Saison
1999-2000
  Émission du mardi 8 février 2000
   

Saint Isidore de Séville : patron des internautes


D'après :
GOBEIL, Julie.
" Dans le Monde : le Saint Patron du Net ",
Protégez-vous
,
janvier 2000.
 

 

Tout d’abord ce message important pour les internautes à l’écoute : si vos recherches dans le web piétinent parce que 3 549 453 sites sont liés de près ou de loin à votre sujet, la seule solution est de prier Isidore de Séville, le saint patron des internautes.

Je ne vous mentirais pas sur une question aussi importante. Le saint patron des internautes est officiellement Isidore de Séville, nous apprend Julie Gobeil dans le Protégez-vous de janvier 2000. En effet, " l’Église catholique a choisi cet espagnol, mort il y a 1 364 ans, parce qu’il est l’auteur d’une encyclopédie en 20 volumes considérée comme la première banque de données. Intitulée Étymologies ou Origines, elle traitait des croyances religieuses et des connaissances de l’époque. "

 

   


     
   

Le nouveau règne de la commandite


D'après :
FRISKO, Pierre.
" Société en commandite ",
Protégez-vous,
janvier 2000.


Photo : Protégez-vous

 

 

Je ne voudrais pas vous dégoûter de notre époque qui a tout de même ses bons côtés, je les ai chantés à l’occasion, du reste. Mais quand je pense que déjà en son temps Saint-Exupéry (l’écrivain… pas le saint!) affirmait qu’il avait cette civilisation en horreur, la nôtre, alors que dirait-il de ce qu’elle est en train de devenir? Une civilisation de commandites, une société en commandite, pour ainsi dire.

L’économisme achève peut-être de nous détruire, puisque toutes explications passent maintenant exclusivement par l’économie. Après les événements sportifs et ceux d’intérêts général et culturel, tout s’incline devant la commandite. Je pense aux écoles, je pense aux universités… La publicité dans les écoles, par exemple, on ne se rend pas compte que c’est un peu comme autrefois alors que Hitler y était présenté comme le serviteur de la société et de l’humanité, avec sa photo, sa croix gammée, etc. Eh bien, aujourd’hui ce n’est plus ça : ce sont les logos de Coke ou de Pepsi qui se retrouvent sur les murs et tout ce qui va avec. C’est aussi totalitaire, en quelque sorte, et l’on y reconnaît la religion du veau d’or. Quand on pense que dans les universités et dans les musées, on se prête à ce jeu-là!

Je conçois que certaines chaires dans les universités puissent être soutenues par une fondation, qui est un capital qui a fini d’être productif, disons pour tirer la ligne, mais jusqu’où ira-t-on? J’étais en train de me poser la question quand, parcourant un magazine que je trouve très instructif et qui s’intitule Protégez-vous (je ne vous en ai pas parlé souvent, mais il est très important d’après moi), on parle justement de Coca-Cola et de Pepsi qui " se disputent maintenant l’exclusivité des… villes ". Des villes!

" À Huntington Beach, en Californie, Coke déboursera 300 000 $ US par année pour avoir le privilège d'être la seule à inonder la ville de ses machines distributrices, en plus d’obtenir le droit de tapisser la plage municipale de son logo ", écrit Pierre Frisko dans un article intitulé " Société en commandite ". " Il ne faut pas croire que Huntington Beach est le dernier des bleds perdus, poursuit-il : la ville compte 190 000 habitants et elle est située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Los Angeles. " On est donc en pleine civilisation… mais laquelle? C’est ça le problème.

" Ce n’est pas la première fois que Coke s’aventure dans ce qu'il est convenu d'appeler la commandite municipale, d'expliquer le journaliste. Il y a deux ans, la multinationale avait obtenu l’exclusivité des espaces publics à Ocean City, une petite ville touristique du Maryland, pour environ 120 000 $ US par année. Il faut dire que la ville en question se positionne de façon plutôt dynamique sur le marché publicitaire : de la promenade aux chaises des sauveteurs, en passant par la fête nationale, tout peut être commandité. "

Ça continue avec San Diego, où Pepsi est en train de négocier avec l’administration municipale " pour obtenir l’exclusivité pendant 12 ans, moyennant une somme variant de 6,7 à 23,6 millions de dollars US. " Dans le meilleur des cas, ajoute P. Frisko, la ville de San Diego récoltera près de deux millions par année. Le gros lot? Peut-être pas pour celui qu’on pense. Parce qu’à ce prix, Pepsi ne pourrait même pas s’offrir une publicité de 30 secondes pendant le prochain Super Bowl. "

J’ai trouvé, en plus de ces informations que je vous communique à partir du Protégez-vous de janvier, tout ce qu’on peut savoir sur Coca-Cola et Pepsi. J’étais tout à fait conscient que ces breuvages contenaient du sucre mais pas autant qu’on le révèle ici : pour 11 litres d’eau on utilise 14 kilos de sucre. En plus du colorant " caramel ", de l’acide citrique, de l'alcool, etc. C’est encore plus certain que je vais renoncer à ces eaux gazeuses, pour la raison que le sucre ne me réussit pas. On dit que les recettes sont gardées secrètes. Mais deux auteurs américains Marc Pendergrast et Bob Stoddard en auraient publié des versions anciennes qui, dit-on, " valent un coup d’œil ".

Ce qui me trouble beaucoup à propos de cette énorme quantité de sucre, c’est qu’on sait maintenant que c’est un facteur d’obésité et qu’on sait aussi qu’en Amérique du Nord, nous sommes tous en train de devenir gras comme des voleurs, si l’expression a encore cours. On dit qu’un jour, on va découvrir que l’obésité représentera un coût social plus élevé que celui du tabac, et on sera alors rendu, après avoir accepté Coke et Pepsi dans nos écoles, à poursuivre ces deux entreprises comme on poursuit celle du tabac actuellement. Puis un jour, l’État s’engagera peut-être dans des poursuites contre ces entreprises qui aujourd’hui sont acceptées comme commanditaires dans les institutions d’enseignement. Qui sait?

Je rêve peut-être un peu en couleurs mais…
on est dans le marketing ou on ne l’est pas!

   


     
   

Que faire en cas de burn-out?


D'après :
CHOUINARD, Marie-Andrée.
" Le burn-out est responsable de 40 % des absences des enseignants ",
Le Devoir,
mercredi 2  
février 2000.


Un article de Marie-Andrée Chouinard

Le burn-out est responsable de 40 % des absences des enseignants "
 Prévenir le burn-out

 


La semaine dernière, en première page du quotidien Le Devoir, on pouvait voir ce titre qui s’étalait sur presque toute la largeur de la page : " 
Le burn-out est responsable de 40 % des absences des enseignants ". C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup parce que j’ai fait moi-même un burn-out et surtout que j’ai profité de cette chute dans le vide pour m’informer sur la question et commettre un ouvrage qui a paru il y a plusieurs années. Il est probablement aussi épuisé que la plupart des gens qui ne l’ont pas lu… [rires] Peu importe, je ne suis pas là pour vous vendre de la salade et encore moins un livre, mais pour vous dire que c’est une question qui m’intéresse beaucoup.

  • Contribuer à changer le monde

Que faire en cas de burn-out? D’abord, savoir s’il s’agit bien d’un burn-out, et ça c’est extrêmement difficile parce que la notion de burn-out est devenue un fourre-tout. Je le reconnais volontiers. Mais si on ne se sent pas bien dans sa peau, si on se sent sur le bord d’une dépression, etc., il faut faire quelque chose. Oui mais quoi? Changer le monde! Un détail, vous me direz. Alors je dirais : contribuer à changer le monde, si vous préférez, ou alors changer son propre comportement, ses attitudes, etc., c’est-à-dire se changer.

Dans les cas extrêmes, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, car l’épidémie est réelle, comme en témoigne cet article de Marie-Andrée Chouinard, paru dans Le Devoir du 2 février dernier.

Je me souviens que le premier symptôme de burn-out que j’ai reconnu chez moi c’était un sentiment d’écœurement. Il n’y a pas de meilleur mot pour définir ça. Ce n’est évidemment pas la nouvelle de la publicité des eaux gazeuses rendue à l’école qui va vous donner une opinion positive sur notre civilisation en commandite…

Prévenir le burn-out  De quelques critiques de notre société

   

Soit dit entre parenthèses, La semaine de la prévention du suicide dont je vous ai parlé hier, ce n’est pas cette semaine mais bien la semaine prochaine. Alors n’allez pas chez le marchand d’armes aujourd’hui : attendez… Languirand, ce n’est pas drôle! ;- (


   


Les valeurs
, on y revient toujours à cette question. J’ai retenu à ce sujet l’opinion de Bruno Bettelheim qui parle de sociétés de masse. Nous vivons dans une civilisation qui se définit comme des " sociétés de masse à tendance totalitaire ", c’est-à-dire avec un seul grand système de valeurs, une seule obsession. Laquelle?

L’argent, l’économisme qui explique tout et n’explique rien. C’est en quoi notre société est totalitaire, car elle n’a qu’une explication à nous fournir du fonctionnement de la collectivité et de celui des individus au sein de cette collectivité. D’où peut-être l’écœurement ressenti par certains et la difficulté d’être également, si vous me permettez cette formule employée par Jean Cocteau, qui en avait d’ailleurs fait le titre d’un de ses livres : La difficulté d’être.

  • Distraire le mental : la Movie Therapy

Je rencontrais aujourd’hui même en venant à Radio-Canada un jeune homme fort sympathique qui m'a parlé un peu de lui, et j'ai vu, à ce qu’il m'a dit – d’une façon un peu superficielle sans doute – qu’il se trouvait un peu comme dans un état de mal-être, quelque chose comme un burn-out peut-être. La première idée qui m’est venue à l’esprit a été de lui dire de cesser d’être à l’écoute de son mental et de se distraire.

Comment faire pour se distraire de son mental? Après avoir toute ma vie beaucoup travaillé à me poser cette question, j’ai trouvé récemment une solution que, pourtant, j’avais appliquée moi-même pendant des années : aller au cinéma. Laissez-vous raconter des histoires.

Mais, je le répète :
si vous sentez que ce mal-être que vous éprouvez arrive à son extrême, n’hésitez pas à demander de l’aide.

Récemment, j’ai découvert un article paru dans le Psychology Today dans lequel justement on faisait état de la Movie Therapy. Il s’agissait ici de suggérer des films à voir ou à louer chez soi dont les thèmes pouvaient correspondre au vécu de l’individu ou qui pouvaient peut-être répondre à ses attentes, s’inscrire d’une certaine façon dans son vécu, etc. Il y a toute une liste de films que l’on suggère. Tant mieux si vous pouvez comme ça parvenir à trouver des films qui correspondent à votre situation et qui peuvent vous aider – à votre situation ou non, également.

Par exemple, moi, j’adore me faire raconter des histoires de héros, parce que forcément j’essaie un peu de m’identifier à ce héros quand je le vois qui s’en tire, qui finit par tuer le dragon (ce qui me peine toujours un peu parce que j’ai un faible pour les dragons) ou en train de séduire les jeunes filles.

James Bond est excellent pour se changer les idées :
je trouve qu’il n’a pas vieilli de ce point de vue-là.

Sean Connery, lui, a vieilli cependant; après tout, il est de mon âge, il faut bien que ça commence à paraître un peu. (Languirand taisez-vous et ne faites pas de comparaison avec Connery!) C’est dur la vie des fois…

 

 

  • Érotiser sa vie

En somme, il faut changer ses comportements, ses attitudes
et il faut aussi faire appel à ce que j’appelle " l’enfant-thérapeute " :
le jeu, l’exploration.

Certains exercices ou d’autres occupations plates ([rires] obligatoires, mais plates), comme l’expérience tactile...

  • Se lever tôt pour faire des exercices… (Ouach!)
  • Avoir un contact régulier avec la nature également; car il est évident qu’un contact régulier avec la nature est nécessaire pour vivre harmonieusement. Le saviez-vous? Si vous ne le saviez pas, vous avez perdu bien du temps. Vous n’aviez qu’à écouter l’émission Par 4 chemins avant aujourd’hui. On a parlé de ça tout le temps depuis qu’on est là.
  • L’exercice devrait le plus souvent être pratiqué dans la nature : le meilleur exercice c’est la marche, rapide autant que possible, relativement en tous les cas.
  • Toucher la matière, la transformer, l’interaction de la main et du cerveau – un truc important : le bricolage, par exemple. Justement, dans les états de mal-être que j’ai traversés j’ai beaucoup fait la cuisine, en toute modestie je le précise. Ça été pour moi une pratique salutaire. C’est peut-être moins efficace pour les femmes qui bien souvent associent la cuisine à une fonction parentale mais, dans mon cas, ça été utile de tripper dans les légumes, de faire cuire tout ça, etc.
  • Érotiser sa vie, par exemple.
  • Et puis, vivre dans le concret. Jung parle de l’abstraction comme du plus grand piège pour la civilisation occidentale. Autrement dit, vivre le concret non seulement par l’exercice tactile, mais aussi définir une nouvelle attitude par rapport au corps en passant par une interaction dynamique avec la nature et la matière. C’est ce qu’on appelle érotiser la vie. Quel beau programme
   
  • Évoluer

Poursuivre sa croissance est également important. J’ai observé que beaucoup de gens qui sont aux prises avec ce qu’on va appeler le burn-out – faute de mieux, parce que c’est devenu un fourre-tout, alors il faut se méfier un peu de cette étiquette et surtout ne pas donner dans la victimite – avaient interrompu leur croissance, pour ainsi dire. J’entends par là qu’il faut tenir compte de son âge et non pas de celui qu’on avait à telle ou telle époque.

Soyez de votre temps de vie.

Généralement, on arrive à la quarantaine avec l’impression qu’on n’a pas atteint nos objectifs, que la vie nous a trompé, qu’on a été floué, etc. et c’est souvent un facteur de mal-être qui va alimenter ou provoquer un burn-out, dans certains cas. Il faut se demander à quelle étape de sa vie on se trouve. Il faut être de son temps, du temps de sa propre vie, pour qu’il y ait une adéquation entre soi et le temps de sa propre vie. À ce moment-là, il me semble que ça nous permet de mieux nous retrouver… non pas comme on était avant mais conscient de ce qu’on n’est plus à une étape précédente, conscient également qu’on ne se pose plus les questions qu’on se posait à 20 ans, de voir qu’un bout de chemin a été fait depuis, etc.

Je parlais de la quarantaine, mais ça peut survenir à la cinquantaine, et même plus tard. Il y a une question de dépassement dans la vie et, à un moment, ce dépassement se retrouve dans la croissance, parce qu’on est en transformation constante au cours de la vie, et avec l’Univers aussi d’ailleurs, auquel chacun participe. À ma connaissance, les chiens font rarement un burn-out et c’est peut-être parce qu’ils ne se posent pas de questions sur le sens de la vie. Par contre, en tant qu’êtres humains, c’est ce qui nous est demandé et cela peut donner lieu à des états de crise. Mais il faut nécessairement faire d’une crise de la vie un choix (crise, je le rappelle, vient du grec crisis qui signifie choix).

Il y a des besoins autres à satisfaire quand l’âge n’est plus ce qu’il était.

Il existe une hiérarchie de besoins que l’être humain engagé dans un processus de transformation doit trouver à satisfaire pour vivre pleinement sa vie.

  • Voir à satisfaire ses besoins

Il en a été question souvent à l’émission mais ce n’est pas mauvais de revenir là-dessus, c’est un classique : l’illustration de la satisfaction des besoins selon l’échelle de Maslow. On lui avait demandé, à cette époque, de mettre la psychologie non pas au service des gens qui sont malades, mais aussi des gens qui se portent bien et ont simplement des difficultés quotidiennes comme nous en avons tous; c’était d’ailleurs le souhait de Abraham Maslow. On lui a demandé aussi de nous éclairer sur les motivations que les gens ont dans la vie. Alors, il est arrivé avec cette échelle des besoins car, pour lui, les motivations se trouvent dans les besoins à satisfaire. Il faut préciser qu’on n’a pas toujours les mêmes besoins à satisfaire.

  1. Il y a évidemment au plan physique et matériel, où l’objet est la survie, les besoins primaires : sécurité, bien-être, plaisir.
    Ça m’attriste toujours beaucoup de voir des gens qui ne sont pas capables de satisfaire des besoins de base comme manger et dormir sous un toit. Je pense aux sans-abri. Pour eux, c’est essentiel de trouver à satisfaire le besoin primaire qui est celui de survivre.
  2. Ensuite, au plan psychologique, il y a les besoins secondaires : dans la vie professionnelle, dans le domaine de la réalisation, que l’on satisfait par une certaine compétence; et dans la vie personnelle, dans le domaine de l’amour, par la recherche d’une certaine considération. Le sens de la vie, également.
  3. Il faut trouver une certaine cohérence dans la vie,
    et l’objet poursuivi à ce niveau-là, c’est
    l’estime de soi.
    Or, cela vient de l’extérieur, en partie,
    mais surtout des attitudes que l’on a par rapport à ce qui nous vient de l’extérieur.

  4. Le troisième niveau est celui du dépassement de soi, de l'actualisation du Soi, une belle formule qui veut dire que l’on tend à quelque chose de supérieur à soi; quelque chose que l’on porte en soi et qu’il faut tenter de découvrir, d’éprouver, de flairer, si je puis dire.

Arnaud Desjardins disait : " Un jour vient où nous faisons cette découverte fondamentale que la vie avec ses plus grandes joies et ses plus terribles souffrances n’était pas le fin mot de la réalité, que quelque chose restait à découvrir. " La vie, c’est toujours à suivre…

 

   


     
   

Vieillissement de la population : la garde montante se fait rare


D'après :
LESPES, Jean-Louis
(Propos recueillis par ABESCAT, Bruno).
" Jean-Louis Lespes :
‘ Un enfant sur deux deviendra centenaire ’ "
,
L'Express
,
28 août 1999.


Jean-Louis Lespes,
socio-économiste :
" Un enfant sur deux
deviendra centenaire "

photo: L'express

 


Pour revenir un peu à la question du début sur l’avenir de notre civilisation, j’ai sous les yeux un article qui porte sur le fait que nous allons vivre de plus en plus longtemps. On dit qu'un enfant sur deux deviendra centenaire dans les années qui viennent. C’est ce que soutient un expert français, Jean-Louis Lespes, maître de conférence à l’université et professeur à l’Institut des relations internationales, qui se définit comme un socio-économiste.

Pour justifier le vieillissement aux yeux des gens, Jean-Louis Lespes passe par l’économie – c’est curieux, mais on est encore dans l’économisme à plein tube. Dans une entrevue parue dans L'Express, il dit que les personnes âgées sont de grands consommateurs… Comme s’il fallait absolument que l’on soit de grands consommateurs pour justifier notre existence sur cette maudite planète!

Je ne le blâme pas de dire ça; ce qui me chagrine c’est qu’on soit obligé de le dire dans une société comme la nôtre. Lui-même c’est un garçon très bien, j’ai déjà lu des articles de lui, et c’est un homme remarquable. Mais qu’il soit obligé de préciser que les vieux ce n’est pas un poids pour la société de ce point de vue, que leurs dépenses représentent 50 % du marché des produits de beauté, 60 % de celui du tourisme, 45 % des achats de voitures neuves. Qu’ils achètent plus cher, privilégient les bonnes marques et la qualité, etc.

Il ajoute même plus loin : " Chaque génération de seniors dépense plus que la précédente et conserve les habitudes de l’âge actif. " Comme ça, on est un peu plus sûr de ne pas être condamné à mourir sous le cocotier! [rires] Une vieille blague qui raconte que des gens montaient dans les cocotiers pour jeter, sur la tête des vieux qui passaient en bas, des noix de coco jusqu’à ce qu’ils meurent. Pas très drôle, finalement.

Jean-Louis Lespes explique ailleurs " que ce vieillissement en cours concerne toutes les sociétés occidentales et il entraînera, telle une lame de fond, des changements massifs pendant plusieurs décennies dans tous les domaines. " Encore là, les domaines économique et financier, bien sûr, mais aussi sociologique, politique et même éthique.

Justement, à propos d’éthique, il y a une grande question dont je n’ai pas encore trouvé la réponse et que soulève Jean-Louis Lespes : " Aux États-Unis, dit-il, des spécialistes n’hésitent plus à écrire qu’il faut mettre un terme aux travaux de recherche et aux traitements de survie des personnes de plus de 75 ans. " Il y a la dialyse qu’on ne pratique plus en Grande-Bretagne chez les patients de plus de 77 ans, si l’information est juste. En tous les cas, la question est dans l’air.

Cet expert rapporte cette information qu’il a lue et que je trouve assez inquiétante : " Le troisième âge américain n’a pas le droit de s’offrir une immortalité progressive aux frais de la société! " Je ne serai pas là pour voir ce que ça va donner mais j’attends que ces gens-là vieillissent.

C’est drôle à quel point j’ai remarqué qu’en vieillissant j’ai changé d’opinion sur pas mal de choses. Je pense que c’est même une libération de vieillir de ce point de vue-là, car il y a des opinions qu’on trouve tellement dépassées et qu’on a eues alors quand on avait 20, 30, 40 ou 50 ans. Attendez de devenir un peu sénile, vous allez m’en donner des nouvelles. [rires] Vous allez vous apercevoir que vieillir ce n’est pas si simple que cela.


Ce n’est plus le baby-boom, c’est le baby-krach
 

Je le répète, Lespes affirme que chaque enfant aujourd’hui a une chance sur deux de devenir centenaire : c’est le premier élément important pour ce qui est du vieillissement. " Le deuxième élément important, c’est la chute de la natalité (en Occident) ", dit-il. Ce n’est plus le baby-boom, c’est le baby-krach qui se passe maintenant! " Le taux de fécondité des femmes a pratiquement été divisé par deux en 20 ans, nous dit Lespes. De telle sorte que les générations ne se renouvellent plus. La garde montante est plus maigre que la garde descendante. "

" Enfin, poursuit-il, le papy-boom (comme on dit en France), explosera à partir de 2005. " C’est un point important et il faut se préparer à cela. C’est-à-dire lorsque les enfants du baby-boom vont vraiment entrer dans le troisième âge. [rires] Ça ne sera pas long là! Que le temps passe donc vite.

À un moment, Lespes dit prévoir – et c’est une formule qui frappe l’imagination – que " dans 10 ans – ce sera une première! –, il y aura plus de grands-parents que de petits-enfants. La part des plus de 60 ans, qui représente aujourd’hui le cinquième de la population, sera proche du quart ", à ce moment-là.

 

   


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.