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| Conseil d'amie
Le SPM fait frémir les femmes elles-mêmes, qui n'osent pas trop en parler de peur d'être renvoyées pour de bon à leurs chaudrons Les femmes sont compliquées? Erreur! Elles sont hormonales. Maladie honteuse, le syndrome pré-menstruel touche un pourcentage croissant de femmes et, bien involontairement, leur entourage. Faut-il en rire ou se flinguer? JOSÉE BLANCHETTE Avant j'étais comme toi, je haussais les épaules et je me disais " encore des femmes qui s'écoutent trop le vécu et se palpent l'hormone pour un oui ou un son ". C'était avant, avant de faire partie du club du SPM (syndrome pré-menstruel) que je surnomme SPPPM (syndrome pré-pendant-postmenstruel). À ton tour, aujourd'hui, tu es membre du club et tu ne sais trop à quel saint te vouer lorsque la vie s'amuse à t'effriter entre ses doigts comme un biscuit sec qu'on met en miettes. Ma première saute d'humeur hormonale est survenue il y a environ cinq ans. Je ne l'avais pas vue venir et de toute façon je me croyais à l'abri de ces choses-là : l'inconfort physique et moral, la dépression, l'angoisse, les pensées suicidaires, c'était pour les autres. Je payais mes impôts, je me brossais les dents trois fois par jour et je sortais mes poubelles après 17 h, veux-tu bien me dire pourquoi le destin m'aurait fait subir ça? J'ai su plus tard, en lisant la longue liste des symptômes relies au SPM, que je faisais partie d'un club select qui regroupe 40 % des femmes de plus de 30 ans et dont 5 à 10 % sont gravement affectées au point de se porter absentes au travail, de perdre à jamais leur conjoint, de battre leurs enfants, de commettre des délits, de devenir complètement délinquantes. Victimes malgré elles. Certaines s'achètent quatre où cinq voitures neuves par année, d'autres des maisons avec piscines creusées dont elles ne rêvaient même pas la semaine précédente. Un médecin m'a aussi raconté l'histoire d'une employée de la GRC allergique aux fruits de mer qui piquait des sacs de crevettes congelées en période de SPM. Un cas est resté célèbre : en 1982, en Angleterre, une femme atteinte du SPM et ayant assassiné son mari a bénéficié d'une sentence diminuée. J'ai conservé un macaron US qu'un ami m'a offert lors d'un mémorable voyage en Louisiane. Ça dit : " I'm armed and have PMS ". Ça dit tout. Un secret bien gardé, cette maladie honteuse de bonne femme fait frémir les bonnes femmes elles-mêmes qui n'osent pas trop en parler de peur d'être renvoyées pour de bon à leurs chaudrons. Loin de nous aider, certains gynécologues de la vieille école conseillent encore à leurs patientes " deux aspirines et un bon bain chaud ". Mais rester dans son bain de trois à dix jours avant " l'arrivée des Anglais " (comme disent les Français), ça rend l'épiderme ratatiné et l'âme moite, d'autant plus que ça ne change strictement rien au taux de sérotonine qui se balade dans ton système. Livrant mon corps tout entier à la science et aux thérapies alternatives depuis cinq ans, je peux t'affirmer avoir presque tout essayé en terme de cures disponibles sauf les antidépresseurs et la corde pour me pendre. Je suis passée maître ès pharmacopée prémenstruelle : de la vitamine B12 et B6 en passant par les anovulants (pour ajuster la progestérone), les gélules d'huile d'onagre – ou primevère du soir –, les herbes chinoises couplées à l'acupuncture, l'ostéopathie, la naturopathie et l'homéopathie. Les seuls spécialistes que je n'ai pas consultés, ce sont les vétérinaires. J'ai même consommé de l'extrait de cannabis (sous ordonnance médicale) quand j'ai appris que la reine Victoria soignait son SPM de cette façon au siècle dernier. Je dois dire que si l'effet est assez heureux durant quelques heures, il soulage surtout l'entourage immédiat à qui tu administres aussi le médicament. Ils en ont bien besoin les pauvres. Ma cure la plus mémorable, je la dois à un vieux médecin hongrois qui tient boutique dans le West-Island. J'étais ressortie de chez cet apothicaire de la dernière chance lestée de 100 dollars et chargée d'une boîte remplie de suppléments vitaminés, d'albumine séchée, de jaune d'œuf en poudre, de moulées diverses et d'une posologie digne d'un cardiaque diabétique souffrant d'hypoglycémie. Mes petits-déjeuners ressemblaient à un jour de disette en pays communiste : pomme râpée avec jaune d'œuf séché, graines de lin cuites avec du lait, café de céréales sans sucre et quelques comprimés de calcium et de magnésium pour compléter ce triste tableau fait repas. Au bout d'un mois, je suis revenue à mon café au lait italien, mes croissants et mes confitures de prunes, renonçant à cette cure d'athlète qui cherche à tout prix à revendiquer le statut de réfugié politique aux prochains Jeux olympiques. Je me suis d'ailleurs mise à l'exercice, une aide précieuse pour augmenter les endorphines, et au tango, berceuse nocturne des cicatrices secrètes. Un jour, pas si lointain, je suis tombée sur un médecin, un autre, un généraliste qui joue avec l'homéopathie en dilettante. Sauf que celui-là est un véritable saint et vous écoute vraiment. Il ne fait pas qu'appliquer une formule magique. J'avais enfin trouvé mon Marcus Welby, le sauveur de mes humeurs, mon confesseur, mon tuteur, la sœur que je n'ai jamais eue. Même mon chum, qui restait d'un scepticisme de bon ton devant mes tubes de granules, fut forcé de convenir que ma personnalité prenait du mieux et que mes sautes d'humeur s'apaisaient. Effet placebo? Les granules, ça fonctionne avec les vaches, pourquoi pas avec les femmes? Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça. peut-être pour t'encourager à ne pas renoncer. La vérité, c'est qu'avant cette seconde naissance, beaucoup plus douloureuse que la première, je n'étais qu'une demi-portion d'éternité, une parcelle de moi-même. J'étais surtout moins portée à compatir avec le malheur d'autrui. Je portais mon arrogance en écharpe alors qu'aujourd'hui je porte mon cœur en bandoulière. J'ai davantage besoin des autres pour continuer. Comme quoi, diras-tu, la souffrance a du bon. Peu importe son origine, peu importe sa couleur, elle rend humain. |
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| Ri : | de la blague favorite de mon ami Denis... La différence entre un terroriste et une femme en SPM? C'est plus facile de négocier avec le terroriste. |
| Lu : | dans le Guide Ressources, un article sur la pharmacopée chinoise et une entrevue avec Jean-Pierre Muyard, un médecin, homéopathe, psychiatre français qui cherche à unifier les familles médicales. J'ai appris là que les médecins surnommaient les acupuncteurs les " fakirs ", les homéopathes les " magiciens ", les guérisseurs les " sorciers " et les psychiatres, les " paranoïaques ". Belle mentalité. |
| Conversé : | longuement avec le docteur Richard Bergeron qui dirige la Clinique du syndrome prémenstruel à Hull. Ce psychiatre a traité plus de 2000 femmes avec succès au moyen d'antidépresseurs administrés en doses légères durant une période de 18 mois. Il prétend que ça marche neuf fois sur dix. Lâchez vos psychothérapies, les filles! |
| Essayé : | les antidépresseurs (Paxil) conseillés par le Dr. Bergeron durant cinq mois. J’ai fait une dépression, un effet secondaire peu publicisé des dites pilules. Pire que le syndrome prémenstruel! |
| Découvert : |
le Tryptan grâce à ma médecin généraliste qui le prescrit à ses patientes à raison de 4 grammes par jour pendant deux semaines à compter de l’ovulation. C’est le Dr. Steinberg de la clinique du SPM de l’hôpital Ste-Mary’s qui a découvert que sur 40 patientes affligées du syndrome, 32 d’entre elles avaient vu leurs symptômes disparaître grâce au tryptophane, la substance dans le lait qui endort, un acide aminé indispensable à l’organisme et dont dérive la fameuse sérotonine. Ça fonctionne pour moi aussi! |
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Josée Blanchette Josée Blanchette
est chroniqueure au quotidien Le Devoir |
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Édition : Stéphanie
Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais |
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