| Émission du mardi 15 février 2000 | ||||
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Le troisième millénaire en 1964 : | ||||
CLARKE, Arthur C. " Les chevaliers du troisième millénaire ", Planète, N° 14, janvier- février 1964. |
Cet article, dont je vais vous communiquer quelques extraits, a paru il y a 35 ans et a obtenu l’Aile d’or du Festival du film spatial. Il décrit l’entraînement, l’envol, le voyage, l’arrivée des cosmonautes et des astronautes également, etc. Il annonçait, pour ainsi dire, les valeurs et les exploits possibles au cours du troisième millénaire. Or, nous y sommes.
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Les revues Planète sorties du grenier Un ami m’a offert récemment de me prêter la collection complète des revues Planète, ces publications qui ont paru il y a environ une trentaine d’années et qui annonçaient beaucoup les interrogations, les espoirs, les inquiétudes également qu’on pouvait avoir à la veille du troisième millénaire. J’ai trouvé qu’il était intéressant de relire ces articles, mais avec un second regard et en me posant la question : maintenant que nous avons entamé le troisième millénaire, est-ce que tout ça est fondé? Je
puis dire aujourd’hui que ces auteurs étaient des visionnaires, des personnes
qui s’étaient engagées dans cette nouvelle étape de l’évolution
de l’humanité, avec ce que j’appellerai le droit de rêver.
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L’article dont il est question plus haut est illustré de photos d’astronautes et aussi de photos montrant des chevaliers du Moyen Âge, pour faire un rapprochement entre les deux. C’est étonnant de voir jusqu’à quel point il y a là comme une famille, tant ils se ressemblent. | ||||
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Paollo
Uccello : Nicolaiev
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" La civilisation ne peut exister sans de nouvelles frontières à franchir. Elle a un besoin physique et spirituel de frontières à franchir. Le besoin physique est évident : nouveaux pays, nouvelles ressources, nouveaux matériaux. Le besoin spirituel est moins apparent, mais, en fin de compte, il est beaucoup plus important. Nous ne nous nourrissons pas exclusivement de pain; il nous faut de l’aventure, de la variété, de la nouveauté, du romanesque. " Un
homme devient fou s’il est isolé dans le silence et l’obscurité,
" Dire que l’évasion de l’homme hors de la Terre et la traversée des espaces interstellaires déclencheront une nouvelle Renaissance en brisant les habitudes dans lesquelles s’enlisent notre société et nos arts peut sembler un peu trop optimiste. C'est pourtant exactement ce que je pense. " La frontière de l’espace est infinie et l'on ne risque pas d’en venir à bout; mais l’occasion et le défi qu’elle offre sont totalement différents de ceux que nous avons rencontrés, dans le passé sur notre planète. Toutes les lunes et les planètes de ce système solaire sont des endroits étrangers, hostiles qui n’abriteront peut-être jamais plus de quelques milliers d’humains aussi soigneusement triés que la population de Los Alamos. L’ère de la colonisation en masse est à jamais éteinte. L’Espace peut accueillir beaucoup de chose, mais n’est certainement pas fait pour ‘ vos foules fatiguées, vos pauvres foules entassées les unes sur les autres et avides de respirer librement… ’ " Clarke met cette dernière formule entre guillemets, mais ne dit pas qui en est l’auteur. " L’idée communément exprimée et selon laquelle les planètes peuvent résoudre le problème de la surpopulation est une absurdité. L’humanité s’accroît actuellement d’environ 100 000 individus par jour et aucune ‘ montée dans l’espace ’ ne pourrait sérieusement apporter un remède à cet accroissement terrifiant. Avec les techniques nouvelles, la réunion des budgets militaires de toutes les nations serait tout juste suffisant pour financer l’envoi quotidien de dix hommes sur la Lune. – Là, A. C. Clarke se met à rêver sur les voyages interstellaires et c’est l’amorce, le début de cette époque dans laquelle nous nous sommes engagés résolument depuis quelques décennies. " Non,
poursuit plus loin l'auteur : " Nous retrouvons la Toison d’or, Homère et Shakespeare. " J’adore
quand les gens se mettent à rêver comme ça. | ||||
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" En fin de compte, les seules activités humaines dignes d’intérêt sont le progrès des connaissances et la création de la beauté " |
" Quoi que nous réserve cette exploration, nous pouvons raisonnablement être assuré de quelques bénéfices immédiats, poursuit Clarke. J'ignore volontairement les avantages ‘ pratiques ’ tels que les améliorations apportées (au prix de milliards de dollars) à la prévision du temps et aux communications, qui peuvent en elles-mêmes rendre le voyage spatial rentable sur le plan financier. Non qu’il faille mépriser la création de recherches nouvelles, mais en fin de compte, les seules activités humaines dignes d’intérêt sont le progrès des connaissances et la création de la beauté. Cela est hors de discussion, la seule discussion possible concernant la priorité de la science ou de l’art. " Quel
exercice d’envergure! | |||
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Croyances : | ||||
GABOURY, Placide. L’envoûtement des croyances : fanatisme et tyrannie dans les religions, les sectes et les régimes totalitaires, Éd. Quebecor, 2000.
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C’est maintenant dans un exercice de lucidité que nous allons poursuivre en compagnie de Placide Gaboury, qui vient de faire paraître un autre ouvrage – je précise qu’il est l’auteur de plus d’une quarantaine de livres – qui s’intitule L’envoûtement des croyances : fanatisme et tyrannie dans les religions, les sectes et les régimes totalitaires, paru aux Éditions Quebecor. Dans cet ouvrage, Placide Gaboury nous parle de notre besoin de croire, du besoin aussi de nous soumettre à des pouvoirs extérieurs qui mènent facilement à la croyance naïve, c’est-à-dire la crédulité. Crédulité qui, à son tour, attire la manipulation des religions, des sectes, des groupes dogmatiques, des mafias, des dictatures, des figures charismatiques. Et peu à peu, la crédulité glisse subrepticement vers le fanatisme, se mue en intolérance pour dégénérer généralement en conflits meurtriers. Il est question aussi de ce que nous sommes facilement envoûtés par les pouvoirs extérieurs et il nous éclaire là-dessus, sur notre vulnérabilité. En parcourant cet ouvrage, je me suis posé des questions sur, par exemple, ce besoin que l’on a de consensus dans la société – des consensus qui iront parfois jusqu’à nous pousser à surveiller et à punir ceux qui ne se conforment pas à la volonté de l’ensemble, de la foule si vous préférez. Cela part d’un bon sentiment, de cette qualité de l’homme d’être un animal social finalement, mais qui se retourne contre lui. Placide Gaboury parle de la nature sociale de l’homme, précisément, et ça m’a beaucoup intéressé.
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" Il est facile d’appartenir mais difficile d’être autonome "
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" La force directrice de la vie semble pousser l’individu non pas vers plus d’appartenance, mais vers plus d’autonomie, explique P. Gaboury. La croissance va dans ce sens. Du reste, l’individu ne peut être d’aucun service réel au groupe ou à la communauté s’il n’a pas tout d’abord acquis une pleine autonomie […]. Un tel individu ne peut non plus entrer en couple ou y vivre harmonieusement s’il n’est pas autonome. " Or, le couple et le groupe ne garantissent pas par eux-mêmes l’autonomie. Il est facile d’appartenir mais difficile d’être autonome. Et un couple fondé sur la fusion et la dépendance mutuelle ne peut durer ni être en croissance : l’autonomie de chacun seule garantirait la solidité de l’union. La gageure est d’arriver à l’autonomie tout en étant relié à l’autre ou au groupe. Relié, mais pas dépendant. Participant, mais pas vendu. Et si le groupe est trop serré, trop hiérarchisé, trop dominé par le chef, les membres ne peuvent être autonomes ni créateurs. Certes, le groupe pourra se montrer efficace, mais personne ne s’épanouira. C’est l’obéissance qui régnera, non la créativité individuelle. " On
peut résumer le grand thème de l'ouvrage de M. Gaboury par
la phrase suivante : " L’autonomie
est acquise par une vigilance constante sur soi-même " L’autonomie est active, la dépendance, passive, fait observer l'auteur : n’est autonome que celui qui veut l’être; est dépendant celui qui se comporte passivement devant l’emprise du groupe – religion, famille, équipe, partie. Autrement dit, l’appartenance suit une pente descendante – elle répond à l’appel de la facilité du cocon chaleureux –, alors que l’autonomie va en montant, à contre-courant : c’est une émergence, une croissance, un appel à la connaissance, à la liberté. " Celui
qui est dans l’appartenance passive C’est un exercice en lucidité, vous disais-je, mais il ne faut pas oublier, comme le disait si bien René Char que " la lucidité est la blessure la plus proche du soleil ". On est secoué par un ouvrage comme celui-là, car on se demande dans quelle mesure on est autonome par rapport à un groupe auquel on appartient. Une société, un parti, une structure qui nous contraint. Peut-être parce qu’on accepte cette contrainte, parce que la liberté nous paraît insupportable parfois à certains égards, tout comme la vérité à certains moments… Placide Gaboury nous suggère de passer de l’horizontal au vertical. | |||
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" La première poussée de la vie – on pourrait dire sa matrice – se rapporte donc à la dimension que j’ai appelée horizontale : c’est le besoin d’appartenance qui se traduira habituellement par la soumission à un groupe militant ou maternant, à un groupe invitant et envoûtant. Ce groupe rappelle et reproduit le sein maternel et l’environnement confortable de l’enfance, peut-être même de la famille. C’est sans doute pour cela qu’on s'y sent si attiré, écrit Placide Gaboury. Les sociologues et les anthropologues diront que c’est la nature sociale de l’humain qui inspire ce mouvement. Mais je pense qu’à mesure qu’il se développe, qu’il s’épanouit et progresse, chaque être humain devient unique, défini, irremplaçable : il a transcendé la meute. " " Toutes les croyances
ont une forme religieuse…
Je vois ici dans le livre de Placide Gaboury : " Étant
donné que les pulsions émotives et irrationnelles se cachent derrière
les croyances, elles échappent facilement à la critique, constituant
ainsi un terreau fertile à la crédulité, et de là,
à l’intolérance vis-à-vis de tout ce qui est différent
ou menaçant. " " ‘ L’intolérance la plus dangereuse est toujours celle qui naît en l’absence de toute doctrine, des pulsions élémentaires, et c’est pour cela qu’elle est difficile à localiser et à réfuter par des arguments rationnels. […] Ce sont les pulsions sauvages qui sont dangereuses. L’intolérance sauvage est tellement bête que la pensée se trouve démunie en face de cette bêtise ", fait observer Eco. | ||||
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" Vraiment, on peut dire que le mâle gorille en nous est toujours debout dans toute sa hauteur " |
La vérité est difficile à cerner. Philippe Sollers, là-dessus, affirme : " Je doute de ce qu’on appelle la tolérance humaine. L’homme est plutôt enclin à la violence, à l’élimination, à la haine de l’autre. Partout où l’on regarde, on constate une intolérance planétaire. " " Et cette ‘ intolérance bête ’ dont parle Eco n’est pas prête de s’éteindre, fait remarquer Placide Gaboury, si l’on regarde autour de soi et dans le monde. Elle se manifeste de nos jours dans le racisme, dans le machisme, dans le sexisme (femmes, homosexuels, travestis), la compétition et la performance obsessive – le complexe olympique –, et en général, dans le besoin de contrôler, de dominer, de posséder, d’avoir toujours raison. Vraiment, on peut dire que le mâle gorille en nous est toujours debout dans toute sa hauteur [rires] , se battant la poitrine à grands cris dans l’espoir de terroriser la forêt toute entière! " Je l’ai dit à plusieurs reprises et je le répète :
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" La démocratie demeure le milieu le plus propice à la tolérance " |
Jusqu’où peut-on tolérer l’intolérance? " Doit-on, par exemple, laisser entrer au pays des criminels tels les Hell’s Angels, les néo-nazis ou les guérillas islamistes? de demander Placide Gaboury. […] La tolérance ne peut exister que dans un climat de démocratie du seul fait qu’une dictature (ou encore une théocratie) est par définition un état d’intolérance vis-à-vis des citoyens qui ne se soumettent pas. Ce qui ne veut pas dire que la démocratie soit en réalité toujours tolérante, mais qu’elle demeure le milieu le plus propice à la tolérance. […] " En revanche, si l'on veut vivre en démocratie, on ne peut tolérer la prolifération indue et libre, on ne peut permettre les armes chez les écoliers, la prostitution et le travail forcé chez les enfants, le fait que la femme ou tout autre personne soit réduite à l’état d’objet, ou encore le gaspillage des riches et des richesses ainsi que l’exploitation des pauvres également, la pollution industrielle, la disparition de la faune et de la flore, et surtout les salaires de crève-faim chez les pays pauvres exploités par l’industrie des riches, etc. " Ces déviations et ces excès | |||
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Ce dernier ouvrage de P. Gaboury est très sévère sur une dimension sombre de la nature humaine mais il nous invite, en même temps, à une réflexion sur la question. Et la réflexion vise à nous libérer de nos chaînes, pour ainsi dire. L’auteur dira, par exemple : " Tout comme les totalitarismes politiques qui les imitent ou s’en inspirent, les religions installées sont fondées sur des mythes perçus comme des réalités absolues ou des faits historiques indiscutables. C’est ce qui s’appelle une attitude fondamentaliste, qui est, du reste, toujours dogmatique puisqu’elle exige l’appartenance totale, l’adhésion absolue et même la croyance naïve. " | ||||
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" Les religions installées ont toujours refusé l’appel à l’autonomie personnelle et à l’attitude démocratique. " |
" Dans les systèmes de croyances établies, les réponses qui arrivent toute faites (ce sont les textes dits sacrés ou révélés). Ces Écritures (qu’elles soient religieuses ou marxistes), considérées comme venant de la bouche même du Tout-Puissant (ou de l’Histoire avec majuscule, sinon simplement du Parti ou de son chef), ne laissent aucune place au questionnement, au doute ou aux critiques. Les religions installées ont toujours refusé l’appel à l’autonomie personnelle et à l’attitude démocratique. […] " Or, ces croyances basées
sur des préjugés Puis, Placide
Gaboury se pose la question suivante : " Est-il besoin d’un
maître? " | |||
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Selon Placide Gaboury, " il suffit, pour répondre à la question d'examiner le cas de celui qui est devenu l'Éclairé – le Bouddha – et qui s'est libéré sans aucune aide extérieure. […] Il suffit de lire attentivement les paroles que les disciples rapportent du Bouddha : | ||||
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La démarche de Placide Gaboury dans cet ouvrage est importante, selon moi, parce qu’il s’agit d’une interrogation sérieuse, d’une charge contre la croyance et d’une invitation à passer de la croyance à la connaissance. Voici ce qu'il dit en conclusion de son ouvrage : " Il appartiendra désormais à chacun de se rendre compte pour lui-même que les systèmes de croyance fanatique – religions, sectes, racisme, corporations professionnelles, multinationales ‘ anonymes ’, idéologies totalitaires – se nourrissent d’une même vision et défendent la même hypnose. " Conséquemment, il incombera à chacun de découvrir qu’aucun de ces groupes ou de leur chef ne pourra le sauver, le libérer ou même le guider, puisqu’ils englobent dans leur hypnose tous ceux qui leur font confiance. " Il aborde plus loin la question de l’individu : " Aussi restera-t-il à chacun de voir comment il entretient et défend son propre barrage de croyances, qui en l’empêchant de reconnaître sa violence et ses dépendances, le rend vulnérable aux groupes tyranniques. " Et peut-être qu’un jour, tout bonnement et sans même s’en rendre compte, la personne qui s’est reconnue rappellera à toutes celles qui y seraient disposées, leur vrai visage oublié qui attend dans le silence. " | ||||
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" Il n’est guère possible de résister à l’emprise de ces manipulations, à moins de reconnaître ce qui en nous les attirent " |
Aussi longtemps qu’on y demeure enfermé, on ne peut reconnaître l’envoûtement dans lequel nous entraîne la crédulité. Tel est le message de Placide Gaboury dans son ouvrage. " En effet, ce n’est qu’une fois sorti de cet état hypnotique qu’on peut le reconnaître pour ce qu’il est et que, du même coup, on peut se reconnaître tel que l’on est. Mais il n’est guère possible de résister à l’emprise de ces manipulations, à moins de reconnaître ce qui en nous les attirent – le manque d’autonomie, le désir d’être pris en charge, le divorce entre le pensé et le vécu. " En
effet, se reconnaître, | |||
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L'immortalité serait dans notre nature | ||||
BRUCKNER, Pascal. " Nous sommes tous des immortels – à propos de Biologie de la Mort ", Nouvel Observateur, 10-16 février 2000. |
Je vais maintenant vous entretenir un peu de l’obsession de l’immortalité parce qu’un ouvrage vient de paraître aux éditions Odile Jacob sous le titre Biologie de la mort. Je tiens à préciser que c’est l’œuvre de deux neurobiologistes très sérieux : André Klarsfeld et Frédéric Revah. Du reste, comme vous le savez, Odile Jacob est une maison d’édition très sérieuse également. Pour résumer le propos, je vous dirai qu’on nous annonce que nous sommes tous des immortels. Eh bien, moi, l’idée m’inquiète parce que je me dis que si nous devenons immortels, cela va créer d’autres problèmes. À commencer par l’immortalité. Qu’allez-vous faire de tout ce temps-là? L’intérêt pour le sujet est né lorsqu’un savant allemand du début du 20e siècle a affirmé que l’on pouvait soustraire la mort de ce qu’on appelait l’essence de la vie, et que ce n’était pas un attribut essentiel des organismes. " Bref, qu’il n’existerait selon eux [les auteurs] aucune nécessité qui impose aux êtres vivants de disparaître après tel ou tel cycle reproductif, et quand cela lui semble utile une espèce semble toujours en mesure de remettre l’inéluctable à plus tard ", nous explique Pascal Bruckner dans le Nouvel Observateur à propos de la thèse qui a été reprise par les professeurs Klarsfeld et Revah. D’après eux, " le décès
n’est donc pas fatal ".
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" Il existe un nombre important de végétaux, d’animaux, de poissons où le décès ne se manifeste pas, sinon tardivement, explique P. Bruckner. Ces espèces à vieillissement négligeable et à longévité indéfinie entrouvrent une porte sur l’immortalité possible de l’homme. " Il faudrait parler d’amortalité, pas de mort, donc. Dans cet article, on rapporte des faits surprenants : il y a des cas curieux qu’on étudie comme le buisson de myrtilles sauvages qui dure 13 000 ans; l’if et le séquoia qui atteignent les 5 000 ans, et il y aussi de modestes mauvaises herbes qui dépassent les 10 000 ans, ainsi que l’esturgeon, les rascasses, les mollusques bivalves qui tiennent un siècle ou un siècle et demi – c’est fou tout ce qu’on apprend ces années-ci, moi en tous les cas.
" Mais plus qu’à cette zoologie hétéroclite, c’est à des organismes plus simples, telle la levure du boulanger ou le champignon, qu’il faut demander la clé des mécanismes du vieillissement ", explique encore le journaliste du Nouvel Obs. Tout cela commence avec la recherche qu’ils ont faite sur le cancer que l'on décrit comme " une pathologie qui tue la vie ", parce que la cellule n’arrive pas à mourir, qu’elle a perdu le sens de la mort, elle se reproduit et continue de se reproduire et de se reproduire. " Si les cellules doivent mourir pour que vive l’individu, leur immortalité dans le cas de la tumeur, conduit à l’anéantissement de ce dernier, les mêmes gènes qui empêchent la prolifération cancéreuse sont également impliqués dans le déclenchement de la sénescence cellulaire ", dit-on ici. Autrement dit, ce qui fait que la cellule finit par mourir,
c’est ce qui fait qu’on commence par vieillir. [rires]
Les auteurs reviennent là-dessus et parlent au moins de ralentir le vieillissement, car il faut dire que c’est un peu excessif de parler d’immortalité et d’amortalité. Ils passent en revue les causes classiques de longévité : par exemple, la restriction calorique qui permet à l’organisme de tourner au ralenti. Mais on ne peut tout de même pas se faire congeler pour durer plus longtemps! Il y a l’abstinence sexuelle qui permet, dit-on, de maintenir l’énergie et d’éviter la dilapidation. Je trouve que c’est extrêmement douteux parce qu’on dit, au contraire, dans d’autres études que l’activité sexuelle favorise la longévité. Puis, il y a la diète perpétuelle : manger moins permet de vivre plus longtemps car ça diminue la multiplication des radicaux libres. Ah ces radicaux libres, ces petits invraisemblables personnages, espèces chimiques instables qui sont de tous les mauvais coups dans le processus de vieillissement! Encore faut-il, bien sûr, assurer les facteurs nutritifs indispensables. | ||||
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" La mort n'était pas seulement cruelle, elle était surtout indispensable " |
" On a vu dans la mort un principe de régulation qui fauche les plus vieux et permet aux jeunes de s’élancer dans l’existence, mais aussi un principe de différenciation qui redistribue les cartes et favorise les plus aptes ", peut-on lire dans cet article qui résume la thèse avancée par ces deux neurobiologistes. " On a salué en elle ce mécanisme d’élimination impitoyable qui sacrifie l’individu au profit de la survie de l’espèce. Bref, la mort n'était pas seulement cruelle, elle était surtout indispensable. " On
irait donc vers une époque | |||
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