Arnaud Desjardins

 

" J’ai voulu indiquer que le chemin de la sagesse n’est pas un chemin parsemé de pétales de rose. "

Gilles Farcet

Jacques Languirand rencontre
Gilles Farcet
(Montréal, le 26 novembre 1987)Écoutez l'entrevue de Jacques Languirand avec Gilles Farcet en Real Audio

Arnaud Desjardins, un homme de l’Occident

Cette émission sera consacrée à Arnaud Desjardins pour plusieurs raisons dont la principale est qu’il s’agit d’un maître très intéressant quant à son évolution personnelle, qui devait l’amener à la Réalisation, au plan spirituel. Comme il est occidental, il témoigne bien, entre autres choses, de ce rapprochement entre l’Orient et l’Occident sans pour autant avoir perdu sa personnalité d’Occidental : il sait tenir un langage qui est proche du nôtre, car ses préoccupations, ses intérêts sont, à toutes fins pratiques, les nôtres.

L’occasion de consacrer une émission à Arnaud Desjardins nous est fournie par la rencontre que nous avons faite, il y a quelques jours , au Salon du Livre de Montréal avec Gilles Farcet, qui est un jeune homme fort sympathique. Écrivain, il est aussi le directeur de la revue Filigrane publiée aux éditions Albin Michel, et il a consacré un ouvrage à la vie de Arnaud Desjardins : Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse a été publié aux éditions Lacombe/ La table ronde. C’est un ouvrage très intéressant parce qu’il apporte un éclairage sur son vécu, sur son cheminement. Ce n’est pas simplement la curiosité qu’on satisfait dans cet ouvrage, mais de l’espoir, Arnaud Desjardins étant un Occidental, l’espoir de cheminer à partir de maintenant et de l’espace dans lequel nous sommes ici-même – et non pas de penser en termes d’évasion vers des horizons orientaux, exotiques ou autres.
Arnaud Desjardins

On doit beaucoup à Arnaud Desjardins. On lui doit, en particulier, de nous avoir enseigné l’importance de la psychothérapie, comme on l’entend en Occident.

On doit à Arnaud Desjardins de nous avoir signifié que la démarche spirituelle ne consistait pas en une addition mais consistait plutôt à soustraire nos formes de mal-être, nos conditionnements, c’est-à-dire par nettoyage, pour diminuer, en particulier, nos émotions douloureuses.

Et on lui doit de nous avoir, par là, signifié que la démarche spirituelle ne consistait pas en une addition que l’on fait sur ce que l’on est, mais plutôt à soustraire nos formes de mal-être, nos conditionnements, c’est-à-dire par nettoyage, pour diminuer, en particulier, nos émotions douloureuses. C’est ça qui est le but de la psychothérapie.

Évidemment, ce n’est pas la même chose que la spiritualité qui, au-delà des émotions douloureuses, cherche à guérir d’une façon définitive toute souffrance par la disparition de la possibilité même de souffrir. Et là, cela va beaucoup plus loin, par le fait que l’on atteint un état de liberté intérieure, une conscience non affectée, une sérénité immuable, la disparition de toute crainte, y compris celle de la mort.

Je parlais de Réalisation tout à l’heure. Il y a deux sens à ce mot :

  1. On peut l’entendre dans le sens d’une expérience que l’on fait par soi-même. Il s’agit de réaliser, au sens de : Ah, je viens de découvrir que… sa véritable nature est d’essence divine. Mais il ne s’agit pas de compréhension intellectuelle…
  2. Lorsqu’on parle de Réalisation, il y a aussi réaliser dans le sens d’accomplir, mais encore plus dans le sens de découvrir ce qui n’avait pas encore été découvert, de prendre conscience de ce dont on n’avait pas encore pris conscience.

Arnaud Desjardins a été un grand voyageur, un cinéaste aventurier, un réalisateur pour la télévision française : il a d’ailleurs fait de merveilleux films sur les spiritualités différentes de l’Orient. Il est un familier des grands maîtres de l’hindouisme, du soufisme, du bouddhisme. Il a écrit 14 livres, sans cesse réimprimés, et c’est aujourd’hui un des seuls européens à transmettre le Vedanta, enseignement qui se fonde non seulement sur une connaissance intellectuelle, mais aussi sur une expérience intime. Il fait un peu figure, si je puis dire, de sage dans ce siècle. Mais on connaît peu les détails de son itinéraire et c’est l’intérêt que présente cet ouvrage biographique pour voir à quel point c’était un homme de l’Occident, qui partage nos névroses, en quelque sorte. Et c’est autant de questions que je vais poser à Gilles Farcet, l’auteur de ce livre.

Entretien

Jacques Languirand : Est-ce que vous considérez que la démarche d’écriture que vous avez faite à partir de la vie de Arnaud Desjardins a été pour vous un travail sur vous-même, l’occasion d’une démarche intérieure en même temps?

Gilles Farcet : Oui, bien sûr, absolument. C’était tout l’intérêt de cette démarche. De toute façon, je crois que l’écriture, si l’on décide d’écrire sur des questions profondes, est déjà un processus d’intériorisation, une méditation. En plus, j’ai eu vraiment à intérioriser le personnage et le cheminement de Arnaud Desjardins. Donc, ça m’a obligé à finalement essayer de vibrer, d’entrer en communion avec ce personnage tout au long de ce cheminement.

Êtes-vous arrivé à une forme d’identification, à un moment, avec lui?

G. F. : Pas vraiment d’identification, j’ai eu l’impression de toujours rester moi-même. Mais il y a des épisodes du livre où j’ai puisé dans ma propre expérience parce qu’elle recoupait un petit peu la sienne. Un exemple très précis, c’est quand je parle de ses fiançailles : moi je n’ai pas vécu des fiançailles comme lui; mais quand on décrit l’émerveillement d’un premier amour, j’ai puisé dans mes souvenirs pas si lointains pour me rappeler cet éblouissement, ce qu’on ressent.

J’ai découvert précisément dans votre livre que Arnaud Desjardins avait eu une vie amoureuse qui a été finalement une véritable tempête, en quelque sorte.

G. F. :Tout à fait, oui.

Un ouragan presque!

G. F. : Un ouragan, oui, et c’est curieux parce que c’était quelqu’un qui, de par son éducation, avait des aspirations à la monogamie, à la fidélité, à une vie finalement très réglée. Mais à la suite de ses fiançailles vécues très jeune, on peut dire d’une certaine manière qu’il ne s’en est pas remis pendant longtemps et que ça lui a valu effectivement une vie amoureuse assez chaotique.

C’est curieux mais chez moi, ça évoque un peu le feu, cette recherche de complément sur le plan amoureux. Peut-être que ça a contribué à le " nettoyer ", si je puis employer cette expression?

G. F. : Son aventure avec Dalida, par exemple, à laquelle je consacre un chapitre dans mon livre, c’est une aventure qui a vraiment jailli vers la fin de son cheminement, au moment où son cheminement avait atteint presque son paroxysme, parce que ça l’a obligé à aller au bout de lui-même et à oser voir ce qu’il y avait en lui-même; à casser même le personnage de Arnaud Desjardins, représentant de la sagesse à la télévision française. Ça l’a obligé vraiment à sortir des aspects de lui-même qui, sinon, seraient restés à l’état latent, et à vraiment les accepter, les intégrer puis à les dépasser. Je crois que ça a été effectivement une force positive qui lui a permis de brûler ses vaisseaux, si on peut dire.

Vous-même, dans vos relations avec lui, est-ce que vous avez eu, à un moment, l’impression d’une sorte de transfert de votre part? Cherchiez-vous à travers lui une image paternelle? Quelqu’un qui puisse " vous prendre en charge " en quelque sorte? J’essaie de voir à travers vous le cheminement de Arnaud Desjardins, en somme.

G. F. : C’est difficile de répondre avec objectivité, parce que si on est totalement honnête, c’est évident que pour quelqu’un de jeune comme moi, on a toujours la tentation effectivement d’effectuer un transfert, de chercher une figure paternelle dans quelqu’un qui a une grande expérience et qui nous semble solide, sage. Cela dit, je pense que je ne suis pas allé très loin dans cette direction. D’abord Arnaud ne m’y a pas encouragé. Ce qu’il veut avant tout c’est que moi, comme tous les gens qui viennent à lui, soient eux-mêmes. Il veut en fait les aider à devenir davantage eux-mêmes, les aider à se " nettoyer " de toutes les couches de mensonge qui les empêchent justement d’accéder à leur propre essence, à leur personnalité. Donc, il m’a au contraire encouragé à devenir moi-même, ce que je suis profondément. Il coupe très vite toute occasion de transfert, de projection sur lui, il s’y emploie même.

C’est important de signaler que Arnaud Desjardins aura beaucoup contribué à faire comprendre à son public l’importance d’une démarche d’ordre psychologique et je dirais même d’une démarche de thérapie, à toutes fins pratiques. Je fais une distinction très grande entre la thérapie et la démarche spirituelle proprement dite, mais je pense que l’accent qu’il a mis à certains moments dans son enseignement pour dire jusqu’à quel point le nettoyage en quelque sorte, le cheminement qui passe par la soustraction des émotions négatives, des conditionnements, etc., est très important. Pour moi, c’est un apport considérable, parce qu’avant, on avait un peu l’impression qu’une démarche spirituelle devait être plutôt quelque chose qui venait s’ajouter au vécu et à la démarche ordinaire de la personne, tandis que Arnaud nous met en garde contre ça.

Swami PrajnanpadG. F. : En fait, cela vient de sa propre expérience. Après avoir rencontré beaucoup de grands sages, de maîtres hindous, afghans, bouddhistes, mais qu’il n’avait pas pu considérer comme son maître propre, il a rencontré son maître : il a eu le choc de voir que le maître en question, Swami Prajnanpad, accordait beaucoup d’importance à un certain nettoyage psychologique. Il considérait qu’autrefois, dans des sociétés qu’Arnaud appelle traditionnelles – des sociétés disons plus équilibrées, plus harmonieuses peut-être –, les gens abordaient les enseignements spirituels avec déjà une certaine solidité intérieure, une certaine harmonie, alors qu’aujourd’hui, la plupart du temps, c’est la névrose qui règne. Alors, il fallait commencer, comme disait Swami Prajnanpad, par être " normal " pour ensuite commencer à accéder peut-être au supranormal. Avant de prétendre à de grandes expériences mystiques et spirituelles, il fallait d’abord bien se tenir sur ses deux pieds.

Arnaud Desjardins signale qu’il n’existe pour ainsi dire pas de modèle de cheminement spirituel rigoureux, très authentique, en Occident, et qu’il a donc été obligé d’aller chercher ses modèles et ses maîtres du côté de l’Orient. Je trouve que l’apport de Arnaud Desjardins de ce point de vue-là est très important : on le sens très près de nous, de nos préoccupations, j’allais presque dire très près de nos névroses, et il est parvenu à en sortir. Et c’est déjà un modèle, car c’est précisément ces névroses qui nous empêchent de nous libérer. On se dit : enfin, en voici un qui a fait le cheminement à travers sa souffrance, à travers son vécu – qui a été bousculé et chaotique –, et qui est parvenu à cette libération : du point de vue de la thérapie mais également du point de vue de la spiritualité en parvenant à la Réalisation du Soi. C’est un monument.

G. F. : Justement, moi, ce que j’ai essayé de bien montrer dans mon livre, c’est le cheminement de Arnaud Desjardins : comment finalement toute cette ascèse, il l’a vraiment intégrée dans sa vie quotidienne, à travers une vie effectivement très mouvementée, par instants très chaotique, mais une vie très occidentale également. Parce que s’il a effectivement passé des années en Orient, malgré tout, l’essentiel de son chemin s’est quand même joué à Paris, en Europe. C’est un occidental profondément.

" Arnaud n’a jamais prétendu finalement devenir hindou ou bouddhiste, au contraire, il a toujours tenu à garder son identité occidentale. "

D’ailleurs, son maître Swami Prajnanpad avait lui-même une connaissance de la psychologie occidentale…

G. F. : C’était quelqu’un qui était très imprégné de culture occidentale. Il connaissait bien Freud, Victor Hugo, il connaissait très bien les poètes anglais. Arnaud n’a jamais prétendu finalement devenir hindou ou bouddhiste, au contraire, il a toujours tenu à garder son identité occidentale.

Quand on prend connaissance d’une biographie comme celle-là (incidemment je tiens à vous dire que je la trouve excellente et que votre livre est tout à fait remarquable), on est séduit par le fil conducteur qui nous amène à comprendre comment un événement mène à un autre événement. Pour reprendre l’enseignement de Arnaud Desjardins : " Il n’y a pas d’événements mauvais ou bons, il n’y a que des événements. " Avez-vous été vous-même, en travaillant sur sa vie, fasciné par cet enchaînement des circonstances qui font que, par exemple, on voit chez lui toute la préparation du communicateur qui cherche à devenir comédien. On voit qu’il y a un temps de préparation, puis qu’ensuite il y a un temps où l’action est un temps véritable. Vous avez dû être fasciné par ça?

G. F. : Oui, je crois que c’est tout l’intérêt d’une biographie comme celle-là, si elle est réussie, de montrer justement comment une vie réussie, comme celle de Arnaud, ce n’est pas finalement une succession d’événements, d’incidents plus ou moins contradictoires, mais que dès le départ on trouve une certaine volonté, un fil conducteur, même si par moments on a l’impression que ce fil se perd à travers les péripéties.

" Ce que j’ai trouvé tout à fait fascinant, c’est de voir comment très jeune, il avait commencé à s’orienter dans une certaine direction et comment à travers toutes les vicissitudes, il s’était tenu fondamentalement à cette direction sans jamais capituler, en ayant toujours cette ferme volonté.  "

Ce que j’ai trouvé tout à fait fascinant, c’est de voir comment très jeune, il avait commencé à s’orienter dans une certaine direction et comment à travers toutes les vicissitudes, il s’était tenu fondamentalement à cette direction sans jamais capituler, en ayant toujours cette ferme volonté. J’ai été frappé, en rencontrant des gens qui l’avaient connu jeune, dans les groupes Gurdjieff par exemple, que tous me disaient à peu près la même chose : qu’ils avaient gardé l’image d’un Arnaud jeune qui était déjà très tendu vers ce but, vers la volonté de cette libération, et qui voulait absolument faire de sa vie quelque chose de cohérent, quelque chose qui prenne un sens; qu’il était même obsédé par cette question de sens et le fait que sa vie ne soit pas simplement, selon le mot de Shakespeare, " Un conte plein de bruit et de fureur ", un chaos qui ne signifie rien. Il voulait que tout cela prenne une signification et aboutisse quelque part.

Il aura beaucoup contribué à faire comprendre également – et je suis de ceux qui ont un peu mieux compris de quoi il s’agissait – que le lèche-vitrines intellectuel qui consiste à bouquiner, à passer d’un livre à l’autre finalement, n’avait finalement pas de sens. Qu’il fallait s’engager à fond. Son engagement dans cette pratique et l’exemple qu’il donne est, selon moi, très encourageant. On voit que si la démarche est rigoureuse et qu’on s’y investit totalement, il y a de l’espoir. En même temps, il nous montre la voie dure  on voit bien, à travers lui, que le chemin est difficile, mais qu’il y a l’espoir au bout. Je trouve que cette démarche est importante, comme modèle encore une fois. Est-ce comme ça que vous le percevez aussi?

G. F. : Tout à fait. Oui, c’est une aventure et c’est pour ça qu’on a intitulé ce livre Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse. Parce qu’en fait, j’ai voulu indiquer que le chemin de la sagesse n’est pas un chemin parsemé de pétales de rose. Il y a de l’espoir au bout, mais c’est une vraie aventure, ce n’est pas un petit stage par-ci, un petit stage par-là, quelques lectures… C’est vraiment quelque chose qui nécessite un tempérament ardent, un tempérament de feu, et j’ai été très frappé, en réfléchissant, de voir que les grands mystiques avaient été des gens très turbulents. Ils n’étaient pas des tièdes…

Vous me rassurez beaucoup…

G. F. : Moi aussi, je trouve ça tout à fait rassurant. Si vous prenez l’exemple de Saint Augustin, ou de Ignace de Loyola, ce n’était pas des gens tièdes. J’ai vu, par exemple, Swami Prajnanpad, le gourou de Arnaud Desjardins, qui a été aussi un homme absolument vivant, et dont le propre maître avait été un terroriste…

" Je crois que pour être un mystique, il faut absolument avoir un feu, il faut être consumé par une passion. "

Aussi Deshimaru

G. F. : Oui, Deshimaru, dont je parle à la fin du livre, à propos de sa relation avec Arnaud, a été aussi un personnage haut en couleurs. Je crois que pour être un mystique, il faut absolument avoir un feu, il faut être consumé par une passion. Cette passion qui est ensuite une passion purifiée est une passion qui va peut-être au-delà des passions. Mais je crois qu’il faut avoir ce tempérament-là. Ce n’est pas fait pour les tièdes ou les gens qui veulent seulement s’en tenir à leur petit confort.

Ce qui me plaît également beaucoup, c’est de voir que ce n’est pas seulement un cheminement qui a un sens étape par étape, compte tenu des événements, des circonstances également, mais compte tenu des écoles de pensée. On voit arriver à certaines étapes le début d’une interrogation. L’ivresse avec Lanza Del Vasto, par exemple, puis ensuite on voit arriver le début des exercices et de la pratique à partir des groupes Gurdjieff et ça se poursuit comme ça jusqu’à déboucher sur le Vedanta, par exemple. Je crois que cette progression est étonnante à découvrir à travers le vécu, jour après jour. Voyez-vous cela comme une continuité?

Ramana MaharshiG. F. : Oui tout à fait, c’est une continuité. Ce qui est intéressant, c’est de voir finalement que chez Arnaud l’étude n’est jamais purement livresque. S’il s’ouvre, par exemple, au Vedanta, c’est vraiment par un contact non vraiment érudit – bien que je n’ai rien contre les érudits –, mais parce qu’il est confronté véritablement à la réalité du Vedanta à travers des œuvres, des visages, à travers des présences qui lui parlent comme celle de Ramana Maharshi, des maîtres qui le bouleversent et qui lui montrent de façon concrète, de façon presque tangible que cette réalité est là, et qu’elle peut être pressentie. Donc, pour lui, c’est toujours avant tout une question de présences vivantes.

Et qu’elle l’est aussi dans le quotidien.

G. F. : Dans le quotidien, absolument. Sinon ça n’a aucune valeur.

Ce n’est pas du tout un enseignement décroché, mais pas du tout.

G. F. : Au contraire, c’est entré dans le quotidien.

Et la voie de la non-dualité est extraordinaire de ce point de vue-là. Parce que vivre l’instant, accepter l’instant présent et ensuite cumuler les instants, je trouve que tout cela a été tellement bien exprimé…

" Je crois que le bonheur est une science, et que la spiritualité c’est un peu la science du bonheur. "

G. F. : Je crois qu’il faut démystifier tout ça : c’est un enseignement spirituel, mais finalement qu’est-ce que la spiritualité? Pour moi, et peut-être aussi pour vous, c’est simplement l’école de la vie, c’est simplement apprendre à bien vivre. Comprendre quelles sont les règles du jeu de la vie et, à partir de là, bien s’en tirer, dignement et joyeusement. Parce qu’avant tout c’est une affaire de joie. On ne suit pas un cheminement spirituel pour être un triste saint. C’est simplement pour être plus heureux, c’est tout. Je crois que le bonheur est une science, et que la spiritualité c’est un peu la science du bonheur. Comprendre, parfois à travers les souffrances, parce qu’il y en a forcément, à travers les épreuves, qu’on peut trouver quelque part une source de bonheur qui ne se tarit pas.

Le critère d’évolution au plan spirituel, si on peut le mesurer, ce serait peut-être l’aptitude au bonheur?

G. F. : L’aptitude au bonheur quelles que soient les circonstances. Je crois que ce qui caractérise cette aptitude, si je puis employer ce mot, c’est quelqu’un qui est capable, sans être insensible comme un robot qui ne ressent rien, d’être au contraire quelqu’un qui ressent beaucoup plus et qui est capable en même temps de ne pas être complètement submergé par les événements, et de toujours pouvoir contacter à l’intérieur de lui-même une source de joie, une source de tranquillité qui lui fait voir ces événements avec une certaine distance et dans une perspective beaucoup plus vaste.

Et ça peut être vécu ici maintenant, c’est-à-dire en Occident, dans notre contexte urbain, en se protégeant bien sûr du chaos que cela comporte. Car ce n’est pas nécessaire de vivre en fou complètement. Ça peut être nécessaire comme soupape.

Gilles Farcet, je vous remercie beaucoup.

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Arnaud Desjardins : un maître

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