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Les Écoles philosophiques qui tirent le plus de profit du rapprochement avec la Science sont celles qui restent le plus près de lexpérience mystique, et dont lobjet, avant tout, est de provoquer cette expérience chez le disciple ¾ expérience qui recoupe tout à fait la nouvelle conception de lunivers physique par la science. Tout le reste est culturel et susceptible dévolution, au fur et à mesure que sélargit le champ de la conscience. * * * | ||
Car, de la Physique, comme disait Einstein, on passe à la métaphysique. Quant à moi, jattache une très grande importance à la Cybernétique, en tant que science générale des systèmes, et à la pensée de son créateur Norbert Wiener qui mapparaît aujourdhui comme un précurseur des gnostiques de Princeton ¾ et, en général, des scientifiques à dimension spirituelle. Norbert Wiener était du reste un croyant. À la façon dEinstein. Et je me souviens de lépoque existentialiste de ma vie où je narrivais pas à imaginer quon pût croire à lexistence dune Conscience supérieure, et que, en particulier, des êtres dune intelligence aussi élevée que Einstein et Wiener affichassent leur croyance nonobstant latteinte quune telle attitude devait porter à leur crédibilité scientifique... La cybernétique est née, entre autres, du rapprochement de diverses disciplines. Ce qui devait permettre de se rendre compte quil existe des lois fondamentales qui, au-delà des particularités de chacune de ces disciplines, les gouvernent toutes. Il sagit toujours, en somme, dun processus de transformation : de la matière et/ou de linformation et/ou de lénergie en matière et/ou information et/ou énergie. Cest la grande Loi de lanalogie, chère aux hermétistes, quon retrouve ici ; que, par exemple, dans toutes les disciplines comme en toute chose, on retrouve la complémentarité de deux opposés. Cest à la cybernétique quon doit aussi le concept de synergie : lidée que la fusion de deux éléments, ou leur rapprochement ¾ selon la nature du phénomène observé ¾ donne naissance à un troisième élément qui est plus grand que la somme des deux, et qui paraît plutôt tenir de leur produit. Cest aussi à cette science, complémentaire de celles des communications, que nous devons le concept dinterrelation : à savoir que lunité se trouve dans le rapport des éléments dune structure, lun avec lautre, et dans le rapport de chaque élément avec lensemble. Ici, on retrouve le Tao, cette vielle philosophie chinoise qui enseigne, en somme, que tout participe du tout, que lhomme participe de la Nature, quil nen est pas détaché, quil doit toujours chercher à sintégrer à lensemble ¾ la nature, le système social, la civilisation, ¾ le Cosmos. Tchouang Tseu, le plus grand penseur taoïste, écrit : " La nature a disparu ; les lois lont remplacée ; de là tous les désordres. " On croirait entendre Pierre Dansereau... Lécologie, cest la science de linterdépendance des systèmes. Il ny a rien de distinct de lensemble. Il ny a pas vraiment dêtre distincts. " Tous les êtres distincts sont tels par une limitation artificielle et temporaire du tout ", écrit encore Tchouang Tseu. " Leur destinée est de rentrer dans le tout. Leur essence est den participer. " La cybernétique et les sciences nouvelles qui en sont issues, en reformulant les lois fondamentales, nous ont permis de dépasser le dualisme du sujet et de lobjet. Nous débouchons, petit à petit, sur une nouvelle vision du monde : la survie des êtres, comme des peuples et des cultures, repose sur la qualité des interrelations. Elle dépend de ce que linterdépendance des êtres et des systèmes sera comprise, de ce quelle sera vécue harmonieusement. En insistant sur limportance de la cybernétique et des sciences des communications, je veux dire que la physique qui débouche sur la métaphysique na pas pour autant ouvert les coeurs, et cette révolution que nous espérons tous, elle devra sinscrire dans le concret. Le véritable progrès nest pas technologique, ni même intellectuel, il est normal. Et ce sentiment dintégration au tout, dinterdépendance et de responsabilité, qui commence à émerger de la crise de civilisation, nous le devons sans doute davantage à la conscience écologique et, en général, aux sciences des communications, quà la physique ¾ qui sinscrit moins dans notre vécu quotidien. * * * Dans lensemble, la pensée scientifique débouche sur une conception " holistique " de lunivers. On doit appréhender un système dans son ensemble, globalement, pour en saisir le fonctionnement. Lun des modèles holistiques est la théorie ¾ que, pour ma part, je trouve la plus tripative ¾ dite de la " lanière de botte " (ou " bootstrap theory "), selon laquelle la nature ne peut être comprise que dans son " auto-consistance " : chaque élément ou composant est " consistant " avec lui-même et avec tous les autres. Nous retrouvons ici le cri de ralliement des Trois Mousquetaires : " Tous pour un, un pour tous " ... Mais à léchelle cosmique. Geoffrey Chew résume cette théorie dans une formule " scientifiquement " provocatrice : Chaque particulier consiste en toutes les particules. Les " hadrons " (ou particules lourdes du noyau atomique) sont des structures composées dont les composants sont à nouveau des hadrons dont aucun nest plus " élémentaire " que les autres. Chaque hadron est " maintenu " par des forces associées avec léchange dautres hadrons dont chacun, à son tour, est maintenu par des forces émanant du premier hadron. Ainsi, chaque " particule " aide à créer les autres particules qui la créent elle-même : la globalité des hadrons sauto-génère de cette façon et, en quelque sorte, " se tire par ses lanières de botte ". Lunivers apparaît comme une trame dévénements interconnectés ; aucune des propriétés dune partie de la trame nest fondamentale : elles sont toutes générées par les propriétés des autres parties ; enfin, ce sont les interrelations des parties qui déterminent la structure de la trame entière. * * * Que dit la Science ? Quil ny a pas de matière comme telle, quau-delà dun certain point de pénétration de la Matière, il ny a plus que lÉnergie. Mais une Énergie qui est consciente. " Lunivers et une structure consciente delle-même, dans son ensemble et ses parties ", disent les scientifiques de la gnose dite de Princeton. Voilà ce quon trouve dans la Matière : une énergie consciente. Tel est le secret de la Matière. | ||
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jours en Inde avec Satprem, Robert Laffont. | * * * Ce secret, les Anciens le connaissaient : lÉnergie se trouve dans la Matière ; elle constitue la Matière même. Tel est, en vérité, le mot perdu. Aujourdhui retrouvé. Tel est lobjet de la quête du Graal. La Matière prend alors tout son sens. Satprem dit : " Le but de lévolution, ce nest pas den sortir. Le but de la Matière, ce nest pas de labandonner : cest de trouver son vrai secret. " | |
Il y a ceux qui se tournent vers la pensée traditionnelle pour apprendre le secret ultime. Pourtant, plus rien désormais nest caché. Le voile a été déchiré. Tout a été révélé. Comment peut-on continuer de chercher, comme sil y avait autre chose à trouver. Il ny a rien dautre à trouver. Tout le reste découle de cette découverte que lEsprit est dans la Matière. | ||
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La
Montagne sacrée, cest lEsprit dans la Matière : |
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Dans le corps, comme dans le roc des Vedas, il y a le miel. La grande expérience initiatique se déroule ainsi : cest dabord une question de conscience, dinvestissement de la conscience. Si jai mal physiquement, ma conscience se trouve investie dans la douleur. Si je suis envahi par le désir damour, ma conscience se trouve investie dans cette émotion. La plupart du temps, ma conscience est investie dans les sensations, les émotions et aussi les pensées. Cest très important, les pensées : le constant bavardage du mental quon prend souvent pour la pensée. Il sagit alors de retirer la conscience, de la ramener vers soi : de la retirer des sensations, puis des émotions, puis, enfin, des pensées. Cest un travail ardu. Si jy parviens une seconde, que se passe-t-il ? Je dispose alors de cette conscience vide ¾ car, il ny a plus ni sensations, ni émotions, ni pensées. Et la conscience na plus quà prendre conscience delle-même. Si je parviens à me maintenir dans cet espace, je parviendrai éventuellement à réaliser le Soi ; autrement dit, je me retrouverai face au Soi ¾ ce quil y a dimmuable en moi, mon être véritable. Si je parviens à me maintenir dans cet état et, pour ainsi dire, à me retourner dans ma conscience, afin de regarder le chemin parcouru, je découvre que alors non seulement je suis le Soi, mais quil ny a que le Soi. Cest lexpérience décrite par les Vedas : " le soleil dans lobscurité... " | |