoi pas aussi avec deux " P "? Parce que, au fond, tripper au sens de voyage, c’est très souvent prendre conscience de ses racines à l’intérieur, de ses tripes en quelque sorte. Le mot peut donc s’employer avec un ou deux " P ", et pour la suite du monde, je m’en remets à l’usage. [rires] En cas de doute, on s’en remet à l’usage… |
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Un auditeur, Benoît, qui nous a écrit me fait une suggestion. Il aimerait que je parle de " la distorsion de la perception de la réalité qu’engendre la télévision ", et ça m’a paru un sujet fort intéressant, que j’ai eu l’occasion d’aborder un peu de temps en temps. Voici ce que Benoît écrit : " Étant de la première génération à avoir été éduquée par la télévision –… Éduqué par la télévision? Peut-être bien. Si ce n'est que vous avez plutôt été inondé par la télévision… – J'ai 31 ans, dit-il, je peux témoigner de cette distorsion de la réalité (voire même manipulation) dont moi et tant d'autres de ma génération ont été victimes. " Il y a certainement une distorsion de la réalité, car les médias sont des miroirs et, justement, tous les miroirs sont imparfaits : que ce soit les miroirs romanesques, livresques, ou autres, il y a toujours une réalité en cause qui ne nous est pas communiquée comme telle, mais à travers une distorsion. Et nécessairement, je vous dirais. Et encore plus, chacun d’entre nous perçoit la réalité d’une façon qui est relativement distordue. Ça dépend de notre enfance, de nos gènes, ça dépend aussi de notre tempérament, ça dépend de notre caractère. Il y a des gens qui vont apprécier telle chose, d’autres ne vont pas l’apprécier, ou d’autres vont juger sévèrement telle action parce que leur conditionnement ne leur permet pas de l’accepter, etc. Je pense que la distorsion vient de l’air du temps. Maintenant, je voudrais vous dire, il ne faut pas paranoïer tellement en se disant que la télévision nous propose une image distordue de la réalité comme le font aussi la radio, les journaux, les romans, et même votre voisin quand il vous explique sa réalité. Je ne connais pas de gens ou très peu qui soient dans la profession de créer une distorsion de la réalité. Je pense que la distorsion vient de l’air du temps. Ce n’est pas la peine de chercher un coupable; certains pourraient être plus prudents et ne pas accepter aussi facilement certaines distorsions. Tu regardes la télévision et tu te dis : Ça se passe comme ça, et les valeurs c’est ça. Tu te demandes qui est derrière tout ça mais tu ne peux pas facilement trouver un Big Brother, puisque que nous sommes à la fois Big Brother et les victimes de Big Brother, pour ainsi dire. Ce sont nos valeurs, nos besoins, nos goûts,
etc., |
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| Je pense que personne n’est capable de véhiculer la réalité, parce que personne ne possède la réalité. |
Les gens qui font de la télévision, de la radio (sauf pour Radio-Canada, je dirais, parce qu’il n’y a pas tellement de filtres) et en général les médias d’information, constituent par définition des filtres qui vont dans le sens de la consommation, dans le sens des intérêts commerciaux, dans le sens de l’air du temps, si vous voulez. C’est un peu dommage. Pour transformer ça, il ne s’agit pas seulement de censurer les véhicules des médias, d’exercer une censure directe parce que ça serait être en rupture avec les droits de l’expression. Je pense qu’il faut surtout intervenir au niveau de la société même, de ses valeurs, et d’apporter ainsi un regard nouveau sur la société, sur l’homme, en espérant qu’il soit peu à peu récupéré par les médias. Remarquez qu’il y a des cas où certaines personnes, dans l’immédiat, vont s’employer à changer un peu cette distorsion pour, je dirais, en imposer une autre plus saine ou qu’ils jugent plus saine. Mais je pense que personne n’est capable de véhiculer la réalité, parce que personne ne possède la réalité. Il y aura toujours des distorsions mais certaines affecteront moins certains individus que d’autres. Il y a des tas de choses sur lesquelles j’aurais aimé intervenir à partir de cette lettre, mais peut-être qu’on aura l’occasion d’y revenir. Je suis très heureux de cette excellente suggestion de parler de cette question de la distorsion qu’engendre la télévision. |
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La prostitution à travers les âges |
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J’ai reçu un ouvrage fort tripatif (ou trippatif, au choix) qui s’intitule Le Dictionnaire des fantasmes, perversions et autres pratiques de l’amour, paru aux Éditions Blanche. L’auteure est Brenda B. Love. Tiens, un nom prédestiné… Si vous commencez à avoir des fantasmes qui pâlissent et que votre imaginaire est un peu chancelant, vous pourriez peut-être consulter cet ouvrage. Ça pourra peut-être enrichir votre libido.
On trouve, entre autres, sous la lettre A des mots tels que :
J’ai regardé un mot qui est à la portée de toutes les bourses – si je puis dire : la prostitution. |
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" Prostitution : ‘ Faire connaître ses charmes ’, ‘ aller aux asperges ’ – une expression française que je trouve extraordinaire –, ‘ faire le tapin ’, ou, pour les Antilles, ‘ faire boutique mon-cul ’, sont autant d'expression, dit l'auteure, parmi d’autres, désignant le fait de se livrer à des activités sexuelles contre rétribution. " L'auteure poursuit : " Ce ‘ mariage instantané ’ suivi d’un divorce à l’amiable serait ‘ le plus vieux métier du monde ’. " |
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" Une prostituée est censée travailler (on va tomber dans l’Histoire) pro pecunia, palam et sine directa : pour l’argent, pour le public et sans éprouver de plaisir. La prostitution sacrée de l'Antiquité existait chez les Hébreux. La prostituée s'appelait k'deshah, ce qui veut dire ‘ saint ’ ou ‘ sacré ’. Cette prostitution était organisée par les prêtresses et l’argent gagné servait à l’entretien du temple. Il en était de même en Grèce, pour les servantes d’Aphrodite. " Cette prostitution sacrée est disparue au fil du temps, vaincue par les systèmes religieux, économiques et politiques patriarcaux – on cite ici un historien qui dit que : ‘ La prévalence du matriarcat, dans les temps anciens, était plus favorable à la liberté sexuelle des femmes que le système patriarcal qui suivit. – Intéressant. D’après ce que je comprends à travers les quelques bouquins que j’ai parcourus sur cette question, les hommes ont toujours eu peur de la sexualité de la femme ou du sexe de la femme. J’en parlerai plus loin, à propos du traumatisme de la naissance, pour compléter une information que je vous avais déjà donnée et sur laquelle je tiens à revenir. – ‘ De ce fait, au temps des tous premiers Égyptiens, une femme pouvait accorder ses faveurs à l’homme de son choix qu’elle désignait en lui envoyant un de ses vêtements, même si elle était mariée ce qui plus tard eût été considéré comme un crime. ’ " Tu envoies ta petite culotte à quelqu’un, puis il se demande : qu’est-ce qu’elle me veut? Il y a des gars comme ça qui ne comprennent pas rapidement les messages. [rires] La déesse était plus permissive que le dieu, disons. Si je vous raconte ces choses-là, ce n’est pas que j’ai l’esprit mal tourné, c’est parce qu’il me semble que ça nous permet de voir les choses d’un point de vue différent. Il faut élargir la vision, ne pas rester le nez collé à nos habitudes. " En-dehors de la prostitution religieuse, poursuit l'auteure, il y existait, évidemment, des racoleuses et des hétaïres (les péripatéticiennes). " |
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" Les techniques de |
Il y a une organisation hiérarchique que je trouve extrêmement séduisante, dont parle Démosthène : " Les hétaïres, disait-il dans In Naeaream, servent à notre plaisir, les concubines à nos besoins quotidiens, les épouses à nous donner des enfants légitimes et à faire marcher la maison. " Voilà la hiérarchie de l’époque. Il y avait aussi cette Philomène, une prostituée grecque qui, dit-on, " n’y allait pas par quatre chemins… " (quand j’ai lu ça, je me suis dit qu’il fallait que je vous en parle) : " Pourquoi m’écrire de longues lettres? demandait-elle. Je veux cinquante pièces d’or et non des lettres. Si tu m’aimes, tu paies; si tu aimes ton argent plus que moi, cesse de m’importuner. Au revoir. " " Les techniques de racolage des prostituées grecques étaient parfois très directes, dit notre auteure. Certaines de ces prostituées portaient des sandales aux semelles cloutées. Les clous étaient disposés de façon à former les lettres des mots : ‘ Suis-moi. ’ – D’ici à ce qu’on découvre que les filles font ça sur la plage, il n’y a qu’un pas. Je pourrais suggérer l’idée à certaines de celles qui font cette activité. – Ce message, imprimé sur la poussière du sol, était sans doute une excellente publicité. " D’autres, plus classiques, se tenaient dans la rue, devant la façade des maisons, la poitrine nue (c’est assez rare de voir ça à Montréal, et à Ottawa, encore moins), le reste légèrement voilé. ‘ Elles t’entraînent à l’intérieur que tu le veuilles ou non, raconte Athenaeus en 468, et t’appelles papa, si tu es vieux – j’aime beaucoup l’expression : Appelez-moi papa, comme ça, et vous allez voir ce que je vais vous dire –, ou encore petit frère – si tu es trop jeune, j’imagine. – Tu peux t’offrir n’importe laquelle sans débourser beaucoup et sans risques. ’ On parle ici de leur manière de se comporter. Elles avaient le souci de ne pas enfanter, évidemment. À cet égard, Lucrèce, au 1er siècle av. J.-C., offre la description suivante : " Elles ondulaient des hanches pendant le coït, afin de se dégager dès l’éjaculation, ce qui avait de plus l’avantage de donner beaucoup de plaisir aux consommateurs, de les exciter de telle façon que la ‘ passe ’ durait peu de temps. " Si vous êtes une prostituée à l’écoute, vous saurez quoi faire maintenant. Ou si vous êtes une épouse, qui sait… [rires] Ou l’épouse de quelqu’un d’autre. |
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Je découvre avec un certain étonnement,
parce que je trouve ça bizarre et un peu dérangeant de voir
jusqu’à quel point certains philosophes et mystiques, même
chrétiens, étaient favorables à la prostitution.
" Supprimer la prostituée des affaires humaines et vous souillerez toute chose avec de la luxure. " L’idée c’est qu’une concentration était préférable à répandre le phénomène à travers la cité. " Les siècles passèrent avant que saint Thomas d’Aquin précise cette pensée : "Supprimez l’égout et vous emplirez le palais de pollution.
" Beaucoup d'autres, au contraire, soutiennent la doctrine opposée, affirmant, d’après l’expérience que la tolérance de la prostitution est une occasion de ruine pour beaucoup de jeunes gens en excitant les flammes de la passion, et qu’ainsi les péchés de luxe se multiplient au lieu de diminuer. " C’est extrait du Manuel secret des confesseurs. " Puisque le mal existe, qu’il est inévitable, pourquoi ne pas essayer de lui trouver un avantage? ", de demander l'auteure avant de citer l'auteur un manuel d’histoire de la Grande-Bretagne : " L’Anglais qui habitait près de Londres allait dans les bordels de Southwark, se sachant en sécurité puisqu’ils étaient placés sous la respectable juridiction de l’archevêque de Canterbury et de l’évêque de Winchester. " Il s’agissait presque de lieux saints, pour ainsi dire. Dans ce même ouvrage qui fait état, justement, du rapport entre la religion et la prostitution chez les Anglais, une note du traducteur nous fait savoir ceci : " Peu avant la Seconde Guerre mondiale, un journal anticlérical parisien (d’après moi, ce serait Le canard enchaîné, s’il existait à l’époque) affirmait que l’archevêché d’une grande ville française de l’ouest était propriétaire des murs d’une maison de tolérance, située tout près de la cathédrale. " J’ai des amis qui m’ont assuré que ça existait bien à l’époque : les pèlerins pouvaient soit aller directement à l’église, ou passer par le bordel avant d’aller à la cathédrale, etc. On trouve, toujours dans Le Dictionnaire des fantasmes et des perversions, qu’il y avait à Avignon un bordel clérical où les filles partageaient leur temps entre les prières et les devoirs religieux, d’une part, et la satisfaction de la clientèle de l’autre. Uniquement réservé aux chrétiens, ni les juifs ni les païens n’avaient le droit d’en franchir le seuil. Il ne fallait pas mêler les genres, paraît-il. |
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" Le 18e siècle, avec ses guerres européennes, vit naître la ‘ fille à soldat ’, celle qu’on trouve derrière les régiments, celle qui hante les villes de garnison, celles, hélas, qui transmettent bon nombre de maladies. À l’époque, les censeurs vitupéraient comme d’habitude, mais savaient insister sur le point du confort. " Puis l'auteure cite Tissot, l'auteur de De l'Onanisme, qui écrivait en 1760 : ‘ Un habile chirurgien me parlait un jour d’un homme qui, livré
par une espèce de goût singulier aux Vénus du
plus bas étage, et ne les connaissant guère que dans
les coins des rues et debout, tomba dans l’épuisement accompagné
de maux de reins les plus cruels, et d'une atrophie ou dessèchement
des cuisses et des jambes, jointes à une paralysie de ses parties
qui paraissait être une suite de l’attitude dans laquelle il
s’était livré à ses sales voluptés. Il
mourut après avoir gardé six mois le lit dans un
état propre à exciter la pitié et l’effroi. ’
Est-ce possible? " À Londres, le fin du fin était de déflorer de jeunes vierges. Il s’agissait parfois de viols délibérément organisés moyennant un prix fort élevé. Cette mode se répandit et l'on parvenait à acheter des filles à leurs parents misérables, ou à les kidnapper. " Il me semble que, en Occident, par rapport à ça, on n’est pas si mal maintenant. On a mis un peu d’ordre là-dedans… de moyennement à très peu. En tout cas, ce Dictionnaire des fantasmes et des perversions est un livre bien fait et bien documenté en plus. Il faut toujours justifier les achats de livres cochons, non? [rires] |
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Le traumatisme de la naissance et le sort fait aux femmes |
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Je vais maintenant vous parler d’une
théorie, ou plutôt d’une hypothèse, qui est le
résultat d’une certaine réflexion que j’ai faite sur
la question du sort fait aux femmes, et du hasard qui m’a fait tomber
sur les bons livres. On parle beaucoup du sort des femmes dans le
monde, que ce soit à propos des religions ( D'abord, il est très important de faire une distinction entre la naissance et l’accouchement : la naissance, c’est l’affaire de l’enfant; l’accouchement, c’est l’affaire de la femme. Dans les deux cas, c’est extrêmement difficile. Qu’à la suite d’un accouchement, une femme puisse dire : " Ah ce fut une belle expérience! ", je m’en réjouis. Mais il reste que l’accouchement est un exercice extrêmement difficile, pour autant que je puisse en juger. Et encore là, j’ai recueilli quelques informations dans le même sens. |
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Le traumatisme de la |
Ce dont on parle moins volontiers, c’est du traumatisme de la naissance. Je ne trouve pas tellement d’auteurs ou de chercheurs qui ont consacré beaucoup de temps à cette question et pourtant, le livre dont je vais m’inspirer pour vous parler du traumatisme de la naissance est considéré par le Dr Claude Girard, comme " un classique de la littérature psychanalytique ". " Écrit par un des proches collaborateurs de Freud, il suscita des critiques violentes ", écrit-il dans la postface de l'ouvrage. Mais il n’en demeure pas moins qu’en prenant connaissance de cet ouvrage, et je l’ai fait à quelques reprises, je pense qu’il y a une explication intéressante à découvrir dans tout cela. |
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La femme donne la vie; or, en général (et dites-moi si je me trompe), on n’aime pas la vie. On n’aime pas la pluie, on n’aime pas l’hiver, on n’aime pas la température, sauf celle du sein maternel. Il fait soit trop chaud soit trop froid, on souffre beaucoup dans la vie. Quand on se rencontre comme ça, en allant travailler, on dit toujours que tout va bien. Mais ne me racontez pas d’histoires… on a toujours des difficultés, des problèmes… Puis, à un moment, on s’en prend, sans que ce soit clairement identifié, à la vie, qu’on appelle parfois " cette chienne de vie ". Et à qui la devons-nous la vie? À la mère. Et c’est cette hypothèse que l’on trouve dans cet ouvrage classique de Otto Rank qui s’intitule Le traumatisme de la naissance. Plus ça va, plus je suis convaincu qu’il y a ici un début d’explication aux tabous des règles, à la façon dont on cherche à détruire la sexualité chez la femme, à l’excision, etc. Plus ça va, plus je suis convaincu qu’il y a ici un début d’explication aux tabous des règles, à la façon dont on cherche à détruire la sexualité chez la femme, à l’excision, etc. Sans compter que les hommes ont peur de la sexualité de la femme, en plus. Il y a sûrement toutes sortes de raisons à cela, mais ce qui m’intéresse ici, c’est l’effet du traumatisme de la naissance dans les rapports que, en général, la société entretient avec la femme. Et ce sentiment de ne pas accepter la vie, il s’applique aussi aux femmes. Peut-être moins, je ne sais pas. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais je suis toujours surpris de voir comment les conflits sont présents entre la mère et la fille dans les familles, par exemple. Bref, ma théorie est la suivante : |
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" Dans la situation analytique, le malade reproduit, pour ainsi dire biologiquement, la période de sa vie intra-utérine, tandis qu’à la fin de l’analyse, il est marqué par sa séparation d’avec l’objet de substitution ", explique Otto Rank. Puis, parlant de l'angoisse du malade, il écrit : " On montre que le mécanisme qui déclenche l’angoisse (et qu’on retrouve tel quel sans changement chez tous les sujets atteints de phobies : claustrophobie, phobie des tunnels, etc.) se laisse ramener à la reproduction de l’angoisse qui accompagne la naissance et nous fournit une base réelle pour l’étude de la symbolisation. Il fait en outre ressortir le rôle que joue le fait de la séparation d’avec la mère ", quand on sort du confort utérin, sorte de paradis terrestre autrement dit. En parlant de l’angoisse des enfants, Rank
dit que : Rank parle de la théorie de Freud qui fait remonter l’origine du sentiment d’angoisse au processus de naissance. Car cette théorie au départ vient de Freud, puis elle a été reprise et élaborée considérablement par Otto Rank. |
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" Cette attitude et cette sous-estimation [de la femme] sont une et l’autre des manifestations du refoulement primitif à la faveur duquel nous cherchons à déprécier la femme, à lui refuser toute valeur sociale et intellectuelle, à cause précisément de ses rapports avec le traumatisme de la naissance ", écrit Rank, et ça ne peut pas être plus clair. C’est d'ailleurs précisément ce que je mettrais en exergue d’un court essai que je pourrais faire là-dessus, empruntant par le fait même le discours de Otto Rank, mais aussi d’un certain nombre des créateurs de la psychanalyse dont Freud, qui a élaboré cette idée. Je pense qu’aussi longtemps
qu’on déteste la vie, " Nous croyons que si le garçon cherche à nier, aussi longtemps que possible, l’existence de l’appareil génital de la femme, c’est parce qu’il veut à tout prix étouffer le souvenir de la frayeur qu’il avait éprouvée lors de son passage à travers ces organes et dont tout son corps se ressent encore. " |
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Un rêve symbolique de ce traumatisme
ET Du sentiment de culpabilité chez la femme Généralement, ce genre de discours déplaît souverainement aux femmes, et je ne comprends pas trop pourquoi. Avec la réflexion, ça devrait, au contraire, plutôt les éclairer. Elles n’aiment pas l’idée que l’enfant soit né dans la souffrance. La souffrance c’est pour la mère, alors que pour l’enfant tout doit être beau. Il naît, on lui donne la vie, etc. Oui, mais dans quelles conditions? Des conditions dont la mère n’est pas responsable. Mais il n’est pas question de responsabilité ici, il s’agit simplement de voir les choses comme elles semblent se présenter. On constate une sorte de mépris pour le sexe de la femme, également. J’entendais des adolescents, à un moment, parler du sexe de la femme en appelant les filles " les touffes ", par exemple. Je trouve cela méprisant. Mais pourquoi, justement, ce mépris? " On trouve que les deux sexes ont le même mépris pour les organes génitaux de la femme et cherchent également à en nier l’existence, parce que l’un et l’autre subissent l’influence de souvenirs refoulés en rapport avec ces organes ", explique Otto Rank. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que Simone de Beauvoir, cette grande féministe, a écrit, en parlant du sexe de la femme et qui, sous toutes réserves, donne une certaine impression de mépris : " Cette blessure qui est au corps de la femme. " En tout cas, cela fait des années que je tripatouille cette question-là, en me disant qu’il doit bien se trouver un peu de lumière de ce côté et que la seule façon de s’en sortir, c’est de dire oui à la vie. Ainsi, on pourra enfin dire oui aux femmes, qui donnent la vie. |
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