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Émission du mercredi 23 février 2000 |
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Les rats… fétichistes? |
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Apparemment, même les rats aiment retrouver certaines conditions associées à leur premier coït. De là à dire que les rats soient fétichistes, il n’y a qu’un pas. J’apprends qu’une étude a pu démontrer qu’un rat peut s’approcher de deux femelles en chaleur mais qu’il va choisir celle de droite parce qu’elle sent le citron. Pourquoi? Parce que sa première partenaire sexuelle avait la même odeur. On en a déduit que les animaux aiment retrouver certaines conditions associées à leur premier coït. Ce qui en fait, relativement, des petits fétichistes. C’est du moins ce qu’on prétend dans cet article que j’ai sous les yeux : un article de Mathieu Perreault paru récemment dans La Presse et qui s’intitule : " Les rats sont fétichistes ". Ça donne à réfléchir. Il n’y a pas que les hommes et les femmes qui soient complexes, les animaux également…
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La paternité… dans tous ses états |
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Je ne me souviens plus quel personnage disait dans un roman-savon : " Dans le temps de Laurier, ça ne se passait pas de même! " Je comprends donc, il y a si longtemps de ça. Autre temps, autres pères. Je découvre que les pères d’aujourd’hui ont de multiples visages.
Il y a, par exemple, " ‘ l’homme de famille ’ qui se reconnaît dans une morale et une identité familiales mais distinctes cependant de celles du ‘ père traditionnel ’ ", écrit d’emblée Anne Quéniart dans le récent Interface. " En fait, poursuit-elle, ce père qui est fier de l’être, qui aime la vie de famille et qui se définit comme un pourvoyeur, illustre bien à la fois l’avancée des changements dans les rôles sexuels et la persistance de certaines valeurs traditionnelles. " En voilà un de casé. Dans la présentation de l’article, on spécifie que le nouveau père se situe " entre le pater familias d’antan et le père androgyne de demain, dont rêvent certains " et que " divers modèles de paternité ont pris place depuis 30 ans, qu’il s’agisse de l’homme de famille, du nouveau père, du père téflon ou du père décrocheur ", d’autres modèles que je décrirai plus loin. |
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| Je puise ces informations dans un article paru dans le numéro de janvier-février de Interface, cette revue de la recherche dont je vous parle à l’occasion de sa publication, à tous les deux mois. Or, dans ce numéro, il y a un dossier qui porte sur la " famille en ébullition " à l’an 2000. Et c’est là qu’on va parler du nouveau père. | |||
| Le nouveau père se situe " entre le pater familias d’antan et le père androgyne de demain " |
" Le ‘ nouveau père ’, écrit Anne Quéniart, appelé parfois ironiquement père-poule ou homme rose, est un véritable parent à tout faire. Pour lui l’enfant est le repère central. Engagé personnellement, il incarne un mélange fait d’abord de ces nouvelles valeurs entourant l’enfant et la famille qui ont émergé au début de l’industrialisation [ …] , puis des principes de la contre-culture des années soixante. " Le nouveau père part donc de valeurs traditionnelles, de l’époque de l’industrialisation, si je puis dire, et à cela, il va ajouter je ne sais quoi des années soixante comme, par exemple, une meilleure compréhension de l’autre, un parterre d’ouverture à l’enfance, etc. Sans oublier qu’il a assimilé relativement les valeurs qui sont " liées aux revendications féministes concernant les rapports hommes-femmes ", comme le mentionne l’auteure de cet article.
Il y a ensuite le père téflon, celui sur lequel rien ne colle, je suppose [rires]. " Le ‘ père téflon ’ désigne ce père qui découvre la ‘ concrétude ’ de sa paternité et de son enfant au fil du temps, et pour lequel l’engagement peut croître avec l’usage, par désir ou par nécessité, par exemple, lorsque la conjointe retourne sur le marché du travail. " Ce modèle tient un peu des deux précédents : " il pense comme l’homme de famille tout en agissant comme le ‘ nouveau père ’. – Il est à cheval entre deux familles de valeurs, pourrait-on dire. – D’où des tensions et des décalages entre ses représentations et ses pratiques concrètes. " Est-ce que lorsque je vous en fais le portrait Je pourrais aller plus loin dans la définition mais je m’en tiendrai simplement aux termes les plus généraux, parce que ça nous permet de voir, plus exactement, en quoi tout cela consiste. C’est une question extrêmement importante pour la famille, le couple, pour les enfants, leur éducation, l’avenir, etc. L’image du père a tellement changé qu’on peut dire qu’il traverse une crise. À ces trois figures s’ajoute une quatrième qu’on préférerait cacher mais qui est très présente : il s’agit du père décrocheur.
Le père décrocheur est " celui qui ne s’est jamais engagé ou qui, après s’être engagé, laisse tout tomber. Il peut s’agir d’un père de famille pour qui tout s’écroule lorsqu’il y a séparation et divorce. Pour lui, dont la famille est le repère central, la séparation est vécue comme un ‘ désancrage ’ social, une perte des autres repères de l’existence. Son lien avec l’enfant est d’autant plus difficile à maintenir qu’il a été établi via sa conjointe. " Pour lui, ça faisait partie d’un tout. C’est le type qui m’intéresse le plus, car c’est le plus pathétique et c’est celui qui crée le plus de problèmes sociaux. " Pour certains pères décrocheurs, poursuit plus loin la sociologue, le divorce n’est pas synonyme de catastrophe familiale ou parentale. Il représente plutôt une libération d’une paternité jamais éprouvée, jamais désirée. Ce ne sont pas tous les hommes – il faut bien le dire – qui rêvent d’être pères et qui sont en mesure d’assumer cette responsabilité. " Au Québec, comme dans la plupart des pays industrialisés, l’augmentation des ruptures d’union est l’un des phénomènes les plus marquants de ces 30 dernières années dans le champ familial. Le père passe alors, bien plus que la mère, d’une situation de continuité dans son rapport à l’enfant à une situation de discontinuité. [ …] Mais surtout, la dissolution des unions conjugales fait apparaître l’extrême fragilité du lien père-enfant et l’ampleur du phénomène de désengagement paternel. " |
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Une enquête a démontré que 25 % de ces pères n’ont pas vu leurs enfants du tout pendant un an. |
Si je m’intéresse à ce sujet, c’est que je suis touché par cette question qui se vit près de moi et que j’essaie d’y comprendre quelque chose. Je trouve que ce genre de situation dans notre société est très douloureux : pour les enfants d’abord, bien sûr, et pour les êtres qui vivent la séparation ou le divorce, c’est aussi bien pénible. Dans ce dossier, on fait état que " près de 20 % des familles québécoises sont monoparentales ". Une enquête a démontré que 25 % de ces pères n’ont pas vu leurs enfants du tout pendant un an. " De nombreux facteurs se conjuguent pour produire la rupture d’avec l’enfant, entre autres une situation post-conjugale tendue qui ne favorise pas la continuité du lien père-enfant, une représentation de la mère comme parent principal – soit que le père se retire, soit que la mère prenne toute la place –, le poids économique de la pension alimentaire, un état de santé mentale et physique très précaire après la séparation, l’entrée en scène d’un père substitut, un sentiment d’étrangeté croissant vis-à-vis de l’enfant. " C’est merveilleux de voir grandir un enfant, mais tu peux manquer quelque chose de très important dans son évolution, si tu ne le vois pas pendant deux ou trois semaines. En particulier, à un moment où l’enfant va avoir une poussée de croissance, ou qu’il va affirmer sa personnalité davantage que 15 jours plus tôt. |
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Une mondialisation qu’on ne peut pas standardiser |
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Je vais maintenant vous parler de
mondialisation et de diversité culturelle.
J’aimerais d’abord vous rappeler que Marshall McLuhan, ce gourou des communications, a le premier parlé d'un village global qui allait naître, fruit de la multiplication des réseaux et des moyens de communication sur cette planète. C’est même lui qui a forgé cette formule qui nous est familière : le village global. Ce qui a donné lieu, pourrait-on dire, à deux concepts : celui de conscience planétaire, où certains individus, dans mon genre par exemple, ont commencé à se dire que peut-être cette conscience pourrait donner naissance à un gouvernement mondial, éventuellement, et qu’on allait trouver un meilleur équilibre dans les diverses économies, par opposition à la mondialisation qui est un phénomène qui met davantage l’accent sur l’économie. Donc, normalement, tout devrait se standardiser, pour ainsi dire. Eh bien, pas du tout. McLuhan, le disait bien : " En même temps qu’on va créer un village global, dont va naître peut-être une conscience planétaire (il ne parlait pas de mondialisation mais c’était sous-entendu, bien sûr), vous allez voir apparaître une résistance à cette tendance. Une tendance entraîne, suscite souvent une tendance contraire pour créer un équilibre. " Et c’est ainsi qu’alors que ce village global devenait de plus en plus une réalité, curieusement, on a vu apparaître des manifestations culturelles régionales de plus en plus importantes, locales même, comme pour faire le contrepoids de la mondialisation. |
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Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point les standards changent énormément d’un pays à l’autre. |
On pourrait se dire que le marché, lui, tend à une forme de standardisation. À titre d’exemple, j’ai sous les yeux un très grand nombre de façons d’offrir le même produit selon les pays : c’est même extrêmement curieux de voir ça. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point les standards changent énormément d’un pays à l’autre. À chaque pays ses recettes et ses conditionnements. Le même produit peut se retrouver dans des bocaux, des sachets, des canettes, des recharges, des boîtes métalliques, etc. Par exemple, en tout, on estime à 1000 les références pour la marque Nescafé, cette marque incontournable sur le marché mondial. Le Nescafé est différent au Mexique de ce qu’il est ici, etc. |
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D’ailleurs, quelqu’un faisait remarquer que l’encyclopédie Encarta de Microsoft, qui devrait être universelle puisque c’est une encyclopédie, présente des réponses différentes selon les régions où le logiciel est vendu. Pour la question : Qui est l’inventeur du téléphone?, vous pouvez obtenir deux réponses : si vous avez le logiciel qui s’adresse au Canada et aux États-Unis, on vous donnera Graham Bell, évidemment. Par contre, dans la version italienne, c’est Antonio Meucci qui est l’inventeur du téléphone. La bataille de Waterloo n’est pas non plus relatée de la même manière selon qu’on consulte le cédérom à Londres ou à Paris, explique Bruno Abescat dans un article de L’Express : " Les caméléons du marketing ". " Quant à savoir les noms de chercheurs à qui attribuer la paternité de la découverte du virus du Sida, là encore, tout dépendra de sa nationalité, poursuit Bruno Abescat. Avec Encarta, si les questions restent les mêmes, les réponses sont à géométrie variable. [rires] Pour ne pas froisser les susceptibilités et mieux racoler la clientèle, bien sûr. "
J’ai un autre exemple intéressant. Celui du parfum de Givenchy représenté par le mannequin Almudena Fernandez. Si certains d’entre vous connaissez ce mannequin, vous comprendrez pourquoi j’ai voulu potasser la question de plus près et y consacrer plus de temps… Elle est moulée dans une robe blanche au décolleté échancré signée Alexander McQueen. Mais dans les pays du Moyen-Orient, Bruno Abescat nous explique que " les graphistes ont dû ‘ rhabiller ’ la belle en ajoutant des manches [ à la robe] et en recréant un col en V ". Parce que, dans le Moyen-Orient, si vous voulez vendre quelque chose, vous ne pouvez pas montrer des femmes qui apparaissent bras et jambes dénudés. En Argentine, autre particularité, " la tradition veut de ne jamais montrer les dames dans une chambre à coucher ". Le rapprochement apparaît choquant et obscène. Je pensais que, dans la standardisation,
McDonald avait réussi. Eh bien pas du tout!
Je me suis laissé accroché par une information concernant les 148 recettes de Nescafé, dont je parlais tout à l’heure. Saviez-vous qu’il se boit dans le monde, à chaque seconde, 3 300 tasses de Nescafé? C’est fabriqué dans 40 usines, c’est vendu dans 120 pays, mais selon 148 formules différentes. Le produit décline : on en dénombrait 220 voilà encore six ans! En tout cas, 148 formules, c’est déjà beaucoup. " En Chine, Danone vend ses yogourts avec une petite cuillère sous chaque couvercle; Procter & Gamble vend ses shampooings en doses individuelles. " Je ne savais pas qu’il y avait des gens aussi riches que ça en Chine, je m’en réjouis. Il y a quelques années de cela, toujours en Chine, on vendait (et peut-être encore aujourd’hui) l’Alfa Romeo, la voiture italienne de grand luxe, qu’on appelle la " 164 ", sous le nom de " 168 ". Pourquoi? " À Pékin, le chiffre 4 symbolise la mort mais le 8 porte chance ", nous apprend l’auteur de cet article de L’Express. Si tu es Chinois et que tu connais bien ta symbolique, tu dois être sûr de mourir dans un accident d’auto si tu achètes une " 164 ". Il y avait aussi une affiche publicitaire, au Moyen-Orient, qui montrait à gauche un tas de linge sale, au milieu le nouveau détergent, et à droite le linge propre et repassé. Il a fallu cesser cette publicité puisque, au Moyen-Orient, les gens lisent de droite à gauche. J’imagine la réaction des gens là-bas : l’affiche suggérait de prendre une lessive merveilleusement propre, de la mettre dans la machine avec le détergent, puis elle sortait tout à fait sale à l’autre bout. [rires] C’est un cas curieux parce que, malgré tout, le mouvement de gauche à droite est universel. Dans un film, par exemple, lorsqu’on veut nous montrer quelqu’un qui part du passé pour aller vers l’avenir, on le verra partir de la gauche vers la droite. Mais quand il s’agit d’associer ça au message écrit, alors là, il faut tenir compte du sens de la lecture. " À l’évidence,
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C’est étonnant de voir que les gens d’affaires ont compris la situation à propos du café, mais qu’ils ont de la difficulté à la comprendre à propos de la culture. Que j’ai de la difficulté à comprendre les gens qui ne comprennent pas ça! Si c’est vrai pour le café, pourquoi ça ne serait pas vrai dans la culture? Pourquoi la diversité culturelle ne serait pas une obligation sur cette planète, puisque vous découvrez que c’est une obligation dans le marketing de choses aussi standardisées que le café en poudre? " Les ethnologues l’ont compris il y a longtemps puisque, à une époque, on distinguait les pays à culture thé ou café, ou encore, on disait qu’il y avait des pays à riz, des pays à maïs, et des pays à blé. " On peut diviser l’Univers en trois comme ça : il y avait une partie du monde qui était riz, une qui était blé et une troisième partie qui était maïs. Si vous regardez sur une carte du monde, vous allez voir que ça se tient très bien.
D’une part, la planète paraît unifiée mais, d’autre part, même si les frontières s’abaissent, les monnaies communes émergent, les divergences s’estompent peut-être mais, malgré tout, on ne peut pas tout standardiser. Il n’y a pas vraiment de conclusion à mon propos, ou plutôt il y en a deux, au choix :
Mais je vous dirai que ni l’un ni l’autre n’est en train de triompher, parce qu’il se trouve toujours des gens, au fur et à mesure qu’on standardise, pour dire que ce n’est pas ça qu’il faut faire, qu’il faut respecter les gens, etc. Qu’est-ce qui se passera dans quelques années? Je ne sais pas. Dans quelques générations? Là, c’est autre chose. En tout cas, c’est à suivre. Il y a des fusions auxquelles on assiste ces temps-ci. Avez-vous entendu parler ces jours derniers de Unilever qui décide tout à coup de tailler dans plusieurs de ses marques pour se concentrer que sur un certain nombre. En effet, la compagnie a 1 600 marques sur le marché et ils ont décidé de se concentrer sur " 400 produits phares représentant la quasi totalité de son chiffre d’affaires ", dit-on ici. Il y a des gens qui sont très
fâchés contre la mondialisation, qu’ils appellent la
" coca-colonisation ". Ils sentent que le pot-au-feu
est menacé par les hamburgers, que le roquefort est en mauvaise
passe avec McDo, etc. |
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Freud et les trois grandes blessures narcissiques faites à l’humanité |
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Vous avez peut-être observé, à la fin de la dernière année ou au début de celle qui est commencée, qu’on a tenté de savoir par différents sondages quelle était la personnalité la plus importante du siècle dernier. Résultat : Einstein l’a emporté dans plusieurs milieux, et même chez nous. C’est le personnage qui est considéré comme le plus important de son siècle par les lecteurs de la revue L’Actualité. Freud venait en bon second; peut-être pas ici mais un peu partout ailleurs. Pour comprendre l’importance de Freud, on pourrait se référer à ce que lui-même disait à un moment – il avait de lui une assez haute d’opinion, je dois dire – à propos des trois grandes blessures narcissiques faites à l’humanité, clamant avec fierté qu’il était responsable de la troisième.
La première blessure a été infligée par Copernic, qui nous a fait comprendre que la Terre n’était pas le centre de l’Univers mais que nous n’étions qu’une planète semblable aux autres planètes, parmi d’autres planètes. Depuis, on a découvert qu’on est moins que cela : une planète moyenne avec un soleil petit, dans une galaxie petite au milieu de milliards d’autres galaxies et d’autres univers. C’est une prise de conscience cosmologique qui a commencé avec Copernic. La deuxième blessure narcissique de l’humanité, surtout de l’Occident je dirais, est venue de Darwin. L’homme se croyait créé à l’image de Dieu et voilà que quelqu’un lui disait : " Non, voyez-vous, l’homme descend du singe. " [rires] Plus exactement, l’homme et le singe ont un ancêtre commun; c’est ce que la recherche a précisé depuis. Mais quand même, à l’époque, c’était l’obligation qui était faite à l’humanité de prendre conscience de sa fragilité, de ce qu’elle était bien peu de chose face à l’Univers, et même face à la vie. La troisième grande blessure narcissique faite à l’humanité, on la doit à Freud. Et il s’en vantait à peu près dans ces termes : " C’est moi qui ai placé les individus en face de cette évidence qu’est le Moi humain. Loin d’être le maître de sa propre demeure, il est régi par des lois inconscientes qui lui échappent. " Il faut dire qu’avant Freud, on trouvait quand même ce concept dans certaines œuvres anciennes, ou par le biais de la magie, de la croyance dans l’au-delà; mais ce sont ses livres qui ont accroché le grelot et nous ont mis dans l’obligation de prendre conscience de cette division entre le conscient et l’inconscient. Et c’est sur cette division que repose le concept psychanalytique dont il est le père. " Mon travail m’est entièrement dicté par l’inconscient ", disait Freud. C’était d’une grande hardiesse à la fin du 19e siècle. Ce concept qu’il a créé autour de la notion de l’inconscient, c’est un courant intellectuel qui allait structurer une nouvelle approche de l’homme : la psychologie. À la fin du 19e siècle, la notion d’inconscient était déjà admise : on en trouve des traces ici et là chez les mystiques, dans l’Antiquité, chez certains philosophes du 18e siècle. Mais la vision qu’en donne Freud dépasse largement la notion vague qui faisait plutôt référence à ce qui n’est pas présent dans le champ de la conscience. Pour Freud, le psychisme se divise vraiment en deux : le conscient et l’inconscient. En fait en trois puisqu’il y a le préconscient également, mais on va se contenter des deux principaux dans le présent contexte. L’inconscient est composé, selon Freud, de toutes les représentations qui ne sont pas présentes dans le champ de la conscience mais qui, à notre insu, pèsent sur notre esprit et influencent nos comportements. L’inconscient est défini par toutes les représentations désagréables, insupportables, ou d’une manière plus générale, très fortement investis dans ce qu’on appelle l’affect. Or, l’affect correspond à des contenus émotionnels si forts, comme le souvenir d’agression sexuelle vécu dans la petite enfance, que le sujet a du mal à les évoquer consciemment. Alors, même si cela reste au niveau de l’inconscient, ça a une influence considérable sur les attitudes de cette personne et ses comportements. |
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| Le travail consiste justement à passer de l’inconscient au conscient |
Les représentations désagréables généreraient de tels conflits, de telles angoisses, que si elles arrivent à la conscience à l’état brut : une censure intervient donc alors pour les refouler dans l’inconscient. Elles y sont maintenues par des forces qu’on appelle des résistances. Ce sont ces résistances qu’il va falloir vaincre au cours de la cure psychanalytique ou par une autre forme de psychothérapie, inspirée de la psychanalyse plus ou moins, si on veut avoir accès au matériel de l’inconscient. Conscientiser, en somme, c’est rendre conscient ce qui en soi est inconscient. |
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Et plus on devient conscient de ce qui est dans l’inconscient, plus on enrichit son conscient autrement dit, plus on devient l’esclave des contenus qui nous échappent et des motivations obscures que l’on peut avoir dans la vie. Le travail consiste justement à passer de l’inconscient au conscient. Et c’est là qu’intervient le préconscient, dans les rêves, etc. Les concepts clés de Freud sont, entre autres, l’inconscient, le rêve (rêver, selon lui, c’est souvent réaliser un désir inconscient), les pulsions également (on apprend par lui que le fonctionnement psychique n’a qu’un but, en fait : la satisfaction). Pulsions de vie et pulsions de mort et on vit déchiré entre les deux. Les ressources de l’inconscient, |
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