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Le
Nouveau Planète Introduction à la série d'émissions Le Nouveau Planète L'influence de Herbert Marcuse et l'esprit de la contestation | ||
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Louis Pauwels | ||
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On trouve chez Pauwels une ouverture, une vision différente, nouvelle, autre, sur le passé, sur le présent, sur l’avenir. |
Je vous ai déjà parlé à quelques reprises de Louis Pauwels. Certains d’entre vous le connaissent ou connaissent son œuvre. Il est maintenant, entre autres choses, le directeur du Figaro magazine, à Paris. C’est un écrivain réputé, qui a remporté le Prix Goncourt pour son roman Saint Quelqu’un, paru aux éditions Albin Michel. Il a également écrit plusieurs ouvrages, des essais, certains orientés vers la spiritualité, du reste. Il est le co-auteur d’un ouvrage très connu, Le Matin des magiciens, avec Jacques Bergier, qui a eu une influence considérable. On trouve chez Pauwels une ouverture, une vision différente, nouvelle, autre, sur le passé, sur le présent, sur l’avenir. C’est aussi un homme d’action qui a joué un rôle de premier plan dans les médias. À un moment, il a été rédacteur en chef de Marie-Claire. Je l’ai connu personnellement car il a été mon patron alors qu’il venait d’arriver à l’hebdomadaire parisien En spectacle, où j’ai eu le plaisir de travailler sous sa direction pendant huit ou neuf mois. | |
| Louis Pauwels est un homme d’action, c’est d’ailleurs un excellent modèle de guerrier dans l’action. Il a lancé la revue Planète, qui devait avoir une influence considérable sur l’intelligentsia française et même dans plusieurs autres pays d’Europe (Italie, Espagne, Hollande, etc.) ainsi qu’en Amérique du Sud. Vers 1967, la revue Planète a cessé de paraître. Puis, en octobre 1968, Louis Pauwels a lancé Le Nouveau Planète. On se rappelle que, cette même année, avaient eu lieu les événements de mai 1968, qui étaient un peu de la même nature que ce qui s’était produit à Berkeley en 1965 : une grande contestation de la jeunesse. Il y a toute une philosophie derrière cette revue; on y trouve également une documentation extraordinaire. À partir de la collection complète de la revue Le Nouveau Planète, j’essaierai d’aller voir ce que je peux y trouver pour alimenter notre réflexion. C’est ce que j’appelle reculer pour mieux sauter. J’ai fait des découvertes étonnantes dans ces magazines. On peut dire que 20 % des articles nous touchent moins maintenant, mais la moitié sont encore d’actualité – dont plusieurs nous permettent d’avoir une perspective ouverte, prospectiviste même, sur l’avenir. En gros, Le Nouveau Planète n’a pour ainsi dire pas vieilli. | ||
| L'esprit de la revue Planète | ||
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| Je vais me reporter aujourd’hui à l’éditorial de Planète N° 1 – écrit en octobre 1961 – pour situer un peu dans quel esprit Louis Pauwels a créé cette revue. " Lorsque la terrible et fatale turbulence dans laquelle nous sommes plongés aura cessé; lorsqu’après ces orages montera de la terre l’odeur franche et fraîche d’une nouvelle société et d’une culture nouvelle, on sera stupéfait du peu de place occupé par les événements dans notre littérature. […] Notre civilisation, comme toute civilisation, est une conjuration. Quantité de minuscules divinités, dont le pouvoir ne vient que de notre consentement tacite à ne pas les discuter, détournent sans cesse notre regard de la face fantastique de la réalité. La conjuration s’emploie à nous faire volontairement méconnaître qu’il y a un autre monde dans celui que nous habitons, un autre homme dans celui que nous connaissons. Il faudrait, en quelque sorte, briser le pacte, se faire barbare. […] | |
| " La conjuration s’emploie à nous faire volontairement méconnaître qu’il y a un autre monde dans celui que nous habitons..." | ||
| " Notre dessein est d’appliquer une attitude ouverte, ‘ martienne ’, à tous les domaines, et notamment à celui des sciences humaines où la conjuration est la plus resserrée : à la psychologie, à l'étude des anciennes civilisations, à la sociologie, à l'histoire, etc. " " En réalité, ce que nous voyons autour de nous, c’est, de tous côtés, fuser des idées qui remettent en question l’humanisme traditionnel. […] " L’attention générale n’est pas encore mobilisée; quelques attentats isolés, à mettre au compte d’exaltés. Mais nous savons maintenant comment naissent les révolutions, et que toute une organisation clandestine est déjà en place et en extension quand on en est encore à croire aux actes individuels. […] Il y a désintégration, parce que la prévision est valable dans un monde dont les transformations n’atteignent pas les structures profondes, mais qu’elle dépasse nos possibilités, aujourd’hui où les structures de la matière et de l'esprit même de l'homme sont touchées. On peut prévoir les effets de l’action quand l’action n’est pas entièrement transformatrice. Quand elle l’est, comme c’est le cas présentement, on ne va pas du mal compris au mieux compris et du mal organisé au mieux organisé : on va de l'invisible simple à l’invisible compliqué et, sur le plan de l’organisation, à mesure que la part de hasard se réduit, la part d’inconnu augmente. " Nous aurons l’occasion, au cours de cette série d’émissions qui s’étendra sur une dizaine de jours, de revenir sur la philosophie de Planète qu’on pourrait définir par l’extrait suivant du même éditorial : " Tel est le rôle que nous nous assignons : témoin des maquis où s’élaborent les nouvelles formes d’action et de pensée. À la recherche, dans le train de l'histoire, de la correspondance pour le monde à venir. " | ||
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La contestation
de la société occidentale moderne | ||
Dans le premier numéro de Le Nouveau Planète, on trouve un article sur Herbert Marcuse. Sans doute certains d’entre vous se souviendront de l’importance qu’a eu Marcuse à cette époque. Ce n’est pas surprenant qu’on ait voulu faire connaître " Les arguments d'Herbert Marcuse contre la société occidentale moderne " puisqu’on était en 1968, cette année de contestation, en particulier, de la part du monde étudiant. Il s’est trouvé à devenir, bien malgré lui, à la suite de la parution de son livre L’homme unidimensionnel, un modèle de la jeunesse, car son propos alimentait la pensée contestatrice des jeunes de l’époque. | ||
| L'influence de Herbert Marcuse | ||
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O'NEIL,
Robert. |
Voici, par exemple, ce qu'écrivait Marcuse dans L’Homme unidimensionnel : essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée (Éd. de Minuit, 1968) : " Avoir une liberté économique devrait signifier être libéré de l’économie, de la contrainte exercée par les forces et les rapports économiques, être libéré de la vie quotidienne pour l’existence, ne plus être obligé de gagner sa vie. Avoir la liberté politique devrait signifier pour les individus qu’ils sont libérés de la politique sur laquelle ils n’ont pas de contrôle effectif. Avoir la liberté individuelle devrait signifier qu’on a restauré la pensée individuelle, actuellement noyée dans les communications de masse, victime de l’endoctrinement, signifier qu’il n’y a plus de faiseurs d’‘ opinion publique ’ et plus d’opinion publique. Si ces propositions ont un ton irréaliste, ce n’est pas parce qu’elles sont utopiques, c’est que les forces qui s’opposent à leur réalisation sont puissantes. " | |
| " La société actuelle oscille entre deux avenirs contradictoires ", écrit Robert O'Neil qui résume dans cet article la pensée de H. Marcuse :
" La politique de la société actuelle est centrée sur cette nécessité de créer toujours en plus grand nombre de faux besoins chez l’individu, des besoins-écrans qui lui voilent en partie la force à laquelle on lui demande de participer, et le dissolvent dans une pseudo participation communautaire truquée. " Je vous signale que c’est à peu près à cette époque également que Bruno Bettelheim commençait à insister sur la nature répressive de notre société, que l’on voyait toujours sous un jour favorable de production/consommation. De plus, un certain nombre d’intellectuels commençaient à se rendre compte que cette société pouvait être dépersonnalisante pour l’individu.
" ‘ Créer des besoins qui coïncident avec la répression est depuis longtemps devenu un aspect du travail socialement nécessaire, écrit Marcuse, nécessaire au sens où, s’il n’existait pas, le mode de production établi ne pourrait pas se maintenir. ’ " Jusqu’à présent, poursuit R. O'Neil, on pouvait expliquer, légitimer la domination et les répressions de tout ordre par l’état de précarité et de pénurie dans lequel la société se trouvait. Le monde était trop pauvre pour vivre sans restriction, sans renonciation. L’avènement de la société industrielle, technologique prouve par l’ampleur de ses réalisations qu’il n’en est plus ainsi. Les classes sociales les plus défavorisées accèdent à un mode de vie de plus en plus décent. Elles sont de moins en moins convaincues de l’opportunité de remettre en cause le peu de bien-être acquis au prix de tous leurs efforts. – En d’autres mots, il explique que la révolution qui doit se faire n’est pas une révolution de classes. " C’est même parmi la classe ouvrière qu’on trouvera l’appétit le plus convaincu – après de longues privations et un labeur acharné en vue de la satisfaction – pour les consommations de type réfrigérateur, télévision, machine à laver, automobile, etc. Ainsi, l’anesthésie qu’apporte l’espoir de ce genre de confort est bien la plus grande arme que manipule le système actuel – dont Marcuse fait le procès. – […] | ||
| " Objectivement, le refus de l'administration totalitaire de la société actuelle ne peut provenir que de ceux qui ne font pas le jeu de la société. " | " Il découle donc de cet état de fait de la société de consommation que les forces de contestation ne sauraient jaillir de ceux mêmes qui acceptent, voire souhaitent, l’état de fait en question. Objectivement, le refus de l'administration totalitaire de la société actuelle ne peut provenir que de ceux qui ne font pas le jeu de la société. Ceux qui craignent de n’avoir plus rien à gagner devant les forces technologiques, ceux qui pensent n’avoir rien à perdre; ceux-là seuls représenteront les forces capables de passer outre à l’administration totale ", au sens de structures du système à intégration poussée… Évidemment, il faisait partie de ceux-là, ainsi que Bettleheim. | |
" Pendant que des millions d’hommes peuvent mourir de faim – aujourd’hui, il dirait ‘ meurent de faim ’ car c’est la réalité –, les abus les plus odieux se perpétuent afin que soit protégé l’état d’abondance et de richesse. Les classes les moins aisées, celles qui auraient pu protester contre cet état de fait, se sentant concernées, sont elles-mêmes poussées vers un certain mieux-être qui les conduit peu à peu à un ‘ état d’asthénie ’ (au sens de fatigue) et d’asservissement au système. La société technologique est fondée sur ce bien-être factice qui pousse l’individu, comme l’enfant, à penser, en guise de consolation, qu’il est méritant. Comment et pourquoi lutter contre ce qui apparaît image de bonheur et de satisfaction? " Il me semble que sur ce point, en particulier, on n’a pas beaucoup progressé.
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| " La publicité a suscité un mode de vie collectif. L’opinion publique exerce un contrôle permanent sur la vie privée la plus intime des individus. " | " Un lent conditionnement, un pieux endoctrinement s’est emparé de la majorité. Il fallait convaincre tout un chacun de prendre la réalité (que les groupes de pression proposaient) pour ses propres désirs. Et la réussite a été quasi totale. La publicité a suscité un mode de vie collectif. L’opinion publique exerce un contrôle permanent sur la vie privée la plus intime des individus. Pour conséquence première, on peut signaler un nouveau besoin : l’attirance pour la conformité aux groupes et pour l’uniformité des conduites et des désirs; le rejet de toute excentricité, de toute imagination. Si l’on se précipite sur un article de consommation vedette, la satisfaction qui s’ensuit n’est pas tant due au besoin qu’on en éprouvait, mais plutôt au plaisir de ne pas résister à la manipulation. " | |
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C’est, de toute évidence, l’une des critiques les plus sévères qui ait été écrite sur la société technologique, sur la société de consommation. Marcuse considère que la société technologique se dévoile comme la forme la plus évoluée de domination et de répression. D’autant plus grande qu’on n’en a pas conscience, bien souvent. Herbert Marcuse, contestation
et hédonisme (éléments biographiques) : | ||
| " Mais la teneur de la persuasion et de la domination est telle que l’idée que l’individu peut s’en faire est celle d’une administration légitime et libérale, commente O'Neil. Le conditionnement, l’endoctrinement d’une part, l’insécurité et l’asservissement de l’autre, sont si poussés et si bien intégrés par l’opinion publique que ceux qui refusent l’ordre établi sont non plus rejetés en tant que déviants, mais intégrés en dépit d’eux-mêmes. " [rires] Hautement tripatif.
" Ce sont les jeunes qui, par leur attente même de l’avenir, se laissent de moins en moins dissuader. Ils souffrent sans doute plus que les adultes de la répression institutionnalisée. Ils ne possèdent pas encore les moyens de se préserver, de se défendre contre l’anxiété qui découle de l’état de fait créé par la société technologique. Pour eux, la liberté apparaît ‘ urgence ’ devant le choix visant à leur insertion sociale. Ils se heurtent très vite à l’asservissement mécanique. ‘ Les choses tourbillonnent, elles ne pressent plus, elles font tourbillonner l’instrument humain – tout entier, corps, esprit, âme ’, écrit Marcuse. " Plus qu’aucun autre, le jeune est celui qui adhère à la société de consommation, poursuit O'Neil. Il en arrive à un niveau si poussé d’acceptation des faux besoins qu’une lassitude précoce et une prise de conscience peuvent jaillir des propres contradictions économiques auxquelles il est soumis. […] La jeunesse vit cela avec d’autant plus d’acrimonie qu’elle est plus revendicative des possibilités de choix dans le présent. Elle accepte de moins en moins que ses potentialités soient entravées par le rendement qu’on réclame d’elle. " Que demande la société aux jeunes finalement? De bien apprendre leurs leçons et de se conformer. " Que ce soit à l’ombre des patrons, des idoles ou des professeurs, la relation du maître à l’esclave est de plus en plus renforcée. – Bien sûr, les images sont violentes, mais c’est cela Marcuse! – Contrairement à ce qui se passait dans les expressions culturelles de la société passée, les caractères légendaires des héros nationaux, des vedettes, des vamps ou des beatniks, ne servent plus même à nier l’ordre établi, elles servent à l’appuyer, à l’affirmer. La créativité, la libre expression, l’imagination apparaissent comme des fleurs superflues. " " Que peut-on faire dans un tel tissu de contradictions? demande Robert O'Neil à la fin de son article. Se sentir violemment concerné et tenter de comprendre l’attitude de ceux qui refusent et contestent un ordre qui n’est qu’un désordre bien maquillé; ‘ réveiller et organiser la solidarité en tant que besoin biologique de se tenir ensemble contre la brutalité et l'exploitation, telle est la tâche, écrivait Marcuse. Elle commence par l’éducation de la conscience, du savoir, du regard et du sentiment qui saisissent ce qui advient : le crime contre l’humanité. La justification du travail intellectuel réside dans cette tâche et aujourd’hui, le travail intellectuel a besoin d’être justifié. "
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| L'esprit de la contestation | ||
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DESANTI,
Dominique. |
C’est tout à fait naturel que, dès la sortie du second numéro de Le Nouveau Planète, l’on ait consacré la couverture et plusieurs pages à la jeunesse américaine sous le titre : " La jeunesse la plus riche du monde dit aussi non ". Il venait de se produire en Europe les événements de mai 1968, particulièrement à Paris, et on s’interrogeait sur l’esprit de contestation qui animait un très grand nombre d’étudiants de New York et de Californie, en passant par le Massachusetts, constitué de jeunes qui refusaient l’université. Cela faisait grand bruit parce que, comme partout en Occident, la contestation de la société par les futurs cadres faisait parler d’elle. On leur disait : " De quoi vous plaignez-vous? C’est vous qui allez constituer l’encadrement de cette société-là! " Mais justement, c’était précisément ce que cette jeunesse refusait. Avec le recul, c’est d’autant plus intéressant d’observer ce phénomène, parce que c’est dans les années 60 qu’on a recruté nos Yuppies des années 80… | |
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Dominique Desanti, l'auteure de l'article que je mentionnais à l'instant, cite J. Kenneth Galbraith, le grand économiste américain qui a été, à un moment, conseiller du Président Kennedy en matière d’économie : " Les manifestations d’étudiants à travers le monde, de Paris à New York, montrent la rébellion contre les valeurs du monde industriel. Les événements de Columbia n’ont rien de surprenant : ses administrateurs sont confits dans l’embourgeoisement. " On voit qu’il y avait un vent fort de contestations qui se faisait sentir dans plusieurs milieux. La contestation elle-même émanait des étudiants, mais elle envahissait le monde des professeurs. On peut évidemment comprendre que les étudiants aient pu protester contre la guerre au Vietnam, pour les droits civils, mais il y avait, de plus, un refus global de la société qui pouvait un peu surprendre. Que voulaient-ils? " On peut répondre : la paix, écrit notre auteure. […] On peut répondre : l’égalité des droits entre les citoyens. […] On peut répondre : la participation. " Je dirais qu'on peut aussi dire qu'ils désiraient une nouvelle définition de la société. Plusieurs analyses ont été effectuées à l’époque mais la plupart en sont venues à la conclusion que le but de cette contestation aura été de réorienter leur destruction vers autre chose. C’était l’époque du hippisme, également, le Peace and Love du milieu des années 60. Dans cet article sur la jeunesse contestataire américaine, on examine le phénomène. " Le hippy – du moins ce que les psychiatres examinent – reste un enfant enfermé dans la recherche de son identité. Il vit dans l’instant, non dans la durée. À la question adulte : Et l'avenir? il secoue tous ses poils et refuse le temps. " [rires]
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| Voyons
si les récriminations de ces jeunes ont beaucoup changé.
" Notre enseignement, disent les jeunes Américains, nous offre des informations au plus haut niveau sur chacune des branches enseignées, une série de renseignements détaillés, de techniques élaborées… Or, nous cherchons une clé pour le monde et pour notre moi : un tout ", relate D. Desanti. Ils étaient déjà à la recherche du holisme, pourrait-on dire. Avant cela, c’est la religion qui fournissait cette vision. Pour illustrer cet article, on montre une petite affichette sur laquelle est écrit : " Jesus was a beatnik. " [rires] | ||
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| La critique de Marcuse continue d’être véhiculée. Mais… " Ce n'est pas tant Marcuse qu'ils suivent; c'est plutôt ceux qui tirent de ses livres des mots d'ordre simples et crus, explique notre auteure. Marcuse, s'il remet en question Marx et Freud, tente surtout d'expliquer une société que n'ont connue ni l'un ni l'autre : celle de la surindustrialisation, du surdéveloppement, de la surproduction, de la consommation forcée. C’est-à-dire celle du rendement. – Il est également vrai de dire que Marcuse ne fait qu’expliquer une société et que, s’il est devenu un héros, c’est qu’on a effectivement tiré de son œuvre des mots simples mais qui n’étaient pas de lui. – Il met en parallèle l'image de la société et l'image psychanalytique du père. […] ‘ Le travail fondamental pour la civilisation est non libidineux ’, dit-il; le labeur est déplaisir et doit donc être imposé. […] " Notre bonheur personnel [dit un brillant jeune intellectuel] réside dans la réussite sociale. C'est faux pour moi : je ne veux pas de leur moule. Or, tout non-conformisme profond passe, chez nous, pour une maladie du psychisme. Surtout le non-conformisme sexuel. " Plus
loin dans l'article, à propos de " libertins libertaires ",
l'auteure réfère à Erich Fromm, l’un des théoriciens
américains, psychiatre et psychologue : | ||
| " La
société, montre Marcuse, axée sur le principe du rendement,
réprime fortement toute rébellion. Plus la surrépression
est grande, plus la rébellion est ‘ sauvage ’. " | " La société, montre Marcuse, axée sur le principe du rendement, réprime fortement toute rébellion. Plus la surrépression est grande, plus la rébellion est ‘ sauvage ’. […] Ces étudiants refusent cette civilisation sur-répressive, cette société de surconsommation, cet avenir de sur-rendement. Ils la refusent avec une force incomparablement moins profonde, moins réelle que celle des grandes minorités rejetées par le système : par exemple les Noirs. Le refus des étudiants fait sourire les Noirs. Ils ne reconnaissent pas l'aide que cette protestation, non fondée économiquement ni socialement ni politiquement, peut leur apporter. Ils ne reconnaissent pas ‘ la conscience humaine la plus évoluée ’ dans les jeunes excentriques, jeteurs de pavés ou de fleurs […] criant ‘ Love ’ comme on crie sa haine. Pourtant, seule la jonction de cette conscience et de ‘ la force humaine la plus exploitée ’ (constate Marcuse) pourrait réellement changer la société. La société pour l'heure se sent à l'abri. Elle s'offre le libéralisme comme un luxe suprême, un musée des ‘ idées ne pouvant servir à rien ’. " | |
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Par 4 chemins/ Le
4 février 2001 | ||
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